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Inceste en Tunisie : “Les mères ne pouvaient pas ne pas savoir“

L’inceste sévit en Tunisie aussi. S’il est tabou d’en parler, Monia Ben Jémia ne s’y résigne pas. Dans un livre-réquisitoire, « Les Siestes du grand-père » (Editions Cérès), elle raconte et interpelle.

« Dire, ne plus se taire. » À la fin de son ouvrage Les Siestes du grand-père (Cérès éditions), Monia Ben Jémia enjoint les victimes d’inceste à lever l’omerta qui détruit des vies dans le silence feutré des secrets de famille. Entre récit et fiction, la juriste et universitaire, connue en Tunisie comme l’une des plus tenaces militantes pour les droits des femmes et les libertés, fait voler en éclat le tabou des tabous : l’inceste. (…) Nedra oscille entre souvenirs d’une enfance heureuse faite de tendresse, de soleil et de rires et le côté obscur que cache l’autorité altière d’un grand-père. Une blessure qui ne guérit pas et un secret dont le philosophe Vladimir Jankélévitch dit qu’« il est mieux conservé à plusieurs ». Le lecteur en devient dépositaire, prend la mesure des doutes, de l’ambivalence sociale et fait sien le réquisitoire de Monia Ben Jemia. Par son propos pionnier, elle ouvre la voie de la parole aux victimes d’inceste.

Jeune Afrique : Vous livrez un récit d’une justesse troublante, alors qu’on se serait attendu à une étude académique. Pourquoi ce choix ? Les débats actuels, en France notamment, vous ont-ils incitée à vous emparer du sujet ?

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Monia Ben Jemia : J’ai longtemps travaillé ce texte et je l’ai remis à mon éditeur en 2019. À l’époque, le mouvement « Me too » invitait à libérer la parole et à dénoncer les abus sexuels mais l’inceste n’était pas évoqué. Au moment d’écrire, j’avais effectué des recherches et constaté que les études sur ce sujet sont rares et que seules quelques références, notamment celles du Pnud, sont disponibles. L’agenda de publication de l’éditeur fait que le livre sort aujourd’hui en même temps que diverses dénonciations qui mettent ce sujet au cœur de l’actualité. Ces démarches confluentes et significatives montrent que ce tabou n’est plus tolérable et qu’il faut en finir avec ce silence qui fait des victimes des coupables. L’omerta n’est plus possible.

Les Siestes du grand-père, ce titre anodin et charmant, rappelle le silence rituel qui accompagne la torpeur des débuts d’après-midi. Ce même silence qui scelle le secret de famille…

L’inceste, qu’il soit fait d’attouchements ou de rapports sexuels, ne passe pas inaperçu. Bien souvent, il ne concerne pas un seul enfant mais plusieurs d’une même famille, qu’ils soient du même âge ou de générations différentes. Bien souvent, ceux qui commettent l’inceste y ont été soumis dans leur enfance. Se pose alors la question de qui savait. Les mères ne pouvaient pas ne pas savoir, ne pas comprendre, ne pas deviner mais elles acceptaient la situation imposée par l’autorité du patriarche de manière tacite.

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