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Le président du Tadjikistan assimile le port du voile aux tenues des prostituées…

On est fondé à se demander quelle est l’attitude la plus incongrue, voire extravagante, pour ne pas dire surréaliste au Tadjikistan, le seul ancien Etat membre de la défunte Union soviétique qui a l’islam pour religion officielle : est-ce ces citoyennes qui bravent l’interdiction officielle de revêtir le hijab et marchent la tête haute, en dépit des restrictions religieuses qui tentent de leur faire courber l’échine, ou plutôt le laïcisme tyrannique du président Emomali Rahmon, dont la chasse aux sorcières implacable vient de toucher le fond en assimilant le voile de la piété et de la pudeur aux « tenues des prostituées » ?

Entre la belle résistance opposée par la gent féminine à la répression étatique qui s’évertue à les dévoiler sur une terre d'islam, et l’obsession pathologique du despote pour un couvre-chef empoigné en repoussoir emblématique de son règne, l’ubuesque est indéniablement du côté du pouvoir en place…

Son cynisme n’a pas de limites, Emomali Rahmon a frappé un grand coup le 8 mars dernier, lors de la Journée internationale de la femme, critiquant avec virulence le voile noir venu de « l’étranger », son coup de semonce étant suivi, trois jours après, de la diffusion sur la télévision d’Etat d’un reportage prétendant que sous leur voile enveloppant se cachent des "travailleuses du sexe".

Moins d’une semaine après avoir habillé pour l’hiver le long voile marginal, le taxant d’être celui de la dépravation, les forces de l'ordre, des inspecteurs des impôts et des agents de la sécurité nationale ont fait une descente fracassante au grand marché Sadberg en plein cœur de Douchanbé, la capitale du pays, pour pénaliser sévèrement tous les commerçants qui vendent hijabs et niqabs.

"Je refuse de payer cette amende injuste. Je n’ai reçu aucune explication officielle, quel crime ai-je donc commis", s’est emporté l’un d’entre eux en brandissant, furieux, son amende prohibitive. "Quand je vends un voile, quelle que soit sa longueur d’étoffe, je ne vais pas me soucier de savoir l’usage que va en faire la cliente. Je ne lui dis pas d’acheter ce hijab et de devenir une prostituée !", s’est exclamée, hors d’elle, Nasiba Nasiba Kholmurodova, une commerçante qui a pignon sur rue, tandis qu’un attroupement de commerçants et de clients en colère s’était formé autour d’elle, tous dénonçant les abus d’un régime autoritaire qui met tout en œuvre pour les dissuader de pratiquer leur religion. "Nous vivons soi-disant dans un pays démocratique et chacun est livre de porter ce qu’il veut", a martelé l'avocat des droits de l'homme Faiziniso Vokhidova, en fustigeant l’arbitraire d’une campagne anti-hijab qui insulte des "millions" de Tadjiks. 

Ils sont nombreux à nourrir l’espoir qu’une voix musulmane puisse s’élever avec force face à l’islamophobie institutionnalisée d'Emomali Rahmon, avant qu’il ne soit trop tard et que les prisons ne se peuplent de détenus musulmans accusés de « terrorisme » pour s’être simplement conformés aux règles coraniques, au coeur d'un Tadjikistan majoritairement musulman.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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