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Sondage sur le regard des Européens sur l’Islam

Méfiant, réprobateur, apeuré, quand il n’est pas condescendant ou railleur, le regard plutôt noir porté par les Européens sur l’islam et ses fidèles reflète une crispation endémique, qui n’a cessé d’être exacerbée en l’espace de quelques années.

Enième étude d’opinion d’une longue série, l’Ifop publie les résultats d’une enquête qui a croisé les regards, en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et au Royaume-Uni, du 9 au 18 avril 2011, à partir d’un panel de 600 à 800 personnes par pays. Quatre poids lourds de l’UE, qui recensent la plus forte population musulmane, alors que leur modèle d’intégration diffère.

Epithète qui est sur toutes les lèvres dès que l’on évoque l’islam,  "menaçante" qualifie la présence musulmane pour une majorité relative de personnes interrogées, qui y voient un péril pour leur identité respective : 47% en Grande-Bretagne, 44% aux Pays-Bas,  42% en France, et 40% en Allemagne.

Toutefois, certains positivent l’islamité de l’Europe, ce sont les jeunes français et britanniques qui, pour une forte proportion des moins de 35 ans, considèrent la présence d’une communauté musulmane comme une source d’enrichissement culturel.  Une tendance qui s’inverse nettement en Allemagne et aux Pays-Bas, où la jeunesse, très critique, préfère hurler avec les loups.

Vouée aux gémonies, et désormais criminalisée, la visibilité de l’islam nourrit les pires fantasmes, son  incompatibilité avec la laïcité ayant été décrétée d’en haut. Parmi ses symboles ou signes ostensibles  le voile suscite un rejet massif et épidermique,  notamment en France où 90 % des sondés s’opposent au port du voile islamique à l’école, contre 62 % aux Pays-Bas, 70 % en Allemagne et 64 % au Royaume-Uni.

Dans la rue, "l’indifférence domine en Allemagne, tandis que 20% des Néerlandais y sont favorables". Là encore, les Français se distinguent par leur farouche hostilité : 59 % ne sauraient voir le voile qui fâche dans l’espace public.

L’édification de mosquées  cristallise nombre de tensions également, tout en faisant apparaître des clivages : c’est en Allemagne et aux Pays-Bas que de fortes réticences prédominent, avec 50% de détracteurs, la France ne comptant que 39% d’opposants, et le Royaume-Uni 38%. La tolérance à l’égard des lieux de culte en France (20% approuvant leur construction) contraste notablement avec le rejet sans appel du voile.

Dire que l’islam politique n’est pas en odeur de sainteté est un euphémisme, en particulier en France… La création de partis politiques ou de syndicats se référant  à l’islam fait l’objet d’un veto à une majorité écrasante de 74 % des Français, contre 43% de Britanniques, 41% de Néerlandais, et 32% d’Allemands.  A noter cependant,  52% de nos concitoyens ne sont pas "hostiles à l’élection d’un maire musulman dans leur commune".

Si le regard que porte l’Europe sur l’islam est indéniablement obscurci par la peur qui paralyse, ostracise, et éloigne les uns des autres, ce nouvel éclairage de l’Ifop met en lumière une vision qui pour être sombre, n’en est pas moins contrastée, la nuance s’imposant dans ses interprétations.

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