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Le Hajj à travers l’objectif d’un réalisateur musulman homosexuel

Le « Pécheur à La Mecque », c’est lui, Parvez Sharma, un écrivain et réalisateur de documentaires d’origine indienne, installé à New York, qui a choisi ce titre éminemment provocateur pour créer un électrochoc dans la galaxie musulmane, qu’il espère salutaire envers ses coreligionnaires homosexuels dont il fait partie et qui, selon ses dires, aspirent à concilier ou réconcilier leur foi avec leur orientation sexuelle.

Passé derrière et devant la caméra sans le feu vert des autorités saoudiennes, en l’occurrence deux petites caméras dont l’une était souvent enroulée autour de son cou, « A Sinner in Mecca » projettera le 4 septembre, dans les salles obscures, sa vision très subjective du Hajj, ce voyage spirituel suprême et cinquième pilier de l’islam, sur laquelle flotte déjà le parfum du scandale.

C’est en 2011, au cours de sa propre plongée en Arabie saoudite dans les longues processions de fidèles, quatre mois précisément après la mort d’Oussama Ben Laden et sept mois après les insurrections populaire arabes, que Parvez Sharma a tourné ce reportage qui n’a rien de la carte postale idyllique, et dont certaines scènes que l’islam réprouve, tel le mariage avec son conjoint new-yorkais, se mêlent à celles du Hajj volontairement choquantes, pour éveiller les consciences, selon son vœu le plus cher.

Décrivant sa nuit à la Kaaba comme « la plus violente de toute ma vie », Parvez Sharma a capturé l’instant où un pèlerin se plaint que sa femme ait été touchée par un homme, et immortalisé celui où un Pakistanais confie chercher l'expiation après avoir commis, dit-il, un crime d'honneur.

Très critique envers le wahhabisme et le royaume saoudien, le réalisateur qui se veut être un briseur de tabous sans faire dans la dentelle, au risque de devenir un artiste maudit, est convaincu du bien-fondé de sa démarche : "L'islam est en train d'imploser et il y a une énorme crise", s’alarme-t-il, avant de fustiger : "Une réforme de l'islam arrive, mais elle arrive trop lentement et nous manquons de temps. Le changement doit intervenir au sein du wahhabisme, qui est la racine de tous les problèmes".

Si l’omniprésence à l’écran du visage de Sharma Parvez finit par irriter et lasser, à l’instar du critique David Savage qui lui reproche son côté « selfie parfois pénible »,  son documentaire est en revanche considéré comme « important et rare », au vu des "menaces de violences et de mort qui ont poussé nombre de ses camarades gays musulmans à se cacher".

De son côté, l'auteur de « A Sinner in Mecca » tempère la joie ressentie à la vue de l’accueil favorable réservé au film lors de récents festivals, se disant inondé de messages de haine et de menaces de mort sur le Net, en provenance de « serveurs du Pakistan et d’Arabie saoudite ».  "J’espère qu'au final, les musulmans vont y réagir positivement", déclare-t-il, en misant résolument sur les effets positifs de son docu-choc.

La bande-annonce du film

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