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Le Yémen : quand le pèlerinage (ḥajj et ‘umra) finance la guerre…

Le Yémen est, depuis plusieurs années, le théâtre d’une guerre oubliée et un pays qui s’effondre dans l’indifférence… que faire ? Nous sommes en décembre 2020 et il y a deux ans, en décembre 2018, les différents protagonistes de ce conflit meurtrier qui perdure depuis près de sept ans, conflit injuste et servant entre autres des intérêts saoudiens (voire arabes en général), iraniens et occidentaux, se réunirent dès le 06 du mois à Stockholm et arrivèrent à un accord le 13… Un espoir naissait-il enfin ?

C’était oublier non seulement l’une des pires crises humanitaires que le monde ait connue et ses conséquences certainement irrémédiables pour plusieurs d’entre elles, mais également les malades et les morts du choléra, très souvent des enfants innocents, les millions de civils qui souffrent de la faim et de la malnutrition, les près de 80% de civils vivant sous le seuil de pauvreté, les deux millions d’enfants victimes de grandes souffrances et dont Saïda Ahmad Baghili était devenue le visage symbolique, et tant d’autres calamités économiques et sociales… C’était aussi oublier les intérêts que les Saoudiens, Iraniens et Occidentaux avaient dans cette guerre. 

Malheureusement, faire taire les armes ne suffira pas à faire taire les conséquences humaines catastrophiques et l’accord de Stockholm, parfois décrié, tarde encore aujourd’hui à être mis en œuvre, quand il n’est pas tout simplement jeter aux oubliettes depuis plusieurs mois.  Comme le disait Jean-François Riffaud, « le drame humanitaire qui se déroule actuellement au Yémen est un déni d’humanité collective. »

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Alors, certes nous ne sommes pas des politiques, nous ne pouvons pas agir avec l’ampleur de la force étatique, mais nous pouvons, à notre niveau, agir avec humanité et conscience en lien avec ce que nous dictent les principes de notre religion. Ainsi, en tant que citoyens français de confession musulmane (mais ce message s’adresse en réalité à tous les musulmans), il me semble très compliqué dans bien des cas de pouvoir faire autre chose que de protester et éviter autant que faire se peut de contribuer d’une manière ou d’une autre à donner notre argent à ceux qui l’utilisent en partie pour vendre des armes aux belligérants, ce qui semble d’ailleurs être le cas de l’État français (d’après ce qu’ont rapporté le JJD, le journal Le Monde ou encore plusieurs ONG comme Amnesty International).

Cependant, l’un des plus grands acteurs de ce conflit est l’Arabie Saoudite qui est à la tête d’une coalition. Or, le royaume saoudien a pour deuxième source de revenu, après le pétrole, le tourisme religieux via le pèlerinage (petit et grand) à la Mecque qui permet de générer plusieurs dizaines de milliards de dollars de recettes chaque année et cet argent contribue obligatoirement à financer l’armée et les dépenses militaires qui s’élèvent à 8% du PIB. Autant dire de suite que l’argent des pèlerins sert en partie à financer le désastre yéménite…

Sachant cela, une question d’ordre éthique se pose à mon sens : ne devrions-nous pas, en tant que citoyen de confession musulmane, refuser de donner sciemment et de plein gré notre argent au gouvernement saoudien qui participe au ravage de ce pays et de sa population (sunnite comme zaydite) en refusant d’effectuer le pèlerinage à la Mecque tant que la paix ne sera pas revenue ? Le message coranique, dans l’éthique qu’il diffuse, ne permet-il pas de se poser légitimement la question et de se positionner ?

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Évidemment, les problèmes de l’humanité et ceux rencontrés par la population musulmane ne se limitent pas au cas du Yémen, mais ce n’est pas parce qu’on ne peut pas agir à tous les niveaux et qu’on ne peut pas lutter contre tout comme on le voudrait qu’il ne faut rien faire ou rien tenter quand on en a les moyens.

William Blob

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