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L’islamo-gauchisme : une affirmation politicienne sans fondement scientifique !

Lors d’une interview accordée par la ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur à Jean-Pierre Elkabach sur CNews, cette dernière partage le constat de la Une du Figaro, publiée la semaine précédente, selon laquelle : « l’islamo-gauchisme gangrène l’université française ».

Au-delà du fait que toute diatribe contre l’islam bénéficie, a priori, d’un avis favorable chez un grand nombre d’éditorialistes, de journalistes, d’écrivains, de responsables politiques de ce pays, surtout lorsque l’on y confond les termes « islam, islamiste, islam politique », la ministre annonce lors de cet entretien vouloir  commander au CNRS une enquête sur « l’islamo-gauchisme à l’université ».

Le CNRS, dès le lendemain, de cette commande publique rétorquait que « l’islamo-gauchisme » n’est pas une réalité scientifique. De même, la Conférence Nationale des présidents d’université formula une réponse de même nature, allant même jusqu’à exhorter la ministre à « stopper la confusion et les polémiques stériles », en lui rappelant « qu’utiliser les mots des animateurs de Cnews et  de l’extrême-droite, c’est faire le lit des traditionnels procureurs prompts à condamner par principe les universitaires et les universités ». Il s’agit d’une mise au point très claire, d’autres diraient d’un recadrage de la ministre sur les dangers intrinsèques véhiculés par les auteurs de ce pseudo-concept. 

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Ce samedi 20 février 2021, six-cents universitaires (enseignants, chercheurs…) ont demandé sa démission dans une tribune publiée dans le Monde.

L’expression « islamo-gauchisme » qui, d’un point de vue linguistique, s’apparente à un oxymore, trouverait son origine au Royaume-Uni. En France, cette expression fut employée pour la première fois en 2002 par le sociologue Pierre-André Taguieff dans son essai ‘La Nouvelle Judéophobie ». Depuis, cette expression, abondamment reprise par les extrême-droites européennes ces dernières années, renvoie à une hypothétique collusion entre des mouvements d’extrême-gauche, voire de gauche, et des organisations musulmanes selon la terminologie habituelle, employée par des courants politiques incarnés par  les suprémacistes Blancs ou les groupuscules identitaires.

Derrière cette affirmation « islamo-gauchisme » ressurgit l’expression « judéo-bolchévique », utilisée par l’extrême-droite de l’entre-deux guerres. Les partis fascistes et nazis des années trente à quarante utiliseront constamment « le judéo-bolchévisme » pour mieux dénoncer les ennemis de l’intérieur, en s’appuyant sur de prétendus fondements xénophobes et antisémites.

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Si l’on revient au contexte hexagonal de 2021, le propos de la ministre surgit dans la continuité du vote en première lecture du projet de loi sur « les séparatismes » à l’Assemblée nationale, qui vise non seulement à combattre « l’islam radical » mais aussi toutes les entreprises de déconstruction postcoloniales, autrement dit tout ce qui questionne le récit national sur l’esclavagisme, la colonisation, l’indigénat, la place et le rôle des populations musulmanes et non musulmanes dans l’Empire colonial français et la place des musulmans dans la France postcoloniale. Cette dernière souvent sujette à caution, car n’allant pas de soi. Preuve en est, l’abondante littérature produite depuis les années 80 qui questionne régulièrement la compatibilité de l’Islam et de la République. 

Depuis la campagne d’Egypte menée par Napoléon 1er en 1798,  la conquête d’Alger en 1830, la colonisation de l’Afrique Noire en 1870, la France côtoie des millions de musulmans, 223 années plus tard, on en serait encore à se demander si l’islam et la France sont compatibles ? Ceux qui se reconnaissent dans cette interrogation se complaisent soit dans un déni de l’histoire, soit dans une posture idéologique inspirée par des thèses électoralistes, essentiellement démagogiques.

A l’heure de la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon, je rapporterai ces paroles de l’Empereur, extraites de l’ouvrage de Arthur Chevallier « Islam en France : l’exemple de Napoléon et du judaïsme » : « « Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont musulmans », lance-t-il à ses officiers et soldats. « Ayez des égards pour leurs imams comme vous en avez eu pour les rabbins et les évêques… ».

Puissions-nous revenir à cet état d’esprit, fondateur d’un traitement équitable de toutes les religions et synonyme d’une laïcité authentique !

Luis-Nourredine PITA

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