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L’Association Avenir Rennes organise des Iftars solidaires, à l’heure du Coronavirus

Derrière les murs du Centre culturel islamique Philippe Grenier, les membres et nombreux bénévoles de l’Association Avenir Rennes, tous plus dévoués les uns que les autres, mettent du cœur à l’ouvrage pour renforcer les liens sociaux et contribuer à l’effort de solidarité nationale, à l’heure du Coronavirus et de l’isolement social qu’il a entraîné dans son sillage funeste.

Alors que le mois de Ramadan s’achève tout doucement, avec une ferveur intensifiée en ces dix dernières nuits essentielles, Guelilia Mohamed et Hichem Assali, deux membres très investis du bureau de l’Association Avenir Rennes, ont choisi Oumma pour évoquer les Iftars fraternels et solidaires qu’ils ont organisés, en saluant toutes les bonnes âmes qui ont fait de ce mois sacré une parenthèse enchantée.

 

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Vous êtes tous les deux membres du bureau de l’Association Avenir Rennes. Pouvez-vous nous en dire plus sur la vocation de votre association ?

L’Association Avenir Rennes a vu le jour à Rennes, en 2009. Nous avons fêté ses 10 ans d’existence l’année dernière. A l’origine, elle avait pour objectif premier de répondre au besoin de créer du lien social exprimé par les habitants du quartier, à travers les différentes activités proposées. Historiquement, c’est en lançant un Pôle dédié à l’Enfance que tout a démarré.

A mesure que le temps passait, nous avons eu le plaisir de constater que cette initiative s’avérait fructueuse. En effet, les parents qui venaient chercher leurs enfants nouaient des liens entre eux, ce qui était très positif. D’autres besoins ont alors très vite émergé, notamment sur le plan humanitaire. C’est ainsi qu’est née l’idée d’ouvrir une épicerie coopérative.

La création d’un studio, à travers un pôle multimédia, et la nécessité de répondre aux aspirations cultuelles de nos membres, ont fini par nous convaincre qu’il fallait que l’on puisse disposer de nos propres locaux afin d’être autonomes. C’était la condition sine qua non de notre épanouissement. Nous avions hâte également de pouvoir concrétiser l’ensemble des projets que nous avions élaborés.

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Depuis 2016, nous sommes propriétaires du Centre culturel islamique Philippe Grenier. Ce centre culturel et cultuel, qui se déploie sur une surface de 340m², est situé dans le quartier sud de Rennes. Nous l’avons nommé ainsi en mémoire du célèbre docteur et homme politique Philippe Grenier, converti à l’islam à Blida, en Algérie, qui fut le premier député musulman de l’histoire de France de 1896 à 1898. Tout un symbole pour nous ! Il personnifie notre désir d’ouverture, et ce, de manière totalement décomplexée.

Le Centre culturel islamique Philippe Grenier
Philippe Grenier, le premier musulman de la Chambre en 1897- Le Petit Journal

Est-ce la première fois que vous organisez des grands repas d’Iftar lors du Ramadan ?

Non. Chaque année, nous avons l’habitude d’organiser tous les samedis soir, au Centre Philippe Grenier, ce que l’on a nommé le « Ftorennes ». Le principe en est simple : chaque famille doit préparer un plat pour le repas de la rupture du jeûne. Tout au long de la journée, des conférences sur des thèmes variés sont organisées et donnent lieu à des débats publics. Nous avons tous notamment en mémoire des thèmes marquants, comme le jeûne et la nutrition, ou encore l’histoire de nos parents, le récit de leur arrivée en France, de leurs parcours respectifs et des sacrifices consentis pour que nous puissions vivre notre foi en parfaite cohérence avec les valeurs de la République.

Combien de bénévoles viennent vous prêter main forte pour préparer ces paniers repas ?

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A l’heure du Coronavirus, la logistique diffère de celle des autres années. En effet, alors que n’organisions qu’un repas par semaine, durant les week-ends, la mesure d’isolement social nous a incités à nous mobiliser davantage. De nombreuses personnes nous ont rejoints et n’ont pas ménagé leur peine pour nous aider. Pour certaines d’entre elles, c’était la première fois qu’elles venaient au Centre Philippe Grenier. Notre visibilité sur les réseaux sociaux a facilité cette mobilisation générale. De plus, nous avons mis en place un planning pour que les familles, désireuses de préparer des repas, puissent s’y inscrire.

Comment se passe la distribution des repas ?

Nous travaillons en collaboration avec d’autres associations, ainsi qu’avec d’autres âmes charitables qui souhaitent se rendre utiles et qui ont repéré près de chez elles des gens dans le besoin. Nous avons l’habitude de préparer les repas, puis de les livrer aux abords d’une station de métro, au cœur du quartier où un stand est dressé tout au long du mois béni. Les autorisations nécessaires ont été obtenues auprès de la direction de quartier, qui soutient notre démarche. Certains particuliers et associations passent commande directement auprès du responsable de la logistique. Ils viennent ensuite chercher les paniers dont ils ont besoin au Centre, et les livrent chez des personnes qui ne peuvent pas se déplacer.

Pourquoi avez-vous décidé de distribuer des repas à l’ensemble de vos concitoyens ?

Le Ramadan est un mois de partage, de générosité, dont seul le Tout-Puissant connaît la récompense. C’est une Miséricorde pour l’humanité. Notre action s’adresse de fait à toute l’humanité, sans distinction aucune. De ce point de vue, le confinement a été une bénédiction, dans le sens où il a impulsé un bel élan de générosité nationale. Cela n’a pas concerné seulement le Ramadan. Tous les citoyens, chacun à leur niveau, ont fait preuve de bonté et de compassion dans tous les champs de la solidarité possible. Le Ramadan s’inscrit magnifiquement dans cette démarche fraternelle, compassionnelle et d’entraide, en intégrant le paysage de générosité qui prévaut dans notre pays.

Comment les Rennais non musulmans ont-ils accueilli votre démarche ?

Il faudrait leur demander, mais il semble qu’ils n’en retirent que du positif. A la lumière des informations qui nous remontent de la part des associations avec lesquelles nous avons la chance de travailler en partenariat, il en ressort de très bons points et une grande satisfaction générale. Cela augure d’un avenir plein de promesses, qui nous permettra de pérenniser nos actions communes, nous l’espérons vivement.

Est-ce que ces paniers repas sont aussi destinés aux plus démunis et aux personnes âgées vulnérables ?

Ils sont destinés aux personnes les plus fragiles, de toutes sensibilités et de toutes confessions, et que la propagation du virus a rendues plus fragiles encore : les personnes démunies, les personnes âgées, isolées, les réfugiés, les étudiants précaires… Nous avons même organisé une distribution de repas auprès du personnel soignant du CHU Pontchaillou et d’un EPHAD proche de notre centre, en signe de notre gratitude pour tous les efforts déployés en cette période si difficile.

Quel bilan tirez-vous de cette opération ?

C’est une expérience humaine incroyable ! C’est difficile de trouver les mots pour exprimer ce que l’on ressent. Comment décrire la joie que l’on éprouve en voyant des sourires éclairer les visages, dans une ambiance fraternelle où les murs d’incompréhension sont abolis, en voyant des gens donner de leur temps, de leur argent, et le meilleur d’eux-mêmes à nos côtés ! Aucun mot ne peut traduire nos émotions devant de tels bienfaits.

Nous réfléchissons actuellement à la meilleure manière de renforcer et pérenniser ces nouveaux liens, dans notre chère ville de Rennes à laquelle nous sommes si attachés.

L’atelier couture où des masques de protection ont été confectionnés

Menez-vous également d’autres actions fédératrices pendant ce mois de Ramadan ?

Bien sûr. Le mois de Ramadan se caractérise par une dévotion intense. Ainsi, nous proposons, via des applications pour échanger à plusieurs, des séances spirituelles sur des thèmes variés. Les prêches du vendredi sont maintenus (sans prière collective associée). Nous en avons profité pour créer une chaîne youtube, où nous avons réalisé des montages vidéo pour que tous les intervenants puissent s’exprimer sur les aspects positifs du confinement. Une chaîne de radio a été également créée, sur laquelle des rappels religieux sont diffusés quotidiennement. Des séances de clôture du Saint Coran sont organisées quotidiennement, chacun choisissant une partie à lire, la communication se faisant via des applications téléphoniques.

De plus, nous sommes heureux de pouvoir contribuer concrètement à l’effort national, grâce au dévouement de nos bénévoles qui, au sein du Centre Philippe Grenier, ont créé un atelier couture afin de confectionner des masques faciaux de protection et de les distribuer gratuitement auprès de nos concitoyens.

En conclusion, nous tenons à dire que tout le monde est bienvenu dans notre centre. Le Centre culturel islamique Philippe Grenier est ouvert à tous, à tous ceux qui souhaitent être utiles et éprouvent le besoin de s’impliquer dans toutes les activités citoyennes.

Propos recueillis par la Rédaction Oumma

🙂

Publiée par Association Avenir Rennes sur Lundi 4 mai 2020

 

A découvrir très prochainement :  « La Mosquée de mon Voisin ». Ce documentaire, consacré à la construction du Centre Philippe Grenier, a été réalisé par Philippe Baron et produit par VIvement Lundi ! 

Pendant plus de trois ans, Philippe Baron a filmé la construction de ce lieu de culte musulman, à Rennes. Au fil des mois, ce chantier lui a permis de découvrir une communauté musulmane qu’il ne connaissait pas et de dépasser ses craintes et ses préjugés.

Ce film inédit sera diffusé sur France 3 Bretagne, le lundi 25 mai, vers 23h00. Il sera également projeté en avant-première en e-cinéma, dans la salle virtuelle Cinéma ARVOR / La 25e Heure à Rennes, le dimanche 24 mai à 20h30. La projection sera suivie d’un débat avec le réalisateur. Tarif : 3€.

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