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Une famille israélienne utilise les images choc du 11-Septembre pour divertir les enfants

Macabre. A l’occasion de la fête juive de Pourim, un média israélien a publié la photo de deux enfants déguisés en tours jumelles embrasées du 11-Septembre.

L’image parcourt les réseaux sociaux anglophones depuis plusieurs jours mais aucun média français n’a pris le soin de la publier. Le 22 février, un site d’information israélien, dénommé Ynet News, a mis en ligne un article consacré aux déguisements affichés lors de la fête religieuse de Pourim. Chaque année, vers la fin février ou début mars, la communauté juive commémore les récits décrits dans le « livre d’Esther », une femme célébrée pour avoir malicieusement délivré les juifs d’une extermination (fomentée par un dirigeant perse) et provoqué en retour le massacre de « 75800 ennemis ». A cette occasion, il se tient une sorte de « carnaval juif » au cours duquel on rend hommage à l’art du subterfuge pratiqué avec succès par Esther (dont le nom signifie « caché » en hébreu).Comme l’explique (à 7’) le rabbin Yeshaya Dalsace, le « message d’Esther » consiste à « ne pas dévoiler son identité, tromper l’ennemi, jouer avec les apparences ». Quitte à« confondre le bien et le mal » (8’45).

Dans l’article d’Ynet, une image a interpellé les commentateurs du web : réalisée par la photographe Reut Biton, elle illustre le déguisement singulier des jumeaux Nehorai et Ileana. Les deux enfants, âgés de 7 ans, portent chacun une tenue évoquant l’une des deux tours impactées par un avion lors des attentats du 11 septembre 2001.

Enfants déguisés en twin tower

Le jour même, Shalom Life, premier site de la communauté juive canadienne, avait remarqué la photo « de mauvais goût » et fustigé les parents à l’origine de cette création. L’indignation est partagée du côté de 6 Degrees No Bacon, un blog satirique affilié à l’Agence télégraphique juive : « Certains ont demandé: quel serait le sentiment des Israéliens si les Américains s’habillaient en bus en flammes de Tel Aviv ou si les Européens portaient un costume « train pour Auschwitz » ? ». Rappelons également que les attentats du 11-Septembre ont provoqué, ce jour-là, la mort de 2996 individus dont cinq Israéliens.

Huit jours plus tard, le samedi 2 mars, c’est au tour de Press Tv, la chaîne d’information iranienne et anglophone, de relayer l’image. Rédigé par l’islamologue Kevin Barrett, l’article sera rapidement partagé sur Facebook et amplement commenté en raison de son rappel d’un sujet encore tabou pour les médias occidentaux : la connexion israélienne des attentats du 11-Septembre. Ce dimanche 3 mars, Ynet News tenta d’amoindrir le succès viral de l’image en publiant un article pour déplorer la récupération de la photo par les « conspirationnistes iraniens».

Une fausse joie

Récapitulons : depuis 10 jours, hormis quelques sites communautaires juifs et un grand média anti-sioniste, l’information -selon laquelle une famille israélienne utilise le 11-Septembre pour amuser les enfants- a davantage circulé sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, blogs). Certains diront qu’il ne s’agit là que d’une anecdote, en rien significative de ce que pense la majorité du peuple israélien. Ils oublieront évidemment que des faits divers insolites -même mineurs- ne sont pas généralement dédaignés par les médias américains et européens, notamment lorsqu’ils se produisent dans le monde musulman. Des exemples sont quotidiens mais prenons ici le plus emblématique.

Souvenez-vous : au soir des attentats du 11 septembre 2001, les chaînes de télévision se sont empressées d’évoquer la « joie de Palestiniens ». Il s’agissait en réalité d’une information mensongère. Dans ce cas, on diffusa amplement une intoxication médiatique. Dans le cas -présent et avéré- des enfants israéliens au déguisement odieux pour la mémoire des victimes des attentats, on adopte, à l’inverse, la posture des trois singes : les yeux fermés, la bouche cousue, les oreilles closes.

Voici ce que l’auteur de ces lignes a rapporté sur la prétendue « joie palestinienne  » dans le chapitre dénommé « Hasbara » d’un ouvrage intitulé « Israël et le 11-Septembre : le grand tabou ».

 

Extrait

 

Les Israéliens ont bénéficié d’une étrange désinformation, opérée notamment par l’agence britanno-canadienne Reuters et dévoilée, une semaine plus tard, par la première chaîne allemande. Dans l’après-midi et la soirée du 11 septembre, de nombreux médias, à travers le monde, ont diffusé des images saisissantes, présentées comme celles de « Palestiniens se réjouissant » des attentats.

Par la suite, la femme à l’image, Nawal Abdel Fatah, a expliqué aux enquêteurs de la chaîne ARD qu’elle n’était pas au courant de ce qui venait de se produire aux États-Unis. Sa joie, et celle des enfants, s’expliquait, selon elle, par les confiseries et « gâteaux promis » par l’équipe de production.

Lors de la diffusion du reportage allemand, le 20 septembre 2001, il était déjà trop tard. Des centaines de médias écrits et audiovisuels, parmi lesquels France 2, avaient relayé la désinformation, s’appuyant sur la crédibilité de la prestigieuse Reuters – qui a démenti toute manipulation – pour diffuser ces images sans vérification du contexte.

Ironie du sort, les clichés, authentiques ceux-ci et confirmés par le FBI, des trois joyeux Israéliens – se photographiant devant la Tour nord en flammes – n’ont, quant à eux, jamais été portés à la connaissance du public.

C’est tout l’art de la « hasbara », terme hébreu désignant « l’explication » ou, plus exactement, la communication de propagande israélienne, destinée à formater l’opinion publique. Dans le cas du 11-Septembre, l’exercice pratique consista à produire, dans l’esprit des citoyens occidentaux, la terrifiante vision de Palestiniens se réjouissant de l’attentat de New York, et à dissuader, à travers les relais communautaires, toute embarrassante exposition médiatique des espions trahis par leur jubilation.

Depuis 2001, la manœuvre a porté ses fruits. La plupart des médias ont totalement ignoré l’histoire des « Israéliens dansant de joie » à la vue du crash du premier avion. Les rares à avoir traité le sujet, comme ABC News, The Forward, Channel 4 en 2004 et Bakchich en 2011, ont choisi de dédouaner Israël de toute attitude malveillante. Même traitement de faveur à propos du vaste réseau d’espions démantelé en 2001. Si la presse écrite et audiovisuelle a été plus encline à évoquer ce mystère, elle s’est empressée de ne donner qu’une seule grille de lecture : spécialistes de l’électronique et des explosifs, ces hommes et ces femmes issus de l’armée israélienne, déguisés en artistes ou en vendeurs de jouets, se seraient contentés de surveiller les « cellules islamistes » implantées aux États-Unis.

En 2002, interrogé par un téléspectateur de C-Span, Carl Cameron, le reporter à l’origine de l’affaire, évoqua pour la première fois la complainte du « lobby pro-israélien » à l’encontre de la diffusion de son scoop. Incidemment, ce journaliste fit également remarquer que sa chaîne, Fox News, lui avait fait savoir qu’elle avait retiré la retranscription de son reportage en raison d’un manque de place sur le serveur internet…

Onze ans après, le black-out médiatique continue. Mieux encore, la fabrique de l’image du « musulman-se-réjouissant-du-11-Septembre » persiste.

 

C’est ainsi que Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l’Express et chantre du « choc des civilisations », s’est illustré dans son éditorial publié en mai 2011, au lendemain de l’annonce de la mort de Ben Laden : « À la victoire, il ne faut pas ajouter la provocation, et rien ne serait plus dangereux que d’humilier l’ennemi. Profaner le cadavre ou la mémoire de Ben Laden, c’est le ressusciter ; crier sa joie dans les rues de nos villes, c’est singer les barbares enturbannés qui dansaient au soir du 11 septembre ».

S’ils avaient porté un « turban », les Israéliens qui « crièrent leur joie » et « dansèrent » au matin du 11-Septembre auraient probablement retenu l’attention de Christophe Barbier et ses confrères occidentaux.

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