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Les musulmans de Crimée seront-ils déportés?

Alors que la peur palpable de l’exil forcé et de la montée en puissance de l’islamophobie envahit la communauté musulmane de Crimée, au premier rang de laquelle la minorité Tatar, d’origine turque, redoute que les tourments de l’histoire ne se répètent inlassablement, la violence de l’oppression Stalinienne étant une plaie difficile à panser, Vladimir Poutine s’est voulu rassurant en ce début de semaine, après un vendredi 18 avril où l’angoisse fut à son comble.

Figure de proue de la population Tatar vivant dans le territoire récemment annexé par la Russie, Mustafa Dzhemilev a en effet alerté sur la répression russe qui se tramerait en coulisses pour procéder à la déportation massive des musulmans. Celui-ci assure avoir été informé des représailles qui menacent de s’abattre sur son peuple, susceptible d'être condamné au bannissement comme ce fut le cas sous la férule de Staline, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand ce dernier déporta les Tatars et les Tchétchènes en Asie centrale, en les accusant de collaboration avec les Allemands. Ou comment justifier l’injustifiable en jetant l’opprobre sur des minorités indésirables…

En ce lundi 21 avril placé sous le signe de la « réhabilitation des Tatars de Crimée » en tant que peuple réprimé par Staline, Vladimir Poutine a, semble-t-il, décidé de corriger le tir en optant pour un geste magnanime en faveur de cette minorité qui a largement boycotté le référendum du 16 mars, hostile au rattachement de la Crimée à la Russie, coupant court ainsi à la rumeur persistante affirmant que son sombre dessein viserait à la bouter hors d’un territoire passé sous pavillon russe.

"Je tiens à vous informer que j'ai signé un décret sur la réhabilitation des Tatars de Crimée, des Arméniens, Allemands, Grecs, de tous ceux qui ont souffert sous la répression stalinienne", a-t-il annoncé lors d'une réunion gouvernementale, cité par l'agence de presse russe Ria Novosti.

Si Poutine semble revenu à de meilleurs sentiments, un immense frisson d’anxiété continue de parcourir la communauté musulmane de Crimée, saisie d’effroi face à l’hémorragie d’agressions islamophobes commises par la population russe, avec une cible de prédilection, les Tatars, contre lesquels se libèrent les pires pulsions, dans l’espace public ou à l’école, au grand jour et sans complexes.

Chronique du racisme ordinaire sur fond de tensions à leur paroxysme, il n’est plus rare que des Tatars soient apostrophés dans la rue par des citoyens russes ordinaires, quand ce ne sont pas des familiers, voisins ou amis, avec lesquels les relations étaient jusqu’ici courtoises voire même conviviales, qui leur demandent de but en blanc s’ils comptent quitter la Crimée, avant de les injurier en les menaçant d’être exterminés s’ils décident de rester.

Ces actes odieux ne cessent de se multiplier, les concitoyens ou amis d’hier devenant les ennemis jurés d’aujourd’hui, culminant dans une violence inouïe jusque dans le temple scolaire où les écoliers Tatars sont désormais insultés, discriminés et rudoyés par leurs camarades de classe, avec une impunité d'autant plus terrifiante qu'elle bénéficie de l’inertie complice des responsables des établissements scolaires.

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