Décès du « cyber-dissident » Zouhair Yahyaoui : symbole d’une jeunesse tunisienne libre

Le cyber-dissident tunisien, Zouhair Yahyaoui, est décédé hier dimanche 13 mars 2005 à 9h du matin d’un

lundi 14 mars 2005

Décès du « cyber-dissident » Zouhair Yahyaoui : symbole d’une jeunesse tunisienne libre

Le cyber-dissident tunisien, Zouhair Yahyaoui, est décédé hier dimanche 13 mars 2005 à 9h du matin d’une crise cardiaque à l’âge de 36 ans. Trop jeune pour mourir. Zouhair Yahyaoui qui fut maintenu illégalement en prison pendant près de deux ans, a subi les pires tortures et humiliations au nom de la liberté de penser et d’expression. Il symbolise une jeunesse tunisienne courageuse qui a soif de vivre et de crier son dégoût pour le régime policier et dictatorial qu’endurent les Tunisiens. Il a ouvert les portes d’un lieu où tout citoyen avide d’information et de liberté peut s’exprimer et pour cette « faute » le gouvernement lui fera payer cher. Pour notre liberté, Zouhair a souffert dans son corps. Grève de la faim, maladie, violences physiques et morale en prison, tel sera son lot pour sa lutte pour une vie digne libérée des humiliations que supporte le peuple tunisien. La dernière en date est l’invitation de Sharon en Tunisie au Sommet Mondial de l’Information en novembre 2005. Un Sommet qui se tient dans un pays où l’information est inexistante ! Où la presse est le porte- parole du régime ! Où sont nés les concepts de « cyber-dissidence » et « cyber-police » !

Zouhair Yahyaoui connu sous le pseudonyme de « Ettounsi » (le « Tunisien » en arabe) a crée en juillet 2001 un journal en ligne satirique anti-Ben Ali du nom de « www.TUNeZINE.com ». Il fit ainsi preuve d’un rare héroïsme en revendiquant la liberté de penser et du droit à manifester nos opinions. Il y diffusait des informations sur les atteintes aux droits fondamentaux du peuple tunisien faites par le régime policier de Ben Ali et celles relatives aux actions de l’opposition tunisienne. Il militait pour une véritable démocratie et pour une alternative au pouvoir dictatorial en place depuis 1987. Par le biais de son site, il est entré lui-même dans l’opposition alors qu’il était totalement inconnu. C’est en diffusant la lettre de son oncle, le juge Mokhtar Yahyaoui, surnommé le « juge rebelle », dénonçant le système judiciaire du pays pour absence d’indépendance, adressée au président de la République que les ennuis commencent.

Arrêté par des policiers en civils, ces derniers lui infligent les tortures que subissent les opposants tunisiens à travers des méthodes que Zouhair Yahyaoui dénonçait lui-même dans son site web. Après lui avoir extorqué le mot de passe du site, la cyber-police tente de le bloquer, mais Sophie sa compagne le remet en ligne à partir de Paris. Le 10 juillet 2002, après un simulacre de procès sans plaidoiries où ses avocats n’ont pu ni consulter son dossier ni assurer sa défense, la cour d’appel de Tunis, des juges à la solde du régime, le condamne à deux ans de prison pour le prétendu délit de « propagation de fausses nouvelles ». Après une mobilisation internationale sans précédent organisé par ses amis de Tunezine.com, l’opposition tunisienne et des ONG il sera libéré le 18 novembre 2003 : deux années d’incarcération arbitraire pour avoir dénoncé un régime autoritaire où la seule voix admise est celle de l’ignorance et de la soumission.

Il a été lauréat du premier Prix « Cyberliberté » de Reporters sans frontières, Globenet et RSF attribué le 19 juin 2003 pour sa lutte pour les principes de liberté, de partage du pouvoir, de vérité et de dignité.

Nous sommes tous des « Ettounsi » ! Ces valeurs le peuple tunisien va continuer à les défendre en dépit des menaces du régime de Ben Ali contre toutes formes de revendication de liberté d’expression ! Le symbole de la jeunesse tunisienne libre reste vivant dans nos cœurs et nous continuerons la lutte.

Allah Yarhmou (Que Dieu ait son âme).

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