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Vérité scientifique et ordre divin

L’évolution de la notion de vérité scientifique De la vérité spirituelle à la vérité athéiste (2/4)

Dans cette partie, nous allons poursuivre notre examen des vérités éternelles et immuables et de la vérité scientifique spirituelle de l’époque de la renaissance puis on va aborder la transformation provoquée par la critique kantienne qui a transformé la notion de vérité scientifique en lui enlevant toute spiritualité, c’est-à-dire son lien avec l’ordre divin.

 3.2. Les autres caractéristiques de la vérité scientifique spirituelle : universalité, mysticisme des savants et esprit de précision

Une autre caractéristique des mondes newtonien, galiléen et képlérien est la relative individualité de ces penseurs. Chaque savant était animé par une pensée dont l’origine est personnelle. Galilée et Kepler furent contemporains. Ils n’échangèrent pourtant que peu de correspondances. Cette individualité est clairement exprimée par Galilée lui-même : « Et moi, je vous dis que si quelqu’un ne connaît pas la vérité par lui-même, il est impossible à quiconque de lui donner cette connaissance. En effet, il est impossible d’enseigner ces choses qui sont ni vraies ni fausses, mais les vraies par quoi j’entends les choses nécessaires, c’est-à-dire celles qui ne peuvent être autrement. Tout esprit moyen soit les connaît lui-même, soit ne peut jamais les connaître[1] ».

Cet individualisme explique par ailleurs les limites de l’expérimentation à l’époque. Des penseurs comme Kepler et Newton ne furent pas véritablement des  «expérimentateurs» comme le seront Boyle et Pascal. Et les expériences de Galilée furent plus des «expériences de pensée» reposant sur les mathématiques que de véritables expérimentations. La rusticité des techniques et l’inexistence d’appareils expérimentaux à l’époque ne furent pas les seuls facteurs ayant joué un rôle décisif dans ce domaine.

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À titre d’exemple, malgré le développement de la « lunette » à l’époque de Galilée en 1609, l’observation « quasi expérimentale » des corps célestes ne conduisit pas à un franc succès. Lorsqu’en 1610 il réunit vingt quatre personnes chez Magini, titulaire de la chaire de mathématiques de l’université de Bologne, pour leur monter ces observations des planètes, personne n’était intéressé.

Ces « expériences » reproduites en d’autres circonstances et en d’autres villes d’Italie du Nord ne furent pas de même des succès. Cet échec n’était pas véritablement dû à l’inexistence d’une culture expérimentale à l’époque, ni au refus religieux des gens de regarder avec un instrument nouveau les corps célestes, ni au fait qu’ils ne comprenaient pas ce qu’ils voyaient.

La notion de méthode expérimentale était bien connue depuis l’époque de Bacon et le concept de corps céleste n’était pas une idée nouvelle. S’ajoutait à cela l’excitation que laissait nourrir la superstition sur la planète rouge qui aurait suffi à susciter un intérêt immédiat. Je pense plutôt au fait que l’individualité de Galilée empêchait toute neutralité et toute objectivité dans cette expérience.

D’ailleurs, la théorie et l’expérience devaient être plus tard exercées par des personnes différentes[2]. Il est possible que cette individualité des savants de la Renaissance puisse être examinée sous l’angle de la notion d’incommensurabilité défendue par Kuhn[3]. Ce dernier aime à penser que dans leur observation du Soleil, Tycho Brahe et Kepler observaient des « mondes différents », en raison du géocentrisme du premier et de l’héliocentrisme du second.

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Dans ce cas, Kepler fut essentiellement un théoricien (un théoricien d’autant plus que sa théorie sur les mouvements des planètes est essentiellement mathématique et géométrique – voire positiviste –) et que Brahe fut plus un observateur et un expérimentateur. Le fait que ce dernier croyait que la Terre était le centre du système solaire n’est pas une chose importante en soi, du moment que ses observations et comptes-rendus étaient précis.

D’ailleurs, quelle importance pourrait bien avoir l’héliocentrisme ou le géocentrisme aux yeux d’un observateur scrupuleux, sachant que le mouvement des planètes est relatif et que les calculs et mesures réalisées sur ces mouvements sont équivalents dans les deux « mondes ».

L’unité du monde, la mathématisation des mouvements des planètes et la beauté de l’architecture céleste ne pouvaient avoir aucune importance aux yeux de Tycho Brahe tant que ces tables astronomiques étaient précises.

A l’époque moderne, nous trouvons des traces de ce genre de croyances chez Einstein qui disait : « Dieu ne joue aux dés. » Peu de gens croient que cette philippique d’Einstein visait les chefs de file de l’école de Copenhague soit une simple anecdote. Bien plus que cela, elle s’inscrit sous le signe de cette croyance eschatologique en des vérités éternelles et immuables.

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La croyance en des vérités éternelles et immuables s’exprime par l’absence totale de démarcation entre les différents domaines du savoir et de culture. Au plus profond de cette croyance, nous trouvons les racines de la pensée scientifique, des racines qui prennent leurs sources dans l’héritage de l’Antiquité, mais qui ne reflètent nullement cette « supériorité » de la science sur les autres domaines de la connaissance (par exemple, l’astronomie chez Kepler n’était point supérieur à l’astronomie).

La science est apparue comme espace concurrent aux côtés d’autres espaces. Mais cela n’empêchera jamais la science de puiser ailleurs certains de ses concepts ni d’être elle-même la source de doctrines philosophiques ou mystiques. Aucune ligne de démarcation ne peut séparer la science sui generis d’autres domaines de savoir, peu importe le critère invoqué.

Pourtant, les critères de démarcation ne manquent pas : « falsifiabilité » de Karl Popper, mais aussi toute une tradition remontant à l’époque médiévale (Grosseteste et Bacon) et qui s’inscrit sous le signe de la « science expérimentale » (scientia activa et operativa).

Il est en principe impossible d’ignorer le contenu « idéologique » d’une théorie scientifique, c’est-à-dire sa vision du monde. La science n’est pas une deus ex machina « neutre », car elle renferme toujours un système symbolique ou une métaphysique et elle interagit par ailleurs avec le reste de la pensée humaine, même si cette dernière n’est souvent pas scientifique.

Les rapports de la science avec ces différents domaines n’ont pas toujours été conflictuels. La science s’est parfois inspirée de conceptions religieuses ou philosophiques, et elle a pu constituer, dans d’autres situations, un cadre de référence ayant servi à d’autres quêtes spirituelles.

  1. Koyré illustre très bien cette genèse lorsqu’il écrit dans son curriculum vitae rédigé en 1951 : « L’influence de la pensée scientifique et de la vision du monde qu’elle détermine n’est pas seulement présente dans les systèmes – tels ceux de Descartes ou de Leibniz – qui, ouvertement, s’appuient sur la science, mais aussi dans des doctrines – telles les doctrines mystiques – apparemment étrangères à toutes préoccupations de ce genre. La pensée, lorsqu’elle se formule en système, implique une image ou, mieux, une conception du monde, et se situe par rapport à elle : la mystique de Bœhme est rigoureusement incompréhensible sans référence à la nouvelle cosmologie créée par Copernic[4]. »

Afin d’appuyer notre examen de l’origine spirituelle de la science moderne, il convient de lever un malentendu : la condamnation de Galilée par l’Église à cause de son livre « Les deux systèmes du monde » ne reflète pas, à notre avis, un combat manichéen entre la vérité scientifique et l’obscurantisme de l’Église médiévale. Il s’agissait plutôt d’une concurrence idéologique entre deux systèmes de pensée antagonistes.

Galilée qui était inspiré par la transcendance des vérités éternelles sur Terre et dans le Ciel, des vérités d’origine divine, s’attaquait néanmoins au système aristotélicien de l’Église et non à ses valeurs, sa théologie ou son institution. Le système aristotélicien a été paradoxalement intégré dans le cadre intellectuel de l’Eglise catholique alors qu’il était peu naturel au théocentrisme et à l’existence de Dieu. Alors qu’il plaçait la Terre au centre de l’Univers, Aristote se réclamait également d’idées athées comme l’éternité et l’infinité de l’Univers.

On peut également voir l’origine de la science en tant que manifestation de «l’unité de la pensée humaine»,  unité qui est liée à cette propension qu’ont les théories scientifiques d’adopter des concepts parfois très anciens contenus dans d’autres théories scientifiques antérieures ou dans d’autres systèmes de pensée ou de la religion.

Le patrimoine ancien –depuis l’antiquité jusqu’aux siècles de la civilisation arabo-musulmane et à ceux de la Chrétienté – regorge d’une foule de concepts et d’idées allant de l’atome du théorème de Pythagore à l’infini numérique de Thâbit ibn Qurra[5].

Enfin, je tiens à rappeler que des philosophes contemporains comme Alexandre Kojève ont abordé ce qu’ils appellent l’origine chrétienne de la science moderne.

Dans un article révélateur, Kojève affirme que c’est le dogme de l’incarnation qui a favorisé la naissance de la physique mathématique dans le monde chrétien. Selon lui, «…. la possibilité pour le Dieu éternel d’être réellement présent dans le monde temporel ou nous vivons nous-mêmes, sans déchoir pour autant de son absolue perfection[6] » permet de concevoir des relations éternelles entre des entités mathématiques dont la réalisation n’était possible dans le monde païen grec qu’aux corps célestes éthérés (Platon avec le Timée ou Aristote).

Je permets de ne pas partager ce point de vue pour deux raisons principales : la première n’est autre que la certitude de certains penseurs occidentaux sur l’origine chrétienne de la physique mathématique. Or, celle-ci aurait tout aussi bien pu naître dans les pays d’Islam si ce n’est l’entré dans une phase de décadence intellectuelle dont on ne discutera pas les origines et les causes dans cet article.

Lorsque ces penseurs parlent de la physique mathématique, ils oublient de rappeler que ce n’est que le résultat ou le couronnement des efforts ayant permis l’apparition d’autres domaines comme l’algèbre et la trigonométrie dans les pays de l’Islam. Les scientifiques dans ces pays n’ont pas eu juste le temps de parvenir à cette étape. Ce n’est donc pas la spécificité des dogmes chrétiens qui expliquent l’émergence de la physique mathématique.

La deuxième raison est d’ordre historico-philosophique : la science n’est pas apparue uniquement dans l’Occident chrétien. La première révolution scientifique a pris naissance dans les pays de l’Islam avec le développement de l’algèbre, de la trigonométrie, de l’astronomie et de la méthode expérimentale (avec Ibn al-Haytham).

C’est grâce à la religion que ces deux révolutions scientifiques, au sein du monde chrétien et dans le monde musulman, ont été provoquées. Il y a donc des raisons communes à ce processus historique qui ne peuvent se réduire au dogme chrétien de l’incarnation.

Je pense plutôt que dans la Bible et le Coran, le monde est représenté comme la matérialisation d’une histoire transcendante qui s’articule autour de la création, de l’évolution de l’Univers selon les lois divines puis sa destruction à la fin de temps et enfin la résurrection de l’humanité.

Dans ce processus surnaturel, le monde n’existe pas par lui-même[7]. Le monde nécessite donc pour son fonctionnement et son apparition, non seulement l’occurrence des entités physiques mais également et surtout Dieu. C’est donc par les lois divines, par l’ordre imposé par le Divin dans l’Univers et sa transcendance que le savoir scientifique devient possible. Ces réalités à la fois physiques et surnaturelles existent aussi bien dans la Bible que dans le Coran. C’est ce que j’appelle la notion de vérité scientifique spirituelle.

Nous allons voir maintenant comment cette notion de vérité a été oubliée dans l’évolution ultérieure de la science et de la philosophie. Emmanuel Kant a joué un grand rôle dans la transformation de la notion de vérité. De spirituelle, cette vérité est devenue suite à sa « critique de la raison pure », « objective ». Les conséquences de cette transformation sont la rupture avec la transcendance divine puis l’égarement dans les voies escarpées de la toute puissance de l’entendement humain entendu comme producteur des lois scientifiques propres à objectiver le monde de l’expérience.

4. Les vérités de Kant sont athéistes et ont conditionné l’évolution moderne de la science

  •  L’objectivation de la notion de vérité : une critique

La notion de vérité spirituelle devait progressivement céder la place à la notion de «vérité objective» partant de la possibilité d’objectiver l’expérience a priori grâce aux catégories instaurées par l’entendement humain. Cette notion marque le triomphe de la philosophie kantienne et se situe en rupture avec la transcendance divine.

Kant décompose la connaissance scientifique en jugements analytiques et en jugements synthétiques. Les jugements analytiques sont vrais en eux-mêmes sans l’aide de l’expérience. Par exemple 1+1=2. Quant aux jugements synthétiques, ils conjuguent des jugements analytiques aux connaissances empiriques, c’est-à-dire, des connaissances tirées de l’expérience.

Déjà le concept d’analycité a été fortement critiqué par les philosophes du Cercle de Vienne qui ont montré qu’en fait les jugements analytiques n’existent pas. C’est Willard Van Orman Quine qui nous a laissé la critique la plus pertinente de ce concept dans un célèbre article « Les deux dogmes de l’empirisme »[8].

Le problème avec les catégories de l’entendement c’est qu’elles sont des représentations du monde : Kant a établi nécessairement une relation entre les catégories a priori, les représentations et l’impossibilité de connaître la « chose en soi ». Selon lui, tout est catégories a priori et donc tout est représentations[9].

Ce dernier ne pouvait, en dépit de sa nouvelle conception de l’objectivité de l’expérience, échapper à une terrible contradiction : en s’arrimant à cette notion de représentation, il ne pouvait pas expliquer le fondement de ce qu’il appelait « la chose en soi ». Or, il se permet le luxe de ne pas l’expliquer en recourant à une autre définition du mot « représentation » : les catégories. Celles-ci obligeraient, ainsi, la Nature à se régler sur elles. On peut utiliser contre le solipsisme de Kant, un argument déjà utilisé pour réfuter le positivisme (d’ailleurs Kant est un peu positiviste).

Au lieu de sauver les phénomènes, Kant se contenta du sauvetage des apparences de ces mêmes phénomènes. Le fondement de sa théorie de la connaissance réside dans ses catégories a priori qui permettent, selon lui, d’objectiver les éléments de l’expérience empirique. Or, cette notion de représentation est tout à fait arbitraire. La pensée scientifique n’est point basée sur des représentations.

Le système nerveux de l’homme est tout simplement incapable de construire des représentations. On l’a bien appris grâce aux lucides méditations d’Henri Bergson. En revanche, les objets mentaux, ou les images mentales, existent réellement. Au lieu de parler des représentations, qui sont les plus pâles reflets et les schèmes les plus abstraits des perceptions, il serait plus judicieux d’utiliser le concept d’objets mentaux qui existent au même titre que les objets du monde physique.

Kant s’égare complètement du chemin qu’il s’est lui-même tracé, puisque il ne pouvait pas, à l’instar de Hume, rétablir le chaînon manquant entre le raisonnement théorique et l’expérience empirique.

Les catégories sont simplement arbitraires, comme ces notions d’espace et de temps néo-newtoniens qui ont été bouleversés par la conception d’espace-temps, développée par Einstein et Minkowski.

Par ailleurs, nul besoin de recourir à des représentations qui, de toutes les façons, sont circulaires. Il est impossible de justifier les représentations sans recourir à d’autres représentations, car il n’y a, a priori, aucun lien entre le raisonnement théorique et l’expérience empirique. Cette incertitude nous renvoie à l’impossibilité de connaître la chose en soi. Kant ne pouvait, en
dépit de ces nombreuses tentatives, éluder ce dilemme.

On va bien ces limites de la pensée critique de Kant dans ces lignes :

« La logique générale fait abstraction, comme nous l’avons montré, de tout contenu de la connaissance, c’est-à-dire de toute relation de celle-ci à l’objet, et elle considère uniquement la forme logique dans la relation que les connaissances entretiennent entre elles, c’est-à-dire la forme de la pensée en général. Toutefois, parce qu’il y a des intuitions pures aussi bien qu’empiriques (ainsi que le fait apparaître l’esthétique transcendantale), il pourrait bien se trouver aussi une différence entre la pensée pure et la pensée empirique des objets. Dans ce cas, il y aurait une logique où l’on ne fait pas abstraction de tout contenu de la connaissance; car celle qui contiendrait simplement les règles de la pensée pure d’un objet exclurait toutes les connaissances qui seraient de contenu empirique[10]».

Kant nous propose en fait une méthodologie. Son analytique transcendantale est une pure méthodologie qui trace une ligne de démarcation nette entre les concepts purs et l’expérience empirique de la même manière que le Cercle de Vienne a établi une ligne de démarcation entre les propositions analytiques et synthétiques.

À défaut de connaître la structure d’une théorie scientifique comme celle de Newton sur la gravitation universelle, Kant réduisit la théorie de la connaissance à la logique transcendantale de l’entendement pur.

Cette méthodologie conduit inéluctablement à des paradoxes: le plus étonnant est la prescription des catégories à la nature comme si ces catégories pouvaient obliger la nature à se régler sur elles. La solution que Kant apporta à ce paradoxe conduit inexorablement à un autre paradoxe. Kant stipule que les phénomènes de la nature ne sont que des représentations des choses dont on ne connaît pas ce qu’elles peuvent être en elles-mêmes. En fait¸ comment des représentations qui sont des catégories a priori pourraient-elles s’adresser à ces autres catégories que sont les phénomènes ? Toute cette méthodologie analytique kantienne conduit au solipsisme métaphysique.

4.2. La dilution moderne de la notion de vérité

Toutefois, les conséquences de ce renversement philosophique sont incommensurables. C’est ce qu’on va voir dans les sections suivantes. Il suffit de rappeler que l’autonomisation de la pensée humaine par rapports aux sources divines de la vérité a entraîné deux types de problèmes : une rupture avec la réalité et une impasse du rationalisme.

Dès lors que l’entendement humain devait chercher libre court et trouver les lois de l’existence, il ne parvient plus alors à comprendre le réel. Ni les entités physiques à l’échelle de l’infiniment petit, ni les systèmes quantiques ne sont connus ontologiquement. Les tentatives pour trouver des identités physiques à cette échelle comme cette notion de « structure » se sont soldées par un échec.

En revanche, les savants de l’époque de la Renaissance ne pouvaient accéder au réel qu’à la condition de resté attachés à l’existence d’un ordre divin et à l’accès à une  connaissance suffisante des phénomènes en laissant de côté la chose en soi.

Mais avec la théorie de la connaissance kantienne, l’entendement humain est déclaré omniprésent, omniscient et capable d’objectiver l’expérience. Par conséquent, le réel devrait être appréhendé dans sa profondeur la plus abyssale et aucune limite n’étant fixée à cette puissance cognitive.

Or, avec cette philosophie, la pensée humaine a été livrée à elle-même sans aucune possibilité pour elle de reposer sur un fondement ou un cadre transcendantal qui lui est extérieur. Par ailleurs, le rationalisme s’effondre de lui-même ne parvenant ni à trouver les fondements de la géométrie ni à édifier une logique pure.

Dans la prochaine partie, nous allons aborder les conséquences de cette transformation de la notion de vérité, c’est-à-dire la rupture entre la raison et la réalité et la crise du rationalisme.

 

 

 

 

 

[1] Dialoguo, p. 183.

[2] Même à l’époque moderne, il y a eu des expérimentateurs professionnels, comme Rutherford et Hertz, et des théoriciens purs, comme Einstein. La question de savoir si Einstein aurait pu effectuer des expérimentations complexes demeure une question oiseuse.

[3] Op. cit. Kuhn, p. 198-206.

[4] Op.cit. Alexandre Koyré, p. 10).

[5] Voir l’article de Tony Levi, 2000, p. 48.

[6] Alexandre Kojève, L’Origine Chrétienne de la Science Moderne, article accessible sur Internet.

[7] Karl Jaspers Introduction à la Philosophie, Trad. De l’Allemande par Jeanne Hersh, Plon, 1965, p. 88.

[8]  W.V.O, Quine., 1951.

[9] Nous pouvons dès lors qualifier cette circularité kantienne de « rupture avec la réalité ». Ce paradigme de la théorie de la connaissance nous permettrait de comprendre toute l’étendue de la crise philosophique de la pensée occidentale depuis Descartes. Mais là n’est pas l’objet de cet article.

[10] Emmanuel Kant, Critique de la raison pure, traduction, présentation et notes par Alain Renault, 3e édition corrigée, Flammarion, Paris, 2006, p. 146. .

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26 commentaires

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  1. La thèse du moyen âge comme période de ténèbres est dépassée depuis un bail. Par ailleurs la Renaissance qui permet de faite un bond à l’Europe part de l’Italie et pas de l’Espagne, le pays qui a pourtant été occupée le plus longuement par les musulmans.
    Les arabo musulmans n’ont découvert véritablement la science qu’au contact des peuples qu’ils ont envahi au sein des empires perse et byzantin. Ils ne disposaient même pas du vocabulaire scientifique dans leur langue au départ. Pratiquement aucun des savants de l’âge d’or n’étaient arabes. Les plus grands étaient surtout d’origine persane. Ce sont les musulmans eux même qui ont mis fin au développement scientifique avec l’interdiction de l’innovation.
    Résultat des courses. Aujourd’hui, c’est le marasme total au niveau scientifique dans le monde musulman. Au mieux ils sont suiveurs, au pire, ils en sont encore à essayer de réconcilier religion et science, stade depuis longtemps dépassé par l’Occident fort heureusement. L’Asie elle a su se relever non seulement du colonialisme mais développe également son leadership technologique comme la Chine. Les vaincus de la seconde guerre mondiale ont réussi aussi à se relever et à se placer parmi les grandes puissances : Allemagne comme Japon qui a essuyé deux fois le feu nucléaire. Bref à un moment il faut se poser des questions au lieu de ressasser un passé mythique comme un vieux reac et de larmoyer comme un gamin. Le plus drôle c’est en plus que ça vienne de musulmans occidentalisés jusqu’au trognon. La bonne blague !

    • t’a rien compris Zara, puisque Kalim le dit, c’est VRAI, et puis c’est tout. Et puis t’arrête d’embêter le monde avec tes argument compliqué. Perso Kalim je le trouve toujours marrant.
      Regarde “Reservoir Dogs”, on a pas besoin de preuve quand on a l’instinct.

      • @dubitatif. Oui je sais je m’emmerde à faire des phrases , développer des raisonnements, à sources et chiffrer. Mais finalement pas pour rien. Car je vois qu’on ne m’oppose pas grand chose, en tout cas rien qui relève de l’objectivité, de la rationalité ou de l’esprit critique. Les réactions sont surtout viscérales, caricaturales, voire grotesques comme avec ce kalim

        • perso, j’en vien m^me à douter de Kalim, je me demande juste si c’est pas un troll d’usine, ça devient tellement gros. J’ai l’impression qu’il fait tout pour qu’il y ai un rejet le plus fort possible de la communauté maghrébine…J’aime pas trop dire cela, car c’est un peu le même argument que certain utilise : t’es pas d’accord avec ce que je dit, DONC tu est un Juif (je te passe les qualificatif qui accompagne l’assertion habituel). Mais là c’est toujours de plus en plus gros…

    • Pour vous zaratoustra: [Le diable dit :] Certes, je ne manquerai pas de les égarer, je leur donnerai de faux espoirs, je leur commanderai, et ils fendront les oreilles aux bestiaux ; je leur commanderai, et ils altéreront la création d’Allah. Et quiconque prend le diable pour allié au lieu d’Allah, sera, certes, voué à une perte évidente. (Sourate an-Nisa, 119)

      Un rapport du Centre de Recherche Agricole Fédérale Allemande fournit l’information suivante :
      La phase de prélèvement de tissu est courte et simple. Quand un animal est localisé et maîtrisé, un échantillon de tissu comme par clippage de l’oreille peut être prélevé en l’espace de quelques secondes. En outre, des cellules somatiques peuvent être prélevées chez toutes les espèces… Pour le bétail, les porcs, les moutons, les chèvres, les camélidés et les lamas, une procédure unifiée et identique peut être utilisée pour l’obtention d’un échantillon de tissu de l’oreille au moyen de l’appareil utilisé pour clipper les étiquettes d’oreilles… Certes toutes les espèces lymphocytes pourraient être utilisées, mais les cellules somatiques de l’oreille étant plus simples à obtenir sont par conséquent préférables.
      est ce n’est qu’un verset du noble coran, alors la science ce n’es ni les perses ni les chinois ni les musulmans c’est le coran. Bonne lecture, si vous est capable de comprendre.

      • Désolé je ne comprends pas le langage des bigots. On s’est passé du Coran comme de la Bible pour faire de la science et on continuera. On se passe de votre permission. En revanche soyez cohérent et renoncer a votre mode de vie bourré d’électronique pour vous consacrer au Coran. Avec des reacs dans votre genre les musulmans sont mal barrés.

  2. L’islam a sorti du moyen-âge l’occident pour le faire entrer dans la modernité. Malheureusement, non suffisamment armés humainement et spirituellement, les lumières ont donné les guerres intestines, la colonisation, la spoliation industrielle des peuples européens et bien plus, le racisme, l’eugénisme, les génocides et les exterminations de peuples entiers. Du jamais vu dans l’histoire effectivement.
    L’islam a vu s’éteindre son dernier empire moderne et allié des germains au 20ème siècle bien après la disparition de l’empire français et en même temps que l’empire anglais à peu d’années près.
    L’islam nourrit La Civilisation depuis toujours, que cela soit spirituellement, philosophiquement, scientifiquement ou matériellement par le pétro-dollar par exemple.

    Les arabomusulmans sont à la source de l’écriture, des chiffres, des sciences, de La Civilisation. Nous sommes heureux et contents de voir ce qu’en font les autres dans ce qu’il y a de beau mais horrifiés par le manque de sagesse, la violence incontrôlée et le barbarisme de l’Homme moderne athéiste et christianiste sioniste. La science doit être bénéfique pour l’humanité, il ne s’agit pas d’envoyer une bombe nucléaire sur la tête des japonais ou des bombes à l’uranium appauvri sur la tête des irakiens pour les tuer à petit feu par millions ou d’empoisonner l’eau des palestiniens pour les génocider lentement.

    La science sans conscience n’est que ruine de l’âme dit-on pourtant. Telle est la décadence actuelle de la science athéisée et pour partie sionisée. Triste constat face à autant de possibilités gâchées. Puissiez-vous mieux connaître et apprendre les valeurs de l’islam qui en dehors de vos fantasmes et de vos mensonges valent leur pesant d’or, d’argent chapeauté par le véridique humanisme. Où vivent sur en terre d’islam des chrétiens, des juifs, des musulmans depuis des centaines de siècles. Les horreurs, les millions voire le milliard de morts, d’appauvris ne suffisent-ils pas à vous réveiller, à vous éveiller, à avoir un semblant d’empathie envers vos frères en humanité. Se couper de Dieu amène l’inconscience généralisée où les borgnes sont rois et le malin remplace Dieu. La crise des gilets jaunes ne vous a-t-elle donc pas suffi ou faudra-t-il finir en zombies des trottoirs pour comprendre alors qu’il sera trop tard. Luttons chers frères contre l’ultracapitalisme vorace et le sionisme qui se nourrit du désespoir ainsi que la racisme et la xénophobie qui naissent du ressentiment fabriqué.

    Il y a une histoire connue chez les musulmans, la voici. Deux hommes avaient chacun un champs qu’ils cultivaient. Le champs de l’un était beaucoup plus fourni et majestueux. Dans une discussion, il dit à celui dont le champs est beaucoup moins fourni : “Regarde mon labeur, mon travail parfait, je travaille dur et intelligemment, il est impossible que mon champs se ruine.” Et l’autre de lui répondre : “Tu devrais remercier Notre Créateur, Seul Digne de louanges et l’Unique qui enrichit qui IL veut et déshérite qui IL veut. Puisses-tu le prier et le remercier tous les jours des bienfaits qu’il t’a accordé.” Puis l’arrogant prétentieux de dire : “C’est moi qui est fait cela, je ne le dois qu’à moi”.
    Passa le temps de la jouissance quand la source d’eau de l’arrogant tarie et son champs se retrouva appauvri, anéhanti. Que n’ai-ja pas prier Dieu pour le remercier, s’écria-t-il! Voilà que j’ai tout perdu!
    Cette histoire est l’histoire de deux musulmans, l’un croyant et l’autre arrogant oubliant Dieu dans la luxure. La morale de l’histoire est multiple mais retenons l’essentiel : rien ne perdure sans Dieu et Son Vouloir et ce qui paraît pauvre est souvent bien plus riche et durable qu’on ne le pense.

    L’Homme se souvient parfaitement de Dieu quand il se retrouve dans une épreuve incommensurable. De nos jours, la richesse couplée à la puissance rime avec spoliation des femmes et enfants qui meurent de faim en Afrique, génocides, terrorismes, guerres injustes de raquette des faibles. Alors non merci, le musulman voit la richesse autrement, il préfère être celui qui préserve la science, les sciences, dont le porte monnaie est infini par la miséricorde divine et la richesse de ses terres, celui qui est le vecteur source principal de la richesse sur terre sans aucune guerre mais simplement du commerce, celui qui meurt pour avoir tenté de donner son indépendance à l’Afrique en regroupant ses pays, celui qui dit non à l’apartheid et aux guerres injustes, celui qui meurt pour avoir tenté d’établir l’euro à côté du dollar avant le yen pour éviter les guerres, celui qui essaye d’éveiller l'”occident” à l’empathie, le commerce juste et s’associe avec les bons et les justes, celui qui moralise les débats politiques en “occident” en luttant contre le racisme, la xénophobie. Dieu distribue les rôles ainsi. Puissiez-vous comprendre un jour. Inchahallah.

  3. @kalim
    Maintenant grâce à tes super explications, je comprends mieux pourquoi vous êtes super forts en islam et super nuls dans tous les autres domaines… Mais soyons honnêtes, ton texte c’est vraiment du charabia… Ca ne veut rien dire.

    • enfin, il écrit ça tranquillement installer en france, ne prend aucun risque, merci la sécurité en france, bénéficie de tout le confort matériel que notre civilisation produit, bénéficie de la faible corruption de notre administration, bénéficie de la liberté de parole et de la presse, bénéficie de la mutualisation de nombreux risque, ainsi que de la gratuité de l’école et de la formation…Alors se prétendre le meilleur et le plus fort, ça coute pas grand chose.

  4. La science stagne depuis des siècles dans le monde musulman. Elle n’a jamais été aussi féconde qu’aujourd’hui en Occident. Voilà pourquoi l’islam soit lui court après avec des tentatives de concordisme qui font rire même les scientifiques musulmans, soit essaie de l’entraver en amenant ces derniers à inventer des ponts provisoires comme le soft overlapping magisteria (ou SOMA) de N Guessoum.

  5. Effectivement toute la Science réelle vient de la religion, le premier qui a inventé la science fut le Prophète Noé avec l’application de l’ordre du dieu de construire un fellouk petit bateau, juste après il y a eu les calculs lunaire par la suite des civilsations les plus marquante est évidement celle des Thamoud en Jordanie et puis après celle des Phaoran en Egypte et des Romains Perses, toutes ces civilisation sont venus du ciel avec son aide à l’être humain méchant dieu n’a fait que aider….

  6. Les sciences vont très bien dans le monde européen (je n’utilise pas le terme d’occident car il faut inclure la Russie et l’Amérique Latine). Nos labos font des découvertes et inventions en permanence. Elles vont très bien au Japon, en Corée, en Chine, à Singapour, en Inde. Ailleurs c’est le calme plat.
    Le christianisme est une religion de l’incarnation – et non du livre – c’est à dire basée sur le mystère et non sur le savoir. La raison ne l’intéresse que peu. Même la réforme protestante n’est pas en premier lieu rationaliste. Bien sûr les scientifiques croyants ont nourri leur réflexions d’idées et concepts chrétiens mais c’est l’humanisme puis les lumières qui ont permis de dépasser les dogmes religieux.
    Sur la nature nous avons accès par les sciences à pas mal de connaissance mais de Dieu nous ne savons ni ne saurons jamais rien. La théologie (littéralement “discours sur Dieu”) est entièrement spéculative et ne peut donc être une science.
    C’est là dessus que l’islam butte encore. Il a des savants (sic), nous avons des chercheurs

    • Le doctorat est un diplôme créé par l’islam. Tous les chercheurs et les prix Nobel sont des docteurs. La première et la plus vieille université au monde est une mosquée. L’islam a légué l’université au monde ainsi que la recherche mondialisée et internationalisée. Ce n’est pas l’islam qui butte mais les musulmans qui doivent s’éveiller.
      L’erreur de l'”occident” est l’athéisation idéologique de toute la science, c’est ce qui tue à petit feu la société en général mais apparemment tout va bien pour vous dans le meilleur des mondes.

      • La plus grosse erreur des musulmans c’est de vivre constamment dans un passé fantasmé et imaginaire. Ça fait juste 1000 ans que les musulmans ne se sont pas réveillés de ce glorieux passé. Un moment donné il faut avoir le courage de nommer la chose qu’on voit en face du miroir. On a tous fantasmé (surtout moi) sur ces épopées dit islamique. Enfin bref, le monde islamique d’aujourd’hui ne traduit plus aucun ouvrage scientifique, ni n’apporte sa contribution à la communauté scientifique.

      • bah toujours mieux que chez vous…
        C’est drôle, vous avez tout inventé ! C’est incroyable ! Un peuple aussi génial ! Mais dans vos rêves seulement parce que dans la réalité vous êtes franchement à la ramasse… Vous avez beaucoup d’humour sans le savoir !

      • il y a des fois ou les propos de Kalim sont tellement outrancier et absurde que je me demande s’il est réellement Musulman, ou si sont but n’est justement pas de montré les Musulman sous un jours tellement défavorable pour entrainerai un phénomène de rejet de toute la communauté. j’en arrive même à me demander si votre compte ne viens pas d’une usine à troll??

  7. C’était prévisible. En “occident”, il y a un gros problème d’équilibre entre la foi et la raison. C’est ce que j’ai toujours dit et expliqué. Le christianisme doit réhabiliter la raison pour ses fidèles et libérer la spiritualité accaparée par le clergé. Penser Dieu ne doit pas être réservé aux prêtres.

    C’est soit trop de coeur et les chrétiens plongent dans le dogmatisme effréné et totalitaire soit trop de raison et ils se retrouvent à détruire les fondements de la spiritualité (+ la civilisation) à cause d’un athéegrisme effréné.

    Le passage entre le tout coeur et le tout raison a donné un point d’équilibre culminant effervescent en tout point. Mais on voit bien que ce n’était pas volontaire et que l’équilibre n’est point recherché. Bref, désormais c’est le dogmatisme athéegriste qui prend le relais avec le couronnement de qui on sait. Il devrait reconnaître d’où vient la science “occidentale” et commencer à étudier l’islam plus sérieusement et surtout honnêtement car ils passent à côté de trop d’outils philosophiques et spirituels essentiels. À cause d’une simple reconnaissance, ils manquent un sursaut encore possible.

    “Il est en principe impossible d’ignorer le contenu « idéologique » d’une théorie scientifique, c’est-à-dire sa vision du monde. La science n’est pas une deus ex machina « neutre », car elle renferme toujours un système symbolique ou une métaphysique et elle interagit par ailleurs avec le reste de la pensée humaine, même si cette dernière n’est souvent pas scientifique.”
    Je ne suis pas d’accord pour dire que la pensée humaine n’est pas scientifique car c’est La Science Divine qui l’a créée. Celle-ci échappe à notre entendement car pour nous connaître nous même, nous avons également besoin de Dieu. La spiritualité est une science également en ce qui concerne l’islam.
    Nous sommes effectivement dans une phase de nécrose athéegriste de la science qui devient de moins en moins féconde en “occident”.

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