Le Maroc, depuis les attentats de CASA : entre la prévention et la répression que choisir ?

Le 16 mai 2003 à Casablanca trois horribles attentats ont secoué le pays. Pour la première fois des victime

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dimanche 15 juin 2003

Le 16 mai 2003 à Casablanca trois horribles attentats ont secoué le pays. Pour la première fois des victimes sont recensées. Une vague de crainte et d’indignation a submergé tout le pays. le Roi et le gouvernement marocain sont pris de court… que faire face à tant de sauvageries ? Sur TV5 et sur France2, la directrice de la seconde chaîne de la télévision marocaine 2M, évoque aussitôt le danger islamiste qui parcourt le Maroc.

Cependant si des moyens sécuritaires doivent pouvoir trouver leur place, jamais une société ne pourra s’immuniser contre le fléau du terrorisme uniquement sous un angle strictement sécuritaire. Le terrorisme se nourrit très souvent des frustrations, du despotisme, des malheurs et de la misère sociale. C’est ici que se trouve le terreau du terrorisme !!! Tant que l’on aura pas trouvé des solutions structurelles, on se dirigera tout droit vers une impasse.

Certains intellectuels, médias et politiques « biens pensants » sont persuadés que la misère et la pauvreté ne sont en rien responsables du terrorisme. Pour eux, le terrorisme relève avant tout d’une d’idéologie perverse ou d’une lecture biaisée du Coran. Cela semble le cas parfois, mais il serait simpliste et caricatural de penser que ce n’est qu’une idéologie perverse qui peut amener des jeunes à se faire exploser devant un restaurant ou devant une Ambassade.

La cause première du terrorisme, est la violence et le mépris étatique que subit toute une partie de la jeunesse marocaine. Une situation sociale explosive sévit au Maroc qui connaît le taux d’analphabétisme le plus élevé au monde (50 à 60% de la population). Les grandes villes comme Casablanca, Tanger, Fez ou Marrakech sont confrontées à de véritables poudrières sociales qui constituent autant de risques de manipulation par des intégristes religieux toujours plus prompts à manipuler une jeunesse désemparée, humiliée dans sa chair et son corps.

Il convient également de ne pas procéder à des amalgames douteux entre de violents intégristes et le parti islamique marocain (PJD). Certains acteurs politiques de gauche comme de droite profitent de cet événement pour régler des vieux comptes politiques (interdiction au PJD d’effectuer la marche de Casablanca pour condamner le terrorisme) dans le but unique de se débarrasser du premier parti d’opposition du pays, donné largement vainqueur aux élections communales prochaines. Ces attentats tombent à point nommée pour ces partis politiques (de gauche comme de droite) en nette perte de vitesse. Une occasion de plus de diaboliser et de mettre hors jeu, une formation politique considérée comme trop proche des aspirations du « petit peuple » marocain.

Le gouvernement marocain doit prendre ses responsabilités en menant une politique réellement sociale (le Roi Mohamed VI a lancé un micro-projet de relogements sociaux dans un grand quartier populaire de Casablanca dernièrement) susceptible d’être une alternative à cette politique économique ultra-libérale inspirée par les USA. Faut-il rappeler que le Maroc est le premier pays au monde à avoir reconnu l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique… bien avant l’Europe !

Pour terminer, j’aimerai revenir sur le dossier ALI LMRABET car il est révélateur d’une dérive sécuritaire dangereuse.

La justice marocaine a condamné le 21 mai dernier ce journaliste à 4 ans de prison et à l’interdiction de ces deux journaux (Doumane et Demain), pour des chefs d’inculpation gravissime : « outrage à la personne du Roi », « atteintes au régime monarchique » et « atteintes à l’intégrité du territoriale du pays ». Voici donc un des meilleurs journalistes marocains envoyé en prison, (après des poursuites engagées par le ministère de l’intérieur il y a un peu plus d’un mois) suite à des caricatures jugées « insultantes ».

Cette justice marocaine, qualifiée de farce par la plupart des acteurs intellectuels et médiatiques indépendants du régime marocain présents lors du procès, risque de disqualifier totalement le processus de démocratisation. Pire encore, c’est l’image de tout un pays après les attentats de Casablanca qui se trouve écornée. Ne parlons pas du tourisme qui risque de connaître un déficit important, suite à la guerre en Irak, aux attentats et à l’incarcération honteuse du journaliste Lmrabet.

Pour ces raisons, il serait sage que le gouvernement prenne ses responsabilités en donnant un message fort au peuple marocain, par la mise en place d’un véritables plan Marshals, au lieu d’incarcérer à tour de bras des citoyens qui ne font que dénoncer depuis toujours les carences endémiques de l’état Chérifien. Ce pari là, contre la misère, le despotisme et le terrorisme, triangle angulaire du mal sociétal marocain et international, les marocains peuvent le gagner !

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Auteur : Mohsin Mouedden

Journaliste

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