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Les dignitaires musulmans russes s’insurgent contre l’interdiction d’une traduction du Coran

La sentence du tribunal de Novorossiisk, une localité située dans le sud de la Russie, qui a condamné à la destruction, sans sourciller, une traduction de grande qualité du Coran, signée du théologien azéri Elmir Kuliyev, a fait l’effet d’un coup de tonnerre parmi le Conseil national des muftis, outré par cette manifestation de l’arbitraire sous couvert d’appliquer la loi anti-extrémisme en vigueur depuis 2002.

A l’instar des défenseurs des droits de l’Homme qui considèrent que ce verdict équivaut à proscrire le Coran lui-même, les dignitaires musulmans sont aussitôt montés au créneau, fulminant et mettant en garde Vladimir Poutine, dans une lettre ouverte, contre les troubles qui pourraient éclater dans les communautés musulmanes si jamais l’autodafé irresponsable et sans fondement de cet ouvrage, publié il y a dix ans, était mis à exécution.

Vladimir Poutine, qui n’a cessé de se faire le chantre de l’unité parmi les principales religions du pays, franchirait là un nouveau palier dans la lutte contre l’extrémisme en blacklistant le Livre Saint de l’Islam, comme cela a été fait pour la propagande nazie, que ce soit « Mein Kampf » d’Adolf Hitler ou les œuvres funestes de Goebbels, au mépris de la tolérance religieuse prônée dans ses discours et de la clameur de protestation qui gronde face aux nombreuses dérives de cette censure officielle, frappant des ouvrages souvent anodins et inoffensifs.

"Les musulmans russes sont très fortement indignés par une telle décision scandaleuse", s’est emporté Rushan Abbyasov, le vice-président du Conseil des muftis, qui a noué des liens étroits avec le Kremlin, comme le rapporte Reuters. 

L’imam a tiré la sonnette d’alarme à la perspective d’une sanction aux répercussions funestes : "Il y aura des troubles … non seulement en Russie mais partout dans le monde, nous parlons de la destruction du Coran. Dans la lettre à Poutine, le conseil a établi un parallèle avec la violence au Moyen-Orient et en Afghanistan et le fanatisme d'un pasteur américain, Terry Jones, qui avait menacé de brûler le Coran le 11 septembre 2010. Est-il nécessaire de rappeler les réactions à la destruction des livres, des livres religieux en particulier, qui ont secoué la Russie dans le passé?" , a-t-il déclaré, ajoutant : "Nous rappelons comment l'incendie de quelques exemplaires du Saint Coran par un pasteur américain fou a suscité une protestation virulente, pas seulement des musulmans de Russie, mais de l'ensemble de notre société, en solidarité avec la colère orageuse et durable de la communauté musulmane mondiale et au-delà, de la communauté de tous les hommes de bonne volonté", a-t-il vivement déploré.

Côté judiciaire, la riposte s’organise par l’intermédiaire de l’avocat représentant l'auteur du texte, Elmir Kuliyev, ce dernier indiquant qu’il fera appel de la décision exigeant que l’ouvrage et ses copies soient "détruits". "C'est une pure idiotie. Un procureur local a envoyé ce texte à un tribunal local et ensemble ils ont décidé de proscrire un Livre Saint", a dénoncé  Murat Musayev, lequel dispose d'un mois pour faire appel de la décision. "D'une part, il y a la liberté de religion en Russie, de l'autre ils interdisent les textes religieux fondamentaux, c’est une aberration", a-t-il insisté.

Pour Akhmed Yarlikapov, spécialiste de l'islam au sein de l'Académie des sciences de Russie, la traduction réalisée par Elmir Kuliyev est non seulement d’une érudition remarquable mais également au-dessus de tout soupçon, deux arguments majeurs qui devraient suffire à rendre caduque une discrimination injustifiée et injustifiable : "Ceci est une traduction de très haute qualité et l'interdiction de la traduction de Kuliyev est partiale et non professionnelle. Dans ce cas-là, vous pouvez tout aussi bien interdire la Bible, car elle contient autant de passages qui font référence à des effusions de sang", a-t-il martelé.

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