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Interprétabilité/interprétation du Coran (partie 2 et fin)

Le Jihâd dans le Coran

Dans cette ambiance détestable, où seules les musulmans sont tenus à protester inlassablement de leur humanité et à défendre leur religion, j’avais décidé – question de principes – de ne jamais m’exprimer, dans quelque réunion sur l’Islam que ce soit… Mais ma religion prône le jihad de la connaissance et ce jihad est, pour le musulman que je suis, une obligation…
C’est pourquoi je suis ici, aujourd’hui, devant vous : pour vous parler de la notion de jihad.

Le mot ’jihâd’ signifie “lutte”, ou “effort” et en aucun cas : “guerre”. C’est ainsi que le Coran évoque le jihâd de l’âme, le jihâd de la langue (du discours), le jihâd du calame (de la communication écrite), le jihâd de la foi, le jihâd de la droiture, etc… Il s’agit du “grand jihâd”, de cela même qui nous permet, à nous musulmans vivant aujourd’hui, d’actualiser notre identité de musulmans.

Il y a aussi le “jihâd des armes”, dont le but est de combattre pour la cause de Dieu (’Allâh). Il s’agit ici du “petit jihâd”, qui autorise le combat mais uniquement défensif. Plusieurs versets du Coran évoquent cette forme (particulière) de jihâd, et j’en citerai deux, parmi les plus importants :
“La permission est donnée de combattre à ceux contre qui une guerre est injustement menée – et, en Vérité, Allâh/Dieu a certes le pouvoir de venir à leur secours – (ou à) ceux qui ont été chassés de leurs lieux de vie pour la seule raison d’avoir proclamé “nous nous en remettons à Dieu”. Car si Dieu/Allâh n’avait pas autorisé les gens à se défendre les uns des autres, tous les monastères, les églises, les synagogues et les mosquées – tous lieux dans lesquels Son nom (de Dieu/Allâh) est abondamment honoré – auraient certainement été détruits, à ce jour.” (Cor. 22 : 39-40). (adaptation personnelle, ndt).

Le second verset dit :
“… combattez pour la cause de Dieu contre ceux qui vous font la guerre, mais ne commettez pas l’agression – car, en vérité, Dieu/Allâh n’aime pas les agresseurs. Tuez-les partout où vous pourrez les vaincre, chassez-les des lieux d’où ils vous avaient chassés, car l’oppression est pire que la mort” (Cor. 2 : 190). (adaptation personnelle, ndt).
Bien que les allusions au fait de tuer nous fasse des frissons dans le dos, qui que nous soyons, il est important de ne pas laisser notre répulsion devenir un alibi afin de refuser d’admettre certaines réalités pourtant transparentes.

Tout d’abord, quelqu’un peut tuer un nombre incalculable de ses semblables, tout en évitant tout risque pour lui-même, et même sans combattre. Pensez aux sanctions économiques imposées à l’Irak, qui tuent en moyenne 5 000 enfants irakiens innocents chaque mois, tout cela parce que notre gouvernement est opposé à un seul homme (Saddam Husseïn, ndt). Mon propos n’est aucunement de justifier la guerre, mais d’attirer l’attention sur l’un de ses aspects – hideux – que nous avons tendance, habituellement, à ignorer.

Secondement, ce n’est pas l’Islam qui a inventé la guerre (qui existait, malheureusement, avant lui). Il se contente d’enseigner une certaine approche de celle-ci. Cette approche interdit l’agression, ou l’attaque d’un ennemi par surprise, et elle ordonne aux Musulmans de mettre fin aux hostilités dès qu’une agression contre eux cesse. Ce dernier point peut sembler de peu d’importance, tant que l’on ne souvient pas du fait que les Etats-Unis ont détruit Nagasaki et Hiroshima après que les Japonais eurent diffusé leur acte de reddition. Plus récemment, l’armée américaine a fusillé une centaine de milliers de soldats irakiens qui se retiraient du champ de bataille, durant la guerre du Golfe, opération que de hauts gradés qualifièrent de “tir au canard”.

Troisièmement, ce n’est pas contre n’importe quel type d’agression que les musulmans sont sommés de résister, mais bien contre les persécutions religieuses. Ainsi, le jihâd ne saurait avoir pour motivation l’extension du territoire, la protection d’intérêts politiques ou économiques ou l’élimination de ses ennemis : toutes choses pour lesquelles toutes les nations – musulmanes comprises – font la guerre.
Quatrièmement, le Coran prône également les préceptes du pardon et de la paix. Comme il l’enseigne : “Le bien et le mal ne sachant être équivalents, repousse le mal (qui est en toi) par une action ou une pensée meilleures, et alors, celui entre lequel et toi-même il y avait de l’inimitié pourra devenir comme s’il avait toujours été pour toi un ami proche et sincère” (Cor. 41 : 34) ; et “… lorsque vous êtes accueillis par une salutation de paix, répondez-y par une salutation encore meilleure, ou tout du moins, qui ne soit pas moindre en bienveillance” (Cor. : 4 : 86) (cf. salutation islamique : “Al-salâmu ’alaykum wa rahmatu-llâhi wa barâkâtu-hu” “Que la Paix soit sur vous, ainsi que la miséricorde de Dieu/Allâh et Ses bénédictions”. Adaptation personnelle des citations coraniques, ndt).

Bien entendu, citer des versets choisis dans le Coran n’est pas la meilleure façon de convaincre les gens de la véracité de son argumentation, et encore moins de communiquer une compréhension holistique de ses enseignements, mais telles sont les limites des dix minutes de communication qui me sont imparties. Le point sur lequel je voudrais insister est celui-ci : le Coran nous demande de le lire pour ce qu’il contient de plus profond et il définit l’Islam comme “al-sirât al-mustaqîm”, c’est à dire “la voie droite, le droit chemin”, la voie de la modération, et non de l’excès.

Il est indubitable que certains musulmans sont tombés dans l’extrémisme et l’excès et il n’y a aucun doute non plus sur le fait que nous devons travailler beaucoup plus à trouver ce qui va dans le sens de la libération, dans le Coran, que nous ne l’avons fait jusqu’ici. Cela exige de nous que nous remettions en examen et que nous redéfinissions sans cesse la compréhension que nous en avons. C’est pourquoi je ne m’oppose jamais à quelqu’un qui désire savoir ce que l’Islam enseigne “réellement”, étant donné que ce genre de questions sont les aiguillons qui suscitent ce travail intense de redéfinition permanente, qui n’est autre que le jihâd.

Mais malheureusement, bien des gens qui harcèlent aujourd’hui les Musulmans, les sommant de définir ce qu’est le “vrai” islam, ne sont pas vraiment intéressés à ce que nous fassions ce travail de redéfinition permanente ; en réalité, ils utilisent ce genre de questions dans le but de nous jeter la proverbiale “première pierre”. A ceux-là, je répondrai qu’ils n’ont pas le droit de poser cette question avant d’avoir eux-mêmes pris la ferme résolution de se demander “quels” sont les “vrais” Etats-Unis : ceux qui se font le héraut de la liberté, des droits civiques et de la démocratie, chez eux, ou bien ceux qui guerroient, semant destructions et répression à travers le monde ? A n’en pas douter, nous aurions beaucoup à apprendre, en demandant aux “véritables” Etats-Unis : “veuillez vous lever, s’il vous plaît”.

Conférence donnée au Collège Ithaca (Etats-Unis), le 29 octobre 2001
[traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier]

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