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Une candidate en niqab aux législatives crée la controverse en Tunisie

Sous son niqab d’où ne filtre que le regard, une femme, ainsi couverte de la tête aux pieds, peut-elle prétendre se lancer dans l’arène politique et briguer un siège de députée, telle est la question épineuse qui se pose avec acuité à la Tunisie, à l’approche d’une course vers le palais de Carthage qui promet d’être âpre et effrénée.

Elle a déjà fait sensation sans avoir eu à prononcer sa profession de foi, ni à battre la campagne, la candidate niqabée investie par le parti fraîchement créé de « l’Indépendance Nationale », émanation des ligues de protection de la révolution, est dans tous les esprits, alimentant les conversations et les débats houleux, sa présence constituant à elle seule une première dans les annales politiques tunisiennes qui a surpris son monde de l’autre côté de la méditerranée.

Créant l’événement, alors que tous les partis ont présenté leurs listes électorales pour les législatives et la plupart d'entre eux ont annoncé leur champion pour la présidentielle, cette candidate, dissimulée sous son long voile marginal aux influences wahhabites, attire tous les regards, à la fois interrogateurs et réprobateurs.

Décelant des "calculs politique et du marketing" dans l’irruption soudaine de cette silhouette féminine, impossible à identifier et à reconnaître, sur le devant de la scène publique, Bakhta Belkadhi, membre du bureau exécutif de l'Association des Femmes Démocrates, s’insurge contre cette nomination, mais aussi contre le parti qui tire les ficelles, accusé de jouer les marionnettistes et les ventriloques. ''Dans ce cas là, la femme est considérée comme un objet'', a-t-elle déclaré, en estimant que "cette liste n'a pas de programme visant à instaurer une citoyenneté réelle des femmes et leur participation  dans tous les domaines."

Tout aussi critique, Raja Ben Salah, écrivain et militant politique, juge inconcevable cette candidature : "Il n'est pas possible, selon moi, d’accepter cette mascarade politique que représente la présence des femmes portant le niqab sur des listes électorales. Comment nous assurons-nous que c'est la même femme ?", a-t-il écrit sur sa page Facebook en interpellant directement l’autorité en charge des élections.

De son côté, l’avis plus mitigé de Mohammed al-Qomani, le secrétaire général du Parti de la réforme islamique et du développement, oscille entre la reconnaissance du droit de se présenter devant les urnes pour toutes les femmes, sans exclusive, et la perplexité qui l’habite quant à la réelle capacité de communiquer avec le grand public d’une candidate méconnaissable sous son voile intégral.

Des sentiments ambivalents qui traduisent assez bien le sentiment général, irrésolu et dubitatif, qui règne en Tunisie à la perspective d’une candidate pour le moins atypique, mais pas illégitime aux yeux de la loi : "Légalement, une femme en niqab peut se présenter devant les électeurs, mais son voile est un handicap car il la cache et empêche son identification", a résumé un twittos pour décrire une première tunisienne, ou plutôt une anomalie pour ses pourfendeurs.

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