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La laïcité : oui ! L’idéologie laïque : non !

On l’a bien compris : la laïcité sert, depuis des années, d’arme de combat contre l’islam. Mais, il faut  le souligner, toutes les réactions ne proviennent pas d’islamophobes mais aussi d’une ignorance de ce qu’est la laïcité française, de ses lois et, d’abord, de la loi de 1905 qui en est le pivot. 

La laïcité, sans le mot, fondée par la Révolution française

Le décret de juillet 1792 qui laïcise l’état civil est la première loi qui ouvre la voie à une émancipation des religions. Un décret qui ne fut jamais remis en cause malgré les péripéties du XIXe siècle, et d’abord le Concordat de 1801 signé entre Napoléon et le pape. Les lois votées dans les années 1880 marquent une étape décisive ; les lois de Jules Ferry (1881-1882) rendant l’enseignement primaire gratuit et obligatoire sont les plus connues mais il y en eut aussi d’autres : loi du 30 juin 1881 qui consolide la liberté de réunion, celle encore du 14 novembre 1881 qui supprima dans les cimetières la séparation confessionnelle et la hiérarchie en faveur des catholiques ; enfin, les décrets du 29 mars 1880 interdisaient l’accès à l’enseignement des congrégations non autorisées qui, jusque-là, pouvaient enseigner dans le public comme dans le privé. Les parents pourront choisir entre écoles publiques et écoles privées mais celles du primaire ne disposeront plus des subventions de l’État. Il est important de rappeler ce que Jules Ferry déclarait au Sénat, le 11 mars 1882 : « Si un instituteur public s’oubliait assez pour instituer dans son école un enseignement hostile, outrageant pour les croyances religieuses de n’importe qui, il serait aussi sévèrement et aussi rapidement réprimé que s’il avait commis cet autre méfait de battre ses élèves ou de se livrer contre eux à des sévices coupables ». Tel était l’état d’esprit et l’idéal de Jules Ferry.

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Mais on n’oubliera pas que nos dirigeants républicains de la IIIe République s’appuient (et appuient) les missionnaires catholiques dans les nouvelles colonies ! Ils sont ainsi très sourcilleux des « garanties » obtenues par les missions françaises au Liban et en Palestine.

La guerre des « deux France » (la République et l’Eglise)

Lors de l’affaire Dreyfus, la plupart des catholiques sont anti-dreyfusards et leur projet est de fonder un État catholique. Le camp républicain entend abolir le concordat qui, depuis 1801, était appliqué en France. En juin 1902, le radical-socialiste Émile Combes devient président du Conseil et mène une politique très anticléricale ; après des incidents avec le Saint-Siège, il élabora un projet qui aurait inféodé l’Église à l’État en maintenant la direction/surveillance des cultes sans rien dire de la liberté de conscience et des cultes. Son projet correspondait à la gauche antireligieuse, celle du député Maurice Allard qui déclarait à l’Assemblée nationale, le 10 avril 1905 : « le christianisme est un obstacle permanent au développement social de la République et à tout progrès vers la civilisation ». Des propos que l’on entend aujourd’hui contre l’islam.

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Or, une commission parlementaire, composée de 33 membres, fut chargée d’examiner les divers projets d’abrogation du concordat. Son rapporteur était le socialiste Aristide Briand, alors proche de Jaurès. Dans un climat passionné, Briand sut manoeuvrer habilement et présenta en juillet 1904, un projet modéré qui est un véritable compromis ; il donnait le canevas de la loi qui fut adoptée le 6 décembre 1905 par 181 voix contre 102.

La loi de décembre 1905

L’article 1 affirme : « La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public ». Ce n’est qu’à l’article 2 que la loi proclame : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Toutes les dépenses relatives à l’exercice du culte sont donc supprimées. Comme on le voit, dans la loi qu’on qualifie toujours de Séparation, la liberté est première et cette liberté de conscience est liée à l’exercice des cultes que l’État garantit. Ces deux articles sont qualifiés de « Principes », ce qui en souligne l’importance. En dépit de la perception des catholiques de l’époque, la loi n’est pas une déclaration de guerre au catholicisme. Pour preuve, toute une série de mesures prévues : les dépenses liées aux services d’aumônerie dans les écoles, hospices, prisons continueront d’être assumées par l’État (article 2) ; une pension sera versée aux prêtres qui ont exercé des fonctions ecclésiastiques avant la séparation (article 11). Comme chacun sait : « les édifices servant à l’exercice public du culte, ainsi que les objets mobiliers, seront laissés gratuitement à la disposition des établissements publics du culte puis des associations appelées à les remplacées » (article 13). Églises, temples, synagogues construits avant 1905 sont donc entretenus par l’État : quel immense cadeau aux religions implantées depuis longtemps en France ! L’article prévoyait cependant : « Si, en dehors des cas de force majeure, le culte cesse d’être célébré pendant plus de six mois consécutifs », la cessation de la jouissance peut être décrétée. 

L’article 27 prévoit que les processions et manifestations extérieures aux lieux de cultes sont autorisées à condition de répondre aux règles du maintien de l’ordre. Ce qui montre bien que la loi de séparation n’a pas l’intention de renvoyer la religion dans le seul espace privé. Des amendes sont prévues pour ceux qui empêcheraient, retarderaient ou interrompraient les exercices du culte (art. 32). Enfin, les fêtes religieuses chrétiennes sont maintenues.

Quels sont donc les désavantages de cette loi pour l’Église ? Elle supprime le financement de son personnel mais, en retour, elle acquiert une véritable liberté à l’égard de l’État. Un droit de réserve est requis du clergé : « Si un discours prononcé ou un écrit affiché ou distribué publiquement dans les lieux où s’exerce le culte, contient une provocation directe exercée à résister à l’exécution des lois ou aux actes légaux de l’autorité publique, ou s’il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres » le prêtre coupable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans (art. 35). A ceux qui croient encore que la loi de 1905 cantonne le religieux dans le privé, je rappelle qu’en juin 1905, durant les débats à l’Assemblée nationale, un député radical-socialiste, Charles Chabert, avait proposé un amendement interdisant le port du costume ecclésiastique en arguant que ce vêtement était un signe « d’obéissance opposé à la dignité humaine » ; cet amendement fut rejeté par 391 voix contre 184. La laïcité française impose la neutralité à l’État et à ses institutions mais nullement aux citoyens. 

Remarquons enfin que le mot « laïcité » n’apparaît pas dans le texte de la loi.

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La loi de 1905, fondement de notre laïcité

Depuis 1946, la laïcité est entrée dans la Constitution. La laïcité française n’est pas une idéologie antireligieuse ; elle se définit par un corpus de lois, décrets, arrêtés, décisions du Conseil constitutionnel, et avis du Conseil d’État.

La question scolaire resta longtemps le principal terrain de lutte entre les « deux France » mais se dénoua en deux étapes : d’abord, la loi Debré (1959) qui, par un système de contrats avec l’État, aboutit au financement des écoles privées, principalement catholiques, fut la grande revanche des catholiques sur les « laïcs ». Ensuite, l’échec, en 1984, du projet d’Alain Savary de créer « un grand service public unifié et laïque de l’éducation nationale » consacra ce financement comme s’il s’agissait d’une « liberté » conquise par les Français. 

Les limites de la laïcité française

Première limite, l’application, encore aujourd’hui, du Concordat dans quatre départements français (Bas-Rhin, Haut-Rhin, Moselle et Guyane) ainsi qu’à Saint-Pierre-et-Miquelon et Mayotte. Dans ces territoires, les ministres des cultes catholique, luthérien, calviniste et juif sont rétribués. Dans les écoles, une heure de religion est au programme, les parents ayant le droit de demander que leurs enfants soient exonérés de cet enseignement. Les facultés de théologie de l’université de Strasbourg et de Lorraine sont financées également par l’État. Soulignons aussi que la sécurité sociale y est plus avantageuse, ce qui explique l’attachement des habitants au Concordat. 

Le grand historien et sociologue Émile Poulat remarquait que l’évolution a été continûment favorable à l’Église catholique, qu’il était lui-même incapable de chiffrer le nombre de milliards revenant à l’Église d’une manière ou d’une autre et qu’il était curieux qu’aucun audit n’eût tenté de chiffrer ce que l’Église coûtait à la République. Poulat énumérait les 8 avantages financiers dont l’Église profite dans notre régime de laïcité. L’entretien des bâtiments religieux construits avant 1905 et mis à la disposition des cultes est le premier et un immense cadeau fait aux Eglises ;  mais énumérons au moins les conventions conclues au titre de l’enseignement supérieurs avec les établissements dits libres et l’exonération de la taxe foncière et de la taxe d’habitation pour les espaces religieux ouverts au public selon le Code des impôts. S’il reste aujourd’hui une religion qui domine la France, c’est bien le catholicisme auquel ne se réfère plus pourtant qu’une petite minorité de Français !

Enfin, est-il normal que toutes les cérémonies officielles de la République se déroulent à Notre-Dame-de-Paris ou dans d’autres lieux religieux ? Qui se souvient aujourd’hui du discours de Macron au collège des Bernardins ? Devant les évêques français réunis, le 9 avril 2018, celui qui est le Président de la République s’exprimait ainsi : « Le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, et il nous importe à vous comme à moi de le réparer. […] Je dirais qu’une Eglise prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation ; et qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir. » Est-ce cela la neutralité de l’État en régime de laïcité ?

L’islam et la laïcité française

Pour que trois adolescentes de Creil, refusant d’enlever leur « foulard islamique » à l’école, en octobre 1989, suscitent un tel scandale en France, il a fallu que les médias se focalisent sur l’incident, en fassent un événement et même une « affaire ». Leur responsabilité est énorme – faut-il dire accablante ?

On sait moins que le Conseil d’État, s’il rendit 23 exclusions justifiées par le trouble causé à l’établissement scolaire ou pour absentéisme, annula les exclusions fondées seulement sur le non-respect d’une simple interdiction du foulard en rappelant que le fameux foulard « ne saurait être regardé comme un signe présentant par sa nature un caractère ostentatoire ou revendicatif ».

La suite, connue de tous, fut comme une mécanique qui s’emballe. En 2003, la nomination de la « commission Stasi » conclut à la nécessité d’une loi interdisant le port du voile dans les écoles, collèges et lycées (loi votée en mars 2004) mais proposa aussi de remplacer deux jours fériés chrétiens par une fête juive et une fête musulmane ; le gouvernement n’en fit rien. Que toutes nos fêtes soient chrétiennes ne choque-t-il donc personne ? Pourquoi ne pas supprimer les lundis de Pentecôte et de Pâques – qui ne sont pas des fêtes religieuses et qui ont été institués jours fériés par une loi laïque de 1886 ! – pour instituer une fête musulmane et une autre juive ?

L’impératif du « vivre ensemble » ne s’impose pas seulement aux musulmans. Ce que nous attendons d’eux est qu’ils se désolidarisent des terroristes à travers leurs organisations reconnues. Mais qu’on n’interpelle pas chaque musulman ! Qu’on ne remonte pas dans leurs ascendants comme l’ont fait, en d’autres temps, les nazis.

Notre laïcité est précieuse. Sachons la défendre contre ses vrais ennemis. Aussi bien contre ceux qui entendent la grignoter en faveur de leur religion que contre ceux qui veulent l’exagérer aux dépens de la liberté religieuse. Espérons que la raison l’emportera dans le débat actuel ; que les laïcs purs et durs n’y trouveront pas l’occasion de livrer une nouvelle bataille en profitant d’un climat islamophobe ; une bataille qu’ils livrent, soyons-en sûrs, contre « la » religion.

Martine Sevegrand, historienne

17 commentaires

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  1. @croissant de lune je n’ arrive toujours pas à te prendre au sérieux, le cfcm qui est la seule institution nationale musulmane officielle est discrèté par ses propres acteurs , et beaucoup comme toi , craches sur ces instances. Et lorsque je dis que nous ne sommes pas prêt pour gèrer des institutions . Tu me parles d’incoherence ? Abondonne mon grand, c est jamais trop tard.

  2. Merci pour ta réponse croissant de lune, ta réaction ne fais que confirmer mes propos. Tu fais parti de tout ceux qui ont besoin de vénérer leur  » sheikh » et de diaboliser les autres . Tout cela en étant incapable de penser par toi même . Je doit dire que tu tombes toujours a pic ! Lol.

  3. @ Djéser et Mouhib.

    Hé Djéser, à te lire il faut attendre que les Musulmans soient en grand accord, qu’ils aient un plan ou un projet commun avant de prendre des responsabilités, mais ça veut rien dire Djéser! Ne suffit-il pas que tu sois d’accord avec toi-même pour que tu te mettes à prendre des responsabilités? Qu’est-ce qui t' »en empêche? Ah tu n’es pas prêt? D’accord, alors j’ai une idée, on va se passer de toi, parce que si on attend que Djéser soit prêt, ça durera trop longtemps lol. Si les gens étaient en parfait accord et harmonie, je dirais qu’on n’aurait plus besoin de gouvernement, chacun connaissant ses devoirs, faisant sa tâche chaque jour, plus besoin de politique lol, ça t’a échappé l’incohérence et impertinence de ton propos? La politique, la gouvernance est là justement pour organiser le corps social, pour faire de l’harmonie sociale, c’est byzare, non? Demandes à ton maître ce qu’il en pense.

    Mon frère Mouhib, je t’ai relancé encore il y a quelques jours pour la republication de ton article mais ça ne s’est pas affiché, j’ai eu un bug ici. Tu t’interrogeais s’il est permis de publier ici des articles qu’on a publié ailleurs. Apparemment oui, c’est même courant, on retrouve certains articles sur plusieurs sites je t’assures, je doute même qu’il y ait un auteur qui n’écrive qu’à un seul site. Proposes-le à publication, je ne vois pas où ça coincerait. Renseignes-toi toujours est-il. Merci vraiment tes articles sont de valeur, ils chassent l’ennui, invitent aux échanges, voire au sain choc des idées. On est loin avec toi des partisans semble-t-il de penser tous la même chose à l’instant t, comme un certain correspondant qui reproche ici aux Musulmans de n’être pas d’accord et donc ils ne seraient pas prêts pour ça aux responsabilités suivez mon regard. Oui la liberté se paie, se gagne ou se perd, encore que la liberté et le plaisir de penser, suppose qu’il y ait divergeance de ce qui est proposé à penser et rivalité vers le haut de ce qu’on propose, parce qu’autrement, si nous étions libres mais sots, nous ne serions pas libres parce que ne jouissant pas de la Liberté. Il y a un peu trop de gens qui se psalmodient partisans de liberté mais qui veulent l’uniformité, tes articles nous soignent de l’uniformité prescrite des gens qui se croient libres, tu excelles particulièrement dans cette voie. Allez, je t’encourages encore.

    Croissant de lune.

  4. @ Mouhib,

    Avant de prendre des responsabilités politiques, je pense qu’il y a un très long chemin à accomplir, et il en commence en nous-mêmes : se mettre d’accord sur ce que nous voulons , ce en quoi nous croyons, ce que nous voulons proposer et partager à la société, montrer plus d’unité, de cohérence, rassurer la population, ne pas la choquer avec des idées farfelues. Il faut débattre d’ avantage comme nous le faisons nous -mêmes dans le respect pour faire converger les idées, murir les convictions, s’ancrer dans la réalité de notre pays; et à partir de là, naturellement, émergerons des élites,

    Mais nous sommes très très loin du compte, tout ce que j’entends chez les musulmans c’est une vison binaire du monde ; mise en garde et diabolisation, insultes, ou alors une idéalisation naïve, pas de nuance, peu de débat, peu de réflexion.

    S’il ne faut pas mélanger les choses, oui, mais commençons par le commencement, et ne mettons pas la charrue avant les bœufs; Prendre des responsabilités , je pense que nous ne sommes pas prêt.

  5. @ Croissant de lune,

    J’ai bien lu votre commentaire. Je ne l’avais pas vu. Pardonnez moi.
    Dans cet article, je voulais montrer que le mu’tazilisme ne se réduit pas du tout au rationalisme, et son rationalisme ne s’affranchit pas du tout du Coran et de la Sunna. Ce n’est absolument pas le rationalisme que l’on connaît aujourd’hui. Le Mu’tazilisme est aussi et avant tout une pensée politique, c’est une pensée engagée sur le terrain de la lutte idéologique contre les chrétiens et autres courants musulmans. Le Mu’tazilisme est aussi un islamisme au sens où l’on entend aujourd’hui. Ce n’est pas pour rien que celui qui a le plus contribué à faire connaître le mu’tazilsme au 20eme siècle est un islamiste notoire et fondamentalement anti-laïque, est Mohammed ‘Imâra (s’écrit aussi Omâra), un neo-mutazilite (pour info ce penseur néo-mu’tazilite a été viré de la revue d’al-azhar pour ses propos tenus sur le christianisme, viré par le cheikh al-azhar). L’article veut aussi montrer comment aujourd’hui des gens projettent leurs propres fantasmes personnels sur un patrimoine qu’ils ignorent encore. Ils veulent légitimer leur projet non moins politique en le liant à un patrimoine qui ne correspond pourtant pas à leurs fantasmes et en ceci leur mu’tazilisme est très ambivalent. Pour la republication de l’article ici, je crois que ça ne se fait pas, bref, je ne connais pas ces règles de publication entre sites.

    @Djeser,

    Il ne faut pas hésiter à s’ouvrir sur les expériences d’autres pays pour en tirer des leçons, notamment pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. La pensée de Chams Eddine ne se limite pas au Liban, c’est une réflexion sur la souveraineté politique en islam de façon générale. II a aussi une profonde réflexion sur l’ijtihad et ses défauts historiques.

    Il ne faut pas tout mélanger. La mauvaise application d’un principe ne doit pas nous conduire à jeter le même principe à la poubelle. Nous ne devons pas rester prisonniers de ces mauvaises expériences. Ils ont leurs œuvres, nous avons les nôtres. Je ne vois pas en quoi des musulmans au pouvoir exerceraient-ils forcément l’exclusion et la tyrannie envers leurs concitoyens? C’est inscrit sur leur gène? Les musulmans sont-ils forcément incapables de participer à la construction de leur Cité dans le silence des passions? N’ont-ils pas le droit de partager avec autrui leurs propres valeurs? N’ont-ils pas le droit d’avoir un projet de société conforme à leurs valeurs, au même titre que les autres courants de la société?

  6. @mouhib, le savant que tu as mentionné a vécu au Liban dans un contexte chrétien/musulman, la coexistence qu’il a soutenu est remarquable, mais notre contexte est bien plus complexe ; différentes religions, religieux laïque ou pas, ainsi que des athées. Ces instituions pensé sous l’égide de la religion dont tu parles seront marqué par laquelle d’entre elle ? L’islam, le judaïsme ? penses tu qu’elles seront accepté par des citoyens qui ne reconnaissaient pas leur légitimité ?

    L’homme est un vicaire sur terre, chacun est libre de suivre sa voie comme le dit le coran. je suis d’accord Mais prélever un échantillon du coran pour en faire une lecture spécifique ou une vision du monde revient un peu à faire la même chose que certains fondamentalistes ou radicalistes. C’est à dire en faire une interprétation personnelle.

    je pense personnellement que l’idée majeur de l’islam et du coran c’est l’appel au monothéisme pure, et c ‘est comme ca que je le comprend et que je le vis chaque jour, je ne cherche pas à faire de lecture personnel ou de justifier tel initiative politique en son nom.

    En revanche son éthique, ses valeurs et sa spiritualité me servent de support pour « penser » quel serait la société juste ou quels institutions répondraient aux attentes des hommes et des femmes dans leur diversité, sans évoquer ma religion, et surtout sans leur imposer mes convictions religieuses, je pense que c’est cette démarche qu’il faut avoir.

    Que l’on soit d’accord ou pas l’islam politique est vu d’un très mauvaise œil, se risquer dans cette voie est très périlleux, nous l’avons vu en Algérie. L’islam politique a vécu un peu la même trajectoire que le communisme, leurs idéaux étaient nobles mais leur application politique a été un désastre.

    cordialement.

  7. @ Djéser et notre frère Mouhib.

    Djéser, oui, le hukm et le mulk d’Allah, la souveraineté divine, tu fais exprès de confondre le divin et le terrestre humain? Curieusement ça ressemble à certaines topiques de gens qu’on disait « salafis » ou qui se disaient tels, je parle de ceux qui étaient mis en avant par certains gouvernants et qui forgeaient parfois des fatwets sur commande. Normalement, ça devrait pas avoir de sens ni pour toi ni pour personne, sinon interroges ton maître que j’ai bien démasqué et dévoilé dernièrement le laissant en panne. Bon, remarques bien, c’est du « Soufisme politique » qui remplace les « salafis du palais, mais qu’a à voire l’Islam dans ses sources avec cette galère? Tu le fais exprès, je ne vois pas d’autre explication, alors présente tes excuses, déjuges-toi devant tout le monde ici. Demandes à ton maître ce qu’il pense de la laïcité, holliste comme il est il devrait tenir contre toute séparation non? Voilà-t-il pas que selon lui, les exégèses verset par verset seraient peu sensées puisque c’est l’ensemble qui donne le sens général de la sourate, il n’a pas généralisé au Coran entier d’ailleurs, je trouve ça curieux puisqu’une sourate à le lire n’aurait pas non plus un sens suffisant, qu’il embrasse donc la globalité et fasse son exégèse holliste, si c’est humainement possible, ce dont je doute.

    Mon frère Mouhib, c’est hors sujet mais le commentaire dont je parle se trouve après ton article sur les intellectuels religieux, j’en parle mieux plus haut sous l’article où le CFCM se mêle de démocratie mais plus développé qu’ici. Voici le lien.

    https://oumma.com/reflexion-concept-dintellectuel-religieux/

    Croissant de lune.

  8. Croissant de lune à au moins le mérite d avoir gardé une âme d enfant en ces temps trouble. Il attend avec impatience sa réponse tel une sucrerie mais ne supporte pas, tel un ados grincheux, que notre cher mouhib , prenne le temps de me répondre. Lol !

  9. @ Djeser,

    « @mouhib, il me semble qu en islam , c est la souveraineté de dieu qui est au centre et non celle du peuple »

    Avez vous déjà vu des institutions et des organisations politiques descendues tout droit du ciel sans que les hommes coopèrent entre eux pour les créer? Moi non.
    La souveraineté de Dieu n’est pas incompatible avec la souveraineté des hommes, car ces derniers sont responsables et porteurs d’un dépôt, ils constituent en principe des vicaires. Ce ne sont pas des marionnettes dépourvues de liberté.
    Et pour rester dans notre sujet, les musulmans de France doivent être représentés, et ils doivent œuvrer dans ce sens.

    Pour la question de la souveraineté populaire lire par exemple la pensée politique du théologien libanais et mujtahid « Mohammed Mahdi Chams Eddine » (en arabe), une pensée intéressante en contexte multiconfessionnel.

    @Croissant de lune,

    J’ai du zapper votre question sans faire exprès. N’hésitez pas à reposer la question. J’y répondrai avec plaisir 😀.

  10. Salam frère Mouhib, vous vous fatiguez beaucoup je trouve et prenez de votre temps quand vous répondez à ce malheureux Djéser qui suggère en gros, que l’Islam ne suffit pas à faire la circulation routière avec les feux rouges, orange et verts. Il fait des efforts, mais le compte n’y est pas.

    Et moi, m’avez-vous répondu dernièrement sur l’un de vos récents articles? Enfin récent, il date de quelques jours déjà la question des intelletuels religieux, et comme ce site est modérément rapide à traiter les commentaires, possible que vous ayez répondu mais que ce soit resté en suspens lol.

    Ne gaspillez pas pour rien votre temps précieux, votre énergie, fraternellement.

    Croissant de lune.

  11. @mouhib, il me semble qu en islam , c est la souveraineté de dieu qui est au centre et non celle du peuple. L islam est d abord et surtout une spiritualité , et non un projet politique. il suffit de lire Coran . Les institutions, doivent elles nécessairement être pensé à travers la religion ? Quant à moi , je m intéresse a ces questions sociales , en m appuyant des valeurs et des principes de. L islam , mais je. M inspire également du monde qui m entoure, et de mon parcours personnel. Tout ceci , il ne faut pas le trahir, ne pas l écarter . C est d ailleurs l erreur que font un certains nombres.

  12. @Djeser,

    « Sincèrement , penses tu vraiment que les préceptes de l’islam suffisent pour faire coexister des peuples ? qui se chargera de leur expliquer qu’ils ont un impôt à payer ? Et les athées, les hindouistes , quel est leur place ? »

    Sincerment, oui je pense que les precepts de l’islam sont suffisants. Ils convergent tous vers la souveraineté populaire puisqu’en islam on n’impose pas l’adhésion à l’islam. Ma solution est la souveraineté populaire.

    Mais, hélas, à cause de cette diabolisation de l’engagement politique des musulmans et les amalgames (la non distinction entre les mauvaises applications et les Textes), on 3st devenu incapables de penser le politique en islam, en France il n’y a aucune pensée musulmane du fait politique, aucune….à tel point que des musulmans croient que l’islam n’est pas suffisant pour penser les institutions politiques 😉.

  13. Malgré un article équilibré et qui dénonce l’islamophobie, sans que le mot ne soit énoncé, son auteure reste sous l’emprise du matraquage médiatique et des fausses assertions des politiques tant socialistes que de droite. Car comment comprendre sa mise en demeure des associations musulmanes de dénoncer les actes dits de « terrorisme »? Qui ne se rappelle Lionel Jospin, alors premier ministre, voulant que les musulmans attestent formellement se soumettre aux lois françaises? Ou la droite actuelle voulant que les organisations musulmanes signent la charte de la laïcité? Tous ces gens sont animés par l’esprit de l’Inquisition qui voulait sonder les cœurs et les reins de tous ceux qu’elle soupçonnait d’hérésie.
    L’auteure de l’article n’a pas jugé utile d’étendre sa demande aux organisations défendant certaines valeurs dont se sont réclamés les assassins de Norvège, de Nouvelle Zélande ou des USA. C’est vrai que médias et politiques ont préféré dans leur immense majorité parler de « fusillades » et non de »terrorisme ». Les maîtres de la lutte idéologique connaissent très bien la magie des mots. Les USA, par exemple, se sont déshonorés, en inventant « combattant ennemi » ou « combattant illégal » pour dénier tout droit à ceux qu’ils désignent ainsi et faisant fi de plusieurs décennies pour essayer de moraliser les conflits.

    M.Djillani

  14. @Mouhib, bonjour,

    je pense qu’il faut absolument distinguer 3 aspects sur la question de la laïcité, sur son expression et aussi son instrumentalisation :

    1-le principe de neutralité et d’égalité que la laïcité défend sur les textes coule de sens , imaginons un instant que celle-ci n’existerait pas , qu’avons-nous à proposer pour éviter une dérive théocratique ? Je pense que c’est la loi du dominant qui s’appliquerai, les convictions religieuses aurait la prédominance sur le droit et l’intégrité de chacun, conséquence : intimidation, rivalité, favoritisme, croisade politique , comme on l’a vu en Irak avec bush,.. La majorité écraserait les minorités, voila concrètement ce qui se passerai sans laïcité, j’ai cité la chine, la Birmanie ou l’inde. Et je pense que beaucoup de musulmans Français ont du mal à saisir ce danger. Bien sur ce danger est aléatoire, mais nous oublions trop souvent l’histoire de la France qui a été marqué par la mainmise de l’église. Il ne s’agit de notre histoire, mais malgré tout elle fait partie de celle du pays ou nous vivons.

    2-comme le dire l’auteur, il faut distinguer le texte et les défenseurs, qui l’instrumentalise, comme je l’ai dit qui sont parfois aveuglé par leur principe qu’il juge supérieur, mais je suis convaincu que ce n’est qu’une minorité. Oui les musulmans Français sont les bienvenus dans le débat politique , mais ou sont t’ils ? dit le moi ? Comme je l’ai déjà dit les femmes d’origines maghrébines sont nombreuses en politique , plus que les hommes. Sincèrement , penses tu vraiment que les préceptes de l’islam suffisent pour faire coexister des peuples ? qui se chargera de leur expliquer qu’ils ont un impôt à payer ? Et les athées, les hindouistes , quel est leur place ?

    3- L’islamophobie, le sujet qui fâche, oui la laïcité est utilisé pour limiter l’expression de l’islam, mais franchement, parfois j’ai l’impression que les musulmans ne regardent pas les infos ou alors sont insensibles..

    Les milliers de victimes du terrorisme, depuis le 11 septembre 2001 a crée naturellement un climat de méfiance à l’égard de l’islam , Mais j’ai l’impression que dans la oumma, on n’a pas saisi cette dimension, il s’agit de vie humaine quand même. Donc je comprend ces réactions, ces maladresses, ces bêtises que j’entend chaque jour , sans les approuver , mais je comprend les intentions.

    Comme l’a enseigné al Ghazali, c’est d’abord cela qui compte , l’intention.
    Donc je ne me dresse pas contre la laïcité car je suis persuadé que son intention n’est pas de nuire à la religion, mais de donner une place à chacune d’entre elle . Si nous avons un concept novateur à proposer, alors pourquoi pas, proposons -le.

    Comme la dit nadjib, parfois pour changer le monde ou sa société, il faut d’abord changer soi-même.

    cordialement.

    .

  15. @ Djeser,

    Je voudrais qu’on interroge ce que la laïcité prétend etre. Que répondez vous à ces questions que certains fidèles se posent? Pensez-vous qu’un système normatif comme la laïcité puisse être « neutre »?
    Qu’est ce que la neutralité? La laïcité n’a t-elle pas son propre système de halal et de haram?La laïcité ne dicte t-elle pas des normes à respecter sous peine de sanctions? La laïcité peut-elle rester insensible à la progression de la foi monothéiste sans qu’elle réagisse violemment à cette progression? La laïcité peut-elle tolérer que la foi monothéiste se déploie, même pacifiquement, sans que la laïcité n’y voit un danger pour sa propre existence?
    La laïcité ne s’est t-elle pas instituée en neutralisant le fait religieux?
    La laïcité est-elle une Révélation divine ou l’œuvre des hommes?

    L’islam est-il incapable de permettre le vivre ensemble et préserver la dignité humaine quelle que soit la confession au point de recourir à un système normatif prétendument neutre?
    L’islam est-il contre le dialogue et la raison pour que la laïcité vienne l’aider à remplir son rôle?

    Et si la laïcité n’avait aucun préjugé sur la foi religieuse, pourquoi ne tolére t-elle pas la voir prendre place dans les débats de société? Pourquoi la laïcité ne souhaite-t-elle pas que la foi ait son mot à dire sur l’éducation, l’environnement, la politique, l’économie, la famille, etc? Ou bien pense t-elle que la foi est par définition et par essence incapable de se prononcer sur ces choses? Les croyants ne sont-ils pas inévitablement des acteurs économiques, politiques et sociaux et donc mieux à mêmes de formuler leur projet de société? Ou bien le croyant est-il par définition un archaïque et un faible d’esprit incapable d’argumenter et s’exprimer dans le silence des passions, et donc illégitime pour s’exprimer sur les grands projets de société?

    Et si la neutralité de la laïcité était venue neutraliser la foi monothéiste?

  16. @] Mouhib,

    je comprends un peu ton questionnement, j’ai peur de ne pas avoir la réponse, mais il me semble que la laïcité a réellement un sens profond dans une société pluriconfessionnelle. permettre à chacun de pratiquer librement ou pas, tout en ne privilégiant aucune religion. cela me convient parfaitement. J’aurais souhaité d’ailleurs que les ouighours, les musulmans birmans et indiens bénéficient d’un tel traitement , je pense que c’est cette absente de principe dans leur pays respective qui a provoqué cette ségrégation. Les musulmans d’Europe ne font pas le lien, mais pour moi c’est une évidence.

    Je ne suis pas sûr que la laïcité soit une vision du monde ou une idéologie, mais elle est plutôt un principe, une règle, mais elle le devient suivant l’interprétation que l’on en fait. Je ne suis pas sûr non plus qu’elle s’applique dans un pays majoritairement musulman, , mais elle a un sens dans une société présentant de fortes minorités. cette distinction par exemple n ‘est pas comprise par certains penseurs ou politiques qui aimeraient bien la transposer à travers le monde. là, oui, on parle d »idéologie. mais sa conception répond d’abord aux attentes de la société française, mais pas forcement ailleurs. Distinguer ou pas , ce qui est transposable ailleurs, voila aussi une question pour l’intellectuel musulman. J’approuve la laïcité apaisante, mais pas celle qui veut éradiquer chacune de ses traces dans la société.

    Beaucoup de politiciens sont des dogmatiques, la manière dont il défendent certaines de leurs valeurs ne donne pas forcement envie d’y adhérer. Les pays musulmans n’ont que leurs foi et leur religion pour les aider à avancer, pas de développement , pas de culture, pas de loisirs et peu de sport. Si on leur enlève leur croyance, que va t’il leur rester ? C’est une réplique de mohamed arkoun.

    Cordialement.
    http://jonasdjeser.unblog.fr/

  17. Bonjour,

    Personnellement je ne fais aucune différence entre la laïcité et l’idéologie laïque. La laïcité est une idéologie, une vision du monde, un système normatif, un mode de vie, des règles et des valeurs qui n’ont pas toujours existé, élaborées au cours de l’histoire à travers des rapports de forces plus ou moins contraignants.

    J’ai quelques questions pour l’auteur.

    Pensez-vous que le monothéisme accepterait qu’un champ de la vie – en l’occurrence le champ politique – échappe à son système normatif? Pensez-vous que le monothéisme accepterait qu’un domaine de la vie tombe sous le coup d’un régime qui n’émanerait pas de lui? Pensez-vous que le monothéisme reconnaîtrait la légitimité au pouvoir politique de légiférer et régire la vie sociale, économique et politique en faisant fi de son système de valeurs?
    Du point de vue du croyant ou du religieux quel qu’il soit, pensez-vous qu’il considère que des dimensions de sa vie échappent au regard de Celui qu’il considère comme Tout Puissant et Créateur?
    Pensez-vous que dans un régime laïque, un croyant puisse impunément dire que sa foi et son propre système normatif sont mille fois supérieurs à la laïcité et ce avec sagesse, intelligence et rigueur – sans qu’il soit excommunié violemment de la religion laïque?

    Ce sont des questions très simples qui interpellent le bon sens. Vous remarquerez que je n’ai pas employé de grands mots comme islamisme, théocratie, extrémisme, état islamique, etc.

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