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Le voile, le halal et Merah : les nouveaux ingrédients du populisme français

Avec un bout de tissu – le voile – et un morceau de viande – halal -, les populistes  ont finit par confectionner un bouc-émissaire idéal – Mohammed Merah – pour jouer la fameuse carte de l’insécurité. Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour façonner un antagoniste – l’Islam –  sur lequel le système politique fixera ses peurs et ses inquiétudes.

La démagogie des mouvements populistes qui surfe sur l’émotion du peuple à travers un discours desophiste illustre parfaitement la situation Kafkaïenne de la démocratie française. L’ère de la communication a d’ailleurs, à travers le pouvoir des médias, impulsé considérablement les démagogues. En effet, le défilé médiatique d’images frappantes, de phrases courtes et limpides, d’idées réduites à des slogans mémorables contribuent davantage à conditionner la masse populaire dans une trajectoire politique ayant pour cible les musulmans.

La bête immonde, le fascisme, a laissé place désormais à un cancer intellectuel, l’islamophobie. Ainsi, nous assistons, notamment au vue de la forme ubuesque de la campagne présidentielle chambardée par l’affaire toulousaine, à une théâtralisation de la vie politique – qui a davantage l’allure d’une comédie que d’une tragédie.

Puisant leur rhétorique dans l’arsenal pétainiste, le populisme fonde sa politique essentiellement sur le rejet de l’autre à travers des amalgames et des équations simplistes notamment en établissant des accointances fallacieuses entre l’immigration, le chômage et l’insécurité. Cette fixation presque obsessionnelle sur le foulard, cet acharnement pathétique sur la viande halal ainsi que la surenchère et la diabolisation du forcené, Mohammed Merah, dont l’affaire contient encore de nombreuses zones d’ombres, laissent progressivement apparaître le visage oligarchique et populiste de la France dissimulée sous le masque de la démocratie.

Quant au chômage ? L’éducation ? Le logement ? Tous ces grands sujets qui sont censés être au cœur de la campagne présidentielle et dont dépend en grande partie l’avenir de la France, qu’en est-il ? Silence radio… Il est apparemment plus simple de s’attaquer à un bouc-émissaire, qui n’existe que dans l’imaginaire collectif, et d’envoyer une troupe en Afghanistan ou en Lybie que de lutter contre le chômage et les malaises sociaux.  Sans oublier, par ailleurs, la présence en filigrane des faussaires qui, se réclamant de la plume satirique de Voltaire, invoquent la liberté d’expression – à géométrie variable – pour justifier leur combat xénophobe. Seulement, ces pantins de la République semblent oublier que les véritables défenseurs de la liberté d’expression, tel l’auteur de Candide, se battaient contre le pouvoir dominant de leur temps et non contre une minorité dominée et stigmatisée ! Le fossé est énorme !

Les populistes sont à l’affût de chaque situation anecdotique touchant les musulmans pour en faire l’objet d’une éventuelle instrumentalisation au profit de leurs égos démesurés et de leurs intérêts personnels. Le système politique se construit ainsi sur des faits divers et des gesticulations politiciennes plutôt que sur des idées et des actions profondes, novatrices et porteuses d’espoir et d’épanouissement. La paupérisation des débats intellectuels réduits à des idées puériles et abêtissantes annonce les prémisses d’une décadence de la démocratie française qui, au fond, n’est que l’appellation euphonique du capitalo-parlementarisme.[1]

On se souvient, en outre, qu’au XXème siècle, la démocratie devait affronter un adversaire extérieur, le totalitarisme. Le conflit entre ces deux idéologies fut l’événement majeur du siècle dernier qui déclencha la seconde guerre mondiale et provoqua ainsi des millions de morts. Les régimes démocratiques sortirent vainqueur de ce combat idéologique et l’effondrement du totalitarisme s’illustra concrètement avec la chute du mur de Berlin. De nos jours, les adversaires se trouvent à l’intérieur du système, ceux que Tzvetan Todorov qualifie d’ennemis intimes de la démocratie :populisme, ultralibéralisme et messianisme. Ceux-là sont beaucoup plus vicieux et extrêmement plus dangereux. En effet, les régimes totalitaires du XXème siècle commettaient le mal au nom d’une conception – marxiste – du Bien qui, dans le manifeste du parti communiste, envisageait des éventuelles « interventions despotiques » si le but recherché ne pouvait être atteint que « grâce au renversement par la violence de tout ordre social du passé. » Les adeptes du projet communiste étaient totalement convaincus de leurs idées et agissaient de ce fait en leur nom. Une phrase de Lénine gravée sur le monument à Marx dans le centre de Moscou, illustre nos propos : « le marxisme est tout-puissant parce qu’il est vrai. »

Les ennemis intimes de la démocratie, quant à eux, agissent au nom de leurs intérêts personnels méprisant profondément les principes et les valeurs démocratiques qu’ils prétendent défendre dans un simulacre d’engagement pour la justice sociale. La différence, en somme, est de taille : les uns commettaient le mal au nom de l’intérêt collectif, les autres le font sous couvert du bien au nom de leurs intérêts personnels.

 L’hypocrisie des politiciens, de Droite comme de Gauche, illustrée par leurs sensibilités à géométrie variable et leurs capacités à nous monter les uns contre les autres en dressant des murs psychologiques et en semant une espèce de terreur intellectuelle – un terrorisme qui ne dit somme toute pas son nom – a tangiblement discrédité et porté préjudice à la démocratie française et, ce faisant, a provoqué un malaise profond au sein de la société.

L’affaire de Toulouse et de Montauban a au moins eu le mérite de nous apporter davantage de lumière et d’éclaircissements sur la face cachée de ceux qui agitent le drapeau de la République tout en trahissant ses valeurs. En effet, le drame commis par Mohammed Merah – qui relève, si l’on s’en tient à son histoire, d’un malaise social plutôt que d’une revendication idéologique ou politique – a été scandaleusement instrumentalisé et récupéré par certains populistes en perte de vitesse à des fins électoralistes, alimentant ainsi un climat délétère et paranoïaque propice à la détonante islamophobe. Des savants de renommée mondiale invités par l’UOIF au salon du Bourget se sont vus interdire de territoire français, par le ministre de l’intérieur et le ministre des affaires étrangères, Alain Juppé et Claude Guéant, dans un communiqué commun,[2] au lendemain de la tragédie toulousaine sous couvert de protection de l’ordre publique alors qu’il n’y a pas si longtemps que cela, l’Elysée recevait confortablement des dictateurs sanguinaires comme Bachar al-Assad, Kadhafi ou Ben Ali et continue d’entretenir d’étroites relations avec les tortionnaires saoudiens !

A Gauche l’atmosphère est aussi nauséabonde. En effet, les propos du candidat socialiste à la présidentielle, François Hollande, recueillis par le journal le mondeen disent long sur l’ubiquité droitière de la Gauche : « je n’ai pas compris comment un ministre de l’intérieur avait pu, il y a quelques années (Nicolas Sarkozy), se rendre à une réunion de l’UOIF et s’exprimer devant une salle où les hommes et les femmes étaient séparés. De même on a longtemps fermé les yeux en laissant entrer sur notre territoire des prêcheurs munis de passeport qatari. Il est regrettable de feindre de le découvrir aujourd’hui. »[3]

Désormais, l’échiquier politique contient des figures dont les couleurs, les slogans et les ouvertures diffèrent en apparence mais qui partagent, au fond, la même aspiration : vouer les musulmans à l’échec ! Le mat étant impossible du fait de l’éclosion d’une jeunesse française de confession musulmane active, éveillée et florissante. Face à cette actualité brûlante alimentée par une islamophobie galopante, la question n’est pas tant de savoir pour qui voter mais quel sens donner à un vote, au demeurant chimérique, dans une ploutocratie où le pouvoir n’appartient à aucun des aspirants à l’Elysée mais à de puissants affairistes.

En élisant un candidat, on ne fait, en réalité, que choisir la couleur du rideau qui va couvrir la concupiscence des véritables acteurs-requins de la société. Ne réduisons-donc pas notre réflexion au choix de celle ou celui qui investira l’Elysée mais, plus profondément, participons activement au débat en soumettant à la critique le système politique français dans son ensemble pour déceler les arcanes du pouvoir et ainsi renverser les ennemis intimes de la démocratie.

Notre engagement doit s’inscrire dans un soulèvement intellectuel massif pour dire stop au populisme ! Halte à l’ultra néolibéralisme ! Et ne pas cantonner sa citoyenneté uniquement dans le fait de voter et dans le choix du candidat. Les débats doivent s’articuler plus en amont, et au-delà des candidatures à la présidentielle, c’est le système politique dans sa globalité que le peuple, du haut de sa prépondérance, doit pouvoir choisir. C’est ainsi qu’il recouvrira sa souveraineté et la France renouera de ce fait avec l’esprit originel de la démocratie. Cela dit, à titre personnel, j’accomplirai mon devoir de citoyen et participerai activement à l’élection présidentielle ; je ne voterai donc ni à Gauche, ni à Droite, ni blanc… A bon entendeur !



[1] Formule empruntée à Badiou

[2] http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere/le-ministre-d-etat-et-les/alain-juppe/presse-et-media-20656/article/declaration-d-alain-juppe-et-de

[3] http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/03/29/hollande-je-n-ai-jamais-pense-que-l-alternance-serait-mecanique_1677123_1471069.html#ens_id=1590109&

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