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L’expérience d’un journaliste musulman américain confronté à l’islamophobie en Australie

De son année passée en Australie en 2012, Sulaiman Abdur-Rahman, un journaliste américain de confession musulmane, ne garde pas le souvenir impérissable d’un havre de paix sous un ciel sans nuage, et dans son carnet de voyage censé relater l’exploration de cette terre inconnue, louée pour ses attraits, ses notes ont noirci les pages blanches d’un réquisitoire accablant, à mille lieues du récit idyllique façon carte postale.

Son enthousiasme des premiers instants a été très vite refroidi par l’envers du décor, Sydney, la cité phare pleine de charme, se révélant bien moins hospitalière et paradisiaque que ne le promettait sa belle vitrine touristique. Fraîchement débarqué des Etats-Unis pour rejoindre sa promise et sa belle-famille, le reporter, alors âgé de 28 ans, commença à déchanter dès son arrivée sur le tarmac de l’aéroport, son rêve australien se brisant en mille morceaux à la vue d’un comité d’accueil guère chaleureux, composé de douaniers tatillons et soupçonneux à l’excès, qui se rua vers lui pour lui réserver un traitement de faveur dont les arabo-musulmans, ces éternels « terroristes » en puissance, ont l’apanage peu enviable…

A peine avait-il foulé le sol australien que les autorités locales se précipitèrent sur lui pour l’isoler des autres passagers, Sulaiman Abdur-Rahman, sidéré par son arrivée fracassante, subissant, impuissant, l’humiliation d’une mise à l’écart sans justification et d’un interrogatoire poussé sans ménagement.

Sa première prise de contact avec l’Australie accueillante et chatoyante, réputée pour son multiculturalisme harmonieux et rayonnant,  lui fit l’effet d’une violente collision frontale avec l’islamophobie institutionnalisée, qu’il décrivit dans son journal de bord en s’appuyant sur la puissance évocatrice d’une comparaison : "Les autorités australiennes, à l'aéroport de Sydney, se sont jetées sur moi de la même manière que mon chat Foha se jette sur un cafard, parce que j’étais afro-américain, que je portais un nom à consonance musulmane, et que pour couronner le tout, je voyageais seul. J’ai été traité comme un terroriste, malmené physiquement et soumis à la question sans autre forme de procès." Telle fut la teneur de ses premières impressions couchées sur le papier sous sa plume tremblante, qu’il allait bientôt tremper dans le vitriol d’un constat sans appel, à la lumière de la dure réalité parsemée d’embûches et de discriminations à caractère raciste.

En dépit d’un curriculum vitae qui parlait pour lui et des efforts déployés pour trouver un emploi, dont il pensait naïvement que ce ne serait qu’une simple formalité, sa nationalité étrangère alliée à sa couleur de peau et à son islamité en firent un intrus indésirable sur l’îlot de prospérité et du vivre-ensemble. Sulaiman Abdur-Rahman, devenu inemployable à sa grande stupeur, réalisa alors qu’il était logé à la même enseigne qu’un nombre croissant de jeunes musulmans australiens.

Privée d’avenir, n’ayant que le chômage et le désoeuvrement pour horizon, et ne sachant pas à quel saint se vouer, la jeunesse musulmane, née sur la terre du Bush, peut se laisser griser par le chant de sirène des groupes radicaux pour fuir l’impasse du présent en pensant trouver une échappatoire sous d’autres cieux, en Syrie ou en Irak, et sous un autre étendard funeste. "J’aurais pu être une de ces personnes", a confié Sulaiman Abdur-Rahman dans un entretien accordé au quotidien britannique The Daily Telegraph le 29 mars dernier, en se référant aux 57 extrémistes australiens, dûment identifiés par les autorités, qui ont rallié l’Etat Islamique.

Depuis son eldorado ensoleillé de l’autre bout du monde qui ressemblait de plus en plus à un mirage, le journaliste américain, qui se faisait une joie de sillonner une contrée parée de mille et une vertus, était loin d’imaginer qu’il finirait par regretter d’avoir quitté son Amérique natale, et notamment Philadelphie où il avait intégré la rédaction du journal Inquirer. "J’ai eu toutes les chances de succès en Amérique, parce que l'Amérique valorise le mérite de toutes les personnes, y compris les Musulmans et les Noirs. En Australie, la réalité est tout autre : soit on voulait de moi pour percevoir les aides sociales, soit on me faisait clairement comprendre de retourner d’où je venais. Tony Abott, le Premier ministre australien, crée sciemment un climat de psychose en n’ayant de cesse de dire que la menace du terrorisme plane sur l’Australie, eh bien, moi je dis que c’est sa propre politique qui va contribuer à ce que cette menace s’aggrave pour de bon", déplore-t-il vivement, alors que son ouvrage à charge contre cette "Australie qui favorise l’isolement culturel et la cécité à l’égard de sa minorité musulmane" vient d’être publié.

Une diatribe virulente qui a puisé sa source dans ses mémoires de voyage désenchantées et amères.

Par la rédaction.

 

 

 

 

 

 

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