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Sous-représentés ou stéréotypés, une étude américaine dénonce le sort peu enviable des musulmans sur le petit écran

Quand ils ne sont pas les grands absents des séries anglo-saxonnes à succès, sacrifiés sur l’autel de l’audimat, les personnages musulmans, qui y font de trop rares apparitions, pâtissent encore et toujours d’une image caricaturale à l’excès, et offensante à bien des égards. D’aucuns disent que c’est à dessein…

A l’instar de Riz Ahmed, la star britanno-pakistanaise, désormais aussi connu pour son rôle dans « The Night Of » que pour celui d’activiste irréductible qu’il campe avec conviction dans la vraie vie, une étude rigoureuse, confiée à l’Annenberg Inclusive Initiative, vient apporter de l’eau à son moulin. On pourrait bien sûr s’en désoler, même si ses conclusions mettent en lumière une réalité qu’il ne faut plus taire, mais dénoncer avec vigueur : la sournoise banalisation des préjugés anti-musulmans et sa fabrique de l’islamophobie institutionnalisée à l’écran.

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Intitulé Erased or Extremists : The Stereotypical View of Muslims in Popular Episodic Series, ce rapport étayé, après avoir passé au crible plus de 200 séries réalisées entre 2017 et 2019, parmi les plus populaires aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande, aboutit au même amer constat que celui qui, avec la Fondation Ford et Pillars Fund, en a soutenu la mise en oeuvre : l’acteur et rappeur Riz Ahmed. Ce dernier a, pour l’occasion,  revêtu son costume de producteur engagé, fondateur de Lift Handed Films.

Riz Ahmed

Quand ils ne sont pas carrément passés à la trappe, les musulmans sont largement sous-représentés dans les fictions télévisuelles de langue anglaise et font l’objet de portraits peu flatteurs, forçant ou noircissant le trait, voilà ce qu’a mis en relief l’équipe de chercheurs de l’Université de Californie du Sud (USC). Seuls six personnages, interprétant des co-leaders, ont échappé à cette vraie malédiction de la petite lucarne cathodique, parmi lesquels, fait notable, figurait une femme. 

Tel est le grand enseignement que tire cette étude américaine, en précisant que les personnages masculins sont majoritairement originaires du Moyen-Orient ou du Maghreb, alors même que les musulmans forment un groupe religieux et ethnique extraordinairement diversifié, et sont constamment décrits comme patibulaires, agressifs, le couteau entre les dents. 

Rarement, les comédiens qui acceptent de leur prêter leurs traits (ou de vendre leur âme au diable…) ont l’opportunité de jouer une autre partition, telle que celle de victimes de discriminations, voire d’actes ou de crimes islamophobes violents. 

Moins d’un tiers ont l’occasion de se glisser dans la peau d’anglophones de naissance, ce qui contribue à enraciner une seule et même perception dans les esprits, anxiogène à souhait  : le musulman est l’éternel « étranger » et représente, à ce titre, une potentielle menace. En d’autres termes, il faut toujours se méfier de l’eau qui dort ou du dangereux terroriste qui sommeille en chaque musulman…

Les personnages féminins ne sont pas mieux lotis, puisqu’ils cantonnent inlassablement les musulmanes dans le rôle de femmes infériorisées et soumises à leur époux, ou de pasionarias de l’islam politique, au grand dam de Riz Ahmed.

Riz Ahmed récompensé par le Emmy Award du « Meilleur acteur»

« Pour les musulmans, cela envoie le message qu’ils n’éprouvent pas de sentiment d’appartenance envers le pays occidental où ils sont nés, et sont par conséquent suspects de déloyauté, ou encore sont des citoyens de seconde zone », déplore vivement celui qui est né à Wembley en 1982, après que ses parents émigrèrent de Karachi vers le Royaume-Uni, et qui est entré dans l’histoire de la télévision américaine en tant que premier artiste musulman et sud-asiatique à obtenir le prestigieux Emmy Award du « Meilleur acteur ».

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« Pour d’autres personnes, cela risque fort de normaliser la peur, le fanatisme et la stigmatisation des musulmans », a renchéri Riz Ahmed, avant de plaider pour une « narration inclusive de toute urgence » :  « Il n’y a plus un instant à perdre ! Les réseaux et les services de streaming doivent assumer leurs responsabilités urgemment, pour s’assurer que les musulmans de tous horizons se voient reflétés, sous un autre jour, dans nos émissions de télévision préférées ».

5 commentaires

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  1. Mais enfin, Djezer, si on prend le seul Maroc, l’esclavage des noirs n’est que suspendu, pas officiellement supprimé.
    Alors on peut imaginer que les mentalité aient toujours un petit retard.

    Ma femme marocaine a un 8e de sang noir, vu que son arrière-grand-mère était esclave chez vous…

  2. Leroy , tu te trompes lourdement . Je reviens du Maghreb , et sur les pubs de salon de coiffure et marketing d’après toi qui ont voit ? Toujours un européen ..
    Je ne parlerais pas de discrimination en Europe mais le marketing suis la tendance : le black et le blanc font vendre .

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