Samedi 11 février 2012

Jacques Charby est mort

Jacques Charby vient de mourir. Son nom n’évoque sans doute rien pour le grand public, pas plus que celui de Francis Jeanson, voire celui de Frantz Fanon. C’est un constat choquant. Ils font en effet partie de notre mémoire. Il s’agit d’acteurs importants de la lutte de libération algérienne. Jacques faisait ainsi partie du réseau des « porteurs de valises », ces militants français anticolonialistes qui ne se satisfaisaient pas de la condamnation morale du colonialisme et étaient passés de l’ « autre côté de la barrière » en apportant leur soutien au FLN. Jacques a payé cet engagement d’une condamnation à une peine de prison de dix ans.

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Jacques Charby vient de mourir.
Son nom n’évoque sans doute rien pour le grand public, pas plus que celui de
Francis Jeanson, voire celui de Frantz Fanon. C’est un constat choquant. Ils
font en effet partie de notre mémoire. Il s’agit d’acteurs importants de la
lutte de libération algérienne. Jacques faisait ainsi partie du réseau des
« porteurs de valises », ces militants français anticolonialistes qui
ne se satisfaisaient pas de la condamnation morale du colonialisme et étaient
passés de l’ « autre côté de la barrière » en apportant leur
soutien au FLN. Jacques a payé cet engagement d’une condamnation à une peine de
prison de dix ans.

Dans la vie, il était comédien et
réalisateur. On lui doit le premier film de l’Algérie indépendante « Une
si jeune paix », un film à la fois radieux et poignant. De plus, la
performance d’un des jeunes acteurs donne un relief particulier à cette oeuvre
et participe de sa dimension tragique. Le destin de ce jeune garçon s’était
intimement lié à celui de Charby. Issu d’une famille massacrée sous ses yeux
par la soldatesque coloniale, il avait eu le bras entièrement brûlé et il en
avait perdu l’usage. Charby l’a adopté. Charby l’a élevé en France. Il n’a,
hélas, jamais pu échapper au cauchemar qu’il avait vécu. Il était sujet à des
crises violentes. Après des dizaines de tentatives de suicide, il est mort il y
a deux ans.

J’ai connu Charby durant ces
dernières années. D’un abord abrupt, il cachait soigneusement la fêlure que représentait
pour lui la plongée de l’Algérie indépendante dans les convulsions qu’elle a
récemment connues. Il en souffrait pourtant, d’une souffrance fraternelle.

Quelle époque étrange que la
nôtre ! On exhume les cadavres du placard en les parant de vertus
nouvelles. Je veux parler de la loi sur la colonisation et ses « aspects
positifs ». Oubliés, les massacres de masse. Oubliés, l’acculturation et
le déni infligés à tout un peuple qui en porte encore aujourd’hui les
stigmates. Après tout, pourquoi ne demande-t-on pas leur avis aux peuples
colonisés ? Pourquoi n’a-t-on pas sollicité l’avis de Jeanson ou de Charby ?
S’ils avaient choisi de se mettre hors la loi de leur pays, n’était-ce pas pour
combattre une entreprise criminelle ?

Personne n’a songé à s’enquérir
de leur point de vue. Mieux encore, le Ministre français de l’Intérieur a
confié une mission sur la mémoire et l’histoire au plus sinistre des histrions,
Arno Klarsfeld, celui-là même qui préconisait il y a peu le transfert massif
des Palestiniens en Jordanie, avant de prendre lui-même l’uniforme de l’armée
israélienne !

Dans ce monde privé de sens, la
voix de Charby va manquer alors qu’enfle le choeur des va-t-en guerre du
« clash des civilisations ». Ce juif, frère blessé des hommes, de
tous les hommes, était la négation vivante de cette absurdité mortelle.

Il laisse des proches, des
camarades de combat. A Marie, sa fille, il a insufflé suffisamment de force
pour qu’elle se relève de cette épreuve avec l’aide de Catherine, sa mère.

Adieu, Jacques.

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