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Sharaf Haseebullah, la première femme à avoir construit et financé une mosquée en Amérique du Nord

Il y a cinq ans de cela, rares sont ceux, notamment parmi les hauts dignitaires musulmans et les notables du Nevada, qui auraient misé sur la capacité d’une veuve âgée, parlant anglais avec un fort accent pakistanais, à accomplir la mission suprême qu’elle s’était assignée avant de quitter ce bas monde : ériger une mosquée somptueuse, en signe de son infinie dévotion et gratitude envers Allah, le Tout Miséricordieux.

Ils étaient, en effet, guère nombreux à avoir décelé l’âme de bâtisseur qui sommeillait chez Sharaf Haseebullah, 74 ans, et avoir pris conscience de l’importance que revêtait à ses yeux la réalisation de ce grand chantier, ambitieux et hautement symbolique, considéré comme le bel aboutissement d’une vie placée sous les meilleurs auspices

C’est aux Etats-Unis, sur cette terre d’accueil où elle débarqua avec son regretté mari en 1975, et en l’occurrence à Las Vegas, où ils posèrent leurs bagages après avoir transité par Chicago, que cette ancienne pharmacienne a démontré qu’elle avait aussi l’étoffe d’un maître d’œuvre rigoureux, ainsi que la prodigalité du plus généreux des mécènes.

Fait notable, avant de s’exiler vers l’eldorado américain, Sharaf Haseebullah fut l’une des premières femmes sorties major de sa promotion à l’Université de Karachi, ce qui lui valut d’être honorée par les autorités de son pays, le Pakistan.

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Au soir d’une existence bien remplie, cette riche veuve qui, bien qu’entourée de l’affection de ses sept enfants, se sent très esseulée depuis la mort de son époux, pharmacien comme elle et véritable alter ego, avec lequel elle a bâti un petit empire composé de plusieurs pharmacies et de biens immobiliers, n’avait plus qu’un seul défi à relever, ou plutôt un dernier souhait à exaucer : offrir aux musulmans de Las Vegas une mosquée digne de ce nom, baignée de lumière divine et rayonnant à plusieurs kilomètres à la ronde.

C’est ainsi qu’en 2016, au terme d’une gestation longue de 8 ans, la magnifique mosquée Masjid Ibrahim est sortie de terre. Elle s’est déployée sur le terrain occupé depuis 1997 par un lieu de culte de fortune, grâce au don substantiel de 3 millions de dollars octroyé par une femme d’exception, qui laissera son empreinte dans la pierre mais aussi dans l’histoire, en tant que première femme à avoir construit et financé une mosquée en Amérique du Nord.

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« Cette mosquée n’est pas pour ma famille, elle a été édifiée pour Allah », clame la très pieuse Sharaf Haseebullah, en contemplant avec une émotion à chaque fois renouvelée cette Maison de Dieu, conçue comme le plus sûr et ressourçant des refuges, qui fut longtemps une esquisse sur le papier, avant qu’elle ne se matérialise sous ses yeux émerveillés.

« J’ai juste moi et mon Coran. Je ne sais donc pas comment cela s’est produit, mais cette mosquée a été construite. Quand Allah vous aide, vous gagnez toujours », se plaît-elle à dire avec l’humilité qui la caractérise, sans jamais s’appesantir sur les efforts qu’elle a dû déployer et les obstacles qu’elle a franchis pour que son rêve le plus cher devienne un jour réalité.

Elle se réjouit juste d’avoir réussi à braver le scepticisme ambiant, mais c’est pour mieux mettre en lumière sa « confiance sans faille en Allah » et l’adoration qu’elle lui voue. « Tout le monde me disait que ce serait trop dur et que mon projet était condamné à l’échec. Mais Allah m’a aidé en tout et à chaque instant », insiste-t-elle, renchérissant : « Je suis tellement heureuse que le Coran soit enseigné et psalmodié dans cette belle Maison de Dieu ».

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Alors que tous les vendredis, plus de 300 fidèles se pressent pour se recueillir ensemble lors de la grande prière collective qu’il dirige, l’imam des lieux, Shamsuddin Waheed, ne tarit pas d’éloges sur la femme qui l’a choisi pour officier dans sa mosquée. « Sharaf Haseebullah est une personne humble et d’une extrême gentillesse. Elle est très aimée par les musulmans locaux. Elle est considérée comme une grande aînée vers laquelle on peut se tourner pour lui demander conseil ou même de l’aide. Elle répond volontiers à toutes les sollicitations, toujours avec le sourire et en faisant preuve d’écoute et de compassion ».

Le seul moment où Sharaf Haseebullah est envahie par un sentiment de fierté, c’est quand elle montre le carrelage de qualité, sélectionné avec soin, qui embellit la salle des ablutions, la superbe calligraphie qui orne le devant des portes cossues, et le jeu de lumière qui met en valeur le dôme de la mosquée.

« C’est le Las Vegas ! », s’est-elle exclamée récemment en riant, tout en accueillant à bras ouverts un couple chrétien. « Tout le monde est bienvenu dans le Masjid Ibrahim », a-t-elle lancé, en se faisant une joie de leur faire découvrir la mosquée si chère à son cœur, lors d’une visite guidée improvisée.

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