Saturday 17 May 2008

« En avoir le Coeur net » de Mohamed Talbi

Ce que dit la raison au cœur

Par Jameleddine Héni
mercredi 7 mai 2008

L’Islam est entre deux extrêmes, l’islamisme d’un côté et de l’autre rien de « nominal » !. Ou plutôt du bon extrémisme qui ne dit rien sur ce à quoi l’islamisme fait-il hérésie, rien sur la religion islamique libérée de sa « bêtise » fondamentaliste. Le troisième monothéiste n’est pas l’islamisme, et on s’arrête là ! Oui mais de quoi exclue-t-on l’excroissance islamiste ? Existe-t-il en théorie ou en pratique une autre raison d’être à l’Islam que le déni de son propre extrémisme ? Et à quel corpus théologique, l’islamisme ferait-il « extrême » ?

C’est à ces questions que vient répondre le dernier ouvrage de Mohamed Talbi. « En avoir le coeur net », emprunt coranique évoquant la réponse d’Abraham à l’interrogation divine « alors, n’a tu pas la foi ? ». Les réponses de l’auteur se déploient sur trois axes parallèles, Islam et liberté, Islam et modernité et islam et monothéismes. Ces axes traversent l’ouvrage de bout en bout et organisent les différents chapitres.

Liberté

« En avoir le coeur net », le livre s’introduit par une profession de foi sans ambiguïté : croire est une expression de liberté, la moindre menace ou contrainte nous fait tomber dans le domaine de la non foi, de la « nécessité ». Il en est de la foi islamique comme des autres : une quête de vérité « dans la lumière de Dieu », écrit Talbi. «  Nous sommes redevables au Coran et non l’inverse, poursuit-il ; dans ce livre nous voulions revenir sur notre quête de vérité, sachant que que tout être conscient cherche naturellement la vérité, pour et par soi .

Nous cherchons cette vérité pour nous mêmes. Nous ne voulons convaincre personne. Notre souci est avant tout un souci de soi. Pourquoi croyons-nous le Coran révélation divine ? Comment en étions-nous arrivés à cette conviction ? Nous ne livrons combat à nos détracteurs, nous leur répétons, ce que nous apprend notre Coran « A vous votre religion, à moi la mienne » Sourate al Kafirûn, 109, 6 ».

En voici la première réponse à la question de la liberté : la foi musulmane est libre, sans aucun caractère prosélyte, de part même sa dimension personnelle. L’homme est libre de croire, ne pas croire ou se convertir ; maître de ses professions, maître de ses doutes. L’apostasie n’est pas une pensée islamique mais bien plutôt politique, Talbi parle de « désislamisation » (insilakh islamîyn) au sujet de musulmans qui opposent à la modernité l’unique condition d’une sortie de l’Islam.

Mais il en distingue deux « désislamisés » : ceux qui l’assument et ceux qui le dissimulent ou le fardent de voiles discursifs. C’est à ces derniers qu’il consacre de nombreuses pages où il répond coup sur coup à la thèse du coran écrit, de l’irrecevabilité de la révélation... « Ils n’ont rien ajouté au vieil orientalisme tendancieux » conclue-t-il.

Modernité

Le second élément de sa réflexion touche à la modernité. Conçue comme une tendance historique et théorique vers le progrès et la raison, il en trouve les racines dans la pensée d’Ibn Khaldûn. Ce penseur tunisien du 15ème siècle soutenait déjà un évolutionnisme initiateur, expliquant la séparation phylogénétique de l’homme par l’accès aux concepts, tandis que le règne l’animal « n’opère que sur les sensibles ».

L’hypothèse d’une hominisation par la conceptualisation permettait alors de rompre avec « les illusions héritées de l’hellénisme » dont « l’intellect actif ».. et réorientait le savoir vers le cerveau humain ou ce qu’on appelle aujourd’hui la cognition. D’autre part, Ibn Khaldûn redirigea l’histoire et la sociologie vers les transactions humaines selon un esprit empirique fondé sur la récurrence des phénomènes.

Déjà au 15 siècle !!, la modernité (le progrès et la raison) germait dans la pensée khaldûnienne, mais l’élan du père ignoré des sciences humaines, allait rester déclaratif et isolé ; ni la faiblesse du Magreb ni la déliquescence du monde musulman ne pouvait porter plus loin la pensée du prodige de Tunis. Et la paternité islamique de la modernité n’aura été qu’un songe éphémère. Alors, alors ! Par quel génie imposteur a-t-on déclaré l’Islam incompétent à la modernité ?!!

Monothéismes

Venons-en enfin à la dernière idée directrice du livre : l’Islam et le monothéisme précurseur. Talbi qui est un des instigateurs du dialogue inter religieux, se sent un peu trahi. L’Islam n’a pas bonne presse en occident, les mêmes vieux griefs orientalisants le suivent, intolérant, polygame et sanguinaire ; à ce refrain rebattu s’ajoute le terrorisme.

Talbi inverse les rôles, il redonne à l’Islam la parole dans le monologue judéo-chrétien ambiant et la religion mohamedienne retrouve ainsi sa vocation critique. La question du mal et des origines de l’homme sont l’occasion de discuter les deux monothéismes : l’ancien testament jette la responsabilité du mal sur l’homme qui « dans sa promenade au paradis... « briguait » la condition divine » . Il en avait été puni, en l’envoyant sur terre, « bagne maudit » y lit-on.

Le nouveau testament, explique le mal par le « péché originel » où la femme joue un rôle primordial. Talbi affine l’analyse et trouve dans le christianisme une forme de judaïsme hellénisé sous la houlette de Paul 64 A.J. Originaire d’Anatolie.

L’islam, déroge au monothéisme précurseur. Il ne voit pas en notre terre un bagne aux reclus, il y voit l’homme en mission divine. La terre est tout autre chose que l’univers maudit des anciens, elle est le paradis de l’homme. le Coran n’évoque nullement la pomme de discorde et la femme n’y pas une séductrice , instigatrice du mal. Le livre des Musulmans parle d’elle en ces termes « un calice », une « étamine », pas une malédiction !

L’islam dérange, il compte les coups depuis des siècles, par monts et par vaux, l’anthème d’autres extrémismes s’abat sur lui et les « caricatures » danoises n’en sont qu’une péripétie, assène l’auteur. Dans un arabe léché, Mohamed Talbi, exhorte les Musulmans à rejeter le salafisme et à sonder le message d’une désislamisation qui ne dit pas son nom. Il appelle de ses voeux « une lecture vectorielle du Coran qui consiste à prendre en compte l’intentionalité du livre saint et non pas les jugements émis à une époque révolue ».

Goût de la controverse

Le livre de Talbi n’a rien de scientifique, ni même de théologique, c’est une biographie intellectuelle qui ne saurait être objective et non historique. L’auteur y semble pressé de professer une foi inébranlable ici et maintenant, au milieu des péripéties danoises, néerlandaises, américaines...Par ce sale temps que vit l’islam partout. D’où les procès, la virulence et les règlements de compte, d’où le goût de la controverse à laquelle s’adonne-t-il parfois sans précaution...Au mépris même de la méthode, où des niveaux de discours chevauchent dans une même phrase.

Mais cela ne saurait ôter à Talbi son courage de ne pas cacher sa religion par pur calcul médiatico-politique. Car après tout c’est un livre sur la religion comme en écrivent d’autres fidèles du monothéisme non déguisé qui, eux, sont respectés pour ce qu’ils sont !!

« En avoir le Coeur net » de Mohamed Talbi, premier volume d’un ouvrage de l’historien tunisien, Editions Cérès Tunisie, 293 pages, titre de l’édition arabe « lî yâtmaînna qalbi ».

Jameleddine Héni

Chercheur en psychologie cognitive.

Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article

le 13 mai 2008

Essalem alaykoum,

Je suis un scientifique de métier mais je ne prétends pas sous prétexte de faire preuve de logique et de méthodologie dans le cadre de mon métier , être capable de dire ce qui est bien ou pas en Islam.

Je pense que ce sujet doit être confiée à des érudits, des savants qui ont la foi et le sens de la responsabilité devant Allah et pour leur concitoyen.

Je pense que le modèle sociale musulman est à la base très évolué, la crise que l’on constate aujourd’hui vient à mon avis du fait que le moteur est arrêté et qu’il s’agit de le redémarrer, il s’agira en son temps quand l’esprit aura retrouvé sa sérénité, d’analyser les raisons de la panne ou de l’échec.

Il ne s’agit à mon avis pas de réinventer la roue sous l’égide de nouveaux dogmes.

Sans offenser qui que ce soit les propos dans certains messages tendent vers la prétention et le nombrilisme. Suffit-il d’invoquer une valeur pour être conforme à cette valeur ? Et cette valeur a-t-elle force de loi, un musulman doit-il accepter sans autre considération un argument tel que "c’est la raison qui l’impose ?". Ce genre de propos fallatieux et irrespectueux sont sources de conflits et d’incompréhension, d’impuissance et de déclins. Dites moi si je me trompe mais je ne crois pas que le prophète sws prenait les gens de haut lorsqu’on l’interrogeait ou s’opposait à lui.

Le dogmatisme et le fétichisme sont inhérents à la nature humaine, pour les combattre il faut un travail sur soi de tous les instants.

S’il y a une chose que l’on sait c’est que l’on ne sait rien. Alors j’invite humblement à la prudence et au respect vis à vis d’Allah bien sûr mais aussi vis à vis de ses frères.

Quand les deux extrêmes dont parle le texte se seront rejoints alors les choses iront à grande vitesse j’en suis convaincu et je l’espère inchaAllah.

Wa salam alaykoum.

Par Ahmad - le 13 mai 2008

A Karim B,

Merci d’avoir remis les choses en ordre. On en a bien besoin, par les temps qui courent, et pas uniquement dans les discussions sur internet.

Merci pour vos remarques et suggestions concernant les oeuvres de T Ramadan. C’est un personnage qui m’a intéressé et intrigué depuis des années, du fait de son contexte familial : son grand-père maternel Hassan al_Banna, mais aussi son père Said ramadan, un juriste islamique respecté. Son éducation et ses activités d’enseignement en Suisse, devaient nécessairement le marquer également, d’où un produit multi-culturel qui pouvait apporter un éclairage original sur beaucoup de questions dont discutent les musulmans aujourd’hui.

Je vais regarder les références que vous m’avez indiquées.

Cordialement

Par Waglioni - le 13 mai 2008

Je ne sais pas pourquoi Karim répond à la place d’Ahmad, mais puisqu’il y revient, allons-y : que penser d’une phrase comme :

"Le droit musulman ne permet pas cela. Mais, les lois appliquées dans les pays musulmans le permettent."

Je suis, moi, persuadé du contraire. On tente de faire croire que le droit coutumier, ou plutôt, l’absence de loi et de règle, même coutumière, peut se résumer en "les lois appliquées dans ce pays". Et ainsi de faire entendre qu’il s’agit d’Islam, puisque le pays est musulman. C’est de l’amalgame. Laissons certains journalistes le pratiquer, ou plutôt intervenons quand nous le pouvons pour les contredire. Mais lire ce genre de chose ici, voici qui me surprend.

A propos, donc, du Figaro, le même (Ahmad), qui nous donne à lire en entier l’article de ce journal, nous annonce ensuite benoîtement qu’il ne le lit pas. Je ne sais pas comment qualifier cela, je ne sais pas même s’il y a un mot approprié pour cela.

Je vous serais reconnaissant, Karim B. de ne pas répondre à la place d’Ahmad. Merci de respecter ainsi le peu de possibilité de compréhension du fil de discussion. Répondre pour d’autre revient à éparpiller le débat, s’il y a débat.

Par Karim B., Montréal - le 13 mai 2008

Salam

À Waglioni. Un peu de patience ou de rigueur vous ferai le plus grand bien.

Vos réactions témoignent du fait que vous ne prenez pas la peine de bien lire nos propos.

Ni Ahamd, ni moi-même avons suggéré d’une manière quelconque que l’Islam avait un rapport substantiel avec le cas yéménite. Pour preuve,

la première intervention d’Ahmad sur le sujet :

"Je lisais hier l’histoire de cette fille yéménite de 8 ans qui est allée au tribunal, toute seule, demander son divorce d’un homme de 30 ans auquel son père l’avait mariée contre son gré. Aucun membre de sa famille n’a voulu l’accompagner ni l’aider, de peur de représailles. Ils se sont contentés de la conseiller, de loin, sur la démarche à suivre auprès du tribunal. C’est une histoire hallucinante, et cela se passe aujourd’hui.

Je me dis : de telles choses doivent cesser. L’islam, ce n’est pas cela. Le droit musulman ne permet pas cela. Mais, les lois appliquées dans les pays musulmans le permettent. Ce n’est pas normal.

Les musulmans justifient de telles choses en disant qu’ils ne font qu’appliquer le droit musulman. Mais ce n’est pas vrai. Ils appliquent leurs coutumes ancestrales, tribales, qui remontent au fin fond de l’histoire. Cela n’a rien à voir avec l’islam, ni avec le droit qu’il a institué. Souvent, ce sont des pratiques inqualifiables."

et mes propos :

"nous les Musulmans, ceux qui croyons et sommes fiers de ce que nous sommes parce que nous savons que "l’Islam ce n’est pas ça" même si certains des notres l’affirment, devons maintenir tous nos sens et toute nos facultés psychiques, intellectuelles et spirituelles pour (je me répète) "séparer le bon grain de l’ivraie".

Nous savons bien que l’Islam ce n’est pas ça, ni Ben Laden, ni le Roi Fahd, que Jésus christ ce n’est pas Bush, que l’Idéal de Marx ce n’était pas le Goulag, que l’impérialisme, colonial ou néocoloniale ce n’est pas les Lumières, etc.

Personne ici n’a accusé l’Islam d’avoir un lien substantiel avec le jugement au Yémen et Ahmad s’est suffisament expliqué à propos du Figaro.

Vous ne suivez pas la discussion et focalisez sur ce qui n’est qu’un détail dans le cadre de cette discussion.

Si vous sentez cette discussion stérile et alambiquée, vous donnant l’envie de nous quitter, c’est peut-être que vous avez encore d’importantes lectures à faire ou un changement de disposition de votre état d’esprit à effectué.

Soyez en paix.

À Ahmad :

Salam Si’Ahmad.

Je suis étonné que vous n’avez pas encore décelé cette position chez T. Ramadan, c’est un axe important de sa pensée.

Il élabore cette position, entre autres, dans : "Islam Le face à face des civilisations Quel projet pour quelle modernité ?"

Et il en a aussi parlé dans deux de ses conférences auxquels j’ai assisté.

Cette position est d’ailleurs à la base de son appel au moratoire sur tous les châtiments corporels.

Consultez son site, il a une très grande quantité d’articles en archives. Le texte : "A propos des femmes, du « moratoire » et de notre avenir" donne une bonne idée de sa pensée sur certains des thèmes que nous avons abordés ici. Il est court, bien argumenté et nous amène au coeur de sa pensée.

Ramadan conçoit l’Islam d’une manière ouverte et contextuelle.

Par exemple, il affirme qu’il y a des relents de colonialisme à croire que seule des législations importées in extenso d’Occident seraient nécessaires pour le monde musulman et en même temps, il affirme qu’on peut trouver "de l’islam" dans des législations de pays occidentaux.

Illustration : En 2005, un groupe de musulmans d’Ontario (province canadienne) a déposé une demande pour que soit établies des cours d’arbitrage pour des cas de litiges familiaux (divorces, héritages, etc.) islamique en se fondant sur le fait qu’en Ontario, de telles cours existaient déjà pour les Juifs, les Catholiques et les Sikhs (branche de l’hindouisme).

Cette demande émanant de Musulmans à fait un mini-scandale au Canada et s’est terminé par l’abolition de toutes les cours d’arbitrage confessionnelles.

Lors d’un passage à Montréal la même année, on a demandé l’avis du Dr Ramadan sur le sujet et il a répondu qu’il s’y opposait "parce que les lois canadiennes offrent et protégent tous les droits et libertés des Musulmans prévus dans l’Islam" (je reprends dans mes mots la réponse verbale qu’il avait donné lors d’une conférence à l’Université de Montréal).

Il ne faudrait pas laisser le fait qu’il soit "un nom connu" nous détourner d’une étude de son oeuvre car il est un auteur profond et subtile.

Mais en Vérité Dieu -Exalté Soit-Il- Est plus Savant.

Cordialement votre,

Karim B.

Par Waglioni - le 13 mai 2008
Ahmad, vraiment vous en remettez une couche, et bien nauséeuse, avec vos histoires de pédophiles. S’il s’agit là de votre recette pour "avoir le coeur net", je vous la laisse et vous demande s’il est possible à l’avenir (on ne sait jamais) de nous épargner ce genre qui, je le redis n’a absolument rien à voir avec l’Islam. Prenons un exemple en le délocalisant pour en faire ressortir l’absurde : si l’on vous raconte qu’un violeur en série sévissait dans telle région de la France du treizième siècle, diriez-vous que cela était à mettre au compte des Saintes Ecritures ou de celui du dogme des Pères de l’Eglise ? Certainement pas. Alors pourquoi dans des cas aussi évidemment sordides (et, pourquoi se gèner ? inventés), accuser l’Islam ? Je ne comprends plus rien non plus au discours de Karim B., qui frise l’alambiqué, et je ne vais pas tarder à m’absenter de cette discussion que je sens stérile.
Par Ahmad - le 12 mai 2008

Personnellement, j’estime que c’est une erreur de parler du monde musulman comme s’il s’agissait d’une entité bien définie, cohérente, intégrée. Il existe plus d’une cinquantaine de pays dans lesquels des communautés musulmanes plus ou moins importantes vivent. Il y a peu de points communs entre les problèmes que connaissent les habitants du Nigéria, du Bangladesh, d’Afghanistan, d’Inde ou d’Algérie, par exemple.

Donc, il faut parler de chaque société islamique séparément. Chacune a ses propres problèmes, et les solutions qui lui conviendraient ne s’appliqueraient pas ailleurs.

Le trait commun entre toutes ces sociétés, l’islam, n’est pas le facteur de base pour faire évoluer la société. Car, ce n’est pas l’islam qui a été la cause de leurs problèmes. Le sous-développement qu’elles connaissent est dû à des facteurs politiques, économiques, financiers, sociaux, culturels, etc. Il est très rare que le facteur religieux ait joué un rôle significatif pour contribuer au sous-développement de ces pays.

Simplement, les hommes au pouvoir ont exploité la religion (entre autres facteurs) pour imposer leur pouvoir, leurs politiques, promouvoir et défendre leurs intérêts. Si l’islam devait aider ces pays à se sortir de leurs problèmes, on aurait déjà vu les résultats, car l’islam a prévalu dans ces pays depuis des siècles, entre 5 et 14 siècles selon les cas.

Or, au sein du même pays, ou de la même ville, on voit des groupes aux intérêts divergents se combattre, parce que chacun veut monopoliser le pouvoir pour réaliser ses propres objectifs. Tout le monde dit qu’il veut œuvrer pour le bien commun, mais souvent les gens qui accèdent au pouvoir oeuvrent essentiellement pour leur bien personnel.

Ce sont les idéologies et les méthodes de gestion des gouvernants qu’il faut donc changer. Ce sont les objectifs à atteindre qui doivent être redéfinis pour que le plus grand nombre des habitants du pays aient une chance de gagner leur vie, de recevoir une éducation et des soins médicaux, etc.

Il ne faut surtout pas dire qu’il faut accepter des solutions « temporaires » qui violent les droits des gens, en attendant d’atteindre une situation où on pourra rétablir les gens dans tous leurs droits. Nous avons l’exemple de l’Union soviétique qui a fait exactement cela, pendant des décennies, jusqu’à l’effondrement du régime.

Il faut donc, avant toute chose, si on est sérieux, protéger les droits fondamentaux des gens, hommes, femmes et enfants. C’est pour cela qu’il est important d’appliquer les conventions internationales conclues par les pays musulmans sur ces questions.

Si l’on respectait les droits des citoyens comme stipulé par ces conventions, aucun dictateur ne pourrait avoir les mains libres, comme il le fait aujourd’hui, pour disposer de l’ensemble du pays comme si c’était un bien personnel. Or, c’est une situation courante, qu’on peut observer d’un bout du monde arabe à l’autre, ou d’un bout du monde musulman à l’autre.

Pour faire bouger les choses, dans le bon sens, dans les pays sous-développés, qu’ils soient musulmans ou autres, les règles à appliquer sont connues. C’est ce qu’on appelle la bonne gouvernance, dans tous les domaines. C’est gérer les situations en bon père de famille, et non de manière irresponsable, selon ses humeurs ou ses envies.

C’est comme de redresser la situation d’une entreprise en difficulté. Les gérants qui l’ont mise en difficulté sont incapables de prendre les mesures chirurgicales nécessaires pour la remettre en état de fonctionner de manière viable. Mais, un nouveau propriétaire, entouré de bons cadres, n’a pas trop de mal à redresser la situation, en faisant ce qu’il faut pour cela.

le 12 mai 2008

A Ahmad qui je pense n’a pas compris mon propos, de même que je n’avais pas vu la clarification importante qu’il a fait de la table rase.

"Mon point de vue est simple sur ces questions. Les Etats et les hommes cherchent toujours à promouvoir et à défendre leurs propres intérêts. Alors, il ne faut pas compter sur quelque pays occidental que ce soit pour défendre les intérêts des musulmans, ou des Arabes, etc. Chacun doit compter sur lui-même et sur sa propre communauté, pour faire avancer les choses."

En fait ça n’était pas une suggestions mais j’énonçait des faits, pour faire avancer une société, il faut un pouvoir et une "force" agissante or les forces agissantes dans le monde arabe sont deux natures : occidentale ou indépendantiste. Entre les deux, il n’y a rien si ce n’est incohérence sur incohérence et pas simplement au niveau religieux.

Un exemple qui n’a rien de religieux, les dirigeants algériens se disent "choqués" des propos de Sarkozy a propos du rôle positif de la colonisation. A quoi mène ce choquisme ? à la conclusion que nul ne saurait écrire notre Histoire à notre place. Bravo mais encore ? On réapprend dans la déclaration du premier ministre sur son site que la France a commis d’innombrables crimes dont la destruction identitaire algérienne. Certes incontestable. Mais la question est monsieur le dirigeant algérien que faites vous pour restaurer ce qui a été détruit ? Que faites vous pour écrire votre propre Histoire ?

Je me suis écarté mais par rapport à ce que vous dites Karim et Ahmad, la question qui me paraît importante n’est pas le quoi mais le qui.

L’important n’est pas de réformer suivant la raison (pour moi c’est un leurre, la raison n’étant qu’un outil, elle est fonction du postulat de départ) mais de déterminer qui sont les leaders et qui dirigent le monde musulman. La question n’est pas de savoir si ce sont des démocraties mais de savoir si ceux qui accèdent au pouvoir sont biens les meilleurs dans le sens que les musulmans peuvent donner à ce qualificatif. Or si c’est le cas, j’aimerai savoir par quel miracle cela est-il possible ? Dans la mesure où il n’y a rien qui nous permettent d’établir cela. Ensuite la problématique de savoir si tel ou telle loi est conforme ou pas est secondaire dans la mesure où dans un état "vivant", la question (la critique), comme de l’époque du prophète sws, est possible, le choix fait par les leaders même s’il n’est pas le meilleur ou le plus conforme peut-être acceptable s’il est expliqué qu’il s’agit de solution temporaire en attendant mieux par exemple dans le cas où tous les moyens mis en oeuvre pour repousser la contrainte se sont avérés innefficaces.

Karim B. cherchait ce qu’il pouvait prendre d’Occident ; pour moi c’est le principe instutionnel mais c’est déjà fait par les pays musulmans et sans véritable succès. Il ne faut pas oublier que nous sortons à peine de la colonisation et que nos parents l’ont connu, donc l’émancipation est un long chemin qui passe nécessairement par le retour au source et ensuite le chemin critique.

le 12 mai 2008

Est-ce que l’on peut admettre que quelqu’un se cache derrière la raison pour dire tout et n’importe quoi ?

Personnellement, et c’est mon droit, je trouve fondamentalement idiot la plupart de ceux qui prétendent nous enseigner la "raison". Il s’agit en fait de la raison du plus fort derrière laquelle il se cache

En fin, il reste la question de la légitimité : qui sont tous ces arrivistes qui prétendent réformer et qu’est-ce qui les guide ?

Pour rappel quand on réuni de soit disant éclairés et qu’ils se mettent à parler et faire de grande théorie de ce qu’il ne connaissent pas, on abouti par la force des choses à la dictature.

Y a-t-il plus intolérant que celui qui prétend détenir la raison ?

Par Ahmad - le 12 mai 2008

A Karim B,

Ce que vous avez écrit ces derniers jours est extrêmement intéressant. Vous avez parlé de T Ramadan pour dire : "problème soulevé (en autres) par T Ramadan lorsqu’il traite de la question du littéralisme qui tue l’esprit au profit de la lettre :

là où les principes et valeurs fondamentales de la religion sont abandonnés au nom de l’application littérale de certaines dispositions qui, si elles furent justes et novatrices dans un contexte passé, deviennent injustes dans certains contextes contemporains.

Sa position n’est pas de dire, "voilà on réforme en effaçant ou en déclarant dorénavant caduque certains passages du Coran" mais plutôt : "ne les appliquons pas de manière ponctuelle, laissant la sagesse retrouver l’esprit."

Pour que la lettre qui nous a donné l’esprit n’enchaîne pas cette dernière. Maintenant ainsi sa pertinence et le respect qui lui est dû. (Et là-dessus, je le suis complètement).

Ensuite, vient la problématiques des réponses que les leaders des pays musulmans se doivent de donner à leur peuple face aux questions contemporaines, c’est-à-dire à tout ce qui n’est pas explicitement mentionné dans le Coran et la Sunna et qui n’était pas connu par les juristes de l’époque de la formation des principales écoles juridiques."

Je dois dire que cet aspect de la pensée de Ramadan m’a échappé jusqu’ici. Y a-t-il des articles ou livres spécifiques où on peut trouver ces idées développées ? Merci de me les indiquer.

Est-ce qu’on peut considérer qu’il présente une plate-forme qui tient la route, dans le contexte de tout ce qui se dit aujourd’hui au sujet des options des Etats musulmans pour consolider leur position dans le monde et assurer leur avenir de manière viable ?

Par Logicus - le 12 mai 2008

Ah ben Ahmad j’ai bien fait d’insister car c’est plus intéressant lorsque tu développes, je suis d’accord avec ce que tu dis mais tu avais fait utilisation de cet exemple pour appuyer ton propos notamment de table rase, que je trouve soit dit entre nous extrèmement léger.

Il est vrai que le monde musulman traverse une période difficile (encore faut-il comprendre en quoi elle est difficile, le texte de M. Talbi donne un début de réponse et propose une façon de réagir) mais ça n’est pas une raison pour perdre raison et mettre le feu à la maison. Prend ton exemple de la fille yéménite que tu décris comme hors la loi, il est donc ici hors de propos (mais le Figaro le site comme perversité islamique).

Ahmad et Karim B. il y a des gens infiniment plus intelligent et réfléchis que nous qui sont passés avant nous et qui ont agit. Croire que les musulmans ne sont pas logique ou manque de méthode est une aberration.

Enoncer qu’un discours méthodique et logique doit permettre de progresser c’est ne rien dire ou en tout cas pas assez car la logique et la raison appartiennent à tous et oui c’est comme ça, ce qui diffère c’est le postulat pas la méthodologie.

Le postulat de CERTAINS sur le forum est "le monde occidental est supérieur (pas en avance ou développé mais supérieur)" à partir de là va découler tout leur "raisonnement".

Par Karim B, Montreal - le 12 mai 2008

Re Salam Waglioni

Manifestement, nous avons ici, à mon humble avis, un malentendu.

Tout d’abord, je présente mon meaculpa. Je n’ai jamais entendu parlé de l’affaire de la fille yéminite avant qu’Ahmad l’a mentionne.

Je n’en avais jamais entendu parlé (et je ne lis d’ailleurs jamais le Figaro).

J’avoue aussi de plus que je n’ai jamais cherché à en savoir plus cette affaire depuis.

Dans le fil de mon raisonnement (et je pense aussi de celui d’Ahmad mais je ne veux pas affirmer quoi que ce soit à sa place), plus important que l’histoire de la petite fille en tant que telle, c’est l’idée générale de jugements qui nous paraissent scandaleusement injuste qui sont rendu par des cours dans le monde musulman ou l’Islam est source de jurisprudence dans la quasi totalité de ces pays.

J’ai cru cependant avoir été clair sur le sujet lorsque j’ai affirmé plus bas :

"fiers de ce que nous sommes parce que nous savons que "l’Islam ce n’est pas ça" même si certains des notres l’affirment".

De plus, vous, moi, nous savons que "l’Islam ce n’est pas ça" mais comment le faire comprendre à ceux qui croit pas. Certains comprennent mais d’autres, demeurés dans le monde de Hegel croit qu’il suffit de voir comment certains musulmans agissent pour comprendre l’islam.

Voilà donc pour le malentendu.

Et j’ajouterai,

abusant au passage de votre temps et de Oumma.com,

que que nous sommes ici au-delà des problèmes d’administration corrompue par l’autoritarisme, les allégeances tribales, claniques ou familiales et rongée par les manques de ressources de toutes sortes propres aux jeunes États (moins de 100 ans).

Je n’oserai pas dire qu’il n’y a aucune justice dans le monde musulman. Cela serait grossier, abusif et franchement injuste. Des gens qualifiés (et parfois sous-qualifiés ) font du travail herculéen pour faire fonctionner les rouages adminstratifs et faire en sorte que règne un minimum de justice.

Mais il y a de nombreuses abberations et oui, souvent l’Islam est utilisée comme justificatif et souvent non pas accessoirement mais de manière substantielle.

Ce qui nous mène d’un côté à la question des traditions séculaires acceptées au nom de l’Islam même si elles ne le sont manifestement pas. Ex : excision, meurtres pour l’honneur, mariages forcés, etc.

(Problème qui n’est pas facile que ça à traiter. Si des milliers de gens disent qu’une chose est islamique, celà ne l’a rend pas plus pour autant mais il demeure des milliers de personnes qui pensent ainsi....)

et de l’autre, au problème soulevé (en autres) par T Ramadan lorsqu’il traite de la question du littéralisme qui tue l’esprit au profit de la lettre :

là où les principes et valeurs fondamentales de la religion sont abandonnés au nom de l’application littérale de certaines dispositions qui, si elles furent justes et novatrices dans un contexte passé, deviennent injustes dans certains contextes contemporains.

Sa position n’est pas de dire, "voilà on réforme en effaçant ou en déclarant dorénavant caduque certains passages du Coran" mais plutôt : "ne les appliquons pas de manière ponctuelle, laissant la sagesse retrouver l’esprit."

Pour que la lettre qui nous a donné l’esprit n’enchaîne pas cette dernière. Maintenant ainsi sa pertinence et le respect qui lui est dû. (Et là-dessus, je le suis complètement).

Ensuite, vient la problématiques des réponses que les leaders des pays musulmans se doivent de donner à leur peuple face aux questions contemporaines, c’est-à-dire à tout ce qui n’est pas explicitement mentionné dans le Coran et la Sunna et qui n’était pas connu par les juristes de l’époque de la formation des principales écoles juridiques.

Ce qui me ramène enfin à la Moudawanna du Maroc actuelle que j’ai mentionné au préalable.

Parce que le régime serait pourri et parce que la Moudawanna est novatrice à bien des égards, tordant la lettre et bien des façons traditionnelles de gérer les rapports civiques (plus particulièrement celles liées aux questions conjugales et matrimoniales) plusieurs jugent la Moudawanna impie et s’y opposent.

Mais les autorités religieuses officielles du pays la déclarent islamiquement conforme et des dissidents islamistes comme Adl Wal Ihssan (qui rejette la légitimité du régime alaouite) accepte la Moudawanna.

Qu’est-ce qu’on passe au tamis au final ?

Les traditions séculaires comprises comme islamiques ? Les jugements et avis des Oulémas les plus influents ? Les écoles juridiques ? La Sunna ? Le Coran ?

Comment reste-t-on musulman au XVIe siècle de l’hégire, XXIe siècle selon Grégoire ?

Telles sont certains des questions qui sont posées aux penseurs musulmans contemporains et que notre génération doit s’efforcer de tenter de répondre car Islamique ou pas le jugement rendu au Yémen, nos consciences sont celles de Musulmans (ou déclarés tels) et le Yémen est un pays à majorité musulmane.

Mais en Vérité Dieu -Exalté Soit-Il- Est plus Savant et...

...mon texte, est de toute évidence, bourrée de fautes, que je suis trop paresseux pour tenter de corriger.

Sincères salamtations.

Par Ahmad - le 12 mai 2008

A celui qui tient absolument à obtenir une réponse de ma part :

D’abord, ce n’est pas le Figaro qui a diffusé l’histoire de la petite fille yéménite, ou qui l’aurait déformée. Je l’ai lue initialement dans un journal yéménite de langue anglaise, sur internet, et j’ai donné le lien du Figaro uniquement parce que c’est le premier lien sorti sur mon écran, dans une recherche google. Le Figaro a repris essentiellement l’histoire que j’ai lue en anglais.

Maintenant, voici en quoi l’histoire de cette petite fille yéménite de 8 ans, mariée (contre son gré) par son père à un homme de 30 ans, mérite réflexion, à mon avis.

L’islam n’autorise pas un tel comportement. Les lois actuelles du Yemen ne l’autorisent pas non plus. Mais les traditions ancestrales et l’appât du gain sont tellement ancrés dans la culture du pays, que les êtres humains sont parfois prêts à faire fi des lois et même des règles religieuses, et à sacrifier leurs propres enfants pour quelques sous. Il faut lutter contre cela, le rejeter, éduquer les gens pour que cela cesse. Il ne faut pas fermer les yeux dessus.

S’il s’était agi d’un cas isolé, on aurait tort de se focaliser dessus. Mais la pratique de marier des filles de 8 ans est courante au Yémen, et dans de nombreux pays similaires, d’ailleurs.

Les riches musulmans des pays du Golfe (Arabie Saoudite, EAU, Kuwait, etc.) ont pour habitude d’aller passer leurs vacances au Yémen, où ils « épousent » des petites filles ou des adolescentes, en été, dans le cadre de ce qu’ils appellent le mariage « misyar » (du voyageur). Ils abandonnent ces « épouses » à leur triste sort au bout d’une semaine ou d’un mois de « mariage » càd à la fin de leurs « vacances yéménites », après un divorce verbal vite fait, et vite enregistré. Souvent, ces filles découvrent par la suite qu’elles sont enceintes, et ont des enfants qu’elles doivent élever (à 14 ans peut-être) sans aucune aide du père biologique.

L’incident est symbolique de la situation de mal-traitance des femmes, un aspect assez courant dans les sociétés musulmanes dans tous les coins du globe. Vous me direz que la violence envers les femmes existe dans les pays développés également. C’est vrai. Mais ce n’est pas une raison pour la tolérer dans nos sociétés. Si les citoyens des pays occidentaux se comportent mal à ce niveau, nous n’avons aucun besoin de les imiter.

L’incident n’est pas hors sujet, dans le cadre de la discussion de l’article consacré à Talbi. Nous parlons ici des problèmes qui se posent aux sociétés islamiques, dans la voie de leur adaptation à la modernité, et aux besoins et exigences du monde contemporain.

Les sociétés musulmanes sont à la traîne aujourd’hui, dans tous les domaines, par rapport à ce qu’elles auraient pu devenir. Les gens, au lieu d’essayer de diagnostiquer les problèmes internes de ces sociétés, et de définir les mesures et les programmes appropriés pour faire progresser le pays, se contentent de diatribes où ils rendent « l’étranger » responsable de tous leurs maux.

Mais, la faute n’est pas l’oeuvre de l’étranger (souvent confondu avec l’Occident), elle est en nous-mêmes. Il faut donc commencer par réparer ce qui relève de notre pouvoir.

Pour construire, il faut éduquer, expliquer, œuvrer politiquement pour le changement, etc. Cela prend du temps. Mais il faut bien commencer un jour. Pourquoi pas aujourd’hui ?

Par Waglioni - le 11 mai 2008
@Karim B, le fil de discussion, non content de s’étirer, se sépare en morceaux d’où la chronologie semble absente. Je vous ai présenté des excuses, vous répondez à la place d’Ahmad. C’est donc, qu’après tout, j’avais raison de vous confondre. Et sur cette réponse, je ne vois toujours pas le rapport entre ce fait-divers et l’Islam. Le code civil de tel ou tel contrée, pour exotique, montagneuse, et pleine de charme par ailleurs qu’elle soit, n’a rien ici qui puisse être qualifié d’islamique, et je voudrais bien que vous (ou Ahmad), présente le moindre argument qui me contredise. Alors pourquoi rapporter cette histoire ici ? C’est ce que je ne peux m’expliquer de votre part. Je suis heureux de le dire, pas désolé du tout d’avoir à vous contredire, mais pour moi ce genre d’histoire n’entre pas dans les matériaux qu’il y aurait lieu de passer au tamis.
Par Karim B, Montreal - le 11 mai 2008

Salam aleykoum à tous et à toutes

À Waglioni :

Merci pour vos mots chaleureux, comme dit Djamel, ça fait plaizir !

Je pense que vous m’avez peut-être confondu avec Ahmad. Je n’ai émis aucun commentaire à propos de la petite fille Yéminite... malish...

Un commentaire, toutefois.

S’il est vrai que les porte-flambeaux de l’occidentalité et de la modernité libérale du type "Le Figaro", ne rate pas une occasion pour souligner à gros trait les abérations qui se passe dans le monde musulman et que toujours selon cette perspective superfielle les choses positives qui s’y passent doivent forcément être relative à des cas d’occidentalisation (parce que toujours selon cette perspective idéologique, occidentalisation=évolution), il n’en demeure pas moins que nous les Musulmans, ceux qui croyons et sommes fiers de ce que nous sommes parce que nous savons que "l’Islam ce n’est pas ça" même si certains des notres l’affirment, devons maintenir tous nos sens et toute nos facultés psychiques, intellectuelles et spirituelles pour (je me répète) "séparer le bon grain de l’ivraie".

Rechercher et enquêter. Dans une dispostion d’esprit à la fois ouverte, critique et modeste et surtout en n’oubliant jamais ce que nous visons.

Face à l’Éternel, nous sommes entre l’enclume de CERTAINS soit-disants "bons Musulmans" qui confondent leurs passions, préjugés et égoismes et ignorance avec l’Islam et le marteau de CERTAINS soit-disants "civilisés occidentaux" qui confondent supériorité technique, économique, militaire et administrative avec supériorité morale.

Autrement dit, plus aucune exagération ne m’étonnerai venant de certains Occidentaux quand il s’agit de rabaisser les Musulmans (et autres non-occidentaux).

Toutefois, exagéré ou pas, il y a sûrement une petite fille au Yémen qui a souffert injustement et on a voulu mettre ça sur le compte de l’Islam. Et les codes civils des pays musulmans sont en partie responsable.

C’est à partir de là qu’il faut réfléchir.

Si l’Islam est la source de Vérité parfaite, alors en quoi est-il utile pour gérer les rapports sociaux dans les terres à majorité musulmane et supérieur, ou non, au droit laic en provenance d’Occident ?

Dans quelles sorte de société les Musulmans des pays à majorité musulmane désirent-ils vivre ?

En quoi pouvons nous inspirer de N’sara ?

Quoi rejeter et garder en provenance de Bilad Ar-Roum ?

Toutes ces questions ont étés posés il y a un siècle et demi.

Nous avons des réponses mais tant que nos sociétés continuent de connaitre les problèmes qu’ils connaissent et d’être en situation d’infériorité face à l’Occident, nous devrons continuer de refléchir à ces questions.

Et je pense, d’ailleurs, que c’est en partie parce que certaines de ces questions ont cessées d’être posées il y a plusieurs siècles de cela que nous en sommes là aujourd’hui...

Mais en Vérité, Dieu -Exalté Soit-Il- Est Plus Savant.

Wa Salam

p.s. Ahmad, merci pour les liens, barakAllah fik.

le 11 mai 2008

Essalem alyakoum,

Le texte est intéressant mais je le crains peu utile en terme politique mais plus à prendre en compte en terme personnel.

Les pays arabes dans leurs grande majorité sont entrain d’effectuer la mue de pays musulmans à pays de tradition musulmane.

L’Islam est-il encore vraiment en question aujourd’hui ? Il y en a que ça intéresse forcément, mais je crains que ce ne puisse plus être dans un cadre sociale et donc forcément dans un cadre personnel et privé et donc traditionnel.

Je me souviens d’un texte sur Oumma qui avertissait sur la marchandisation de l’Islam, les réactions sur le forum étaient invariablement "je ne suis pas d’accord l’argent c’est pas hram".

Alors ici ou ailleurs il peut y avoir des réflexions même trés intéressantes cependant, l’action, en effet, ne se situe pas à ce niveau mais bien au niveau politique or le politique fait tout : les lois et surtout l’éducation.

Qu’Allah garde et protège ceux qui font l’effort d’apprendre de réfléchir, de comprendre et de pratiquer leur dine.

L’éducation est bien la fondation de toute civilisation...

Wa salam alaykoum

Par Waglioni - le 11 mai 2008
@Karim B., le fil de la discussion s’était étiré et, au final, vous étiez tombés d’accord, Ahmad et vous. Mais ce n’était pas une raison pour vous confondre, surtout qu’il s’agissait de reproches que je faisais. Je vous présente mes excuses. Et c’est donc à Ahmad et non à vous, que j’exprime mon incompréhension pour la manière dont il a traité cette histoire de fait-divers.
Par Waglioni - le 10 mai 2008
@Karim, l’expression que j’employais pour votre ville était en effet, non pas du sarcasme, mais simple manière de plaisanterie, pour aérer le propos et rappeler aussi combien vite les situations évoluent. C’est comme de dire "la France, fille ainée de l’Eglise". Rappeler ces vielles lunes contribue à décrire le ridicule de la situation de l’Occident (nous employons ce mot, bien sûr comme résumé de toute une part du monde qui prétend régenter le reste). Mais justement à ce propos, et seule la vivacité de votre réaction face à "l’anonyme" qui vous en faisait la remarque, m’incite à vous dire ceci : il ne me semble pas juste de rappeler sans autre précaution, comme vous l’avez fait, cette histoire de la petite fille yéméni. C’est de l’exotisme à rebours, et qui ne concerne l’Islam que dans l’esprit des journalistes qui reprennent cette histoire à l’envie. La suite de votre discussion avec Ahmad fut heureuse et d’un autre niveau. Soyez-en remerciés, et je dirais volontiers comme vous, "que Dieu vous garde !", si je savais où.
Par Ahmad - le 9 mai 2008

Salam Karim B, Montreal

Les principaux articles de l’Iranien Abdolkarim Soroush sont regroupés dans son site à l’adresse : http://www.drsoroush.com/English.htm

Pour le Soudanais Abdullahi A. An-Na’im, tout est regroupé au site suivant d’Emory University, où il enseigne : http://people.law.emory.edu/ aannaim/#3

il faut cliquer sur « downloadable publications » dans la colonne de gauche. Il vient de publier un livre intitulé : « Islam and the secular State : negotiating the future of Sharia » (Harvard University Press, Mars 2008) dont une très grande partie est publiée en ligne, sous le titre « The future of sharia » à l’adresse :

http://sharia.law.emory.edu/en/site_organization

Il y a aussi le Pakistanais Fazlur Rahman, dont certains articles importants se trouvent au site suivant :

http://www.geocities.com/islamic_modernist/Fazlur_Rahman_Articles.html

Il y a aussi la Pakistanaise Riffat Hassan, dont certains articles sont regroupés à l’adresse :

http://www.columbia.edu/itc/mealac/pritchett/00islamlinks/txt_riffat_hasan/txt_riffat_hasan.html

Salutations

Par Abdallah - le 9 mai 2008

D’abord, une petite précision : M. Talbi n’est pas Tunisien mais d’origine algérienne. C’est lui même qui me l’a dit au cours d’un stage de formation qu’il a animé, il y a qq années, sur l’invitation de mon association (Association France Palestine Solidarité Drôme-Ardêche). A remarquer que je ne suis pas Algérien mais ... Marocain.

Sur le fond du débat, très intéressant, que l’article a suscité, je recommande très fortement de lire un ouvrage de grande qualité scientifique. Le type de d’ouvrage qui vous apporte des connaissances réellement nouvelles et boulversantes sur l’Islam. Et qui permet d’avoir un nouveau regard sur notre religion.

Auteur : Youssef Séddik ( très probablement Tunisien)

Titre : Nous n’avons jamais lu le coran

Edition : Aube, diffusion Seuil

Par Karim B, Montreal - le 9 mai 2008

Salam Ahmad

Rien à redire, je partage entièrement votre analyse et point de vue que vous avez brillament défendu.

Ceci dit, vous avez mentionné des noms d’auteurs (Souroush, An-naim), pouvez vous proposer des titres ?!

Que Dieu vous garde

le 9 mai 2008

Le texte aussi dit tu ne fais rien (tu le prends pour toi mais je te demande de prendre de la hauteur, je ne m’exclue pas du lot au contraire) :

L’Islam est entre deux extrêmes, l’islamisme d’un côté et de l’autre rien de « nominal »

Ca veux bien dire ce que ça veut dire, il n’y a pas dans les pays musulmans sunnites de prise en compte des valeurs propres à l’Islam, juste dans certains cas l’adaptation des lois occidentales avec un saupoudrage islamique. Dans ce cas là oui pas étonnant que certains prennent le taureau par les cornes et font dans le fondamentalisme (l’extrémisme est difficile a catégoriser dans la mesure où il est partout et surtout chez les pseudo éclairés et les adeptes de la raison etc...).

Je ne sais pas comment tu te perçois mais pour moi les pseudos faiseurs de mondes meilleurs sont des extrémistes latents ou avérés (cf. les USA et la France).

L’Islam est avant tout éducation. Pour le reste ça se passe sur le terrain et il y a deux forces en présence : les occidentaux et leurs acolytes et les résistants. Pour les occidentaux l’accès aux matière première est vital.

Alors si je veux de ton pétrole et de tes minerais et que tu ne veux pas adorer mes stars de cinéma, boire mes boissons, manger mes plats porter mes fringues et participer aux chiffres d’affaires de l’Oréal, tu es l’être le plus abjecte que l’humanité est jamais portée...

Par Ahmad - le 9 mai 2008

A Karim B,

J’ai écrit dans mon premier commentaire : « on fait table rase de tout ce qui a été dit sur ces questions dans le passé, par qui que ce soit. » Mais, la partie de la phrase la plus importante du paragraphe, pour moi, est celle qui dit : « On reprend tout à zéro, en usant de raison, dans le cadre d’un discours logique, qu’on développe avec méthode. » Pour expliquer et illustrer mon propos, j’ai cité Ibn Baz, qui dit que l’islam a incontestablement établi le postulat de la liberté religieuse, et qui ajoute : mais si quelqu’un refuse de se convertir à l’islam, il faut l’y obliger, pour le bien de la communauté. C’est un discours qui me semble illogique. C’est soit la liberté, soit la contrainte. Mais les deux ne peuvent pas aller ensemble. Alors, pour y voir plus clair, je dis : il faut laisser de côté l’interprétation d’Ibn Baz, et revenir au texte de référence, le Coran, pour voir ce qu’il dit.

Le Coran ne contient pas de dispositions incompatibles entre elles. Si quelque chose y a été abrogé, c’est explicite, et tout le monde le sait et est d’accord là-dessus. Donc, restons-en au niveau des sources claires, et basons-nous là-dessus.

C’est tout ce que je voulais dire par l’expression, peut-être maladroite, de « faire table rase » de tout ce qui a été dit sur ces questions dans le passé.

Quant à la référence aux méfaits de l’Occident, ce n’est pas à vos commentaires que je pensais, mais à ceux d’un autre lecteur.

A un commentateur anonyme qui a écrit :

« Alors si tu veux moderniser tu as deux choix soit tu t’appuies sur les occidentaux et forcément tu es conforme à ce qu’ils en attendent soit tu t’appuies sur la résistance. Pour faire, il ne faut pas de blabla il faut une force. Alors laquelle ? »

Mon point de vue est simple sur ces questions. Les Etats et les hommes cherchent toujours à promouvoir et à défendre leurs propres intérêts. Alors, il ne faut pas compter sur quelque pays occidental que ce soit pour défendre les intérêts des musulmans, ou des Arabes, etc. Chacun doit compter sur lui-même et sur sa propre communauté, pour faire avancer les choses.

D’autre part, on n’a pas besoin de copier les lois occidentales, ou les modèles occidentaux, en quoi que ce soit. L’islam est suffisamment riche pour permettre d’aller très loin dans le progrès social et culturel, comme il l’a démontré à une certaine époque dans le passé. Les changements importants et durables ne peuvent d’ailleurs venir que de l’intérieur du système, en le faisant évoluer, et non en le supprimant pour lui substituer un système étranger.

C’est pour cela que j’estime, personnellement, qu’il faut faire évoluer les mentalités, car c’est à ce niveau que se situe le moteur du changement. Mais, si on veut rétablir un mode de pensée comme celui prôné par Ibn Baz par exemple, alors on rentre dans l’impasse du moyen age islamique et on y reste.

On a le choix, si on veut simplifier les choses de manière caricaturale, entre ce que Ibn Baz dit au sujet de la femme, et ce que la moudawwana du Maroc de 2004 ou celle de Tunisie de 1956 disent sur les mêmes questions. Les trois sources sont également fidèles à l’islam et au droit musulman, chacun selon sa lecture du texte. Mais les propositions d’Ibn Baz ne sont pas compatibles avec celles des juristes maghrébins. Alors, qui doit-on choisir comme maître à penser et comme modèle théorique pour assurer l’avenir des Etats musulmans ?

Ceci dit, je n’ai rien contre Ibn Baz, pour lequel j’ai le plus grand respect, même si je ne suis pas d’accord avec certains de ses raisonnements.

le 9 mai 2008

Ahmad, c’est le figaro...

Je t’invite à réfléchir et à faire preuve de discernement. L’histoire me paraît saugrenue tel que racontée là.

Quel intérêt de s’appuyer sur des histoires saugrenues pour avancer des thèses stupides et sans réflexion. Tu sembles dire l’Islam est tel que le décrit le Figaro. Ah et si on parlait des mœurs de ces donneurs de leçon ?

Il y a des aberrations dans le monde musulman c’est clair et parfois des pervers qui se cachent derrière le dine pour commettre leurs actes odieux. Mais il ne faut pas tout confondre non plus.

De même que tu trouveras dans le monde arabe un nombre important de bandits, de voleurs et d’incultes, est-ce que c’est à associer à l’Islam ?

L’Algérie vote une loi pour condamner ceux qui jettent leur parents à la rue. Et bien oui en Algérie aujourd’hui c’est à la mode au point que le gouvernement a dû légiférer, c’est imputable à l’Islam également ?

Dans les mouvements et les influences d’aujourd’hui, les occidentaux soutiennent et maintiennent les régimes aristocrates et dictatoriaux du moyen orient et du Maghreb. Tous les mouvements de résistance et de changement sont combattus.

Alors si tu veux moderniser tu as deux choix soit tu t’appuies sur les occidentaux et forcément tu es conforme à ce qu’ils en attendent soit tu t’appuies sur la résistance. Pour faire, il ne faut pas de blabla il faut une force. Alors laquelle ?

Par Karim B,, Montreal - le 9 mai 2008

Salam aleykoum Ahmad

À y regarder de plus près votre regard sur la situation des états et sociétés à majorité musulmane n’est pas si différente du mien.

J’y constate aussi de nombreuses déficiences. Pour preuve, mon intervention antérieure :

"je suis très critique des codes civils des pays musulmans en général et en ce qui à trait aux femmes en particulier"

Là ou nous divergeons radicalement est sur votre proposition de tabula rasa qui me semble inutile parce que la civilisation musulmane possède suffisament de ressources pour se regénerer sans repartir à zéro, méthodologiquement, philosophiquement ou autre.

De plus, et je vous invite à me relire rigoureusement, il est bien entendu exclu d’avance ne pas chercher dans les sciences, techniques et connaissances occidentales (ou autres), des outils en vue de la regénération.

C’est d’ailleurs ce qui se fait depuis plus d’un siècle déjà...

Tabula rasa ne me semble pas être un projet convaincant, pertinent ou utile et me semble même être néfaste plus qu’autre chose.

Ou peut-être que je ne vous ai pas bien compris...

Enfin, je ne vois pas ou vous avez lu que je blâmai les Occidentaux pour tous les maux du monde musulman. S’ils sont responsables pour une partie substantielle, ma pensée n’est certes pas assez vulgaire pour affirmer une telle énormité.

Dernière proposition de lecture : Islam without fear, Egypt and the new islamists de William Raymond Baker. Un tour complet avec interviews, des réformateurs musulmans égyptiens contemporains.

Auriez-vous vous-mêmes des titres à me proposer ?

Ce fut un plaisir d’échanger cher Ahmad, que Dieu vous garde.

À l’auteur anonyme qui semble vouloir intervenir dans l’échange entre Ahmad et Karim B :

tout d’abord, quand on veut échanger avec quelqu’un il faut suivre quelques règles élémentaires de savoir vivre, en commencant par s’identifier.

Ensuite, veuillez changer votre ton moralisateur, vous n’êtes pas ici en tant qu’autorité intellectuelle, spirituelle, morale ou autre.

Vos diatribes révèlent que vous n’avez aucune idée de quel est l’objet de la discussion entre Ahmad et moi-même.

Tout ce qui ressort de votre litanie, c’est que vous n’aimez ce qu’on dit et comment on le dit.

D’après vous, nous représenterions ainsi ce qui cloche avec le monde musulman. Quelle effronterie !

Vous semblez si certain de votre savoir et si convaincu que le notre est non-avenu, vous contestez de toute évidence notre droit à la parole avec des arguties qui n’effleure même pas le sujet abordé qui déborde le sujet de l’article.

De plus, sachez mr l’anonyme que nul part est-ce que je fais porter le blâme de tous les problèmes des sociétés musulmanes sur les salafistes. Cela sort de votre imagination frileuse, réactionnaire et colérique.

Je raffine ma définition de salafistes : des idéologues islamistes littéralistes, intégristes et extrémistes qui opposent une islamité pure au reste de l’héritage humain et qui considère apostats ceux qui ne pensent pas comme eux, qu’ils soient violents ou non.

Bien sur, si on prend salaf comme désireux de retourner aux sources alors salaf désignent quelque chose d’infiniment plus large.

Enfin, faites attention à ce que vous écrivez, il y a clairement acte de projection de votre part. Vous nous accusez d’injuriez autrui, d’être des Arabes qui critiquent pou rien mais de toute évidence celui qui insulte et critique à vide c’est vous. Citez une seule fois ou Ahmad ou moi-meme avons insulter quiconque !

Voici, vos propos reproduits :

"Aujourd’hui n’importe quel arriviste, orientaliste ou sorti d’un banc de fac se permet des commentaires, des jugements, des insultes, etc.."

Vous nous accusez de ne rien faire. Mais quant savez-vous donc ? Rien du tout. Et vous m’exhortez à la modestie ?!

Pas très sage ni très sérieux tout ça. Votre crédibilité en prend un coup.

Si vous voulez discutez, soyez le bienvenue mais si vous désirez maintenir cette posture agressive, intolérante et fermée ou vous vous appropriez le rôle du père sermonneur qui corrige ses ouailles, passez votre chemin.

Vous n’avez ajouter que de la médisence à la discussion.

Et en Vérité c’est Dieu -Exalté Soit-Il-qui le plus Savant.

Wa Salam

Par Ahmad - le 9 mai 2008

Pour celui qui trouve que "mon" histoire n’est pas cohérente, voici comment Le Figaro a rapporté l’histoire. Elle est pleine d’enseignements pour tous, et montre que l’incohérence ne fait pas peur à tout le monde.

"Une fillette de 8 ans obtient le divorce au Yémen Stéphane Kovacs 18/04/2008 | Mise à jour : 20:43 |

La jeune Noyoud a dû déposer plainte contre son père et son mari, avant d’oser demander le divorce. La jeune Noyoud a dû déposer plainte contre son père et son mari, avant d’oser demander le divorce.

Crédits photo : AFP Noyoud avait été mariée de force à un homme de 30 ans.

Trop petite pour porter plainte, mais pas pour se marier… Du haut de ses 8 ans, Noyoud a osé se rebeller contre les traditions de son pays : deux mois après avoir été mariée de force à un homme de vingt-deux ans son aîné, la fillette vient d’obtenir le divorce. Une première au Yémen, où plus de la moitié des jeunes filles sont mariées avant leur majorité. « Je suis soulagée, a soupiré la petite, drapée de noir, en sortant du tribunal. Je vais pouvoir retourner à l’école », en deuxième année de primaire.

C’est la première mineure à avoir osé déposer plainte contre son père, Muhammed Nasser, son mari, Faez Ali Thamer, et demander le divorce. « Mon père m’a battue et m’a dit que si je n’épousais pas cet homme, je serais violée et personne dans ce pays ne m’aiderait, a raconté l’enfant au Yemen Times. J’ai supplié mon père, ma mère, ma tante : rien n’y a fait. »

La loi yéménite interdit le mariage avant 15 ans. Mais elle prévoit qu’un contrat de mariage puisse être établi avec des enfants mineurs, les relations sexuelles entre époux restant interdites jusqu’à ce que la jeune fille soit « prête » . « On m’a demandé de signer le contrat. Je devais rester chez mes parents jusqu’à 18 ans, poursuit-elle. Mais, une semaine après, ils m’ont obligée à aller vivre chez mon mari. »

Aux mains de son époux de 30 ans, Noyoud vit un véritable calvaire. « Chaque fois que je voulais jouer dans la cour, il me frappait et m’entraînait dans la chambre à coucher, explique-t-elle. Je n’avais aucune idée de ce qu’était le mariage. Je pleurais tout le temps. Il me faisait des choses désagréables. Je courais de pièce en pièce, mais il arrivait à me rattraper. Ensuite, il faisait ce qu’il voulait. » Un jour, elle parvient à s’enfuir et se réfugie au tribunal.

Ému par son histoire, le juge cache Noyoud pendant quatre jours et fait arrêter son père et son mari. Mais Faez Ali Thamer refuse catégoriquement de rendre sa liberté à la fillette. « C’est mon droit de la garder ! martèle-t-il lors de l’audience. Ce n’est pas une question d’amour : je ne l’aime pas. C’est une question d’honneur : comment a-t-elle osé se plaindre de moi ? » Une donation anonyme de 100 000 riyals (317 €) en provenance des Émirats l’a finalement fait changer d’avis.

L’honneur de la famille

« Tout cela est un signal très positif, mais j’ai bien peur que les malheurs de Noyoud ne soient pas terminés, affirme au Figaro Myria Böhmecke, de Terres des femmes, une association d’aide aux femmes victimes de mariages forcés. En obtenant le divorce, elle a entaché l’honneur de sa famille : il n’est pas impossible qu’on essaie de la marier à nouveau, ou même qu’on la tue… Maintenant, elle devra se cacher, car tous les membres de sa famille seront incités à se venger. »

D’après Chadha Nasser, l’avocate qui s’est portée volontaire pour défendre Noyoud, il n’y aura pas de sanction contre le mari. Quant au père, il a déjà été relâché, pour raisons de santé. « Selon la coutume yéménite, ils n’ont rien fait de mal, explique-t-elle. Même s’il y a une loi, personne ne la respecte. Il y a des milliers de cas similaires, mais il n’y a jamais de sanction… »

Selon une étude datant de 2006, 52,1 % des filles yéménites sont mariées avant leur majorité, contre 6,7 % des garçons. Si la moyenne d’âge des mariés est en augmentation (14,7 ans pour les filles ; 21,5 pour les garçons), les filles continuent d’êtres mariées dès 8 ans dans certaines régions.

Malgré les pressions de nombreuses ONG défendant les droits des enfants, le Parlement yémé­nite a refusé cette semaine de reculer l’âge minimal du mariage, jugeant que ce n’était « pas une priorité ». Quant à Noyoud, rapporte le Yemen Times, elle est maintenant « a priori en sécurité » chez un de ses oncles, avec sa petite sœur de 6 ans."

le 8 mai 2008

Ahmad, ton histoire n’est pas cohérente, je suis même impressionnée par la nature humaine.

J’ai du mal à concevoir que l’on puisse épousée une fille de 8 ans mais alors que celle-ci se présente au tribunal pour demander le divorce ? je ne sais pas ce qui est le plus délirant dans ton histoire.

On dit tout et n’importe quoi sur l’islam et pour exemple on prend des gens malades mais que voulez vous que ce soit d’autre lorsque la société est délétaire et ses règles hasardeuses, comment dans un pays qui se dit musulman peut-il n’y avoir aucun débat sérieux mené par des savants ? Parce que ce qui sortirai de ce débat ne serait pas suivi par les dirigeants, tout simplement. Si les dirigeants ne sont pas légitimes, alors leur lois ne le sont pas et ce qui en découle ne peut l’être. Pour être légitime, il suffit d’être élu à la majorité ? En France oui mais serait-ce suffisant pour un pays musulman digne de ce nom ?

Il faut être d’une sacrée force de caractère pour rester digne et noble dans le monde d’aujourd’hui.

le 8 mai 2008

"Et c’est de ne pas avoir compris cela que les islamistes styles salafistes sont coupables : l’idéologisation de la religion musulmane."

Attention à ne pas être trop prétentieux, ce que tu affirmes là est très contractualisé (que disais-tu il y a 5 ans ?). Les mouvements tels que salafs ont pris de l’importance parce qu’en effet, le monde musulman n’agit pas et au delà de tout le blabla sur ce qu’est ou n’est pas l’Islam, ce qui manquent c’est bien des musulmans et des musulmans agissant.

Que l’on critique, spécialité arabe, que l’on ne soit pas d’accord, autre spécialité arabe, certes mais quand il s’agit d’agir il n’y a plus personne. Pas étonnant qu’il y ait colonisation, monarchie, dictature et intégrisme.

Il ne s’agit pas d’avoir raison mais d’être responsable.

Force est de constater que ce qui mue la majorité des musulmans ce n’est pas l’Islam mais l’argent. Il y a une carence évidente en éducation et c’est bien là la base, le reste est naturelle et n’a rien de nouveau.

Alors facile de jeter la pierre aux salafs mais pas très honnête et pas très sérieux.

Par Ahmad - le 8 mai 2008

Je ne suis pas en quête de perfection. Je veux simplement qu’on remette un peu d’ordre dans ce qui se dit et ce qui se fait aujourd’hui au nom de l’islam.

Ce qui me choque le plus, c’est l’énorme fossé qui sépare ce que certains musulmans disent, de ce qu’ils font. Par exemple, le Coran et le Prophète traitent les femmes avec le plus grand respect, à chaque fois qu’ils se réfèrent à elles. On dit que le Paradis se trouve sous les pieds des mères, par exemple. Dans tout discours musulman, on insiste sur de tels points.

Mais, ensuite, sur le plan concret, on traite les femmes, parfois, de manière ignoble, on viole tous leurs droits, on les met à la rue sur un coup de tête, dans un moment de colère, pour épouser ensuite une fille qui fait la moitié de l’âge de la femme qu’on a divorcée, et on trouve tout cela normal.

Je lisais hier l’histoire de cette fille yéménite de 8 ans qui est allée au tribunal, toute seule, demander son divorce d’un homme de 30 ans auquel son père l’avait mariée contre son gré. Aucun membre de sa famille n’a voulu l’accompagner ni l’aider, de peur de représailles. Ils se sont contentés de la conseiller, de loin, sur la démarche à suivre auprès du tribunal. C’est une histoire hallucinante, et cela se passe aujourd’hui.

Je me dis : de telles choses doivent cesser. L’islam, ce n’est pas cela. Le droit musulman ne permet pas cela. Mais, les lois appliquées dans les pays musulmans le permettent. Ce n’est pas normal.

Les musulmans justifient de telles choses en disant qu’ils ne font qu’appliquer le droit musulman. Mais ce n’est pas vrai. Ils appliquent leurs coutumes ancestrales, tribales, qui remontent au fin fond de l’histoire. Cela n’a rien à voir avec l’islam, ni avec le droit qu’il a institué. Souvent, ce sont des pratiques inqualifiables.

Il suffit de regarder les documentaires, à la TV, ou d’aller sur internet, pour voir ce qui se passe dans des pays comme le Pakistan, le Bangladesh, l’Inde, l’Ethiopie, la Somalie, etc. Je cite ces pays non pas parce qu’ils ont le monopole de ces pratiques, mais uniquement parce qu’il y a eu des incidents qui se sont déroulés ces derniers temps sur leur territoire. Mais, cela s’applique à quasiment tous les autres pays musulmans, sans exception. L’horreur peut différer d’intensité, mais la violence qu’on fait aux femmes est là, partout présente.

Il s’agit là non pas d’une discussion philosophique ou académique, mais de la vie réelle, quotidienne, de quelques 700 millions de femmes musulmanes. Cela ne mérite-t-il pas qu’on prenne la chose au sérieux, qu’on s’en préoccupe vraiment, et qu’on essaie de résoudre le problème ?

Encore une fois, il ne s’agit pas de savoir si se préoccuper de sauvegarder les droits d’une femme (d’une mère, d’une sœur, d’une fille, d’une compagne) relève de la philosophie occidentale des droits humains, ou de la philosophie des droits humains tels qu’énoncée par l’islam. Quand quelqu’un souffre, on essaie simplement de l’aider, sans se préoccuper de savoir si notre motivation de lui apporter une aide trouve sa source en Orient ou en Occident, dans la tradition ou dans la modernité.

C’est en résolvant de tels problèmes que les sociétés musulmanes amélioreront leur situation actuelle, et entameront de nouveau une voie de progrès vers l’avenir. Ce n’est pas en se contentant d’accuser l’Occident d’être responsable de tous leurs maux.

L’Occident a certainement profité de leurs faiblesses dans le passé, pour les dominer et les exploiter. Mais leur avenir dépend essentiellement de leurs actions, de ce qu’elles feront pour elles-mêmes, pour assurer leur avenir à travers des réformes structurelles internes, profondes.

Or, c’est exactement cela ce qu’elles refusent de faire, en se focalisant sur l’Occident comme bouc-émissaire.

le 8 mai 2008

Essalem alaykoum,

A voir les réactions de certains sur le forum, qui voit du réformisme partout on peut dire que la désislamisation est plus profonde qu’on ne veut le voir.

L’auteur ne parle par de réformisme mais plutôt de retour aux sources c’est à dire la foi, la sagesse et la connaissance.

C’est à dire ce qu’était les musulmans de l’âge d’or et dont nous sommes aujourd’hui très loin.

Arrêtez de parler de nouvelles "lecture", c’est hram et idiot. Il faudrait peut-être poser les pieds sur terre, pour qui se prend-on ? Dans la tradition musulmane on respecte le savoir et pour cela on fait une distinction entre ce qui est dit et qui le dit (les sources attestées, etc...)

Aujourd’hui n’importe quel arriviste, orientaliste ou sorti d’un banc de fac se permet des commentaires, des jugements, des insultes, etc...

Derrière ça, on nous dit les musulmans n’acceptent pas la critique et en guise de critique on a droit à monologue, bourrage de crâne de la part de ceux qui ne connaissent rien de ce qu’ils prétendent critiquer et qui se complaisent dans l’insulte.

Arrêtez de complexer. Si vous réduisez l’Islam a un ensemble de rites et de tradition, alors vous n’avez rien compris de ce que vous faites et là oui vous devez écouter ceux qui prétendent vous guider vers la démocratie, la liberté et la modernité.

Mais en attendant, vous expliquerez comment l’Islam a pu devenir la première "religion" au monde, comment l’Islam a pu réaliser les merveilles que l’on sait, comment les musulmans de l’âge d’or ont-ils pu accomplir ce qu’ils ont accompli et dont personne n’a à rougir ni à redire. Et tout cela sur base de simples rites et tradition ?

La foi est le pilier de la conscience, la conscience est liberté. La conscience alimente la raison (à conscience altérée, raisonnement altéré cf. alcool, drogues, polythéisme, fétichisme, colère, haine, ...), la raison guide les actes et les actes fondent la responsabilité, la responsabilité est le lien sociale,... L’effort sur soi travaille la conscience et la foi.

Ceux qui complexent du "retard" du monde musulman, qu’ils nous disent où on en était il y a 50 ans ?

Ceux qui parlent de crise qu’ils nous disent si après maintes et maintes agressions tentatives de destructions barbares, de corruptions, d’aliénations, ... si l’Islam a disparu ou s’il n’est pas au contraire la lumière qui nous guide chacun de notre côté, qui nous rapprochent, qui mets de la joie et de la richesse dans notre vie et de la consistance dans notre éducation.

N’en avons nous pas assez de cette cacophonie aliénante et sans vie ? Ne voulons-nous pas retrouver notre joie de vivre wa el nya qui nous caractérisent ? Aimons-nous l’individualisme à ce point ?

Wa salam alaykoum

Par Karim B, Montreal - le 8 mai 2008

Salam Aleykoum à tous et à toutes.

Tout d’abord, merci à Waglioni pour l’info concernant la source de "séparer le bon grain de l’ivraie".

Question : vous êtes sarcastique quand vous parler de la très chrétienne Montréal, n’est-ce pas ?

Ici on transforme les Églises en condominium (appartements) et la pratique du catholicisme est surtout concentrée dans les communautés latinos, haitiennes, africaines, libanaises et indiennes (de l’Inde).

Chez les Québécois "de souche" comme on dit ici, c’est le rejet quasi généralisé.

Je passe.

Pour Ahmad, ce que j’essayais d’exprimer c’est que la problématique que vous chercher à résoudre dépasse les pouvoirs de résolution de la pensée de l’homme ; traditionnelle ou moderne.

On pourrait discourir sur le sujet de l’Islam comment et pourquoi il est tel qu’il est aujourd’hui en faisant appel au droit, à la science politique, aux théories des relations internationales, à la sociologie, à l’anthropologie, à la linguistique et à tous les courants d’analyses littéraires mais en fin de compte (et je crois que vous vous en êtes rendu compte vous-même) aucune de ces sciences, seules ou ensemble ne peuvent de manière définitive et unifiée expliquer pourquoi le monde musulman est tel qu’il est aujourd’hui.

Cela relève du sens que l’on donne à la vie. C’est de l’existentialisme.

Discourir "scientifiquement" sur l’Islam n’est pas stérile, bien entendu. Beaucoup a été dit et écrit, par des musulmans et des non-musulmans. Il y a assurément beaucoup de bon et de mauvais et les savoirs qui en découlent sont souvent très utiles.

Mais mon propos n’est pas là.

Je veux dire qu’il est certes possible d’établir une base commune de ce qui est et/ou n’est pas l’Islam : 5 prières par jour, pas d’alcool, etc., mais il serait vain de chercher à ce que les Musulmans (ou quiconque) se mettent d’accord sur ce qu’est le Vrai Islam dans toutes ses facettes, une fois pour toute.

Et si c’est l’esprit holiste qui vous anime, sachez que la fin que vous rechercher est comme le soleil : intouchable.

Comme la paix perpétuelle de Kant : introuvable.

L’islam vécu dans nos coeurs et entre les coeurs est certainement, selon nous Musulmans, ce qui a de plus nourissant et bénéfique pour les humains considérés comme individus et comme groupes mais comme l’atteste la diversité des écoles de droit islamique, l’Islam ne peut être fixé ou figé.

Il est comme l’eau de l’océan...

Et il ne suffira pas de trouver ce vrai Islam et de l’appliquer une fois pour toute pour que l’Eden apparaisse sur Terre.

Ce n’est pas contradictoire. C’est inscrit dans le code de l’univers. La perfection de l’Islam est la Lune que pointe le doigt du sage (ça, vient de Bouddha, j’en suis certain).

Autrement dit, la perfection n’est pas de ce monde.

Et l’islam n’est pas un programme sociopolitique.

Et c’est de ne pas avoir compris cela que les islamistes styles salafistes sont coupables : l’idéologisation de la religion musulmane.

Le Coran et la sunna fournissent des réponses aux ames humaines mais pas de modèle unique de société prêt à appliquer.

C’est ce que le Cheikh Ali Abderazik avait compris.

Il est illusoire de croire que changer la théologie islamique règlera une fois pour toutes les problèmes du monde musulman.

C’est à croire que les problèmes du monde musulman ne serait redevable que d’un islam mal compris d’une part et que rien de bon ne s’y trouverai de l’autre...

La raison instrumentale d’origine occidentale à ses limites et la philosophie de Descartes (qui a aussi du bon qu’il est impossible de nier) est fortement limitée. Elle est impuissante à résoudre tous nos problèmes et à faire le bonheur des enfants d’Adam.

Et l’échec du projet de progrès perpétuel des philosophes des lumières en atteste....

De plus, ne sous-estimons et ne mésestimons pas les trésors que nous ont laissés les anciens et sachons être à l’image du Très Miséricordieux, le Tout Miséricordieux, Ar-Rahman, Ir-Rahim, pardonneur avec ceux des anciens qui ont fait des erreurs non par mauvaises intentions mais de façon honnêtes.

J’ajouterai, que quoi que je suis très critique des codes civils des pays musulmans en général et en ce qui à trait aux femmes en particulier, constatez la nouvelle "moudawanna" au Maroc : sanctifiée par les autorités religieuses du pays, le code de la famille au Maroc (qui ne se réclame pas de la laicité comme en Tunisie ou en Turquie), bien qu’imparfait, comme tout code, est un des plus égalitaires et progressiste du monde musulman en plus de se réclamer ouvertement de l’Islam.

Comme quoi, tout n’est pas immobile dans le monde musulman...

D’autres part, votre résumé des pensées réformistes islamique du dernier siècle et demi et de l’impact qu’elles ont eues sur les différentes sociétés musulmanes parait plus que limité et mériterait une étude beaucoup plus approfondie de votre part.

Le sujet du réformisme islamique couvre un terrain immense. Je doute que vous suspectiez la dimension et la portée réelle de celui-ci.

Un bon livre d’introduction sur le réformisme islamique est celui du Pr Ramadan : Aux sources du renouveau musulman. D’Al-Afghani à Hassan El-Banna, un siècle de réformisme islamique.

Ou encore l’ouvrage de Basheer Nafi, Islamic thought in the twentieth century, Palgrave Macmillan Ltd, New York, 2004, 432 pages.

Comme dit le proverbe (un hadith ? Si quelqu’un peut m’éclairer, j’ai oublier la source, merci d’avance) : "Le Diable aime la vitesse là ou le Très Haut aime la lenteur".

Mais en Vérité, Dieu -Exalté Soit-Il- Est plus Savant.

Wa Salam

le 8 mai 2008

Essalem alaykoum,

J’ai finalement lu le texte et j’aurai mieux fait de me taire avant de l’avoir fait.

J’ai donc lu le texte et je dis el hamdoulillah.

C’est peut-être un défaut de traduction mais je regrette l’utilisation du terme "islamisme" qui n’est autre qu’un amalgame, vecteur de désislamisation comme nommé dans le texte.

"Il exhorte les Musulmans à rejeter le salafisme et à sonder le message d’une désislamisation qui ne dit pas son nom"

Ok pour la seconde partie mais je n’ai pas trouvé dans le texte en quoi la première lui était opposée ?

Après tout ce que prône l’auteur, loin du réformisme, c’est un retour aux sources sans complexe, comme les salafs qui prônent ce retour dans les actes comme pré-requis plutôt que dans la pensée (en gros on arrête de se prendre la tête pour rien puisque l’on sait ce que l’on a faire, on a qu’a le faire et puis point, par rapport aux autres qui disent oui mais ce que l’on a faire, il faut le faire bien et donc quand on aura déterminé comment faire bien on le fera :-) ).

Mohamed Talbi a le mérite de mettre à la poubelle les complexes qui caractérisent beaucoup de "musulmans" adeptes du victimisme ou de l’autoflagélation (dixit les nouveaux penseurs de l’Islam ou la génération spontanées des modernistes, laïcistes, ...).

Mohamed Talbi est un musulman a écouter d’une oreille attentive.

Par Basset - le 7 mai 2008
Je n’ai pas lu l’ouvrage de M Talbi, donc je ne réagi non pas sur la synthèse faite par l’auteur de l’article, simplement je dirai que les questions que posent l’islam à la fois pour l’Occident et le reste du monde, d’une part, et pour les musulmans eux même avec leur diversité linguistique et géographique, méritent d’être traitées d’une manière paisible et historique. Les historiens qui s’occupent de la pensée islamique classique et contemporaine doivent être écoutés. Leur travaux, me semble t-il, même ceux qui ne riment pas parfois avec les convictions de chacun d’entre nous doivent être lus et médités. Je ne vois pas de contradictions dans les thèses posées sur et autour du Texte coranique. Non plus je ne vois pas aussi pourquoi, au non de quel auteur ou philosophe occidental, nous ferons table rase d’un passé juridique, théologique, philosophique ou mystique…qu’on a pas encore analysés tous les contours. De nombreux travaux scientifiques et de thèses manquent dans ses domaines.. De nombreux manuscrits sommeillent dans les bibliothèques du monde, et compris le monde musulman. Même un phénomène complexe comme l’islamisme n’est pas encore analysé d’une façon claire et objective. Ce que je veux le terme islam englobe des réalités complexes. Prenons le temps de bien s’informer et d’apprendre. Soyons humbles et ouverts. On a de nombreux exemples de cette attitude dans la pensée islamique classique..
Par ibrahim - le 7 mai 2008
J’avoue ici que je saisie pas forcement l’enjeu du texte.Je comprend pas la relation entre le salafiste et le reste du texte. Il s’est pourtant dit des choses intéressantes. l’auteur revient sur des éléments de base qu’on aurait tendance à oublier dans ce monde où les conflits et et autre choc de civilisation ont comme religion en arrière fond. Dans toute doctrine y compris religieuse, la liberté est un principe de base autrement comment peut-on savoir si un individu croit s’il a un couteau sous la gorge ? Le monothéisme est le message même des Prophètes depuis que le monde est monde. La formule 3° monothéisme ne gène un peu. “nous n’avons envoyé avant toi aucun messager à qui Nous n’avons révélé : point de divinité en dehors de Moi. Adorer Moi donc.” (sourate 21, verset 25) “Il n’existe pas de communauté où ne soit passé un avertisseur.” (sourate35, v24) Un information capital dans tout ça, “Il en est parmi eux (Prophètes et messagers) dont Nous t’avons raconté l’histoire, et d’autres dont Nous ne t’avons pas raconté l’histoire.” (sourate40, v78) voilà quelques versets du coran qui méritent méditation tant les conséquences laissent entrevoir de nouvelles perspectives, parmi les perspectives.
Par Waglioni - le 7 mai 2008
Comme l’écrit Ahmad, "on oublie les idées que les « réformateurs » ont défendues, dans le pire des cas, on accuse (ces) auteurs d’apostasie". Je crois que cela résume bien la situation, et qu’il a isolé le principe, le moteur du phénomène. Maintenant que cette analyse est faite, et une analyse en effet très cartésienne, il reste à savoir si ce moteur fonctionne pour aller dans une bonne ou dans une mauvaise direction. Personnellement je m’interroge. Par exemple, il n’est pas douteux que cela conduise à certains obscurantismes que le Texte lui-même nous incite à combattre. Mais aussi il n’est non moins certain qu’il a permis l’éclosion de sociétés qui ont inventé une idée du bonheur absolument inconnue de "l’occident", un bonheur pas du tout moderne. Donc, bien loin de la tabula rasa, il s’agit bien plutôt d’un passage au tamis, afin en effet de "séparer le bon grain de l’ivraie" (une expression qui n’est pas de la sagesse de la nation française comme semble le supposer Karim B, de la très chrétienne Montréal, mais qui se trouve dans les Evangiles).
le 7 mai 2008

J’ai pas tout lu, je reviendrai sur le texte plus tard mais déjà l’introduction me paraît complètement biaisé. Il n’y a pas de définition de l’islamisme et on comprend très vite que l’auteur fait une association entre islamisme = contraindre = absence de liberté. Cette vision monolithique me paraît réductrice et très peu sérieuse. D’ailleurs le texte conclut sur islamisme = salafisme. C’est aussi réducteur et négationiste du phénomène musulman, je lirai ce texte plus tard mais il me semble faire du sur place.

La pensée musulmane occile entre d’un côté le fondamentalisme prôné par les salafiste, pourquoi pas, et les tenants d’une image douce complètement intégré et interpété par les normes dominantes. Les plus extrémistes des deux camps vont jusqu’à se nier l’un par extraction de l’environnement l’autre par autoflagélation.

Sans condamner, loin de là, celui qui applique l’effort sur lui-même, ni sans jeter la pierre à celui qui fait preuve de bienséance, la voie musulmane n’est ni l’un ni l’autre, l’essentiel est d’agir c’est à dire de répondre aux contraintes qui se posent à soi.

Et là, la vision libérale s’oppose à la vision musulmane, d’un côté l’absence de règles et de principes garantirait le choix optimale à chaque situation, de l’autre le principe et la règle prévale sur le choix car plus large et plus globaux. Il y a en effet une conception du temps complètement différente, entre d’un côté le bénéfice à l’instant présent et de l’autre le bénéfice à long terme.

Bref il y a beaucoup a en dire mais il y a un travail d’objectivité que doivent réaliser les musulmans et notamment un travail de connaissance d’eux-mêmes et de respect des uns et des autres. Bref prendre de la hauteur et de la sagesse, telle est la voie musulmane. La aussi dans la démarche unificatrice il y a vision diamétralement opposée entre libéralisme et islam...

Par Ahmad - le 7 mai 2008

Karim B de Montréal écrit « l’idée de tabula rasa est inutilement radicale et constitue une idée qui manque de clarté et de précision, marque d’un esprit plein de sentiments louables car généreux mais franchement impatient. »

Je comprends parfaitement cette réaction. Mais je dirais que, oui, en effet, je suis impatient qu’on progresse dans la discussion et la résolution de telles questions.

Après tout, cela fait 1428 ans que les musulmans sont confrontés à ces problèmes. Ne serait-il pas temps qu’ils se mettent d’accord, une fois pour toutes, au sujet de ce que l’islam dit vraiment sur tout cela ?

Par exemple, est-ce tellement difficile de savoir, après 14 siècles, si le Coran a établi la liberté de religion, ou la contrainte en religion ? La réponse doit être soit « oui », soit « non », comme en langage informatique. Or, que trouve-t-on parmi le vaste éventail de réponses possibles ?

L’autorité religieuse de référence, dans le pays musulman de référence, écrit dans son site informatique que l’Islam a établi la liberté religieuse, de manière claire et indiscutable. Il ajoute que, si l’individu ne se convertit pas de sa propre initiative à l’islam, une fois qu’il a été informé du contenu du message divin, il est du devoir de la société de le contraindre à s’y convertir. Il ajoute : c’est comme pour les règles de la conduite automobile. Celui qui n’accepte pas de les respecter de son propre chef doit être sanctionné et contraint de les respecter, pour le bien de la communauté. (Pour celui qui ne l’aurait pas reconnu, il s’agit d’Ibn Baz, Grand mufti d’Arabie Saoudite pendant plusieurs décennies).

Je m’intéresse aux questions de droit musulman, en particulier au droit de la famille, qui est passé par toutes les péripéties, tous les hauts et les bas, dans les pays musulmans que je connais et où j’ai vécu.

J’aimerais bien comprendre pourquoi, sur des questions fondamentales, les règles de droit musulman diffèrent de manière radicale d’un pays à l’autre, ou à l’intérieur du même pays d’une version à l’autre du code du statut personnel.

Y a-t-il un seul droit de statut personnel, d’origine divine, ou bien y a-t-il une multiplicité de droits de statut personnel, d’origine humaine, dans les pays musulmans, en fonction des interprétations d’un juriste ou d’un autre, d’un chef politique ou d’un autre ? La question est capitale.

Les « réformateurs » musulmans se succèdent depuis deux siècles et demi, sans avoir laissé d’empreinte visible sur leur société. Les penseurs religieux égyptiens contemporains défendent des points de vue que Muhammad Abduh a contestés il y a plus d’un siècle. En fait, quand on regarde la séquence historique, on a l’impression que certains penseurs musulmans font un pas en avant, puis d’autres qui leur succèdent font deux pas en arrière. Dans le meilleur des cas, on oublie les idées que les « réformateurs » ont défendues, dans le pire des cas, on accuse les auteurs de ces idées d’apostasie.

Les choses n’ont guère changé aujourd’hui. Quand un pays musulman essaie de modifier quoi que ce soit en matière de droits de la femme et de l’enfant, par exemple, des groupes apparaissent pour contester les réformes proposées, sous prétexte qu’elles ne sont pas conformes aux prescriptions de l’islam. Le fait est qu’elles ne sont pas conformes à leur interprétation des prescriptions de l’islam, mais qui va trancher entre les deux points de vue ?

Cela devient une question de rapport de force politique et militaire, qui n’a plus rien à voir avec le droit musulman.

Souvent, les « penseurs libres » de l’islam, c’est-à-dire ceux qui veulent se dégager du carcan du dogme officiel, sont obligés de vivre et de travailler à l’étranger, en France, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.

Ils s’expriment en français ou en anglais, avant que leurs écrits ne soient (peut-être) traduits dans leur langue nationale d’origine.

Telles sont les questions que des penseurs tels que Mohamed Charfi ou Abdelmajid Charfi essaient de discuter de manière frontale, sans prendre de gants, et sans faire de circonvolutions.

N’est-il pas raisonnable, dans ces conditions, de vouloir que ça change rapidement ? N’ai-je pas raison d’être « impatient » ?

Par Samir - le 7 mai 2008

Article très intéressant, Mais même si je suis d’accord pour des nouvelles lectures, je ne suis pas d’accord pour repartir à zéro. D’ailleurs ce n’est même pas possible : je m’explique.

Juste le fait que notre pensée a été influencée par les anciennes lectures (interprétations) rend le déracinement impossible. On ne peut pas exclure une idée de notre pensée mais on peut biensûr l’influencer par d’autres idées. En ce qui concerne les lectures du coran, je pense quoiqu’on fasse nos lectures resteront des interprétations, qui sont qu’on le veut ou pas conditionnées par notre bagage humain (patrimoine formé par notre passé : expériences personnelles, lectures, sentiments....).

C’est pourquoi je demande à ce qu’on soit prudent quand on propose du nouveau de ne plus essayer d’écraser l’existant mais plutôt de le compléter (critique fondue).

La pensée unique est désastreuse que ça soit salafiste ou moderniste. Mais comment trouver l’équilibre dans tout ça ? Je pense que seul le discours et la tolérance peuvent garder un tel espoir.

Par Karim B, Montreal - le 7 mai 2008

Salam aleykoum à tous et à toutes

D’abord merci à Oumma et J. Héni pour cet article. L’ouvrage de M Talbi est désormais sur ma liste...

Je ne suis pas complètement en désaccord avec l’intervention de Ahmad mais je crois que l’idée de tabula rasa est inutilement radicale et constitue une idée qui manque de clarté et de précision, marque d’un esprit plein de sentiments louables car généreux mais franchement impatient.

Mais comme on dit, c’est dans l’air du temps.

En fait, certains des savants d’aujourd’hui nous éclairerons là ou d’anciens ont apportés de l’ombre et certains faux savants contemporains avancerons des mensonges là ou des anciens nous avaient apportés de la lumière.

Car comme le résume cette merveilleuse métaphore que nous fournit la langue française : ce qu’il faut, c’est savoir séparer le bon grain de l’ivraie.

Et dans tout les cas, le Vrai Islam comme Dieu -Exalté Soit-il- et les étoiles, ne peut être toucher par les doigts des humains.

Et Appeler la Miséricorde de Dieu est un bon début...

Car en Vérité, c’est Dieu -Exalté Soit-Il- qui Est le plus Savant.

Par Ahmad - le 7 mai 2008

Article très intéressant, bien sûr. Talbi pose, encore une fois, la question fondamentale : L’islam se définit-il par ce que ses textes de référence (en l’occurrence essentiellement le Coran) disent, ou bien se définit-il par ce que les politiciens et juristes musulmans disent et font.

La pensée islamique a connu d’énormes dérapages tout au long de sa longue histoire. Les hommes au pouvoir ont fait dire, parfois, aux textes religieux ce qu’ils ont voulu, par le biais de juristes interposés, qu’ils ont nommés aux postes-clé de la structure théologique. Ainsi, par exemple, même si le Coran exprime clairement, et en des versets innombrables, la liberté de religion, postulant que chacun doit faire ses choix et en assumer les conséquences, les « interprètes » du Coran trouvent d’innombrables raisons pour expliquer que cela ne s’appliquait qu’à un moment donné, dans un contexte donné, au début de la Révélation, mais que tout cela a été abrogé, modifié, par la suite. Tout cela pour justifier la volonté d’un Prince de partir à la conquête de territoires qu’il convoitait.

Quelle que soit la question à laquelle on s’intéresse, on retrouve cette même situation paradoxale : d’une part, un texte sans équivoque, d’autre part des interprètes illustres qui lui font dire ce qu’ils veulent, sous prétexte de l’expliquer et de le mettre en perspective.

Ce que nous appelons aujourd’hui l’extrémisme religieux, en matière islamique, procède de cette approche. Ses adhérents se présentent comme des « salafistes » qui veulent prendre le texte coranique à la lettre, en dépassant toutes les interprétations, mais ils ne font qu’ajouter leur propre interprétation (parfois d’une qualité douteuse) à celles de leurs prédécesseurs.

Il n’est guère surprenant que la majorité des musulmans ne sache plus qui croire, ou quoi croire, parmi toutes les versions qu’on lui présente de l’Islam.

En conclusion, les musulmans ont désespérément besoin, aujourd’hui, d’un Descartes qui vienne leur dire : on fait table rase de tout ce qui a été dit sur ces questions dans le passé, par qui que ce soit. On reprend tout à zéro, en usant de raison, dans le cadre d’un discours logique, qu’on développe avec méthode. Comme Ibn Khaldun l’a fait dans son domaine, ou Ibn Rushd dans le sien. C’est ce que certains penseurs tunisiens, comme les deux Charfi, essaient de faire aujourd’hui. Ou bien Soroush (d’Iran) ou An-Na’im (du Soudan), entre autres.

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