Futurs du Monde Islamique : nécessités, réalités et horizons (partie 1/2)

Nous publions en deux parties une conférence prononcée à Alger en 1990 ’’au Symposium sur les futurs du

par

dimanche 20 juillet 2003

C’est un grand honneur pour moi de me trouver au milieu d’une telle assemblée d’hommes et de femmes distingués qui ont tant contribué à la clarification des problèmes que le monde islamique confronte. Notre sujet est très stratégique pour l’avenir du monde musulman surtout à un moment où toute la planète est secouée par des ruptures et des mutations que ceux qui font de la prospective prévoyaient depuis quelques années. Je suis donc très conscient de la difficulté de notre tâche collective et encore plus conscient de mes limites face à la complexité du thème qui nous concerne à cette réunion.

Cela fait vingt cinq ans que je mène des recherches dans le domaine de la prospective. Je pense avoir participé à plus de deux cents conférences et séminaires internationaux traitant du futur, mais c’est la première fois, à ma connaissance, que se tient un colloque international exclusivement consacré à la prospective des problèmes concernant l’Islam et aux méthodes de recherche à envisager dans ce domaine. C’est un signe de maturité, espérons qu’il sera suivi d’autres initiatives de ce genre et de programmes de recherches concrets avec des moyens adéquats.

J’espère que l’origine géographique des participants dépassera, lors des prochaines activités du Centre, l’espace du Monde arabe qui, après tout, ne représente que 20% des musulmans qui se trouvent aux cinq coins de la terre. Il faut éviter tout risque d’éthnocentrisme lorsqu’il s’agit d’Islam car il est contraire à son esprit qui ne nie pas l’importance de la diversité -mais une diversité qui mène à l’unité. ’O vous, les constitués en peuples et en tribus pour que vous connaissez entre vous. le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux d’entre vous’. (Al Hojorate : 13).

Le symposium est donc à mes yeux comme une répétition pour d’autres rencontres beaucoup plus représentatives des réalités et des potentialités du Monde musulman. Evitons donc de généraliser, comme le font consciemment les occidentaux, à l’ensemble des pays musulmans la problématique spécifique du Monde arabe. Ceci n’est pas une critique mais une simple réserve quant à la validité universelle de nos propos et conclusions éventuelles.

Mon exposé comprendra trois parties :

I. - Importance des études du futur

II. - Les réalités : a) du monde ; b) du monde islamique

III. - Les horizons futurs du monde islamique

I. Importance des études du futur

Permettez-moi, puisque notre sujet concerne le futur de l’Islam de clarifier quelques concepts islamiques. En Islam il y a une très nette distinction entre ’El-ghaib’ qui est du ressort de Dieu qui seul connaît l’inconnu, et le ’mystère’, d’une part, et la notion du futur dans le sens où nous l’utilisons dans la prospective, c’est-à-dire une projection dans le temps des conséquences de nos actions et inactions d’aujourd’hui. Il ne s’agit ni de prophétie ni de divinations.

Le mot ’mustaqbal’ (futur) ne se trouve pas dans le Coran mais on trouve le mot ’mustaqbil’ un de ses dérivés :

’Puis, voyant cela comme un nuage se diriger vers leurs vallées, ils dirent : ’Voici un nuage, il va pleuvoir’. ’Au contraire ! c’est cela même que vous cherchez à hâter : un vent, et défend, un châtiment douloureux’ (Al-Ahcâf, 24).

Le Coran est plein de références aux notions qui ont trait à la vision et à l’avenir (’rou’iya’, ’ennadra’...)

’Ho, les croyants ! Craignez Dieu. Que chacun considère ce qu’il a préparé pour demain !’ (Al-Hachr-18).

’N’ont-ils pas considéré le super-royaume des cieux et de terre et toute la chose que Dieu a créée et que peut-être leur terme est déjà proche ? Par quel discours croiront-ils donc, après cela ?’ (Al-Aaraf-185).

’Et de ce qu’ils prévariquaient, la Parole leur tombera dessus. Ils ne parleront donc point. N’ont-ils pas vu qu’en vérité Nous avons désigné la nuit pour qu’ils aient repos, et le jour pour voir ? Voilà bien là les signes, vraiment, pour des gens qui croient ! Et le jour où l’on soufflera dans la Trompe ! Puis ils seront effrayés, tous ceux qui sont dans les cieux et tous ceux qui sont sur la terre, -sauf qui Dieu veut ! Et tous viendront à lui en s’humiliant.

Et tu verras les montagnes ! Tu les compteras pour figées, alors qu’elles marcheront de la démarche du nuage. Fabrication de Dieu, Lequel perfectionne toute chose. Il est bien informé, vraiment, de ce que vous faites’. (Les fourmis, 86-88).

Toutes ces Sourates lancent des appels pour profiter du présent tout en oeuvrant avec perspicacité pour l’avenir, cet avenir est à la fois l’au-delà et la vie ici bas.

Quant au mot ’el-ghad’ (demain), il est cité cinq fois dans le Coran et l’utilisation de la forme du futur dans les verbes y est assez fréquente :

’Que chacun considère ce qu’il a préparé pour demain’. (Al-Hachr-18).

’Envoie-le demain avec nous faire une promenade au pâturage, et jouer, cependant que nous serons pour lui des gardiens’ (Youssouf-12).

’Et ne dis jamais, à propos d’une chose : oui, je vais faire cela demain’. (El-Kahf-23).

’Et personne sait ce qu’il s’acquerra demain, et personne ne sait dans quelle terre il mourra’ (Lucman-34).

’Demain, ils sauront qui est le grand menteur, l’insolent’.

(La Lune-26).

Il y a lieu de constater qu’au moment où le premier verset, comporte un appel clair à l’exploration du futur pour consolider la foi du croyant et lui éviter toute surprise, le troisième et le quatrième versets rejettent toute forme de prophétie ou de divination.

Si l’on se penche sur les versets du Coran précités, on comprendra qu’ils appellent à éviter de prophétiser une image unique de l’avenir et de prétendre le connaître d’avance. Quant au fait de projeter une multitude de conceptions du futur, c’est ce à quoi nous sommes appelés à oeuvrer afin de prévenir le mal et d’arriver au bien-être auquel nous aspirons ; le futur est donc pluriel et ouvert.

Je pense que l’Islam est en soi une ’vision’ à la fois de ce monde et de l’autre monde. Il comporte un message dynamique basé sur le changement (ettaghiyir) -un changement dont l’initiative, dans les domaines politique, économique, social et culturel, revient à l’homme qui est maître de son devenir. Le changement est en effet une nécessité pour un avenir meilleur et la parole de Dieu est claire à ce sujet : ’En vérité, Dieu ne change rien en un peuple, tant qu’ils n’ont rien changé en eux-mêmes’ (Ar-ra’d-13 : verset II).

Il y a donc lieu d’éviter une autre confusion concernant le concept de ’bid’a’ (hérésie) signifiant une transformation et une violation des fondements spirituels de l’Islam, d’une part et le changement en tant que facteur dynamique de toute société vivante qui ne saurait se faire sans innovation (ibda’). Toute matière vivante qui ne change pas meurt, il en est ainsi de l’être humain et de la société. Ceux qui craignent le changement, le font, non pas pour des raisons de culte, mais pour des motifs d’ordre social car ils ont des privilèges à conserver. Ceux-ci ont toujours tendance à s’opposer au changement en invoquant l’hérésie.

La régression du Monde islamique et tous les malheurs qui en découlent peuvent être attribués à ce conservatisme qui a étouffé l’innovation, l’imagination et la créativité à partir du Xème et XIème siècle quand des soi-disants doctes ont ’fermé’ la ’porte’ de l’Ijtihad (recherche).

Comment rattraper ce retard ? C’est en cherchant à répondre à une pareille question que l’on découvre toute l’importance de l’étude du futur qui nous force à lire les ’horizons’. Dieu n’a-t-il pas dit :

’Nous leur montrerons bientôt nos signes, dans l’Univers et en eux-mêmes, jusqu’à ce qu’ils voient clairement que ceci est la vérité. Ne suffit-il pas que ton Seigneur soit témoin de toute chose ?’ (Fuçaylat-41 : Verset 53).

Le Prophète Sidna Mohammed regardait toujours devant lui et ne se retournait jamais en arrière. l’Islam en tant que religion et société est avant tout un regard porté sur l’horizon, pour les questions de ce monde et de celles de l’au-delà. Car c’est de ces regards que dépendent les actions pour lesquelles nous sommes responsables auprès de nous-mêmes, de la société et de Dieu. Toute l’action humaine sur le plan religieux et social, en Islam, est guidée par les conséquences de cette action à la fois sur terre

et lors du jugement dernier. Elle implique une intégration du futur dans l’acte quotidien.

Un hadith du Prophète dit : ’L’Islam efface ce qui précède’, c’est-à-dire le fait qu’un individu embrasse la religion musulmane lui onne deux particularités : la première c’est que l’Islam lui efface tous les pêchés précédents parce qu’il n’y a plus besoin d’y revenir afin de s’intéresser à l’avenir. La deuxième c’est la responsabilité que l’Islam fait assumer à l’individu ce qui va advenir, c’est-à-dire l’encourager à s’intéresser à son avenir et à ses aspirations futures. Le verset coranique qui dit : ’Que chacun considère ce qu’il a préparé pour demain’ est à cet égard édifiant.

Ces remarques préliminaires ne visaient qu’à dissiper tout malentendu et éviter toute interprétation de l’Islam qui le rejetterait dans le fatalisme où la personne et la société ne seraient plus maîtres de leurs destins. Pour que nous puissions faire face aux défis du futur, nous devrions d’abord procéder à un grand nettoyage de nos cerveaux, comme le disait, il y a 40 ans, le Cheikh ohammed Belarbi El Alaoui : ’Nos têtes ressemblent à un grand dépôt d’ordures qui a besoin d’énormes moyens de nettoyage pour devenir propre et purifié de ces déchets’.

Les études du futur représentent un phénomène assez récent qui date de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Les premiers travaux de prospective étaient entrepris par la Rand Corporation pour le compte du Pentagone des années 1946. C’est pour cela que l’on trouve un lien assez étroit entre les études stratégiques et les études de prospective.

Ce n’est que vers la fin des années 1960 que les études sur le futur ont pris un véritable départ. Mais même à ce jour près des deux tiers des recherches sur le futur sont menées soit par le secteur militaire soit par les firmes multinationales. On retrouve ainsi le même phénomène que celui qui prévaut dans le domaine du financement de la recherche scientifique.

Elles ont pris un très grand essor dans les pays industrialisés, sur les plans de la formation, de la documentation, de la recherche et des applications concrètes. Près de 97% des dépenses totales sur la recherche prospective s’effectuent dans ces pays et moins de 3% dans le Tiers-Monde qui compte 80% de la population mondiale.

La sous-estimation de l’importance stratégique du futur est un des symptômes les plus aigus du sous-développement. Il est toujours difficile de faire comprendre une règle bien simple qui veut que plus un phénomène est grave, intense et urgent, plus sa solution réelle dépend d’une vision à long terme. Le développement commence lorsqu’une population se donne les moyens de réfléchir sur son futur en cherchant un consensus sur des projets de société.

Les études du futur ne constituent pas une science même si leurs méthodologies ont recours à plusieurs sciences exactes et sociales. Il s’agit d’étudier, avec une démarche ouverte, en retenant des alternatives et des choix, les diverses évolutions d’une situation donnée et les conséquences possibles de telle ou telle décision sur ces évolutions. C’est pourquoi on parle toujours des futurs et non du futur. Le but essentiel est de définir des objectifs désirables et de voir comment on peut les rendre possibles à moyen ou long terme en agissant sur le présent.

Lorsqu’on demanda à Einstein pourquoi il s’intéressait au futur, sa réponse fut bien simple, ’parce que j’ai l’intention d’y passer le reste de ma vie’.

Une fonction principale des études du futur a trait à leur mission pédagogique car elles transforment les structures mentales et contribuent à la réduction du décalage entre la rapidité du développement technologique et le temps nécessaire pour l’assimiler d’une façon utile en évitant ses retombées négatives.

J’ai toujours souligné la nécessité impérieuse de la culture et des valeurs dans le développement. Il est évident que l’Islam en tant que force de changement et d’innovation jouera un rôle prépondérant dans notre évolution puisqu’il existe de nos jours un retour volontaire aux valeurs spirituelles, particulièrement chez les jeunes.

Il est également évident que si la jeunesse musulmane retourne actuellement aux sources, c’est pour retrouver des valeurs endogènes pour guider ses pas. L’avenir escompté par le monde arabe et musulman passera nécessairement par un renouveau de l’Islam -un Islam de recherche (Ijtihad) et non l’Islam des imitations qui a été à l’origine de l’effondrement de notre civilisation et qui s’est progressivement éloignée de sa mission d’innovation et de créativité. Si le Prophète Sidna Mohammed et ses Compagnons n’avaient projeté l’avenir, il n’y aurait peut-être pas actuellement 1 milliard 200 millions de musulmans dans le monde.

II. Réalités contemporaines

A. Réalités mondiales

De nos jours, plusieurs phénomènes caractérisent le monde dont les plus importants sont :

1. L’accélération de l’histoire -la connaissance totale mondiale double actuellement tous les 7 ou 8 ans. Un article scientifique est publié toutes les deux minutes quelque part dans le monde.

2. La complexité croissante que cette accélération engendre.

3. Le rétrécissement du temps et de l’espace.

4. La transition d’une société de production à une société du savoir où les ressources humaines deviennent plus importantes que les matières premières (baisse de 25% en 1989) et où le capital n’est plus rentable sans ressources humaines, matière grise et innovation. Pour illustrer le principe de l’accélération de l’histoire et la rapidité du changement et ses implications au niveau des ressources humaines, par exemple, il suffit de se référer à l’étude entreprise par le Ministère de l’Enseignement de l’Espagne selon laquelle on ne trouve pas de formation correspondante dans les institutions post-secondaires pour la moitié des emplois dont on aura besoin en l’An 2000.

5. Le rôle accru de la culture -il y a 22 ans, lors de la première table ronde Nord-Sud, organisée par la Société Internationale pour le Développement (SID) à Rome en mai 1978, j’avais insisté sur le fait que l’aspect le plus politique et le plus déterminant dans les rapports Nord-Sud était d’ordre culturel car il concernait les valeurs,

’Il faut accorder une priorité aux systèmes de valeurs pour démontrer que la crise actuelle entre le Nord et le Sud ne peut être surmontée par simple adaptation. C’est une crise du système dans son ensemble. Toute solution doit passer par une nouvelle définition des objectifs, des fonctions et structures, et une redistribution du pouvoir et des ressources selon une échelle de valeur différente de celle qui a causé la crise et l’effondrement du système actuel’.

7. La croissance démographique et jeunesse de la population au Sud, et stabilisation ou baisse de la population accompagnées d’un vieillissement au Nord. (Dans le monde musulman 50% de la population a moins de 16 ans et plus des deux tiers ont moins de 30 ans).

8. Le rôle des technologies avancées : informatique, télématique, robotique, intelligence artificielle, sciences de l’espace, biotechnologies, nouveaux matériaux... L’industrie dans ces secteurs consacre entre 8% et 12% de son chiffre d’affaires à la

recherche et un montant presque égal à la formation de son personnel.

Il ne faut pas fonder l’espoir sur ce que l’on appelle le ’transfert de technologie’ -on ne transfert que des produits dépassés à des prix injustifiés. La maîtrise des technologies est le résultat d’un travail et d’une recherche endogènes. Ce processus là ne se vend pas et ne s’achète pas -il s’acquiert par le savoir et la créativité.

9. Le nouveau rôle prépondérant de l’information et de la communication -ce nouveau secteur représente maintenant 40% de la production industrielle mondiale et plus de 60% des emplois dans le monde industrialisé. Il y a un énorme déséquilibre entre le

Nord et le Sud dans ce domaine car le premier contrôle près de 85% des activités concernant ce secteur avec des conséquences politiques, économiques, sociales et culturelles dont on commence à peine à mesurer l’impact.

10. L’intégration économique et la constitution de grands ensembles : aucun ensemble économique de moins de 150 millions d’habitants ne pourra faire une entrée digne dans le XXIème siècle (Grande Europe : 350 millions ; Amérique du Nord : près de

300 millions ; Sud-Est Asiatique : 350 millions).

11. La culture dans le sens large du terme est maintenant le point le plus stratégique dans les rapports entre les Etats. Les problèmes que posent la communication culturelle seront les sources possibles des conflits de l’avenir bien plus que les questions politiques ou économiques.

12. L’équation : modernité = occidentalisation s’est avérée fausse. L’expérience du Japon en est la meilleure preuve. Dans un rapport publié en 1989 par le NIRA (Nippon Institute for Research Advancement) intitulé ’Ordre du jour pour le Japon des années 1990’, on peut lire,

’il faut désormais voir le monde différemment, mettre de côté le vieux préjugé d’un ordre mondial stratifié sous l’Empire américain. Le nouvel ordre mondial, qu’on pourrait appeler l’âge de la diversité des civilisations repose sur la coexistence de

multiples civilisations... Si l’occidentalisation a fait progresser le monde sur le plan matériel, la modernisation du Japon témoigne de la distinction entre modernisation et occidentalisation’.

13. L’’immatérialisation’ du matériel et la ’matérialisation’ de l’immatériel : les produits industriels requièrent de moins en moins de matières premières et de plus en plus de valeur ajoutée sous forme de matière grise. Un exemple de cette immatérialisation est le recours au fibre optique qui a énormément réduit la quantité de matière utilisée en comparaison avec le cuivre, miniaturisation, micro-processeurs et puces électroniques. On parle ainsi de l’immatérialisation de l’économie.

Par ailleurs, grâce au progrès dans les ’nouvelles’ sciences, physique des particules, biologie moléculaire, neurophysiologie,... la physique classique de Newton est remise en cause parce qu’elle est essentiellement mécanique et n’explique plus tous les phénomènes observables au niveau de l’Univers. Toujours dans la même ligne de pensée, on trouve que le rationalisme de Descartes peut être un obstacle à la compréhension scientifique de phénomènes qui échappent à la rigidité d’un tel cadre. C’est ainsi qu’on parvient à ne plus établir mécaniquement des frontières entre le monde du matériel et celui de l’immatériel dont l’appréhension scientifique se dessine dans un futur lointain.

Pour une plus ample explication de ces nouvelles tendances on pourra se référer à la ’Déclaration de Vancouver sur la survie au XXIème siècle’ adoptée en septembre 1989 à la suite d’un colloque interdisciplinaire organisé par l’UNESCO. En voici des

extraits,

’Dans cette vision scientifique nouvelle, les valeurs humaines s’élargissent en conséquences. C’est dans le contexte des images convergentes de l’homme proposées par les progrès récents de la science et de la culture que nous cherchons les modèles d’un avenir qui permette à l’homme de survivre dans la dignité et en harmonie avec son environnement...

’Ces idées modifient la conception de la place de l’homme dans la nature et appellent une transformation radicale des modèles de développement...’

14. Le reflux du spirituel dans toutes les régions du monde était prévisible et même nécessaire compte tenu des excès du matérialisme philosophique du communisme et du matérialisme concret du capitalisme. Ce reflux a été à la base et au cœur même des mutations que vit l’Europe de l’Est. Il est également la source d’importantes secousses dans les sociétés musulmanes mais avec des populations beaucoup moins instruites et plus susceptibles d’être exploitées à d’autres fins assez éloignées de ce nouvel élan universel. Cela ne pourra pas affecter à long terme une soif pour les valeurs spirituelles à un moment où le monde entier traverse une grande crise éthique et morale.

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Auteur : Mahdi Elmandjra

Né en 1933 à Rabat, le Professeur Mahdi Elmandjra a fait ses études universitaires aux Etats-Unis à l’Université de Cornell (Licence en Biologie et en Sciences Politiques) et les continua en Angleterre où il obtint son doctorat (Ph.D. éco.) à la LONDON SCHOOL OF ECONOMICS (Université de Londres). Il enseigne à l’Université Mohamed V à Rabat depuis 1958. Il a été Directeur Général de la Radiodiffusion Télévision Marocaine et Premier Conseiller de la Mission Permanente du Maroc auprès des Nations Unies à new York. Il a occupé plusieurs hautes fonctions au sein du Système des Nations Unies (1961-1981) y compris celles de Chef de la Division Afrique ; de sous-Directeur général de l’UNESCO pour les Sciences Sociales, les Sciences Humaines et la Culture ; et de sous-Directeur général pour la Prospective. Il a également été Président de la Fédération Mondiale des Etudes du Futur, Président de Futuribles International et il est Président Fondateur de l’Association Marocaine de Prospective et de l’Organisation Marocaine des Droits de l’Homme. Il est membre de l’Académie du Royaume du Maroc et de l’Académie Africaine des Sciences et de l’Académie Mondiale des Arts et Lettres. Il a publié plus de 500 articles dans les domaines des sciences humaines et sociales. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont « The United Nations System : An Analysis » (1973). « On ne finit pas d’apprendre » (Rapport au Club de Rome, 1979, traduit en 12 langues), « Maghreb et Francophonie » (1988), « Première Guerre Civilisationnelle » (1991), « Rétrospective des Futurs » (1992), et « Nord-Sud, Prélude à l’ère Postcoloniale » (1993). « Al Quds, symbole et mémoire » (1996) ; « Dialogue de la communication » (1996) ; « La Décolonisation Culturelle, Défi Majeur du 21ème siècle » (1996) ; « Massar Fikr » (cheminement d’un penseur) (1997) ; « Déglobalisation de la Globalisation » (1999). Le Professeur Elmandjra a reçu le Prix de la Vie Economique 1981 (France), la Grande Médaille de l’Académie Française d’Architecture (1984), Ordre des Arts et Lettres (France, 1985), Ordre du Soleil Levant (Japon, 1986). Il a également reçu la Médaille de la Paix de l’Académie Internationale d’Albert Einstein et le Prix de la Fédération Mondiale des Etudes sur le Futur en 1995)

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