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L’Islam est compatible avec la démocratie, les dirigeants arabes rassurent à Davos

L’islam fait-il bon ménage avec la démocratie, surtout depuis que le vent a tourné dans le monde arabe, sous les effluves envoûtantes de la liberté et de la dignité ?

Depuis jeudi, le Forum économique mondial de Davos résonne de cette question brûlante, dans le cadre de plusieurs débats consacrés à l’après-printemps arabe. Une interrogation récurrente qui, comble de l'ironie, tourmente ceux-là mêmes qui, hier, pactisaient avec des présidences assises sur les trônes de l’autocratie, sans jamais être en proie à l’angoisse démocratique…

Ces mêmes démocrates vertueux, qui restèrent contemplatifs quand les forteresses imprenables de leurs amis dictateurs tombèrent, et qui exigent aujourd’hui d’être rassurés sur l’avenir d’un régime politique tant chéri, et pourtant mille fois sacrifié sur l’autel de la realpolitik.

Tranquilliser les esprits pour solliciter une manne financière vitale, tel est le délicat exercice de style auquel se sont pliés, en Suisse, les nouveaux dirigeants tunisiens, marocains, égyptiens, venus en nombre, devant un parterre de financiers de haut vol.

L’islam est bel et bien compatible avec la démocratie, c’est par ces mots que le ministre marocain des Affaires générales et de la gouvernance a ouvert le bal.  "Aucune contradiction entre démocratie et islam", a affirmé Mohamed Najib Boulif, qui a souligné que la seule femme ministre du gouvernement est issue de sa formation, le Parti de la justice et du développement (PJD).

"Nous confirmons en Tunisie à travers la réalité qu'il est possible d'être arabe, musulman et démocrate. Les islamistes ne sont pas des créatures métaphysiques, ce sont des acteurs politiques comme n'importe quels autres", a pour sa part déclaré le chef de la diplomatie tunisienne Rafik Abdessalem.

Se référant à l’exemple américain où la religion est très présente dans la société, tout en étant séparée de l’Etat, ce dernier a renchéri : "La question de l'islamisation n'a rien à voir avec l'Etat. L'Etat est neutre, il doit travailler dans l'intérêt et le bien-être du peuple. Mais dans la vie quotidienne, la religion, islam ou autres, doit être présente".

Plusieurs intervenants se sont attachés à décrire les attentes pressantes des populations,  l’emploi étant au cœur des priorités. Alors qu’Ibrahim Dabdoub, PDG de la Banque nationale du Koweit, s’est dit partisan d'un plan Marshall arabe en faveur des pays où la révolution est passée, Amr Moussa, ex-chef de la Ligue arabe et candidat à la présidentielle égyptienne, estimait que son pays "n'était pas si pauvre que cela mais qu'il avait été mal géré". "Nous sommes dans la période de transition d'une dictature totale à la démocratie", a-t-il rappelé.

De son côté, Mustapha Kamel Nabli, gouverneur de la banque centrale de Tunisie, a déploré le manque de soutien de la communauté internationale.

Les beaux esprits occidentaux épris à ce point de la souveraineté populaire qu’ils restèrent atones lorsque le printemps arabe libérateur vint à bout de l’hiver de la tyrannie, sauront-ils dépasser leur propre islamo-incompatibilité ? Là est une autre question, tout aussi sensible et cruciale.

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