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L’exposition « Muslima » lutte en ligne contre les clichés sur la femme musulmane

Elles n’ont rien du bloc monolithique dans lequel la banalisation des préjugés les cantonne, elles ne ressemblent en rien au portrait peu flatteur qui les dépeint comme passives, soumises, surtout quand elles portent le voile, et qui leur dénie la faculté de penser par elles-mêmes, et a fortiori d’avoir du talent, les femmes musulmanes américaines ne se reconnaissent pas dans ce pâle reflet que leur renvoie la société. Et c’est un euphémisme de dire que les stéréotypes sur l’islam résistent incroyablement bien à l’érosion du temps…

Sous le soleil californien, à San Francisco, l’idée de valoriser l’image de la femme musulmane, dans la diversité de ses composantes, apparences, opinions, compétences et réalisations, a germé, pris forme et vie sur la Toile, grâce à l’International Museum of Women.

Puisant dans l’art, le cinéma, la musique et des interviews vérité pour déconstruire les idées reçues, l’exposition Muslima aimerait que s’ancre dans l’inconscient collectif la représentation d’une femme musulmane forte, active, créative et positive, désireuse d’apporter sa pierre au monde qui l’entoure, avec cette petite valeur ajoutée qui lui est propre.

D’origine indienne, Samina Ali est une romancière et activiste qui se réjouit de la diffusion en ligne d’un documentaire édifiant sur la lutte des femmes en Afghanistan. Réalisé par Alka Sadat, ce film retrace le combat de Marie Bashir, procureur et militante des droits des femmes, contre la corruption politique et les violences faites à la gent féminine : "Je voulais montrer que les femmes sont puissantes en Afghanistan et que si certaines d’entre elles ont la possibilité de travailler, et notamment à des postes clés, elles peuvent agir pour aider leurs coreligionnaires", a commenté la cinéaste.

Elle ne laisse personne indifférent, l’apparence de la femme musulmane est au cœur de toutes les controverses, parmi les non-musulmans comme les musulmans d’ailleurs, chacun l’identifiant à ce qu’elle porte ou à ce qu’elle ne porte pas, en l’occurrence le voile.

"Quand je sors, je me sens à l'aise avec mon hijab, c’est ainsi, je ne pourrai pas sortir sans. Le hijab, c’est aussi simple que de mettre un peu de blush ou un peu de brillant à lèvres", a déclaré Boushra Almutawakel, une photographe aux racines Yémenites qui, en revanche, n’apprécie guère que la femme soit couverte de la tête aux pieds, avec un niqab ou une abbaya, considérant que ces atours n’ont rien à voir avec l’islam, mais visent à la négation de la femme.

Pour alerter sur ce qu'elle qualifie d'"extrémisme vestimentaire", Boushra Almutawakel a réalisé une exposition saisissante de photos, « Mère-Fille-Poupée », où elle a posé avec sa fille. Au fur et à mesure, elles disparaissent, enveloppées sous une superposition de vêtements, pour ne plus rien laisser paraître de leur physionomie.

Dans le sillage de son illustre grand-père, Malcolm X, et inspirée par l’exemple de sa mère, Betty Shabazz, Ilyasah Shabazz a de qui tenir en matière de militantisme en faveur de la cause des femmes afro-américaines et musulmanes.

Sillonnant le pays pour renforcer la fierté d’appartenance à la gent féminine, musulmane et noire, auprès de ses coreligionnaires, tout en les encourageant à s’investir socialement afin d’œuvrer au changement avec l’ensemble de leurs concitoyens, cette dernière ne pouvait pas ne pas s'impliquer dans l’exposition Muslima. "Ma mère m’a élevée dans la fierté d’être issue de la diaspora africaine, d'être femme et musulmane", a indiqué Ilyasah Shabazz, ajoutant : "Je pense que nous devons tout faire pour transmettre ces valeurs à nos enfants."

Riches en images évocatrices et même percutantes, en témoignages à cœur ouvert, et en reportages réalistes sans prisme déformant, l’exposition Muslima espère changer les perceptions, les regards et éduquer les visiteurs sur le Web. Catherine King, la directrice de l’International Museum of Women, mise sur l’impact de cette opération interactive inédite, résolument pédagogique et dynamique :  "Nous voulons vraiment que cette expérience soit unique pour nos visiteurs. Nous avons créé le "Speak Up! Listen Up !", ce sont des campagnes pour inciter les internautes à réagir et à participer. L’exposition sera régulièrement renouvelée, et enrichie de nouvelles possibilités de s’informer et d’interagir", promet-elle avec enthousiasme.

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