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Maitre de son destin, capitaine de son âme

Vingt-six ans durant, Rolihlahla, au nom prédestiné de «fauteur de troubles», déclamera ce poème dans sa cellule de la prison de Robben Island, puis de Pollsmoor, comme la marque de sa détermination à mener son combat jusqu’à son terme; comme le symbole de sa lutte résolue face à ces tortionnaires ségrégationnistes blancs d’Afrique du sud, le parfait exemple d’un militantisme intégral; comme la marque de sa farouche croyance dans le destin de son pays et de son continent, l’Afrique, objet de la plus formidable dépossession de l’histoire de l’Humanité.

Court poème de l’écrivain britannique William Ernest Henley, très repris dans la culture populaire qui contribua à sa célébrité, le titre se fonde sur la propre expérience de l’auteur, qu’il écrivit, en 1875, sur son lit d’hôpital, à la suite de son amputation du pied. William Henley disait de lui-même que ce poème était une démonstration de sa résistance.

Invictus (Invaincu, celui dont on ne triomphe pas), poème préféré du chef du combat nationaliste africain, dont il déclinait les vers comme autant de mot d’ordre, sera popularisé à l’échelle planétaire par le film de Clint Eastwood, dont il en constituera le titre éponyme.

Magistralement interprété par Morgan Freeman et Matt Damon, le film retrace en la scellant l’apothéose de la réconciliation entre Afrikaners et Noirs, lors de la finale de la coupe du Monde de Rugby, en Afrique du sud, en 1995, l’année suivant l’élection de Mandela à la présidence de l’Union sud-africaine.

Le tombeur de l’apartheid, portant le maillot des Springboks, symbole absolu de l’Apartheid, remettant la coupe au capitaine de l’équipe sud-africaine, François Piennaar, un afrikaner pur sucre, cimentera «la nation arc en ciel» par ce coup de génie de Madiba en propulsant Nelson Mandela au rang d’icône planétaire. «L’un des deux plus indiscutables magnifiques personnages du dernier millénaire, avec le Mahatma Gandhi», selon l’expression de l’écrivaine sud-africaine Nadine Gordimer.

Dans la nuit qui m’environne,
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu d’opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu’horreur et ombres
Les années s’annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.

Obama : «Mandela appartient à l’Histoire»

Barack Obama, en pèlerinage à l’Ile de Gorée, point de départ de la traite négrière, puis à Robben Island, l’été 2013, a signé dans l’ordre subliminale le passage de relai entre le fondateur de la «Nation Arc en ciel» et le premier président afro américain de l’histoire de la planète, le relai d’un pays plurie-thnique à un pays multiracial, et, dans l‘ordre symbolique, un acte de filiation du Nouveau monde envers la vieille Afrique, qu’elle a sinon enfantée, à tout le moins aider à croître, plus durement que d’autres.

Une réplique silencieuse de la vieille Afrique aux négriers européens avec leur «fardeau de l’homme blanc» et leur «charge d’aînesse» arcbouté sur leur vieux continent pétri de rhumatismes systémiques, prix de leur excès. Une claire démonstration de la pleine place de l’Afrique dans l’histoire.

Mandela est décédé le 5 décembre 2013 à la veille du Sommet France Afrique de Paris que l’Afrique du sud a boudé pour les raisons que son successeur Jacob Zuma a résumé en ces termes: «Je ne trouve pas l’intérêt d’aller à un sommet France-Afrique, alors que la France n’encourage pas la démocratie que veut les peuples de ses colonies. En effet la France ne renforce et consolide que ses intérêts dans ses colonies; dès qu’on veut la rappeler à l’ordre, elle n’hésite pas de déstabiliser les nationalistes qui trouvent gênant qu’après le soit disant indépendance, que les richesses du colonisé continu de nourrir l’économie du colonisateur».

…«Nous voyons une Afrique forte qui doit avoir un leadership encourageant. Et non une Afrique que la France initie dans un processus de continuer à renforcer le pillage des ressources d’Afrique», assénera vertement Jacob Zuma, l’héritier de Mandela à la tête de l’Afrique du sud, la nouvelle référence morale du continent, à François Hollande, le Scipion l’africain du Mali Bangui, le nouveau gendarme socialiste de l’Afrique, un continent qui a longtemps été le champ d’action privilégié de la France, reléguée en deux décennies en 5 me position derrière les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Royaume Uni.

Au Panthéon universel de l’humanité, Mandela rejoint ainsi les deux autres grandes figures tutélaires du XXe siècle pour leur contribution à la morale universelle, le Mahatma Gandhi (Inde), et, pour l’espace francophone, le Martiniquais Aimé Césaire, trois personnalités du tiers monde colonisé, une consécration qui retentit comme un camouflet pour les pays occidentaux avec leur cortège de nazisme, de fascisme, de totalitarisme et d’esclavagisme.

Puissent les fournisseurs de Djembé et de mallettes, les soiffards et les tricards, les cerbères de leurs peuples, prendre exemple sur ces figures de légende.

Et, que dans la mémoire des peuples en lutte pour leur liberté leur âme vive éternellement.

So long Madiba

 

 

 

 

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