Ce sont plusieurs centaines d’admirateurs, lecteurs ou simplement visiteurs qui sont venus faire salle comble dans le grand auditorium de l’Institut du Monde Arabe à Paris ce dimanche 26 juin. Ils étaient venus, comme à une séance de rattrapage pour saluer la mémoire du journaliste libanais Samir Kassir, lâchement assassiné en bas de chez lui à Beyrouth il y a quelques semaines de cela
>Ce sont plusieurs centaines d’admirateurs,
lecteurs ou simplement visiteurs qui sont venus faire salle comble dans le
grand auditorium de l’Institut du Monde Arabe à Paris ce dimanche 26 juin. Ils
étaient venus, comme à une séance de rattrapage pour saluer la mémoire du
journaliste libanais Samir Kassir, lâchement assassiné en bas de chez lui à
Beyrouth il y a quelques semaines de cela. L’émotion est pourtant intacte, après
une marche parisienne du 4 juin peu répercutée dans les médias, dans une salle
qui n’a que rarement été aussi pleine : des anonymes, mais tous les amis
de Kassir sont venus s’exprimer pour saluer la mémoire du journaliste, de l’historien,
et de l’homme politique engagé violemment contre la présence syrienne dans son
pays. Il était devenu ainsi à lui seul, après la mort de l’ancien premier
ministre Rafic Hariri, le symbole du Printemps de Beyrouth et le porte-parole
de l’opposition libanaise active.
>La soirée s’est ouverte sur la dernière apparition
de Samir à la télévision française. C’était lors des évènements du printemps, à
l’occasion de l’une de ses régulières interventions dans l’émission de
politique internationale Kiosque sur TV5. Il y portait d’ailleurs
l’écharpe symbolique des manifestants beyrouthins, et s’inquiétait toujours
plus de l’avenir de son pays. Il y mentionnait également les persécutions
régulières qui le visaient lui et sa famille. L’ombre syrienne, il la sentait
peser sur ses épaules pourtant larges.
>Puis la liste des intervenants fut longue ce
dimanche pour lui rendre un hommage à la hauteur. De Leïla Shahid, la déléguée
générale de Palestine à Elias Khoury, l’écrivain et journaliste ; d’Elias
Sanbar l’historien à Marcel Khalife, le musicien et chanteur. De Gibran Tuéni,
le directeur d’An-Nahar pour qui Samir travaillait, à Dominique Vidal,
rédacteur en chef-adjoint du monde Diplomatique pour qui il collaborait
régulièrement. Mais également, et ce furent deux là très émouvants
témoignages livrés aux personnes présentes dans l’assemblée sur lesquels
nous reviendrons simplement : ceux de Gisèle Halimi, écrivain et avocate
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et de Henri Laurens, historien et professeur au Collège de France.
>La première a souhaité évoquer Samir, plus que
Samir Kassir : l’homme, l’ami de coeur. Celui qui la considérait comme sa
mère adoptive et qui dînait encore avec elle quelques jours avant sa mort. Le même
qui était venu lui rendre visite il y a quelques mois dans sa maison de la Drôme, où il y rédigea les dernières pages de son dernier ouvrage : Considérations
sur le Malheur arabe (Sindbad, 2005). La voix tremblante, elle souligna
toute l’affection qu’elle portait à Samir et évoqua le projet commun qu’ils s’étaient
fixé : un dialogue écrit entre un journaliste libanais qui ne comprenait
pas toujours les positions pro-arabes d’une femme, avocate, féministe, juive et
de surcroît pro-palestinienne, et cette même femme prête à apporter des
éléments de réponse. Mais avant cela, il avait projeté de finir d’écrire et
publier l’histoire de la Guerre du Liban, la plus complète et précise à l’heure
actuelle. Un travail qu’il avait entamé de longue date lors de ses études.
>Et c’est ce que Henri Laurens raconta à l’auditoire,
à propos du jeune étudiant libanais qu’il rencontra il y a plus de 20 ans à
Paris. Lui aussi avait dîné avec Samir il y a quelques semaines mais c’était à
Beyrouth. Ils se rappelèrent leurs histoires passées, sur des notes d’humour
comme seul le journaliste semblait en cultiver avec ses amis de très longue
date. Il avait emmené Gisèle Halimi dans sa ville natale de nuit pour lui faire
comprendre toute l’âme de Beyrouth. Il avait également participé il y a bien
longtemps aux travaux de recherche entrepris dans le centre du Professeur
Laurens. Entre Paris et Beyrouth. Il avait fait beaucoup. Il faisait beaucoup.
Surtout pour son pays qu’il souhaitait délivrer de la tutelle damasquine. Le
Printemps était en marche. Malheureusement, Samir Kassir n’aura pas connu l’été.
Mais ici, à Paris, sous la chaleur caniculaire, ses amis auront tenté de lui
faire un signe. L’été est quand même arrivé. L’action de Samir se poursuivra.
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style='font-size:10.0pt'>[1]
Notamment de Marwan Bargouti, emprisonné à vie en Israël