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Les propos de Nadia Yassine totalement déformés par un hebdomadaire marocain

"Depuis que je me suis engagée , il y a trente ans de cela dans mon combat médiatique pour lever le voile sur notre pensée, je me suis habituée au peu de déontologie de certains médias nationaux promakhzeniens. La ficelle cette fois est si grosse qu’il fallait que je dénonce la déformation totale de mes pensées et la censure très malhonnête exercée par un journalisme douteux. Cela permet en tout cas de faire le point sur cette histoire de monarchie et notre approche de celle-ci. Merci à oumma.com"

Nadia Yassine

Voici la version publié par l’hebdomadaire marocain francophone Le Temps qui déforment les propos de Nadia Yassine

Ci-dessous les réponses envoyées à Nadia Yassine auxquelles elle a répondu.

Casablanca le 01-02-2011

A l’attention de madame Nadia Yassine

Je vous adresse comme convenu avec votre chargé de communication, quelques questions qui feront l’objet si vous le voulez, d’un entretien à paraître dans les colonnes de notre magazine LE TEMPS.

– Quelle est votre lecture des événements qui secouent le monde arabe ?

Je pense que c’est apothéose d’un cumul de paramètres objectifs et subjectifs. Il faut lire ce qui arrive comme une suite de l’Histoire postcoloniale conjuguée avec une réalité inhérente à la mondialisation, notamment celle qui concerne la communication et la villagisation du monde. Les peuples arabes ont été trop longtemps réprimés par les dictatures générées par leur propre histoire mais renforcées par la politique postcoloniale qui voulait des régimes forts en place afin pouvoir profiter des richesses des ex-colonies. C’était une façon de partir pour mieux rester. Leur laissant une part du gâteau, ils pouvaient ainsi économiser l’effort de guerre qu’une colonisation( toujours armée) implique et exige.

Le basculement géostratégique d’une part, dû à la fin de la guerre froide, à l’unipolarisation du monde, à la montée en puissance de l’Asie induit un basculement objectif de la configuration des rapports Nord-Sud. Objectivement, le monde arabe est au centre de deux désirs d’influence et de deux perceptions du monde. Il est l’interlocuteur inévitable pour une Europe qui le voit comme au Sud de la méditerranée et les EU qui le considère comme une zone de haute importance énergétique et qui le considère comme un grand Moyen-Orient. Il est cependant très important de souligner que ce flottement entre deux volontés politiques internationales n’est pas ce qui a déterminé le soulèvement. Les causes objectives latentes qui se sont cumulées sont le véritable moteur de l’explosion à laquelle nous assistons. La conjoncture économique est à mon avis et depuis toujours le véritable moteur de toutes les révolutions ; depuis que l’homme existe. Les polémiques idéologiques ne sont que des expressions d’un malaise social et d’un positionnement économique.

Ce positionnement est aussi à l’origine du pragmatisme dont font preuve les grandes puissances envers le soulèvement arabe. Le scénario de l’explosion faisait partie des conclusions tirées par des études de prospectives qui prennent un gros morceau du budget américain et qui depuis des décennies en font des thèses et des synthèses. Je ne saurais avancer que l’ embrasement a été provoqué par les Etats-Unis comme on crèverait un abcès pour passer à autre chose mais je peux affirmer que les grandes puissances sont d’ores et déjà bien impliquées dans le parcours de cette révolution . La télévisision française a passé des documentaire et des interviews de ces jeunes égyptiens qui ont été formés au facebook aux Etats-Unis ou en Serbie par une association qui est financée par …devinez qui ? les Etats- Unis, encore une fois.

– Certains marocains appellent à la révision de la constitution marocaine. Estimez-vous que la constitution dans notre pays a vraiment besoin d’être révisée ?

Il y a un magnifique texte du grand Abdelkrim Khattabi qui, déjà en 62, descendait en vrille le concept de ‘’Constitution octroyée’’. Il mettait en garde contre ce grand leurre et refusait que l’on concède au peuple un texte qui, au lieu de leur garantir la dignité et la liberté, institutionnalisait leur aliénation et leur vassalité à un pouvoir des plus autocratiques. Je pense encore aujourd’hui que cette dénonciation est toujours valable. La constitution marocaine n’a pas besoin de toilettage car trop archaïque dans sa généralité et dans ses détails. Les liftings ne sont plus de mise mais un bon enterrement en bonne et due forme. Nous avons besoin d’une Constitution émanant de la souveraineté populaire et non pas d’une commande régalienne.

– Comment peut-on faire face au mécontentement des citoyens face au rôle que joue le parlement marocain ?

Hassan II ( que Dieu ait son âme) ne mâchant pas ses mots avait clairement déclaré qu’il considérait que le Parlement était un cirque. On m’en veut souvent de répéter cette formule mais je ne stigmatise aucune personne ! Je fais un constat politique qui veut que l’institution parlementaire est clairement définie comme une sorte d’appendice d’un pouvoir qui n’est en aucun cas partagé. Le parlement marocain est l’expression même de la confiscation du pouvoir législatif par le pouvoir exécutif. Certes, la nomination même ‘’ parlement’’ implique que les membres parlent pour aboutir à un consensus ou à une décision majoritaire sur des lois qui régiront les représentés.

Au Maroc , le parlement sert à parler et à parler seulement parce que le consensus , c’est le Roi qui s’en occupe et la majorité est préfabriquée. Les lois sont produites ailleurs. Si le mécontentement du peuple envers le parlement n’est certes pas d’ordre intellectuel puisque le taux d’analphabétisme est une honte historique, il vient par contre d’un vécu de déception envers des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes ou un partage politicien préétabli. La réalité actuelle nous dévoile que le ‘’bof’ électoral vécu il ya quelques mois n’était pas du au désintérêt mais au manque totale de confiance dans une institution censée représenter les peuple. Que faut-il faire ?

Je pense que ce mécontentement n’est qu’un épiphénomène. Ce sont les racines qu’il faut traiter et on revient encore une fois à cette histoire de constitution. Il nous faut une Constitution où l’exécutif , le législatif et le juridique soient, non seulement strictement séparés mais doivent rendre des comptes au peuple et être soumis aux lois et non le contraire. C’est le seul moyen de nous débarrasser de la Corruption et de l’arbitraire.

– Des membres d’Al Adl Wal Ihssane ont été arrêtés en Italie. Comment voyez-vous cela ?

Ce n’est pas le premier incident au pays de Berlusconi. Je mets cela sur le compte d’une justice un peu trop méditerranéenne mais qui reste très respectable puisque la première affaire a été reconnue comme caduque et que les procédures sont plus honorables. En tout cas beaucoup plus que celles qui confondent les noms et les destins et qui envoient des innocents à la place des coupables : j’ai nommé l’affaire Boukillou, bien de chez nous. La présente affaire en Italie est due à une histoire sordide de vengeance dans un couple et de fausse dénonciation.

La justice suit son cours . Nous sommes très sereins et croyons à l’impartialité des juges italiens et à leur bon sens. Toutes les rumeurs médiatiques autour de cette histoire ne sont que propagande gratuite. Nous sommes au-dessus de tout soupçon.

On dit que Al Adl Wal Ihssane est contre le système monarchique au Maroc. Comment voyez-vous le système de gouvernance dans notre pays ?

Vous me donnez l’occasion de décortiquer une attitude qui pour d’aucuns semblent ambigüe et pour d’autres radicale. Ce n’est ni de l’ambigüité ni de l’utopisme. Je m’explique ! Nous ne sommes pas contre la Monarchie ‘’ au Maroc’’, nous sommes contre le concept de ‘’ Monarchie héréditaire’’ qui de plus tiendrait sa légitimité du Coran, et ce, où qu’elle soit, quand elle soit ! Il y a donc un volet théorique qui tient pour nous d’un jihad intellectuel et d’un droit de pensée. Nous avons lutté depuis 30 ans pour arracher le droit de sortir des sentiers battus théorique et théologique tracés par l’autocratie qui nous gouverne depuis le coup d’Etat ommeyade à nos jours.

Pour nous , il est très important de défendre le modèle prophétique du Pouvoir afin de dégrever l’Islam de ces pratiques obscurantistes faites en son nom. C’est un devoir d’appel qui nous pousse à une telle lecture critique de l’Histoire. Je concède qu’elle est radicale. Il n’est pas question de laisser croire que l’autocratie fait partie de l’Islam . D’un autre côté, notre implication dans le champs politique et notre conviction de ‘’ non- violence ‘’ nous amènent à envisager un processus qui soit beaucoup plus pragmatique.

Nous savons que l’Histoire se fait doucement et nous n’avons jamais appelé à l’élimination brutale de quelque institution ou personne que ce soient. Nous avons pour cela entamé un processus d’éducation qui mise sur le changement par le bas. C’est peut-être ce qui a permis au mouvement d’être l’initiateur, déjà en 90, et sous la chape de plomb hassanienne de la ‘’manifestation pacifique’’. Nous sommes très heureux de cette généralisation actuelle et de cette levée de la peur. Si nous avons commencé très tôt dans ce sens, nous marcherons encore et toujours , le temps qu’il faudra , au rythme du peuple et à son service et ne brusquerons aucun processus quelque monarchiste qu’il soit. Il n’est pas question de chaos ni d’opportunisme mais juste de réalisme et de douceur. Nous sommes un force tranquille mais pas passive.

– Comment voyez-vous le prochain rendez-vous électoral de 2012 ?

Le monde politique à l’image du monde en général est trop instable pour prévoir quoi que ce soit. Savez vous que même la planète a été désaxée de 25 cm par le séisme nippon ? Je crois qu’il est très difficile de prévoir quoi que ce soit pour 2012. Il faut rester modeste et socratique devant de tels chamboulements mondiaux. ‘’Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien ‘’ nous a appris ce philosophe et aussi les révolutions égyptiennes et tunisienne et lybienne et bahreinite et yéménite et j’en passe…

– Des rumeurs circulent quant à un remaniement ministériel qui concernerait en premier lieu le poste du premier ministre Abbas El Fassi. Comment voyez ce remaniement au cas il s’avère vrai ?

Ecoutez , je pense que le phénomène des soulèvements arabes a fait mûrir les peuples et leurs exigences politiques de façon spectaculaire. Je ne pense pas qu’un remaniement comme il y en eut beaucoup trop et très récemment , puisse servir à calmer la vindicte de la jeunesse branchée qui mène le jeu. ‘’Mamfakinch’’ est une expression en vogue chez les facebookeurs qui veut dire que ‘’nous ne sommes pas dupes’’. Je pense que le Makhzen devra se rendre à l’évidence et concéder de vrais et radicaux changements . Abbas Fassi n’est qu’un paravent politique d’une part et d’autre part il n’est pas le plus dangereux dans le domaine affairiste qui est le pendant du pouvoir absolu garanti par la Constitution.

– Quelle est votre lecture des événements qui secouent le monde arabe. Peut-on craindre un effet domino ?

Il y a quelques semaines je répondais à cette question que c’était le calme qui précédait la tempête. Je ne suis pas devin mais juste lucide politiquement. On compte déjà des morts à Khouribga et le net pullule de jeunes en colère qui ne mâchent pas leurs mots et dont la haine fait mal au cœur même si l’on n’est pas d’accord avec le système. Ce n’est pas une tempête que l’on vit et notre domino n’est-il pas en train de basculer lorsqu’on pense à tous ces chômeurs qui attendent d’être embauchés ( 70 000 licenciés) , à l’insécurité des cités ; à la guerre de routes ; à la corruption systématique ; à ces Amazighs qui ne sont pas contents , à ces sahraouis qui n’ont pas digéré la hogra hassanienne, à ces rifains qui ont ressorti les vêtements maculés de sang cachés depuis des décennies.

Mon père déjà , il y a 30 ans avait prédit un déluge politique si nous n’optons pas pour un système de valeurs et à un dénominateur commun qui puisse unir et non éparpiller. Ce n’était pas un appel à la khilafa comme nos détracteurs se plaisent à railler mais à la justice qu’un Islam fédérateur pourrait véhiculer et à la choura qui aurait pu remplacer un simulacre de partis impopulaires… Je parle au conditionnel et c’est le cas de le faire tout en espérant un miracle de Dieu pour que l’on ne bascule pas dans l’horreur.

– Quelle serait votre position si on vous propose un poste ministériel et quels seraient les actions que vous entameriez en priorité ?

Je n’ai aucune ambition de ce genre surtout dans un contexte où ce rôle tient de la bouffonnerie. Contrairement à ce que beaucoup pensent (et ils ont le droit de me définir comme ils l’entendent ), ce n’est pas avec des yeux de politique que je regarde le monde mais d’abord avec des yeux d’intellectuelle croyante et ensuite avec des yeux de mère. En tant que croyante, je pense que nos textes sacrés considèrent ceux qui sont investis du pouvoir comme dépositaires de la souveraineté de la communauté et n’ont aucune prérogative sinon celle d’être au service de la nation et du peuple.

Toutes ces notions sont absentes dans la culture politique arabe actuelle et ont besoin d’un véritable ijtihad auquel j’essaie de participer. Quant à mon regard de mère : je souhaiterais léguer à mes petits-enfants un Maroc où ils pourront vivre dans la paix et sans hogra. J’inclus dans ce regard tous ces petits gavroches que les ‘’ misérables’’ regarderaient avec beaucoup de pitié. Loin de moi l’idée donc de convoiter quelque poste que ce soit. Maintenant, si un jour , un vrai premier ministre viendrait à gouverner , je pense que la priorité c’est l’éducation . ce Sont les hommes qui font une nation et non le contraire.

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