Samedi 11 février 2012

Le 8 mai 1945 dans le Nord-Constantinois : retour sur un massacre

En Europe, le 8 mai 1945 est synonyme de victoire de la liberté sur le nazisme. Pourtant alors qu’à Paris, Londres, Moscou ou Washington on célébrait l’effondrement du Troisième Reich, commencèrent les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Ces massacres qui furent baptisés par euphémisme « évènements » selon la terminologie des autorités coloniales, durèrent plus d’un mois et firent des milliers de victimes.

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style=';'> « L’intelligence, c’est de bien retenir les expériences ».

L’imam Ali

En Europe, le 8 mai 1945 est synonyme de victoire de la
liberté sur le nazisme. Pourtant alors qu’à Paris, Londres, Moscou ou
Washington on célébrait l’effondrement du Troisième Reich, commencèrent les
massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Ces massacres qui furent baptisés par
euphémisme « évènements » selon la terminologie des autorités
coloniales, durèrent plus d’un mois et firent des milliers de victimes.

Ces terribles massacres mirent un coup d’arrêt
à l’élan unitaire du mouvement national algérien dont les différentes
composantes s’étaient rassemblées au sein des Amis du Manifeste et de la Liberté [AML].

En effet, durant la seconde guerre mondiale la
situation politique fut profondément bouleversée. L’échec définitif du
mouvement assimilationniste class=MsoFootnoteReference> style=';;'>[1]
,
la défaite de juin 1940 qui avait montré la vulnérabilité de la puissance
coloniale, avaient redéfini les « champs du possible » pour les
acteurs du mouvement national algérien. Avec le débarquement Alliées en Afrique
du Nord, le 8 novembre 1942, la vie politique connut une nouvelle dynamique.
Les acteurs du mouvement national reprenaient à leur compte l’idée du droit des
peuples à disposer d’eux-mêmes mis en avant par les Américains dans la Charte Atlantique datée 12 août 1942.

C’est dans cette atmosphère que le 10 février
1943, Ferhat Abbas, avec le soutien du Parti du Peuple Algérien [PPA], clandestin,
et de l’association des Ouléma, rendit publique le Manifeste du Peuple
Algérien
. Rompant avec l’idéologie assimilationniste, le Manifeste
affirmait :
« le
temps est passé où un Musulman algérien demandera autre chose que d’être
un Algérien musulman » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2]
style=';;'>.

Le Manifeste eut rapidement un écho
important au sein de la population algérienne. Par la suite, afin de faire
valoir les idées développées dans le Manifeste, les différentes
tendances du mouvement national décidèrent de s’unir dans une organisation
politique commune. Ainsi, le 14 mars 1944, les trois principales composantes du
mouvement national algérien, les nationalistes révolutionnaires du PPA, les
islahistes de l’Association des Ouléma et les « autonomistes »
proches de Ferhat Abbas, décidèrent de s’unir au sein des Amis du Manifeste et
de la Liberté pour lutter contre le colonialisme et promouvoir l’idée de nation
algérienne.

Les AML se structurèrent en section sur l’ensemble du
territoire algérien et devinrent rapidement une organisation de masse
réunissant plusieurs dizaines de milliers d’adhérents. En politisant la
population algérienne, les AML permettaient de changer les rapports entre
colonisateurs et colonisés. Selon Ahmed Mahsas, « encouragés par
l’extension des AML, les Algériens longtemps réduits au silence et à la
sujétion par le système colonial, changeaient de comportement et levaient la
tête. Ils n’acceptèrent plus les brimades dont ils étaient l’objet
quotidiennement de la part de l’administration et de la majorité des Européens

. Le nouveau comportement des Algériens se manifestait par
le rejet de toute mesure d’humiliation et par la défense de leur dignité. Il
suscita la crainte dans les milieux colonialistes et exacerba la haine de
« l’arabe », naguère traité par le mépris. La tension entre le peuple
algérien d’un côté, l’administration et les Européens de l’autre, régna sur
l’étendue de tout le territoire algérien » title=""> style=';'>[3]
.

Au sein des AML, Ahmed Mahsas expliquait que le PPA
s’efforçait « de populariser ses mots d’ordre (indépendance,
panarabisme, solidarités avec les pays arabo-musulmans et les pays colonisés).
Son radicalisme, son caractère populaire, son organisation et son action
efficace plaçaient le PPA à l’avant-garde du combat » name="_ftnref4" title=""> class=MsoFootnoteReference>[4]
.

A cette période, selon Benyoucef Ben Khedda, « une
vague de nationalisme déferlait sur tout le pays. C’en était trop pour les
colons qui, voyant leurs privilèges menacés, commençaient à paniquer » href="#_ftn5" name="_ftnref5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5]
.
De plus, les AML, sous l’influence du PPA, radicalisaient leur revendication ce
qui inquiétaient les autorités coloniales.

En mars 1945, le Congrès des AML demanda : « la
reconnaissance de la nationalité algérienne » 
 ; « l’établissement
d’une constitution algérienne démocratique et républicaine » 
 ; « le
remplacement des Assemblées algériennes par un Parlement élu » 
 ; « le
remplacement du gouvernement général par un gouvernement algérien » 
 ;
« la reconnaissance des couleurs algériennes » name="_ftnref6" title=""> class=MsoFootnoteReference>[6]
.
De Plus, une motion reconnaissant Messali Hadj comme « leader
incontestable du peuple Algérien »
fut votée.

Face à cette radicalisation, l’administration coloniale
chercha à réagir. Le 18 avril à l’occasion d’un rassemblement dans la commune
de Chellala, dans le Sud du département d’Alger, l’administration en profita
pour procéder à l’arrestation de plusieurs militants des AML. Ces arrestations
provoquèrent des heurts entre la police et la population locale. Le 25 avril,
Messali Hadj, qui était assigné à résidence dans la région, fut déporté au
Congo. Ainsi, commençait la répression contre le mouvement national.

Les militants du PPA voulurent réagir contre la politique
répressive de l’administration coloniale et montrer leur capacité de
mobilisation. Depuis le débarquement, le parti nationaliste révolutionnaire
s’était organisé clandestinement sur l’ensemble du territoire algérien et
représentait une réelle force politique capable de remettre en cause l’ordre
colonial. Le PPA était essentiellement composé de jeunes militants prêts à en
découdre avec les autorités coloniales.

Le 1ier mai 1945, à l’occasion de la fête du
travail, des manifestions furent organisées dans toute l’Algérie. Afin de
montrer leur capacité de mobilisation et pour protester contre la déportation
de Messali Hadj, les militants du PPA décidèrent d’y participer en organisant
des cortèges distincts de leurs adversaires du Parti Communiste Algérien [PCA]
et de la CGT. Les slogans du PPA était : « Parlements Algérien »,
« Libérer Messali », « Libération de tous les détenus
politiques », « indépendance » ».
Face à cette
démonstration de force des nationalistes algériens, les autorités réprimèrent
durement les manifestions. A Alger la police ouvrit le feu sur les manifestants
faisant 4 morts. Dans le même temps, il y eu respectivement 1 mort à Oran et à
Blida.

Au lendemain de ces manifestations, la CGT et le PCA accusèrent le PPA d’avoir fomenté « une provocation ». En
réponse, l’organe clandestin du PPA, L’Action algérienne, lança un appel
répondant aux allégations du PCA : « Communistes Algériens !
Vous n’avez de communistes que le nom ! Votre parti a jeté le masque. Il
glorifie l’assassinat. Il se fait le complice de l’administration. Messali
serait hitlérien ! Il oublie que le PPA et le PCA ont été dissous par le
même décret en Septembre 1939, que Messali et ses amis ont été condamnés au bagne
par Vichy, alors que Djenienbou-Rezag, Taïeb, Boualiz, Ouzegane, etc… étaient
relativement favorisés par Vichy. Il oublie qu’au moment où Hitler semblait
vaincre, Messali n’a jamais répondu aux offres du nazisme qu’il condamne depuis
1937 » class=MsoFootnoteReference> style=';'>[7]
.

A la suite de des manifestations du 1ier mai,
l’administration lança une vague d’arrestation parmi les militants
nationalistes révolutionnaires. Face à cette répression, le PPA donna des
consignes précises à ses militants pour l’organisation des manifestations
célébrant la fin de la guerre 1939-1945. Selon Chawki Mostefaï, cadre
nationaliste révolutionnaire, la direction du PPA ordonna que :

«  1) Les manifestations
doivent être absolument pacifiques ; les mots d’ordre de prudence et de
sang-froid largement diffusés parmi les manifestants ; le contrôle de ceux-ci
pour récupérer toutes espèces d’armes éventuelles tels que armes à feu,
couteaux, même les bâtons etc.

2) Les villes d’Alger, d’0ran et
Blida s’abstiendront de manifester ; de crainte que les récentes fusillades du 1ier
Mai, n’aient créé chez les militants et les manifestants, un esprit de
revanche, contre les forces de l’ordre, propice aux provocations de celles-ci,
toujours possibles.

3) Déployer en milieu de parcours,
le drapeau algérien, qui venait d’être adopté par la Direction, quelques semaines auparavant. » class=MsoFootnoteReference> style=';;'>[8]

Malgré la violente
répression des manifestations du 1ier mai, les nationalistes
révolutionnaires du PPA voulaient absolument participer aux manifestations
célébrant la victoire contre le nazisme. A ce propos,
style=';'>Chawki Mostefaï expliquait : style=';'> « Il fallait frapper un grand
coup et démontrer, au moment de la célébration prochaine de la victoire
définitive du camp de la Démocratie sur l’Hitlérisme, que le peuple algérien,
partisan de la Démocratie et de la Liberté des peuples, entendait célébrer dans
la joie et l’enthousiasme la fin du cauchemar né de l’Hitlérisme et son
équivalent le Colonialisme, contre lesquels le peuple Algérien a consenti
les plus grands sacrifices sur tous les fronts de la guerre » href="#_ftn9" name="_ftnref9" title=""> class=MsoFootnoteReference>[9].

Les nationalistes révolutionnaires
Algériens voulaient utiliser ces manifestations pour s’affirmer sur la scène
internationale afin de revendiquer l’indépendance de l’Algérie.
style=';'>Chawki Mostefaï affirmait que style=''> « pour profiter au maximum du
retentissement médiatique, à l’échelle mondiale de la victoire des pays de la Charte de l’Atlantique, l’Algérie devait fêter sa victoire en tant que peuple, en tant que
nation opprimée, indépendamment de la France et de ses institutions, en
arborant tout haut l’Emblème de sa propre souveraineté. style=''>C’est ainsi que nous décidâmes, au sein du Comité
Directeur, de défiler le jour des manifestations de la victoire, en arborant le
drapeau de l’Etoile Nord Africaine et P.P.A en tête des cortèges » href="#_ftn10" name="_ftnref10" title=""> class=MsoFootnoteReference>[10].

Ainsi, pour célébrer la victoire des Alliés, le 8 mai au
matin, les nationalistes Algériens organisèrent des manifestations dans de
nombreuses villes du pays : à Blida, Berrouaghia, Sidi Bel Abbès, Saïda,
Annaba ou Jijel. Dans ces deux dernière ville les Algériens sortirent des
drapeaux et des banderoles sur lesquels il était inscrit : « Vive
l’Algérie indépendante »
, « A bas le colonialisme », « Libérer
Messali »
. Face à cette manifestation de nationalisme algérien la
police intervint et des coups de feu furent tirés. A Guelma, la police voulut
disperser les manifestants du cortège musulmans ce qui provoqua des
échauffourées faisant 1 mort côté algérien.

A Sétif, il y avait environ 10 000 personnes
présentes, dont environ 200 membres des Scouts Musulmans Algériens [SMA] qui
ouvraient la marche. Les manifestants déployèrent des pancartes, proclamant
notamment « Vive l’Algérie libre et indépendante » ou « A
bas le fascisme et le colonialisme »
. Au cours de la manifestation un
drapeau aux couleurs algériennes fut déployé. Voyant ce drapeau et ces
banderoles, la police chercha à s’en saisir. Les manifestants refusèrent. En
réponse, des rafales de mitraillette furent tirées par un policier français. La
manifestation tourna à l’émeute. A 13 heures le couvre feu était instauré et à
20 heures l’état de siège était décrété. L’armée, la police et la gendarmerie
sillonnèrent les quartiers arabes et les douars de la région.

Des armes étaient distribuées aux colons européens qui se
constituèrent en milices. Selon Mahfoud Kaddache, « tous les
Européens, qu’elle que soit leur tendance politique se regroupaient face au
danger arabe […] elle
[la milice] se livra à des représailles contre la
population musulmane et à des exécutions sommaires de suspects, de militants
des AML, du PPA, des Oulémas et des scouts musulmans algériens » href="#_ftn11" name="_ftnref11" title=""> class=MsoFootnoteReference>[11]
.

La violence de l’armée française et des milices Européennes fut impitoyable.
Exécutions sommaires, massacres de civils, prises d’otages au sein de la
population algérienne, viols, bombardements de villages,… A Sétif où la loi
martiale fut proclamée, tout Algérien ne portant pas le brassard réglementaire
était abattu.

Le 12 mai 1945, le Général De Gaulle ordonna au
gouvernement général « d’afficher publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française en
Algérie »
et de « prendre toutes les mesures nécessaires pour
réprimer tous agissements antifrançais d’une minorité d’agitateurs » href="#_ftn12" name="_ftnref12" title=""> class=MsoFootnoteReference>[12]
.

Pour mettre en œuvre cette répression, l’armée fut
mobilisée. Outre les 9 000 hommes de la division de Constantine, des
unités d’Alger, et de Tunis furent dirigées dans le Nord Constantinois. Deux
croiseurs, le Triomphant et le Duguay-Trouin, tirèrent plus de 800 coups de
canon depuis la rade de Bougie sur la région de Sétif. L’aviation bombarda et
rasa plus ou moins complètement plusieurs agglomérations. Une cinquantaine de
« mechtas » furent incendiées. Les automitrailleuses firent leur
apparition dans les villages. Les soldats tirèrent à distance sur la
population. Les blindés furent relayés par les militaires arrivés en convoi sur
les lieux. A l’approche des troupes, les villages étaient désertés par une
population qui se réfugiait sur les crêtes ou dans les ravins.

Pour sauver leur vie, des hommes, des femmes et des
enfants furent obligés de s’agenouiller devant les militaires français. L’armée
célébrait sa victoire. Le 25 mai 1945, 5 000 fellahs des Babors furent
contraints de se mettre à genoux, de demander pardon et de crier « Vive
la France »
. Puis, le colonel de légion les obligea à se prosterner
le front à terre devant le drapeau français et à dire : « nous
sommes des chiens et Ferhat Abbas est un chien » name="_ftnref13" title=""> class=MsoFootnoteReference>[13]
.
Parmi eux, 400 furent identifiés comme troubles faits et furent conduits vers
une destination inconnue dont ils ne revinrent jamais.

Les corps des cadavres étant trop nombreux, tous ne purent
être enterrés. Ils furent alors jetés dans les puits et dans les gorges de
Kherrata. Les miliciens Européens décidèrent de réemployer les
« techniques » que leurs « camarades » Allemands avaient
utilisé dans les camps de la mort. Ils brûlèrent les corps dans des fours à
chaux selon la logique voulant que « s’il n’y a pas de corps il n’y a pas
de victimes ». Saci Benhamla, qui habitait à quelques centaines de mètres
du four à chaux d’Héliopolis, décrivait « l’insupportable odeur de
chair brûlée et l’incessant va-et-vient des camions venant décharger les
cadavres, qui brûlaient ensuite en dégageant une fumée bleuâtre ».
Le
même homme racontait, à Kef-El-Boumba, « j’ai vu des Français faire
descendre d’un camion cinq personnes les mains ligotées, les mettre sur la
route, les arroser d’essence avant de les brûler vivants » name="_ftnref14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14]
.

Le nombre des victimes ne fut jamais clairement établit ;
les chiffres oscillent les 1 500 morts selon le gouvernement français et
45 000 selon les nationalistes Algériens qui reprirent les chiffres du consul
général des Etats-Unis à Alger.

Au-delà des chiffres, les massacres laissèrent des
souvenirs effroyables à ceux qui les avaient vécus. Un bachagha travaillant
pour l’administration française expliqua au journal colonialiste Le Courrier
Algérien
 : « jamais, tant que je vivrai, je n’oublierai le
souvenir de ces viols, des incendies, de ces canons, des ces mitrailleuses, de
ces troupes, l’arme au pied, amassées aux abords du village et dans le village,
de ces arrestations, de ces exécutions massives, de ces délations de fellahs
terrorisés mentant à longueur de journée se disculper » name="_ftnref15" title=""> class=MsoFootnoteReference>[15]
.

Parallèlement, une vague de répression toucha
les trois tendances du mouvement national algérien qui s’étaient unies au sein
des AML. Ceux-ci furent dissous, par les autorités françaises, le 15 mai 1945.
Les militants nationalistes qui avaient exercé des responsabilités publiques,
furent envoyés en prison. En novembre 1945, le nombre des arrestations
s’élevait à 4 560 pour toute l’Algérie. Selon Charles-André Julien, « la
plupart des arrestations avaient été faites sans preuves » name="_ftnref16" title=""> class=MsoFootnoteReference>[16]
. Les tribunaux militaires
avaient prononcé 557 non-lieux, 1307 condamnations, dont 99 à mort, 64 aux
travaux forcés à perpétuité, 329 aux travaux forcés à temps et 250
acquittements. Messali Hadj fut déporté à Brazzaville, Ferhat Abbas alors
dirigeant des AML fut envoyé en prison ainsi que le président de l’Association
des Ouléma, le Cheikh Bachir El Ibrahimi.

Ces terribles massacres ne furent pas l’œuvre du gouvernement de Vichy mais
celui du gouvernement de la France Libre qui s’était opposé au nazisme. Tous
les grands mouvements politiques issus de la résistance y étaient présents, des
gaullistes aux communistes en passant par les socialistes et les démocrates
chrétiens. Tous furent agents actifs et complices des massacres du
Nord-Constantinois. Le ministre de l’air qui fit bombarder le
Nord-Constantinois, était le communiste Charles Tillon qui avait dirigé les
Francs-Tireurs et Partisans [FTP].

Dans les colonnes de Fraternité du 17 mai 1945, les
socialistes blâmèrent ceux qui « avaient sali la grande heure de la Victoire des démocraties » et estimèrent que « la grande masse des
populations musulmanes n’avait pas encore atteint le degré d’évolution minimum
nécessaire pour justifier les revendications du Manifeste ; le fait que
les élites dirigeantes aient organisé et déclenché ce mouvement n’indique pas
non plus que celles-ci ont une maturité politique » name="_ftnref17" title=""> class=MsoFootnoteReference>[17]
.
Le PCF dénonçait l’action « d’agents secrets hitlériens et d’autres
agents camouflés dans des organisations qui se prétendent démocratiques au
service de l’impérialisme fasciste » title=""> style=';'>[18].
Dans son édition du 12 mai, L’Humanité
appela à « châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de
la révolte et les hommes de mains qui ont dirigé l’émeute ».
Le 31
mai, le journal communiste recommandait de « punir comme ils le mérite
les tueurs hitlériens ayant participé aux évènements de mai 1945, et les chefs
pseudo-nationalistes »
title=""> style=';'>[19]. style=''> Le PCF pour qui
l’aspiration à l’indépendance était étrangère à la population algérienne,

se félicita des sanctions prises contre Messali
Hadj, Ferhat Abbas et le Cheikh Bachir El Ibrahimi, ainsi que de la dissolution
des AML.

Suivant la ligne politique du PCF, le 31 mai
1945, Amar Ouzegane, le premier secrétaire du PCA, dénonça « la
collusion criminelle des faux nationalistes du PPA avec la Haute Administration non épurée et les soutiens du fascisme » name="_ftnref20" title=""> class=MsoFootnoteReference>[20]
. Liberté, l’organe du
PCA, parlait de « complot fasciste » dont les militants du PPA
étaient les principaux agents. Le PCA qui était formellement indépendant et
qui, dans les faits, s’alignait totalement sur la politique du PCF, refusait de
prendre en compte les aspirations nationales du peuple algérien.

Malgré la répression, les militants
clandestins du PPA continuaient de mener leur action politique. Dans un tract
distribué au alentour du 25 juin 1945 dans la région d’Alger, le PPA
affirmait : « le peuple algérien vient de vivre l’épisode le plus dramatique
et le plus sanglant de sa lutte plus que séculaire contre l’Impérialisme le
plus rapace, le plus tyrannique, le plus aberré. […] Les journées du 1er et du
8 mai sont désormais inscrites en lettres de sang dans l’histoire de notre
grand combat pour la libération de la Patrie Algérienne. 500 000 de nos frères, calmes, dignes, mais farouchement résolus, ont
parcouru les rues de nos villes au mépris des mitrailles, galvanisés par une
foi indomptable en l’idéal de Libération Nationale ».
Dénonçant l’unanimisme
de la presse et des partis politiques français, le tract ajoutait :
« l’union sacrée est réalisée quand il s’agit d’accuser l’Arabe. Même nos
socialistes, même nos impérialo-communistes » name="_ftnref21" title=""> class=MsoFootnoteReference>[21]
.

Analysant la signification historique de ces
massacres le tract du PPA expliquait : « les massacres sont
l’unique moyen de sauver les privilèges hideux du colonialisme, si ce n’est en
exterminant les Arabes. Ils en ont tué 35 000. Il en reste 9 965 000, qui sont
prêts à mourir et qui sont prêts… à se DEFENDRE. Car les évènements ont scellé
d’un lien d’acier l’unité du peuple algérien ».
Le tract se concluait
en affirmant : « Tout cela c’est la déconfiture du régime colonial
français » class=MsoFootnoteReference> style=';;'>[22]
.

Ces massacres marquèrent profondément toute une génération
de jeunes militants nationalistes révolutionnaires Algériens qui furent à
l’origine de l’insurrection du 1ier novembre 1954. Cela fit dire à
certains historiens, tels que Mohammed Harbi, que la révolution algérienne
avait véritablement commencé le 8 mai 1945 à Sétif. Pour l’un des hommes qui
organisa l’insurrection du 1ier novembre, Mohammed Boudiaf, le 8 mai
1945 fut le point de départ de son engagement dans les rangs
nationalistes : « Le 8 mai 1945, expliquait-il, fut le
point de départ d’une prise de conscience » name="_ftnref23" title=""> class=MsoFootnoteReference>[23]
.



name="_ftn1" title=""> class=MsoFootnoteReference>[1]
Mouvement qui réclamait le rattachement complet de l’Algérie à la France et la citoyenneté française pour les Algériens.

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[2]
Charles-André Julien, L’Afrique du Nord en marche, Paris, Omnibus,
2002, page. 247

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[3]
Mahsas Ahmed, Le mouvement révolutionnaire en Algérie de la Première Guerre Mondiale à 1954, Essai sur la formation du mouvement national, Paris,
L’Harmattan, 1979, page 180

name="_ftn5" title=""> class=MsoFootnoteReference>[5]
Ben Khedda Benyoucef, Les origines du premier novembre 1954, Alger,
CNERMNR, 2004, page 87

name="_ftn6" title=""> class=MsoFootnoteReference>[6]
Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1939-1951,
Paris, Ed. Paris-méditerranée, 2003, page 633

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[7]
Stora Benjmin, Messali Hadj, 1898-1974, Paris, Ed. Hachette, 2004, page
192

name="_ftn8" title=""> class=MsoFootnoteReference>[8]
Mostefaï Chawki, « Afin que nul n’oublie », op. cit., cf. Ben Khedda
Benyoucef, Les origines du premier novembre 1954, op. cit., page 309-310

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[11]
Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1939-1951,
op. cit., page 661

href="#_ftnref14" name="_ftn14" title=""> class=MsoFootnoteReference>[14]
Mekhaled Boucif, Chronique d’un massacre : 8 mai 1945, Sétif- Guelma-
Kherrata
, Paris, Ed. Syros, page 187

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[15]
Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1939-1951,
op. cit., page 664

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[16]
Julien Charles-André, L’Afrique du Nord en marche style=''>, op. cit., page 263

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[17]
Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1939-1951,
op. cit., page 667-668

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[18]
Ageron Charle-Robert, Histoire de l’Algérie contemporaine, Tome II,
Paris, PUF, 1979, page 597

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[19]
Kaddache Mahfoud, Histoire du nationalisme algérien, Tome II, 1939-1951,
op. cit., page 668

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[20]
Ageron Charle-Robert, Histoire de l’Algérie contemporaine, Tome II, op.
cit., page 597

class=MsoFootnoteReference> style=';'>[23]
Boudiaf Mohammed, La préparation du 1ier novembre, Ed.
Etoile, 1976, page 10

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Commentaires

X
0 points

Les massacres dont il est question sont une tâche sur l’honneur de la France qui fêtait sa libération.

Parmi les résistants à l’Allemagne, nous avions deux types de personnes : ceux qui se battaient pour redonner à l’"Empire Colonial" ses couleurs, et ceux qui se battaient pour la liberté tout court. Ceux-là ont ma préférence.

Je suis allé voir sur Wikipedia (mais je connaissais déjà) ce qui s’est passé, vous pouvez le faire aussi. La faute incombe surout à la France.

L’idéal de liberté et d’égalité a été trahi. Celui de fraternité aussi : on ne tue pas des gens qui viennent de se battre avec nous, alors qu’ils n’étaient pas menacés par nos querelles européennes...

Ce qui s’est passé le 8 mai 1945 est ici totalement inconnu. Je le regrette. Tout comme est inconnu en Algérie le massacre des Harkis.

Peut-être faudrait-il ouvrir les archives, pour que l’on puisse, librement, savoir ce qui s’est passé.

Ca gênera autant la France oficielle que l’Algérie officielle. Tout le monde cache quelque chose de sale dont ne veut pas parler.

X
0 points

honneur de la france ???horreur de la france plutot.oui reno ca cache quelque chose de salle mais les archives sont ouvertes il te suffit de te rendre à avignon et à marseille et crois moi l’idée de l’empire coloniale ne peut suffire il faut rajouter racisme apres l’empire.
ma grand mere me raconte de temps en temps l’algerie sous occupation etrangere elle n’avait ni le droit de parler arabe ni de faire la priere ni de jeuner ect ect ect pas le droit d’etre algerienne.mais bon un bon coup de pompe au fesse et voilà...

X
0 points

Conscient :

Je ne vous crois pas du tout car les gens continuent de parler arabe (ou kabyle, font la prière ou le ramadan. Je le sais : je m’y rends de temps en temps.

Je vous invite à vous pencher sur le massacre des harkis ou sur la guerre récente qui a opposé le GIA, évidemment inspiré par la pensée divine, à l’Etat algérien qui nous a combattus. Ce dernier ne savait pas accepter le résultat d’élections qui lui étaient défavorables. Et la France n’y était pour rien.

Quand on ne sait comment s’en sortir, on accuse les autres de ses propres incompétences.

Evoluez... La honte, ça se partage.

X
0 points

@Reno,

je ne vois pas pourquoi vous parlez de GIA, alors que le texte parle de 8 Mai 1945.

avant 1963, l’état Algérien auquel vous faite référence n’existait pas, donc vos sornettes vous les raconterez à un autre.

le 8 Mai 1954 parle d’un massacre d’une nation civilisée qui voulait civiliser un autre peuple.

la guerre civile de la décennie 1990 est une affaire algérienne pure et simple.
je n’excuse, ni les militaires ni les islamistes( tous coupables).

pour l’affaire des harkis,à chaque fois, à chaque fois qu’on parle d’Algérie, vous ne sortez ça. tous les historiens digne de nom vous diront que le FLN Historique n’est y pas pour rien, ( que des membres de FLN aient exécutés des harkis, sûrement) mais est ce pour autant que systématique c’est faux. les harkis on fait un choix, aider le colonisateur contre leur propre peuple, et dites moi comment la France les remercient ?
ma grand mère de son vivant me parlait des harkis et me disait que c’était la population qui s’est vengé d’eux, pour tout ce qu’ont subit.

sinon si vous nous parliez des collabos de 39-45pour voire ?

la honte c’est plus de ce côté ci.

et si on Parlait OAS, c’est le terrorisme dont rêve Ben Laden, des populations civiles, des intellectuels musulmans et français massacrés pour la juste cause je suppose,,des putsch,la liste est longue.

Reno, vous partez en Algérie, j’ai quelques doutes, je peux vous emmenez en kabylie, entendre et voire des lieux qui portent encore les traces de massacres.

laissons ces martyrs reposer en paix !

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Le rapport entre les massacres de Sétif et ceux du GIA est pourtant évident:une même victime le peuple algérien.

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@tous,
je remercie Youssef Girard pour son article, sa leçon très nécessaire d’histoire, mais est il utile que nous nous querellions à ce sujet ?
entre collabos, parias et harkis, est il necessaire de les remettre au gout du jour ?
Sommes nous responsables des erreurs des nos grands pères ?
Ceci dit,les grands mères, protégeaient,et protegent encore l’être humain.Et ce, chez n’importe qui.
Ce n’est qu’une sale histoire d’homme.

Alors, inutile pour notre construction à venir, en tant que être humain, de savoir qui a raison ou tort, simplement sachons tirer profil de l’histoire. Et surtout, mais cela est utopique, ne pas la reproduire...

Mais en tirer des leçons, et si j’ose dire, ne pas avoir trop mal à nos ancêtres ... mais surtout, ne rien ignorer.

A nous ne faire le bon choix

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Le massacre des Harkis incombe à la France car conséquence du colonialisme barbare et brutal POINT.
Le mot Harki n’existerait pas si la colonnisation n’a pas eu lieu.

Cause et effet Peut on ainsi dire ?!

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A Réno : vous faites erreur quand vous dites : "Et la France n’y était pour rien." En effet, au moment ou le Fis qui etait le bras politique des GIA, a gagné les éléctions en Algérie, un certain Président de Gauche avait alors dit sur toutes les antennes nationales : " qu’il était hors de question de laissé passé le Fis !" à part ça vous avez raison la France n’a rien à voir dans cette affaire. Comme elle n’a rien à voir avec le maintien des dictateurs africains et arabes ? La Françalgérie et la Françafrique ne sont que des mythes n’est ce pas ?

Vous faites un parallèle trés surprenant entre les GIA et ce les massacres de Sétif, en oubliant juste un petit détail : Les GIA sont des sanguinaires, dépourvus d’humanisme, et qui ont utilisés la religion pour imposer leur violence mais vous vous étiez une grande nation, une grande civilisation, une république démocratique, pleine d’humanisme, vous brandissez les valeurs de droits de l’homme, vous chantiez la liberté, le droit des peuples, vous nous enseigniez la liberté, l’égalité et la fraternité, vous encenssiez les résistants qui avaent combattus le nazisme...alors comment avez vous non seulement massacrés par milliers des gens qui manisfestaient pour leur droit de vivre comme des êtres humains, mais comment avoir cautionnés, alimentés, soutenus, contribués à ce massacre des innocents ?

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L’URSS a fêté la victoire le 9 mai 1945.

L’histoire, la vraie ne peut souffrir de l’à peu près.

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Amazone !

Je me disais bien que nous y étions encore pour quelque chose...

Décidément, on sert à excuser toutes les erreurs. Très commode, c’est toujours la faute des autres.