François Fillon inaugure la mosquée d’Argenteuil en appelant à « rejeter l’intégrisme »

Donner des gages à une semaine de clouer au pilori législatif le voile intégral, et miser habilement sur l

lundi 28 juin 2010

Donner des gages à une semaine de clouer au pilori législatif le voile intégral, et miser habilement sur la force des symboles pour faire table rase de mois de matraquage politico-médiatique. La République excelle dans l’art d’allumer des contre-feux, qui ne dévient jamais de leur cap initial, si ce n’est en cas de camouflet retentissant : le débat sur l’identité nationale.

Alors que l’hémicycle de l’Assemblée Nationale est assuré de faire salle comble mardi prochain, pour ouvrir le bal du débat parlementaire le plus couru du moment, le projet de loi contre le voile intégral, le Premier ministre en personne a créé l’événement de la Vème République en inaugurant seul, la mosquée Al-Iqhsan d’Argenteuil, sans son comparse Brice Hortefeux, pourtant ministre des Cultes.

Après sa visite des lieux, François Fillon a salué la détermination d’Abdelkader Achebouche, le président de l’association Al Ihsan, initiateur de cette grande réalisation architecturale, lancée en 1999, qui a transformé les anciens ateliers Renault en un centre communautaire, se composant d’une salle de prière (qui pourra accueillir jusqu’à 2 500 fidèles), des espaces réservés aux ablutions rituelles et d’une école coranique enseignant l’arabe et l’éducation islamique. Cette dernière fonctionne déjà et accueille successivement près de 1 000 élèves chaque week-end dans ses huit classes de 20 élèves.

Le dossier de l’islam et des citoyens français de confession musulmane changerait-il de main, et pour quelle finalité ?

Opération séduction qui se drape d’une volonté toute républicaine d’oeuvrer pour la cohésion sociale, non pas en amont mais en aval, une fois que le mal est fait, la venue en grande pompe de François Fillon n’est pas anodine. On choisit Argenteuil qui se situe à proximité d’un quartier rendu célèbre en 2005 par les slogans populistes de Sarkozy, on préfère le haut du panier de l’Etat au trublion controversé de l’Intérieur, et on s’adresse aux musulmans en les réduisant à l’image « d’obscurantistes » qui doivent faire triompher « l’intelligence ».

Les mots clés ont fusé, dans un discours condescendant qui tourne en boucle, sans évoluer d’un iota, et ponctué de la non moins prévisible grande leçon moralisatrice teintée de l’inévitable suspicion d’intégrisme. Pour le maire PS d’Argenteuil, cela ne fait pas l’ombre d’un doute : l’inauguration de la mosquée par le Premier ministre est une manière de "rattraper la faute qu’a été le débat sur l’identité nationale".

Une tactique qui esquisse un semblant de repentance, sur le ton de l’apaisement, mais qui au fond troque une mosquée contre un projet de loi d’interdiction générale, foncièrement liberticide, sur lequel l’hôte de l’Elysée et l’UMP jouent leur crédibilité.

Publicité

commentaires