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La Liberté religieuse ? Regards croisés sur les mondes arabo-islamiques et européens

Missoum Chaoui : Président de la Fédération régionale de la Grande mosquée de Paris, aumônier pénitencier régional.

Agnès de Féo : Sociologue Cadis – EHESS, documentariste spécialiste du niqab

Pascal Gollnisch : Directeur de L’Œuvre d’Orient

Olivier Roy : Politologue, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence

Qu’est-ce que la liberté religieuse ? Se limite-t-elle à la possibilité de pratiquer son culte dans le pays où l’on vit ? Quels sont les critères qui permettent d’en définir les contours ? Pour aborder cette question, il faut avant tout différencier la liberté de culte de la liberté religieuse. Si la première offre bien la possibilité de pratiquer sa religion dans des lieux dédiés à cet usage, elle ne permet pas de vivre sa foi ouvertement et sans craintes : professer sa foi ou formuler publiquement le souhait de changer de religion peut s’avérer source de discrimination, voire de violence.

La liberté religieuse, quant à elle, suppose une plus grande ouverture. Elle permet aux individus de pratiquer leur religion où ils le veulent et surtout, respecte leur volonté de changer de religion, ou de n’en pratiquer aucune. Ainsi, la liberté de culte et la liberté religieuse ne vont pas de pair, comme l’illustre le cas de nombreux pays du Moyen Orient, allant même, comme l’illustre le cas de l’Arabie Saoudite, à ne permettre aucune des deux.

La France, état laïque, prône la liberté religieuse. Comment alors interpréter la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public ? Restriction de la liberté individuelle ou protection des femmes ? « La plupart le vêtent par volonté », assure Missoum Chaoui, et non pas par soumission à leurs maris. Agnès de Féo souligne d’ailleurs que les femmes en France qui portent le niqab sont en général soit célibataires, soit divorcées. Mgr Gollnisch rappelle qu’en France, les signes religieux sont acceptés tant qu’ils ne sont pas ostentatoires. Autrement dit, la liberté religieuse est réelle tant qu’elle ne perturbe pas l’ordre public. Le port du niqab trouble-t-il l’ordre public ?

Si la question de la liberté religieuse a pu être l’objet de débats en France, notamment à travers la question du port du niqab, comment cette problématique s’exprime-t-elle dans les pays arabo-islamiques ? Les églises ont toujours existé dans le monde musulman, affirme Missoum Chaoui. Si cela suppose un respect de la liberté de culte, cela ne dit rien sur la liberté religieuse. Mgr Gollnisch répète à plusieurs reprises pendant le débat que si un musulman veut devenir chrétien au Moyen Orient, « il met sa vie en danger ». La conversion est donc un critère décisif de la liberté religieuse comme l’affirme Olivier Roy.

Si les chrétiens sont tolérés, il est très difficile pour un musulman de se convertir. Traditionnellement, la liberté religieuse pour les chrétiens du Moyen Orient consiste à une tolérance de la part d’une majorité pour une minorité qui s’organise de façon autonome et qui a son propre droit. Aujourd’hui, les revendications évoluent. Il ne s’agit plus de revendiquer une tolérance communautaire, mais une liberté individuelle. Il ne peut y avoir de liberté religieuse sans démocratie explique Olivier Roy. Sans démocratie, les minorités n’auront pas accès à la pleine liberté religieuse, ils seront protégés mais ne seront pas pleinement égaux aux citoyens musulmans. La question de la liberté religieuse est aussi éminemment politique.

Le principe de liberté religieuse s’exprime sur les deux rives de la Méditerranée de façon tout à fait différente. S’il est très facile de tomber dans des clichés et des comparaisons primaires, cela n’a aucunement été le cas dans ce débat. La solution, pour tendre vers une plus grande liberté religieuse dans les mondes européens comme arabo-islamiques, passe sans doute, comme l’évoque Missoum Chaoui, par une écoute et un dialogue entre les différentes religions.

Collège des Bernardins

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