Kadhafi et son art consommé de la provocation en terre papale

La dolce vita à Rome n’a de sens pour Mouammar Khadafi que si elle est tirée de sa douce torpeur pour fris

mardi 31 août 2010

Kadhafi et son art consommé de la provocation en terre papale

La dolce vita à Rome n’a de sens pour Mouammar Khadafi que si elle est tirée de sa douce torpeur pour frissonner au son de son prosélytisme invétéré, parsemé de ses frasques hautes en couleurs.

Le dirigeant lybien a donc jeté son dévolu sur la terre papale pour donner libre cours à son art consommé de la provocation, faisant de chacun de ses séjours de diva capricieuse un one-man-show explosif et fantasque, qui se moque du décorum et joue avec les nerfs de ses hôtes.

« L’islam doit devenir la religion de toute l’Europe », telle fut l’injonction lancée dimanche en guise de remerciement par celui qui ne peut se déplacer sans sa célèbre tente bédouine plantée dans le jardin de l’ambassadeur de Lybie et qui, pour l’occasion, a fait acheminer des chevaux par vol spécial de Tripoli.

Venu célébrer avec son ami Silvio Berlusconi le deuxième anniversaire du traité d’amitié du 30 août 2008, qui a mis fin au contentieux sur la période coloniale, Kadhafi ne pouvait décemment se contenter d’une sage visite protocolaire sans la ponctuer de ses conférences particulières sur l’islam destinées exclusivement à la gent féminine.

Ainsi, dimanche soir puis lundi après-midi, le colonel lybien s’est mué en donneur de leçons devant ces dames, au nombre de 500 puis de 200, triées sur le volet par une agence d’hôtesses. Sois belle et tais-toi, et surtout fais mine d’être intéressée ! Tels sont les principaux critères de sélection imposés par le grand homme, qui de surcroît rémunère son auditoire à hauteur de 80 euros, de crainte de faire un four.

Et c’est face à ce public de choix, qu’il a appelé à la conversion de "L’Europe à l’Islam", enfonçant le clou en invitant l’assistance à épouser des hommes libyens. Du Khadafi en très grande forme qui ne pouvait que soulever un tsunami de protestations !

Les réactions italiennes ne se sont pas fait attendre. Mario Borghezio, membre du parti populiste de la Ligue du Nord (majorité au pouvoir) s’est inquiété d’un "projet dangereux d’islamisation de l’Europe" intimant à la prudence envers Kadhafi et sa "philosophie de marchand de tapis", une allusion aux gros contrats en cours de négociation. Le parti d’opposition Italie des valeurs a aussitôt riposté en dressant une "tente de la légalité" devant l’ambassade de Libye, afin de décerner à Khadafi une "laurea hororis causa" pour le manque de liberté et les atteintes aux droits de l’homme dans son pays.

La presse, de son côté, a dénoncé l’achat d’armement italien par la Libye qui a déjà récemment accru sa présence au capital de la banque italienne Unicredit.

Le Vatican, abasourdi, a annoncé qu’il demandera des comptes à Kadhafi sur le sort "préoccupant" des immigrés refoulés par l’Italie vers la Libye au nom du traité bilatéral. Quant à la section italienne d’Amnesty International, celle-ci a exigé que Berlusconi évoque les "graves violations" des droits de l’homme en Libye.

Dans un tel climat, on se demande quelle saveur pouvait bien avoir l’iftar offert par Berlusconi, en présence de 800 invités, dont un parterre de grands patrons, après ce nouveau tour de piste du très prévisible Khadafi, qui ne semble concevoir ses déplacements à l’étranger qu’avec perte et fracas.

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