Des Etats-Unis à la France : deux visions de l’islam qui s’opposent

Le gouffre est patent. Deux mondes séparent ces deux visions. D’un côté la compréhension, la volonté de

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mardi 24 août 2010

D’un côté, Barack Obama, l’air serein, qui souhaite aux musulmans d’Amérique un joyeux mois de Ramadan. Le président de la nation qui a subi le traumatisme du 11 septembre 2001 trouve les mots justes pour exprimer sa considération à l’égard d’un mois de jeûne que s’apprêtent à observer plusieurs millions de ses concitoyens. Plus largement, il s’adresse au milliard et demi de musulmans de la planète et leur envoie un message de paix, de tolérance et de solidarité. Même si les actions contredisent quelque peu les dires du premier président noir des Etats-Unis (les bombes continuent de pleuvoir en Afghanistan, l’Irak a été renvoyé au Moyen-âge et la complicité américaine à l’égard de l’impunité israélienne est toujours de mise), il n’en demeure pas moins vrai que le message est fort et largement applaudi par la communauté musulmane d’Outre-Atlantique.

De l’autre, le président d’un pays, la France, qui compte l’une des communautés musulmanes les plus nombreuses d’Occident. Ici, aucun mot, aucun propos de cette teneur, juste l’entretien d’un climat malsain qui prend pour cible de manière de plus en plus grossière la figure de l’étranger, de l’immigré et bien entendu du musulman. Pas de prise de parole, pas de vidéo sur internet, aucun signe de considération à l’égard de ces millions de français qui s’apprêtent à vivre un des temps forts de leur spiritualité.

Le gouffre est patent. Deux mondes séparent ces deux visions. D’un côté la compréhension, la volonté de défaire des préjugés et d’apaiser les tensions. De l’autre, l’entretien d’un climat pervers qui vire dans la bouche de certains à la haine de l’autre. Nicolas Sarkozy est resté à l’heure de Georges Bush quand les Etats-Unis semblent avoir tourné la page du choc des civilisations. En France, il n’y a pas de vacances quand il s’agit de mettre de l’huile sur le feu et de monter les catégories de français les unes contre les autres.

Certains y voient le coup d’envoi de la campagne de 2012 avec la reprise du refrain qui a jadis fait le succès du sarkozysme. Pourtant, Barack Obama est aussi en compétition électorale avec le virage cruciale pour sa majorité que constituent les élections de mi-mandat qui vont se dérouler en novembre prochain. Son courage et son sens des responsabilités vont même le pousser à mettre tout son poids dans la balance pour autoriser la construction d’un centre islamique à proximité du lieu hautement symbolique de Ground Zero. Quitte à y laisser des plumes et à aller à rebours d’une bonne partie de son opinion publique. Loin des petits calculs politiciens, on a là l’attitude d’un véritable homme d’Etat.

Beaucoup en France devraient tirer des leçons du rapport qu’entretiennent nombre d’élus et de médias américains avec les questions d’islam. Mais obnubilée par les voix de l’extrême droite et prisonnière d’une laïcité de combat, la classe politique française (et la droite en particulier qui est au pouvoir depuis bientôt une décennie) n’arrive toujours pas à se réconcilier avec le nouveau visage de la société française. Pourtant, il va bien falloir changer de posture. L’Amérique est là pour montrer le chemin.

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Auteur : Nabil Ennasri

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, est actuellement doctorant à l'Université de Strasbourg et étudiant en théologie musulmane.

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