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Le silence des passions

Avant-propos :

Comme à l’accoutumée, depuis le jour où la Révélation Coranique venait à édicter l’obligation du jeûne pour les croyants, le monde musulman, de nouveau, va accueillir, le mois de l’indulgence, du repentir et du pardon.

En effet, dans quelques jours incha’Allah, nous recevrons avec piété ce mois dont le Coran a lui-même fait l’éloge, et dont le Prophète a dit : « Si les serviteurs savaient quelle est la valeur du mois de Ramadhan, ils souhaiteraient que l’année entière fut Ramadhan. »

Et s’il est vrai que le musulman( ne ), à l’instar des autres, sous le contrepoids de ses tendances passionnées et de ses besoins tenaces, peut dériver du « Sirat Al Moustaquim », droit chemin, il ( ou elle )trouvera dans ce mois l’occasion providentielle pour se repentir afin d’expier ses erreurs et ses péchés, en faisant transcender ses limites et triompher le côté céleste et angélique qui est en lui ; additionnellement, ce mois lui sert a posteriori, d’intercesseur au Jour de la Rétribution.

Enfin, si aucune éloquence, aucun savoir érudit, ne peuvent énumérer les faveurs et les bienfaits de ce mois et rendre justice à sa vraie valeur, nous essayerons durant ce temps, en état de présence à Dieu, dans un climat spirituel soutenu, et dans un comportement unanime, de participer à la consolidation des liens entre membres d’une même société, grâce à l’amour et l’altruisme, en rappelant à chacun ( ne) son engagement envers Dieu, ses devoirs envers les autres et leur fonction de témoignage sur l’espèce humaine.

Moussa ALLEM

Je me protège auprès d’Allah contre Satan le lapidé, Au Nom d’Allah, Clément et Miséricordieux, et que la Paix et la Prière d’Allah soient sur notre Prophète Mouhammad sur sa famille et ses Compagnons jusqu’au jour du Jugement dernier.

En ce vendredi, nous sommes aux portes du jeûne du mois béni de Ramadhan, au sujet duquel le Prophète adit : « Ramadhan vous est venu …[…]…mois choisi par Allah, qui contient une nuit sacrée (Nuit du Destin ) durant lequel s’ouvrent les portes du Paradis et se ferment les portes de l’Enfer » et dans une autre version :« …les démons sont soigneusement enchaînés. »

Et le Coran ne dit-il pas :

« Et ceux qui avaient mécru seront conduits par groupes à l’Enfer. Puis, quand ils y parviendront, ses portes s’ouvriront et ses gardiens leur diront : ’ Des messagers (choisis) parmi vous ne vous sont- ils pas venus, vous récitant les versets de votre Seigneur et vous avertissant de la rencontre de votre jour que voici ?’ Ils diront : si, mais le décret du châtiment s’est avéré juste contre les mécréants. »

( Sourate 39, Azzoumar, Les Groupes, Traduction du sens du verset 71 )

Les théologiens affirment que les portes du Paradis s’ouvriront en premier pour la communauté Mohamadienne, car un hadith nous dit que nous y précéderont les autres communautés.

Le jeûne de ce mois éduque notre ego et fort de cette volonté acquise pendant ce temps, nous vivons les onze autres mois de l’année dans un climat de piété. Durant ce mois, augmentent le rappel de Dieu et les actes de dévotion qui nous font entrer au Jardin d’Eden, comme nos fautes nous mènent à la Géhenne. Dieu évoque l’Enfer, dont il est dit que les portes se ferment – cela signifie qu’elles étaient ouvertes – pour nous inciter à croire en Lui. Un autre hadith stipule que les démons sont enchaînés( certains en profitent d’ailleurs pour faire le mal ) mais lorsqu’on posa la question à Hassan Al Basri ( soufi du 8ème siècle de l’ère chrétienne), qu’Allah lui fasse Miséricorde, il répondit : « Si Satan dormait, nous nous reposerions ! » Donc soyons vigilant car Satan veille toujours, même si le jeûne amoindrit les susurrements du démon, maudit-soit-il !

Abou Horeïra, qu’Allah l’agrée, rapporte que l’Envoyé d’Allah a dit :

« Allah, à Lui la Toute Puissance et la Majesté, a dit ( hadith qoudossi, Parole de Dieu dite directement au Prophète, sans qu’elle soit dans le Coran ) )

« Tout acte du fils d’Adam lui appartient excepté le jeûne, car le jeûne est Moi et c’est Moi qui en accorde la récompense. Le jeûne est protection. Lorsque c’est pour l’un d’entre vous jour de jeûne, qu’il ne tienne pas de propos indécents1 et qu’il ne vocifère pas. Si quelqu’un l’insulte ou l’attaque, qu’il dise : je suis en état de jeûne, je suis en état de jeûne ».

Par Celui dans la Main de Qui se trouve l’âme de Mouhammad, la mauvaise haleine du jeûneur est certes plus parfumée auprès d’Allah 2 que l’odeur du musc. Le jeûneur a deux joies : lorsqu’il rompt le jeûne, il se réjouit de sa rupture, et lorsqu’il rencontre son Seigneur, il se réjouit de son jeûne »

( Hadith collecté par Boukhari et Mouslim )

1 « en arabe « rafatha ». Le verbe veut dire à la fois „avoir des rapports conjugaux. Parler de rapports conjugaux. Tenir des propos indécents ou outranciers. »

2 Une version rapportée par Mouslim ajoute : « le jour de la Résurrection »

« Voici vos actions, ( bonnes ou mauvaises ) Je vous les rends ! » Et ce jour là Dieu prendra à certains leurs bonnes actions pour les donner à celles et ceux qu’ils ont opprimés sauf leur jeûne, car seul cet acte se trouve entre Dieu et sa créature. En effet, les autres pratiques se font au vu et au su de tous, alors que Seul Dieu sait si nous jeûnons réellement. Et c’est pour cela que «  le jeûne seul peut faire entrer au Paradis », disent certains docteurs de la foi, alors que d’autres ajoutent : « le jeûne est plus important que la salat ( prière canonique ) »

D’autres théologiens encore, suggèrent, que nous rapprochons d’Allah, durant ce mois, tels des anges, qui ni ne boivent, ni ne mangent. Et c’est pour cela, car nous délaissons nos besoins primaires – pour l’amour de Dieu -, que ce mois de piété est appelé la moitié de la patience, et les jeûneurs « celles et ceux qui patientent. »

« Et Ismaël,’Idrîs, et Dhoû-l-Kifl ! Qui étaient tous endurants ; »

( Sourate 21, Al-Anbiya, Les Prophètes, Traduction du sens du verset 85 )

Car il est vrai que nous sommes endurants et supportons la

Abou Horeïra, qu’Allah l’agrée, rapporte un autre hadith :

« Celui qui ne renonce pas à proférer des mensonges et à agir trompeusement, Allah n’a nul besoin qu’il renonce à sa nourriture et à sa boisson. »

( Al Boukhari, Mouslim, Abou Daoud, At TirMidi )

L’essentiel c’est le “ silence des passions ” !

Et le comportement du de jeûne, qu’il ne tienne pas de propos indécents et qu’il ne vocifère pas. Si quelqu’un l’insulte ou l’attaque, qu’il dise : je suis en état de jeûne, je suis en état de jeûne ».

Il faut donc éviter les insultes, les disputes, comme lorsque le Prophète est sorti pour annoncer la date de« la Nuit du Destin » à ses compagnons et qu’il en trouva deux entrain de disputer, il leur dit : « Vous m’avez fait oublier la date de la nuit du Destin ». C’est pour cela que nous devons la chercher dans les dix dernières nuits de Ramadhan. Et les disputes enlèvent la« Baraka » d’une maison. Le principe du jeûne est donc lié à celui du contrôle de soi et sans cette dimension, la leçon spirituelle ne saurait être bénéfique alors que le jeûne devrait faire naître en nous un état de purification intense.

Et un hadith nous éclaire :« celui qui jeûne avec foi et sincérité, ses péchés précédents lui sont pardonnés. »

Jeûner, c’est pratiquer « al imsak », l’arrêt du plaisir des sens, et même parfois la parole :

« Manges donc et bois et que ton œil se réjouisse !Si tu vois quelqu’un d’ entre les humains, dis (lui) : ’Assurément, j’ai voué un jeûne au Tout Miséricordieux : je ne parlerai donc aujourd’hui à aucun être humain ».

( Sourate 19, Myriam, Marie, Traduction du sens du verset26 )

Un autre hadith, rapporté par Sahl ibnou Sa’ad, qu’Allah l’agrée, nous informe qu’ « il y a dans le Paradis, une porte dénommée « Ar – Rayyane » par laquelle entreront les jeûneurs le jour de la Résurrection. Personne d’autre qu’eux n’y entrera. On dira :« Où sont les jeûneurs ? » Alors ils se lèveront, …[…].. et lorsqu’ils l’auront franchie, cette porte sera fermée et nul n’y entrera plus. »

( Al Boukhari, Mouslim, At Thirmidhi, Nasa’ï )

At Thirmidhi rajoute : “Et qui entrera par cette porte, n’aura plus jamais soif.”

Ndlr : Le mot « Ar – Rayyane » , breuvage saturant, contient l’idée d’une eau à la fois abondante et désaltérante.

Sachez aussi que le sentiment de proximité du Seigneur, doit être perçu avec une intensité particulière en ce mois pendant lequel a eu lieu la révélation ( descente ) du Coran, en tant que guidée pour les Hommes :

« (Ces jours sont) le mois de Ramadhan au cours duquel le Coran a été descendu comme guide pour les gens, et preuves claires de la bonne direction et du discernement. Donc, quiconque d’ entre vous est présent en ce mois, qu’ il jeûne ! Et quiconque est malade ou en voyage, alors qu’ il jeûne un nombre égal d’ autres jours. – Allah veut pour vous la facilité, Il ne veut pas la difficulté pour vous, afin que vous en complétiez le nombre et que vous proclamiez la grandeur d’ Allah pour vous avoir guidés, et afin que vous soyez reconnaissants ! »

( Sourate 2, Al Baqara, La Vache, Traduction du sens du verset 185 )

Et j’entends dire, parfois, que si l’on ne prie pas le reste de l’année, le jeûne n’est pas valide. Et Pourquoi ? Qui tient ces propos ? Bien sûr, je n’encourage pas à ne pas prier, mais je dis que ceux qui ne pratiquent que le jeûne répondent à l’appel d’Allah par cet acte qui leur sera compté. Ils doivent – et nous devons les y encourager – simplement compléter leur religion.

Autre tromperie, qui consiste à faire croire qu’il faut arrêter la consommation d’alcool quarante jours avant le mois de Ramadhan ! Non cela est faux ! Et Je n’incite pas à boire jusqu’à la veille du jeûne en disant cela, mais les boissons enivrantes sont prohibées toute l’année !

Enfin, certains, non-musulmans parmi les jeûnent pratiquent le Ramadhan avec nos enfants. Ils ont certainement un cœur pur, de bonnes intentions et ne connaissent parfois rien de l’islam ( si ce n’est l’image que nous en donnons ! ). La Chari’a ne valide pas un tel jeûne, cependant, c’est une forme de da’wa, de prédication, pour les non-musulmans mais aussi pour rappeler les musulmans à renouer avec leur religion.

Jeûner, c’est suivre l’injonction Coranique :

« Ô les croyants ! On vous a prescrit as-Siyâm comme on l’a prescrit à ceux d’ avant vous, ainsi atteindrez- vous la piété, pendant un nombre déterminé de jours. Quiconque d’ entre vous est malade ou en voyage, devra jeûner un nombre égal d’autres jours. Mais pour ceux qui ne pourraient le supporter qu’ (avec grande difficulté), il y a une compensation : nourrir un pauvre. Et si quelqu’un fait plus de son propre gré, c’est pour lui ; mais il est mieux pour vous de jeûner ; si vous saviez ! »

( Sourate 2, Al Baqara, La Vache, Traduction du sens des versets 183 – 184 )

Mais ce n’est pas une innovation de l’islam. Le jeûne existait bien avant l’islam et subsiste encore de nos jours dans d’autres traditions religieuses avec, certes, des différences.

Au début de la prédication de Mouhammad, les musulmans jeûnaient trois jours par mois puis Dieu ordonna le jeûne du mois de Ramadhan en 624, an 2 de l’Hégire.

Les voyageurs sont dispensés de jeûne, mais rien ne leur interdit de s’y plier.

Et durant ce mois, il y a abondance de nourriture et de biens ( surtout ici en France ). Alors que sur le plan moral, Ramadhan doit procurer une compréhension de celles et ceux qui souffrent de faim ( 80 % dans le monde, se trouvent dans les pays musulmans ). Cela doit se traduire aussi par une assistance accrue à l’égard des membres de la communauté, de la société et la fraternité qui nous unit toute l’année, doit se manifester davantage encore !

Alors au lieu de passer la nuit en ripaille, et de fréquenter les endroits qu’il ne faut pas, oeuvrons pour tirer tous les bénéfices de ce mois béni.

Et Seul Allah est Le Plus savant !

Ndlr : Note de la rédaction :

Jouir de certains plaisirs reste permis, durant le mois du jeûne, dès le coucher du soleil. Cependant, comme l’a dit l’imam, le but n’estpas de vivre à contre-temps social et de faire bombance la nuit en négligeant le respect ( de soi ) et des autres. Cela a été tellement vrai que l’on retrouve dans le dictionnaire une expression tirée du mot « Ramadhan »,dont voici la définition qui se passe de commentaire :

Ramdam : [Ramdam] nom masculin. Familier : Tapage, vacarme. Faire du ramdam. © Hachette Livre, 1997

Bibliographie :

« Le dictionnaire encyclopédique de l’Islam » de CyrilGlassé, Bordas 1991

« Recueil de hadiths prophétiques sur le Jeûne, Presses de l’imprimerie Amziane, Alger, 1963

 

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