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Les prédateurs des mosquées

Depuis une dizaine d'années les projets de construction de mosquées se sont multipliés pour offrir aux musulmans un cadre digne pour la pratique de leur religion. La mosquée constitue un lieu de rencontre et un symbole de vivre ensemble. C'est un lieu d'ouverture vers la société et un espace d'éducation de valeurs de liberté, de générosité et de tolérance. C'est aussi un lieu de lutte contre toutes les formes d'intégrismes (religieux ou laïque), d'injustice, d'oppression et de tyrannie.

Les responsables de ces projets de construction doivent affronter plusieurs obstacles de natures différentes. Le premier de ces obstacles est l'organisation interne. Les musulmans en France appartiennent à des courants de pensées et à des cultures différentes. Les caractères jouent aussi un rôle important pour aboutir à définir une structure qui mène le projet. Cette organisation interne peut prendre quelques années à se mettre en place!

Une fois cette structure définie, il reste un obstacle de taille: Sa reconnaissance par les pouvoirs publics et en particulier par le Maire de la ville ou de la commune. Cette reconnaissance dépend de plusieurs facteurs complexes (tendances politiques de la majorité municipale, implication de l'association dans la vie de la cité..etc). Certains maires de communes font de l'interventionnisme dans la gestion du culte. Il peuvent écarter telle association, se rapprocher d'une autre. Ils sont animés dans tout cela par des considérations le plus souvent électoralistes. C'est le cas du maire d’une commune de l’Essonne qui a poussé à la création d'une association, liée à la Grande Mosquée de Paris (GMP), avec qui il a signé une convention lui accordant la gestion du lieu de culte. Cette ingérence du maire de la ville a été dénoncé par l’Union des associations musulmanesde cette ville.
Une fois le bail signé, c'est une nouvelle force d'opposition qui entre en jeu pour dénoncer la forme du bail et ses clauses. Les opposants à ces projets  contestent la légalité du bail emphytéotique1 consenti par les maires pour l’édification de mosquées ou bien le montant du loyer et dénoncent une forme de financement indirect ou une atteinte au principe de neutralité de l’État.

La Fédération cultuelle des associations musulmanes d'une commune de Seine-Saint-Denis s'est vu retardée son projet à la suite de la décision du Mouvement National Républicain (MNR) de saisir le tribunal pour annuler le bail.

Financer un projet de construction de mosquée exige une enveloppe financière moyenne de deux millions d'euros. On peut s'étonner d'une telle somme. Cela peut s'expliquer par le coût au m2 qui avoisine 1500 €. L'état seul perçoit en moyenne 400 000 € de TVA (19,6 %).

Les responsables peinent à collecter cette somme et les fidèles fréquentant la salle de prière ne peuvent supporter à eux seuls une telle charge. Les aides venant de l'étranger sont interdites par les pouvoirs publics. Les responsables de ces projets peinent pour trouver l'argent nécessaire à la construction du bâtiment. Ils se donnent beaucoup de mal pour trouver des montages financiers en faisant appel à la solidarité entre mosquées, ou des dons privés d'individus et d'entreprises …

Pour concrétiser le projet et pour en minimiser le coût, les responsables font appel aux services d'un architecte2 qui est censé effectuer sa mission en conseillant le maître d'ouvrage afin de concevoir le projet et finaliser la construction avec le meilleur rapport qualité/prix.

Une fois le permis de construire obtenu et disposant d'une somme d'argent conséquente ( le tiers du coût total, exigent certaines communes), les meneurs du projet pensent qu'ils sont à l'abri de nouveaux obstacles : Ils se trompent !

Cet article n'a pas la prétention de traiter d'un sujet complexe et technique qui est de faire l'expertise du travail d'un architecte au sein d'une mosquée mais de donner quelques orientations pour les responsables de projets futures afin de ne pas reproduire quelques erreurs et éviter de tomber dans les pièges de certains architectes sans scrupules. Si la plupart des architectes effectuent cette mission selon les règles de l'art , certains escrocs profitent allègrement du projet pour faire des bénéfices aux dépens de l'éthique. Ils usent de procédés malhonnêtes pour se procurer des avantages matériels à l'insu de leurs clients.

Dans cet article, j'expose un exemple concret de ces architectes prédateurs. Je ne citerai pas de noms, ni de lieu par mesure de prudence et pour ne pas m'exposer à des poursuites pour propos diffamatoires. C'est pourquoi je donne tantôt le nom Escrochy ou Sangsue à ce prédateur dont je vous présente la stratégie. Monsieur Sangsue se présente d'une façon générale avec une stratégie bien rodée afin de séduire les tenants du projet. Il construit sa stratégie en cinq axes :

  1. Monsieur Escrochy est assuré que ses interlocuteurs (dans leurs majorité) ne maîtrisent pas ou très peu les missions d'un architecte.

  1. Il se présente en sa qualité de «Musulman» et fait beaucoup de promesses sans en laisser une trace écrite. Il assure qu'il connaît les difficultés de l'association pour collecter l'argent et qu'il participera lui même en faisant des abattements conséquents sur ses honoraires.

  1. Monsieur Escrochy fait étalage de ses diplômes (ingénieur en béton armé, diplôme d'architecture islamique.. ) sans en fournir de preuves. Pourtant le code de l'architecture lui impose de mentionner de façon distincte les diplômes, certificats ou titres français ou étrangers dont il peut se prévaloir (article 10 du code des architectes)

  1. Il promet qu'il aidera l'association à trouver des financements et il étale sa connaissance des responsables d'organismes islamiques et de donateurs riches dans les pays du golf et en Arabie Saoudite.

  1. Il assure qu'il a une grande expérience ''trente ans, martèle le prédateur Sangsue » dans la construction de mosquées, et «avoir assumé un poste de responsabilité pendant dix ans chez le constructeur Bouygues ». Monsieur Escrochy soutient qu'il mettra tout son savoir faire pour réaliser des économies substantielles.

Monsieur Escrochy profite de la méconnaissance de ses interlocuteurs de l'aspect juridique pour abuser de sa victime. Sa première arnaque consiste à soumettre un contrat dont les clauses sont abusives et formulées à son unique avantage. Un contrat qui le sert uniquement et qu'il brandira au moment où les responsables de l'association se rendent compte de son incompétence et de son escroquerie. Monsieur Escrochy estime ses honoraires à plus de 180 k€. Il évite soigneusement de se conformer aux dispositions de l'article 11 qui l'oblige à rédiger une convention définissant entièrement la nature et l'étendue de ses missions.

Toutes les promesses de Monsieur Sangsue tombent à l'eau et les responsables du projet se rendent compte que son travail se résume à «un porteur de documents» qui fait la navette entre les différents bureaux d'études (structure, électricité, menuiserie, isolation……) et le maître d'ouvrage. Son manque de disponibilité ajouté à son incompétence ne lui permettent pas d’accomplir sa mission de conseil auprès du maître d'ouvrage.

Lorsque les tenants du projet se rendent compte que Monsieur Sangsue n'a pas les diplômes prétendus, qu'il n'a jamais travaillé chez Bouygues, les responsables n'ont aucun moyen de se retourner contre lui. Monsieur Sangsue n'a pas laissé de traces écrites. Les promesses de l'escroc s'évaporent au fur et à mesure de l’avancement du projet : Sa supposée connaissance de l'architecture est mise en défaut, son réseau de relation avec les donateurs est inexistant et il est incapable de rédiger un texte correctement et en bon français pour prétendre monter des dossiers afin de trouver des financements.

Le prédateur Escrochy ne se contente pas de cette tricherie, il pousse sa lâcheté au sommet. A l'étape DCE (dossier de consultation des entreprise) il est censé fournir un cahier de charge de tous les lots (gros œuvre, électricité, étanchéité, menuiserie, isolation, ravalement …) mais il traîne des pieds, les fournit au compte goutte et exige le paiement de ces cahiers de charges en plus de ses honoraires.

Lorsque nous avons soumis certains cahiers de charges fournis par Monsieur Sangsue aux experts, le pronostic est sans appel : Les cahiers de charges sont très légers, bâclés, trop généralistes, et ne correspondent pas au projet pour lequel ils sont destinés. En gros Monsieur Sangsue, le prédateur, consacre peu de temps à l'établissement des cahiers de charges. Il se met par cette attitude en contradiction avec l'obligation de mettre son savoir et son expérience au service de son client.

Un des responsables de projet de mosquée dans l’Essonne nous a confié que leur architecte, Monsieur Escrochy leur a présenté des devis pour le gros œuvre dont la fourchette se situe entre 900 000 et 1,4 M€. Non contents de sa prestation, les responsables du projet ont effectué leur propres recherches et ont obtenu des devis entre 600 000 et 700 000 € ( et ce pour le même cahier de charges). Les responsables ont été très satisfaits du constructeur et ne sont pas tombés dans les filets du prédateur. Pire encore au lieu de faire preuve d'objectivité et d'équité comme l'exige l'éthique, le prédateur déconseille et dénigre le constructeur retenu par les responsables du projet. Le but de l'architecte-escroc est double : Profiter d'avantages matériels ou toucher des primes de la part de l'entrepreneur qu'il retient et conseille à son client puis augmenter le coût du projet puisque ses honoraires sont indexés sur son coût global.

On peut en dire autant lorsqu'il s'agit des lots du second œuvre où les responsables du projet avaient pris l'initiative pour lancer leurs propres appels d'offres. Ils ont obtenu des propositions avec des écarts pour les mêmes prestations qui sont entre 20 à 40 % moins chers !

Monsieur Sangsue n'a pas la fibre d'une communication saine et manque ainsi de respect à son interlocuteur. Sa façon de rédiger montre clairement son manque de professionnalisme. Il écrit dans ses correspondances « nappes adriatique » au lieu de phréatique. « Suite à nos plusieurs réunions d'élaboration des appels d'offres reçues, à nos rencontres, discussions et conversations, la dernière datant d’aujourd’hui… » et «  ci joint l'analyse et rappel sur l'effet et l'inquiétude causé par le retardement sur le démarrage des travaux. »

Avant de finir cet article, je souhaiterai aussi souligner la responsabilité des associations dans certains chantiers qui accusent beaucoup de retards dans sa livraison. Les cadres de l'association participent, par leur incompétence, à en augmenter le coût. En effet, les responsables ne s'entourent pas d'un assistant à la maîtrise d'ouvrage, n'apprennent pas les différentes étapes du projet architectural et n'ont pas une vision claire du projet ( assiette d'intervention, programme, délais…)

Voici quelques conseils avant d'engager un architecte :

  1. S'assurer de quelque-unes de ses réalisations. Prendre le téléphone et visiter les ouvrages et se renseigner sur l'architecte . Consulter internet.

  2. Réclamer un vrai Curriculum Vitae qui retrace les postes qu'il a occupés depuis l'obtention du diplôme et le nom des entreprises où il a fait ses preuves.

  3. Assurez-vous de sa disponibilité (un architecte qui travaille sur plusieurs projets n'est pas disponible en générale et risque de faire un travail bâclé. Effectuer la visite de son cabinet pour avoir une idée de la façon dont il est organisé, de ses aptitudes et ses possibilités d'intervention personnelle et aux moyens qu'il peut mettre en œuvre, comme le prévoit l'article 33 du code. L'architecte prédateur installe son cabinet dans sa cuisine.

  4. Avant de signer le contrat, faites le examiner par un conseiller juridique. Le contrat doit mentionner ses diplômes et titres. Il doit vous permettre en qualité de maître d'ouvrages de suivre ses missions et de pouvoir l'interpeller lorsqu'il n'en respecte pas les délais.

  5. Ne jamais signer un contrat forfaitaire mais optez plutôt pour payer des missions bien précises.

  6. Gardez précieusement tous les documents relatifs à l'ouverture du chantier (avis des bureaux de contrôle, fiches techniques de produits….

  1. Exiger de l’architecte d’inclure des pénalités de retards dans le cas où il ne respecte pas les délais que vous avez fixé pour le projet.

Conclusion : L’architecte prédateur est un élément nuisible pour les projets de mosquées. D’une part, il joue un rôle de premier plan dans les retards de livraison de ces projets. D’autre part il participe par son incompétence à en augmenter le coût global (en moyenne de 30 %), ce qui constitue une augmentation de 600 k€ pour un projet de 2 M€.

C’est une somme considérable lorsque l’on sait toute la difficulté pour trouver les financements nécessaires au projet de construction.

Je mets donc mon expérience personnelle au service des responsables de futurs projets. L’objectif étant humble : C’est de leur éviter de tomber dans les filets d’un architecte prédateur.

Pour me contacter voici mon email : [email protected]com

1 C'est un bail immobilier de très longue durée (souvent 99 ans) accordé au locataire contre le paiement d'un loyer modique.

2 On distingue deux types d’architectes : DPLG ( Diplômé du gouvernement)et DESA (Diplômé d’une école privé d’architecture).

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