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Les hommes à la découverte de Dieu – Prologue à une histoire des Religions (Ad-dîn)

Aborder l’œuvre de Mohammad Abdallah Draz* à travers la relation équivoque qu’entretiennent les hommes avec la foi relève probablement de la gageure. L’introduction du sujet par un voyage dans le temps et dans l’espace ne peut que renforcer ce sentiment. Il faut au final revenir vers le titre originel de cet essai pour trouver un fil conducteur : A-din. On dit que traduire c’est trahir, on en a probablement la démonstration, sans préjuger de l’intention.

Néanmoins, l’éloquence du propos rejoint la rigueur de la démarche pour poser de manière explicite la matière à explorer : rechercher le plus petit dénominateur commun du fait religieux dans une forme d’œcuménisme d’abord théorique puis empirique.  A ce titre, l’auteur ne fait ni l’économie du doute systématique, ni de l’étude sémantique pour définir ce qu’est une religion. La démarche est salutaire et met en lumière la soumission à une force agissante, non contrainte, transcendante, et douée de raison ; perçue par le croyant comme une réalité.

Univoque, celui-ci tourne alors son regard vers le ciel, quand le savant matérialiste étudie ce qui se trouve à ses pieds. L’image est saisissante et le parallèle coule de source avec la perspective dichotomique de Malek Bennabi qui réunit pour les besoins de la cause, deux camarades d’infortune, Hay Ibn Yaqdan et Robinson Crusoé (1). Ce croyant newage dispose d’un lien solide avec son Créateur et se trouve alors dans un état psychologique sans restriction quant au champ des possibles. 

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Ainsi définie, la religiosité entretient dans l’esprit des hommes une relation d’indépendance ou de superposition avec la morale, d’opposition ou de complémentarité avec la philosophie, de dénigrement ou de respect avec la science. Cette dernière fait ainsi avant tout écho au vrai, et la morale au bien, quand la philosophie tente de les réunir.

Cependant seule la religion permet une foi communicative et agissante, verticale et transversale, de ce qui est juste selon son double sens, justesse et justice. Il en découle un instinct religieux primitif et universel que le passé et le présent de l’humanité, ainsi que l’observation même profane de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, n’ont de cesse de conforter. En d’autres termes, sans religion, quelle qu’elle soit, les trois questions du sens de notre existence resteraient en suspens : D’où ? Vers où ? Et surtout pourquoi ? Ses interrogations métaphysiques par excellence n’éludent pas le rôle de la religion dans l’harmonie sociale sous ses différents aspects : cohésion, solidarité, justice. 

Mohammad Abdallah Draz, dans sa posture d’homme de religions plurielles, oriente par la suite son regard syncrétique vers la naissance de l’idée de Dieu dans l’esprit des hommes. Le résultat est une démonstration magistrale méta-analytique propre à un explorateur des sous-jacents, des causes premières. S’engage alors un long débat avec entre autres Durkheim, Comte, Descartes, Kant, Tylor, et Sabatier, au cours duquel l’Azhari Sorbonnien s’applique à convaincre par la force de l’argument.

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Si tous s’accordent à penser que la croyance primaire a un caractère universel dans l’espace et dans le temps, chacun aura un regard spécifique sur son origine. Pêle-mêle, la nature, nos états psychologiques, notre raison ou encore la vie en société en constituent un terreau fertile sans pour autant en être la graine. Ces pérégrinations aboutiront à l’idée inclusive de la foi, révélée aux hommes par leur Créateur, et que chacun est libre d’explorer selon son angle de vue, dans sa quête de sens. C’est ainsi que les musulmans riches du Coran-source et de l’Islam-vecteur peuvent alors dialoguer avec tous dans un cadre de paix et d’humilité.

*Mohammad Abdallah Draz – Editions Al Bouraq (1999)

  1. Le problème des idées dans le monde musulman – Malek Bennabi – Editions Tawhid

2 commentaires

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  1. Salam alykoum Hakim,

    Un commentaire très à propos 🙂

    La subjectivité peut l’emporter sur la fidélité à l’idée originelle. La traduction est un exercice périlleux auquel s’est prêté en l’occurence le fils de l’auteur lui-même, Mohsen Draz.

    Impatient pour ma part de parcourir « La morale du Coran » de bout en bout. Rédigée en français, (au titre d’une thèse soutenue à la Sorbonne en 1947) la pensée de Mohammad Abdallah Draz a été probablement transcrite sans biais linguistique.

    Mehdi

  2. Salam alayk Mehdi,

    Un très beau livre à enseigner avec bien sûr son œuvre magistrale la « Morale du Coran ».

    À enseigner dans nos mosquées…

    Alors une difficulté : taddayoune en arabe pourrait se traduire par « religiosité » qui est un terme appréciatif dans la langue arabe mais « religiosité » dans la langue française est un terme plutôt dépréciatif pour signifier un semblant ou une pellicule ou un vernis de religion !

    Mais un petit livre à ressusciter auprès du public musulman français, malheureusement désavantagé par rapport au public anglophone quant à la qualité des ouvrages sur la religion musulmane.

    Hakim FEDAOUI

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