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« Propaganda » de Noam Chomsky

« Propaganda » de Noam Chomsky

On ne présente plus le grand Noam Chomsky, cet intellectuel de renom considéré comme le plus influent de ce siècle par les revues Prospect et Foreign Policy. Linguiste avant tout, mais surtout connu pour sa dissidence à l’égard de la politique américaine. Parmi ses innombrables ouvrages, nous allons tenter de résumer « Propaganda » publié en 2000, afin de mettre en lumière les analogies et parallèles qu’il est possible d’établir entre toutes les époques, y compris actuelle.

Introduction

Le rôle des médias dans la politique contemporaine nous oblige à nous interroger sur le monde et la société dans lesquels nous voulons vivre, et en particulier sur le genre de démocratie auquel nous aspirons.

Chomsky propose de mettre en parallèle deux conceptions distinctes de la démocratie : la première permettant au citoyen de participer pleinement à la vie en société, la seconde excluant le peuple de la gestion des affaires de la cité et exerçant un contrôle étroit et rigoureux sur les moyens d'information.

Bien que cette conception puisse sembler paradoxale, il est important de comprendre que c'est celle qui prédomine. En fait, c'est le cas depuis longtemps sur le plan pratique aussi bien que théorique. La longue histoire qui remonte aux premières révolutions démocratiques modernes dans l'Angleterre du XVIIème siècle en témoigne largement.

CHAPITRE 1 : Les débuts de la propagande dans l’histoire contemporaine

Avant 1917, la population américaine était profondément pacifiste, contrairement à l’administration Wilson va-t-en-guerre qui présidait aux destinées de la nation. Une campagne de propagande anti-allemande fut alors lancée, afin de retourner le citoyen américain. « Cette dernière a très bien fonctionné, car lorsqu’elle est appuyée par les classes cultivées et qu’aucune dissidence n’est permise, la propagande de l’Etat peut avoir des effets considérables », précise Noam Chomsky.

CHAPITRE 2 : Une démocratie pour spectateurs

« Le bien commun est une notion qui échappe complètement à l'opinion publique. Il ne peut être compris et géré que par une «classe spécialisée» d'« hommes responsables », dotés des capacités requises pour donner un sens aux choses. Selon cette théorie, seule une petite élite, peut comprendre en quoi consiste le bien commun et savoir ce qui est important pour la collectivité, puisque ces notions « échappent complètement à l'opinion publique ». Ce point de vue, dont l'origine remonte à plusieurs siècles, est également caractéristique de la pensée de Lénine.

"La propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l'État totalitaire", souligne Noam Chomsky, en livrant une métaphore éloquente.

CHAPITRE 3 : Les relations publiques

Les relations publiques représentent une industrie gigantesque qui dépense environ un milliard de dollars chaque année. Son but a toujours été de contrôler l'opinion publique.

Au cours des années trente, d'importants problèmes ont fait surface, comparables à ceux qui étaient survenus pendant la Première Guerre mondiale. Une grave récession s'est nstallée et les travailleurs se sont énergiquement organisés.

Le patronat a alors élaboré et testé une nouvelle technique pour détruire les mouvements ouvriers qui s'est avérée très efficace. Il n'a pas fait appel aux escadrons de gangsters ni à la violence, car ce genre d'intervention ne donnait plus de bons résultats, mais il a tiré parti d’un outil bien plus subtil, insidieux et redoutable : la propagande.

Le procédé consistait à monter la population contre les grévistes en les présentant comme des agitateurs dangereux pour la population, opposés au bien commun. Ce bien qui est commun à tous, à l'homme d'affaires, comme au travailleur, à la femme au foyer, et plus généralement, à nous tous qui voulons vivre et travailler ensemble, qui aspirons à l'harmonie et aux bienfaits de l'américanisme. C'est contre «nous tous ».

CHAPITRE 4 : Fabriquer l’opinion

La lutte n'est jamais terminée, car le troupeau dérouté n'est jamais parfaitement dompté.

Durant les années trente, il s'est rebellé de nouveau et a été rappelé à l'ordre, contraint de rentrer dans le rang. Au cours des années soixante, une nouvelle vague de contestation est apparue que la caste des experts a appelée la « crise de la démocratie», considérant que la démocratie entrait dans une période de crise, parce qu'une importante partie de la population s'organisait, agissait et essayait d'intervenir sur la scène politique. Ce qui nous ramène à la question des deux conceptions de la démocratie. Selon le dictionnaire, ce genre de crise est un progrès démocratique; selon la conception dominante, c'est un problème, c'est une crise qu'il faut résoudre. On doit ramener la population à l'état qui lui est propre: L'apathie, l'obéissance et la passivité.

CHAPITRE 5 : Falsifier l’histoire

Quand nous agressons et détruisons quelqu'un, on nous faire croire tout l’inverse, à savoir que nous nous protégeons et nous défendons contre des agresseurs redoutables, des monstres, etc. 

Depuis la guerre du Viêt Nam, l’histoire officielle s’est employée à réécrire la véritable histoire, en la falsifiant.

Trop de gens avaient commencé à comprendre ce qui se passait réellement, notamment de nombreux soldats, ainsi que des jeunes qui militaient dans le mouvement pour la paix, et d'autres citoyens. C'était déplorable. C'est ce que les intellectuels du temps de Kennedy ont nommé la défense du Viêt Nam du Sud contre une « agression de l'intérieur ». Cette formule a été reprise par Adlai Stevenson et par d'autres. Il était essentiel de l'imposer comme la version officielle et bien comprise des faits. Cela a marché à merveille.  "Le message passe comme une lettre à la poste quand le système d'éducation et les médias sont contrôlés dans leur totalité et que les érudits sont des conformistes”, dixit Noam Chomsky.

CHAPITRE 6 : La culture dissidente: un espoir.

En dépit de tous les obstacles, la culture dissidente a survécu. Depuis les années soixante, elle a prospéré de manière remarquable, bien qu'au début son développement ait été extrêmement lent. Durant les années soixante-dix, la situation a considérablement évolué.

De grands mouvements populaires ont vu le jour, notamment les mouvements écologistes, féministes et anti-nucléaires. Au cours de la décennie 80, les mouvements de solidarité ont connu une expansion encore plus marquée, phénomène nouveau et important, du moins en ce qui concerne la dissidence aux États-Unis, mais peut-être aussi dans le monde entier. Tous ces faits révèlent l'existence d'un phénomène d'éveil social malgré toute lapropagande, malgré tous les efforts déployés pour maîtriser la pensée et fabriquer le consentement. En dépit de tout, les gens développent leur capacité et leur volonté de réfléchir en profondeur.

CHAPITRE 7 : Le défilé des ennemis

Les matches de football et les feuilletons à la télé pourraient ne pas suffire à distraire l’attention du grand public. Il est indispensable de faire peur en fabriquant des ennemis. Pendant les années trente, Hitler a instillé dans son troupeau la peur des Juifs et des Gitans. Il fallait les anéantir pour se défendre. « Il s'agit d'effrayer la population, de la terroriser et de l'intimider de telle sorte qu'elle n'ose plus voyager et tremble de peur, enfermée chez elle »analyse Noam Chomsky. Ensuite, survient une victoire magnifique à l'île de la Grenade, au Panama ou contre quelque autre armée du monde.

CHAPITRE 8 : Une sensibilité selective

L’auteur met en exergue deux exemples qui démontrent le « deux poids, deux mesures » de la politique américaine. « Valladares, un prisonnier cubain libéré » a été publié en mai 1986. Il fut propulsé au sommet afin de démonter la dangerosité du régime cubain. Durant le même mois, les survivants du Groupe de défense des droits de la personne du Salvador ont été arrêtés et torturés (les chefs avaient été tués), parmi eux figurait le directeur du groupe, Herbert Anaya. Ces hommes ont été incarcérés dans une prison nommée La Esperanza (« l'espérance »). Des avocats ont recueilli les déclarations assermentées des quatre cent trente-deux prisonniers. Le dossier a été déclaré « sans suite » par l’administration américaine. Comme on peut s’en douter, le Salvador était un pays « ami ».

Lors de l’invasion du Koweit par l’Irak, les Etats-Unis ont justifié leur offensive contre l’Irak au motif qu’il avait envahi un pays souverain. Si l’on suit cette logique, l’Amérique devrait également bombarder le Salvador, le Guatemala, l'Indonésie, Damas, Tel Aviv, Le Cap, la Turquie, Washington et une liste interminable d'autres États, tous coupables d'occupation illégale et d'agression, ainsi que de violations massives des droits de la personne.

CHAPITRE 9 : La guerre du Golfe

Il existait  un mouvement d’opposition démocratique irakien, un mouvement très courageux dont l'importance était loin d'être négligeable. Bien évidemment, ce mouvement a fini en exil. Plusieurs de ses partisans se sont rendus à Washington en février 1990, quand Saddam Hussein était encore le bon ami et l'allié commercial de George Bush, afin d'y faire valoir la cause de l'opposition démocratique irakienne et d'obtenir que l'on soutienne leur volonté d'instaurer une démocratie parlementaire en Irak.

Ils ont essuyé une rebuffade, purement et simplement, car les États-Unis n'avaient aucun intérêt à prendre en considération leurs revendications. Et Il n'y a pas eu de réaction du côté des médias.

Conclusion :

L’enjeu est bien plus important. Il s'agit de savoir si nous voulons vivre dans une société libre ou bien dans ce qui n'est ni plus ni moins qu'une forme de totalitarisme. Un totalitarisme dans lequel le troupeau dérouté est dévié à dessein de sa route et erre, terrifié, en hurlant des slogans patriotiques, craignant pour sa vie et encensant le chef qui l'a sauvé de la destruction.  

« Nous sommes en train de devenir un État mercenaire qui fait le gendarme en espérant que d'autres vont le payer pour écraser le monde. Tels sont les choix possibles, telle est l'alternative devant laquelle nous sommes placés. La solution de ce problème repose principalement entre les mains de gens comme vous et moi », alerte Noam Chomsky.

Noam Chomsky, né le 7 décembre 1928 à Philadelphie, est un linguiste et philosophe américain. Professeur émérite de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné toute sa carrière, il a fondé la linguistique générative. Il s'est fait connaître du grand public, à la fois dans son pays et à l'étranger, par son parcours d'intellectuel engagé de tendance anarchiste. En 1992, d'après l'Arts and Humanities Citation Index, Chomsky est plus souvent cité qu'aucun autre universitaire vivant pendant la période 1980-92. Il occupe la huitième position dans la liste des auteurs les plus cités. Il est considéré comme une figure intellectuelle majeure du monde contemporain.

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