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Etats-Unis: “Meet a Muslim”, Moina Shaiq lutte contre l’islamophobie en invitant ses concitoyens à rencontrer un musulman

Depuis 2016, date à laquelle elle a décidé d’agir concrètement pour réhabiliter l’image dénaturée de l’islam et promouvoir son vrai visage, pour proscrire tous les suffixes en « ismes » et contrecarrer la diabolisation pernicieuse qu’ils sous-tendent, et répondre aux interrogations de ses concitoyens sans en éluder aucune, même les plus délicates ou tendancieuses, Moina Shaiq, une citoyenne américaine, est taraudée par une question lancinante: « Pourquoi ne pas coexister avec amour et compassion ? ».

Cette question existentielle essentielle ne cesse de trotter dans la tête de cette femme au foyer de 60 ans, qui quitta son Pakistan natal en 1978 pour unir son destin à celui d’un universitaire américain d’origine pakistanaise, au point de hanter parfois ses nuits.

Elle se pose avec une acuité toujours plus grande, au fil des échanges, la plupart du temps enrichissants, quelquefois mortifiants et stériles, noués avec ses compatriotes non musulmans, de ses interventions marquantes dans les églises, les écoles et chez l’habitant, et à mesure que son opération de sensibilisation « Meet a Muslim » connaît un succès qui ne se dément pas.

En l’espace de trois ans et après avoir organisé plus de 200 rencontres conviviales dans une douzaine de villes, souvent autour d’un café dans des bibliothèques, en Californie, où elle vit, jusqu’au Massachusetts qu’elle a sillonné de long en large, Moina Shaiq a toutefois l’espoir chevillé au cœur.

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Cette vaillante ambassadrice de l’islam, qui compte bien ne pas prêcher dans le désert, se souvient précisément des deux éléments déclencheurs qui l’ont poussée à sortir de chez elle pour s’aventurer dehors, dans une Amérique aux airs de jungle : c’est après avoir appris, avec effroi, la hausse alarmante des crimes de haine anti-musulmans et entendu, au même moment, Barack Obama exhorter les musulmans américains à changer eux-mêmes les perceptions fausses sur l’islam.

« J’ai commencé à penser : que puis-je faire, à mon humble niveau et de manière proactive, pour lutter contre le fléau de l’islamophobie ? », s’est remémorée Moina Shaiq.

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« A l’époque, la plupart des Américains disaient n’avoir jamais rencontré, ni même croisé, et a fortiori jamais discuté avec des personnes musulmanes. Je voulais être cette personne-là. Alors, un jour, n’y tenant plus, j’ai ouvert mon ordinateur portable pour convier mes concitoyens non musulmans à venir à ma rencontre. Au début, j’invitais les gens à venir prendre un café et converser avec une musulmane, tout en passant une annonce dans le journal local », a-t-elle relaté, en confiant que son initiative avait paru très hasardeuse à ses proches et qu’elle-même était tiraillée par le doute. « Et, à ma grande surprise, cela a marché tout de suite ! », s’est-elle exclamée, les yeux brillant d’émotion.  

« La fausse idée de base, qui est malheureusement enracinée dans les esprits, c’est que tous les musulmans sont de mauvaises personnes, des pasionarias de l’islam pour les femmes voilées, des extrémistes ou terroristes en puissance pour les hommes. Et ça, certains interlocuteurs me le disent en face, quelquefois très méchamment, voire même sur un ton menaçant, sans chercher à connaître mon opinion  », déplore-t-elle grandement.

« Alors, j’essaie de remettre les choses en perspective. Il y a de mauvais sujets dans toutes les ethnies, dans toutes les communautés, aucune n’est épargnée… mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille généraliser et en déduire qu’elles sont toutes mauvaises », fait-elle judicieusement observer.

Pour Alice Carrol, l’une de ses premières convives chrétiennes qui l’assiste désormais dans ses prises de parole hebdomadaires, les musulmans américains ne sont pas suffisamment épaulés par les institutions pour s’atteler au changement des mentalités, ce défi de taille.

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« Mes concitoyens musulmans ne reçoivent pas le soutien qu’ils méritent », se désole-t-elle, renchérissant admirative : « Je trouve formidable que Moina, avec une persévérance et un courage qui forcent le respect, se soit pleinement investie dans cette lourde tâche, fasse la promotion de sa culture avec une telle passion et démontre une telle ouverture d’esprit. Elle aime son prochain ».

Depuis ce jour de 2016 où Moina Shaiq a estimé que l’heure était venue pour elle de prendre son bâton de pèlerin, afin de faire rempart contre la haine anti-musulmans et sa spirale infernale de violences, d’autres musulmans américains se sont levés à leur tour pour marcher sur ses pas. Mansoor Shams, un vétéran de la US Navy, fait partie de ceux-là et se montre l’un des plus actifs sur le terrain.

Il n’a pas hésité à parcourir les vastes étendues de son pays en 2018, muni de sa pancarte qui invite à abolir les murs d’incompréhension et d’incommunicabilité. Ces murs que les sombres artisans des peurs et autres propagandistes islamophobes dressent sciemment pour mieux éloigner les Américains les uns des autres : « Je suis musulman et je suis un marine américain, posez-moi n’importe quelle question ».

 

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3 commentaires

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  1. L’islamophobie est un droit, celui de critiquer une religion, critiquable comme toutes les religions. En France, il existe l’anticléricalisme. On n’en chie pas une pendule…

    Ce mot signifie avoir peur de l’islam. Or, vu le nombre de victimes d’attentats dûs à l’islamisme, comment ne pas avoir peur ?

  2. Faut-il rappeler encore une fois que l’islam peut être critiqué, car critiquable comme toutes les religions.
    Et qu’il n’y a rien de déshonorant pour cette religion à l’être, car la critique que vous appelez islamophobie permettrait à l’islam de se réformer enfin, et de mettre de côté les versets violent et ceux qui datent d’une époque où les moeurs étaient ceux d’une région particulière et d’une autre époque…

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