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De quoi la suppression de l’ISF est-elle le nom ?

A partir de l’exemple sulfureux de la suppression de l’ISF par Emmanuel Macron, il est possible de comprendre la puissance du monde de la finance, et son emprise sur notre économie et nos vies.

La déformation de l’espace-temps par la finance

Sous prétexte de favoriser les richesses productives, Emmanuel Macron a décidé de remplacer l’ISF par l’IFI, un impôt qui cible la richesse immobilière.

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Mais en réalité, l’argument qui consiste à vouloir favoriser la richesse productive saute facilement : en quoi une montagne de cash empilée dans un compte en banque est-elle productive ?

Il est aisément compréhensible qu’un investissement locatif dans l’immobilier neuf est bien plus productif que l’argent qui dort dans un compte en banque.

En réalité, si Emmanuel Macron taxe la richesse immobilière, c’est parce qu’il sait pertinemment que cette richesse est enracinée physiquement en France et ne peut être déplacée dans un autre pays à la fiscalité plus avantageuse.

Ce n’est pas le cas des liquidités détenues sur un compte en banque, ou des actions détenues sur un compte-titres en France. En un claquement de doigts, cette richesse peut librement être envoyée dans une contrée plus accommodante fiscalement.

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Dans notre société hyper-financiarisée, une certaine richesse est plus libre que l’autre, avec une emprise puissante sur l’économie du pays et le budget de l’Etat.

La libre circulation instantanée de la richesse financière permet le chantage à l’exil fiscal, là où la richesse enracinée, comme l’investissement immobilier ou la PME implantée localement, n’a d’autre choix que de subir le diktat fiscal de Bercy.

Cette situation peut avoir des conséquences graves sur le consentement à l’impôt. Elle crée aussi le sentiment que l’enracinement au pays est pénalisé, alors que l’expatrié potentiel est roi parmi nous.

Le remplacement de l’ISF par l’IFI est symptomatique de l’impuissance des hommes politiques face à la toute-puissance de la finance.

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Au fil du temps, les banquiers ont créé un outil dématérialisé, dont la création est instantanée et qui peut circuler presque à la vitesse de la lumière : la monnaie moderne.

Cette prouesse technique défie toute logique de l’espace-temps. Là où les fréquences de production des paysans sont annuelles, le banquier a le pouvoir de produire la monnaie instantanément, par un simple jeu d’écriture sur un ordinateur. Là où l’artisan local repose sur une clientèle locale, et ne peut donc se délocaliser facilement, le détenteur d’un portefeuille d’actions peut le déplacer sur un compte titre au Luxembourg en envoyant un simple email à son banquier.

Ce pouvoir incroyable de la création monétaire que se sont octroyé les banquiers se trouve entre les mains d’entreprises privées. Ce pouvoir financier s’est mué au cours du temps en un pouvoir politique de plus en plus puissant. L’élection d’Emmanuel Macron en est une illustration.

En prenant un peu de hauteur, la finance n’est rien d’autre qu’une activité qui donne un prix au temps. En quelque sorte, les banquiers ont accaparé le temps, pour en faire une denrée commercialisable.

La finance n’est ni plus, ni moins, qu’un tour de passe-passe qui consiste à privatiser une denrée commune et éternelle, le temps, pour nous la revendre, et grignoter années après années nos biens et notre travail.

Cette perspective philosophique permet de mieux comprendre la vigueur avec laquelle nos anciens ont interdit la finance, alors appelée sous le nom d’usure. En prenant ses distances avec les religions, l’homme moderne a laissé cette activité destructrice se développer dans nos sociétés modernes jusqu’à la laisser nous prendre en otage.

Cette même finance exploite le continent Africain par l’endettement. Historiquement, la dette était le prétexte à la colonisation de pays comme la Tunisie, le Maroc et l’Egypte. De nos jours, le FMI, la Banque Mondiale et le Franc CFA continuent cette entreprise coloniale sous une autre forme, créant un appauvrissement du continent Africain et un flux migratoire vers le nord sans précédent.

Ironie du sort, la finance pousse une fois encore à la migration et au déracinement. Mais contrairement à l’individu déraciné fiscalement, qui appartient à une minorité ultra-riche, il est question ici de populations entières et pauvres.

Si la suppression de l’ISF est si mal perçue par une majorité de Français, c’est parce qu’elle est symptomatique de la défaite de nos dirigeants, impuissants face à un monde financier arrogant par sa puissance.

Cette puissance du monde de la finance a pour conséquence de distordre notre espace et notre temps.

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4 commentaires

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  1. “Commençons par l’histoire d’Adam. Toutes les religions et les traditions philosophiques nous livrent leur propre narration de la création. Ces narrations ne nous apportent pas seulement un aperçu sur la signification de la vie mais elles nous apportent une indication sur comment doit-on vivre une vie correcte. En conséquence, l’histoire de la création est particulièrement significative pour les croyants afin de donner un sens au message réel apporté par chaque religion. Dans le judaïsme, le christianisme et l’islam, l’histoire de la création est liée à celle d’Adam. Il est donc important de voir comment le Coran relate cette histoire. La sourate Taha constitue un des chapitres dans lequel le Coran rapporte l’histoire d’Adam de la façon suivante : « Alors Satan lui a chuchoté insidieusement ; et lui a dit : ‘O Adam, est-ce que je ne vais pas t’amener à l’arbre de l’éternité et d’une propriété qui ne s’abîmera jamais’ » (Taha 120)3.
    Satan essaie de faire en sorte que Adam soit déçu. Les mots arabes que le Coran utilise pour l’arbre de l’éternité sont shajaratul khuld. Shajara signifie arbre mais, étymologiquement, il constitue une référence à l’agrégation et à l’accumulation de quelque chose autour de soi. L’arbre est nommé shajara parce qu’il produit des feuilles et qu’il amasse ainsi autour de lui. Quant à khuld, cela signifie pousser quelque chose jusqu’à sa limite ultime. Donc, shajaratul khuld signifie le fait d’amasser quelque chose autour de soi autant que c’est possible. Et quel est le but de l’accumulation de quelque chose jusqu’à sa limite ultime? Que promet Satan à Adam ? Une propriété qui ne s’abimera jamais. C’est ainsi que le premier homme fut tenté : par le désir d’avoir la possibilité d’accumuler sans limite une propriété indestructible. Et c’est par ce moyen là que Adam et sa partenaire furent déçus. Qu’arriva-t-il alors à Adam et à son épouse après avoir été submergés par leur désir d’avoir une propriété indestructible ? Ils ont été expulsés du paradis. L’expulsion du paradis ne constitue donc pas une expulsion d’un endroit physique. La fin de la vie paradisiaque signifie plutôt l’accumulation de richesses et de pouvoir dans les mains d’une ou de quelques personnes ou groupes. C’est ainsi que la vision coranique a traité de la question de l’accumulation de richesses dans le récit même de la création. Si quelqu’un accumule toutes les richesses et le pouvoir dans sa main, il transforme alors la vie paradisiaque en enfer. Ce thème va être réitéré dans différentes histoires à travers tout le Coran.”

    Merci pour le lien baraa.

  2. Moralité: on peut délocaliser facilement du vent, jamais les bras. Ma grand-mère, paix à son âme, me disait souvent:
    ” Rachid tu verras, dans la vie tu n’auras qu’un seul ami: tes bras”. Et elle tapait énergiquement ses épaules pour me le faire comprendre.

    Si nous voulons vraiment reprendre notre destin en main et chasser ces usuriers du temps, retirons nos économies des banques sur le champ.

  3. L’agressivité du capital est illimitée, c’est un crocodile économique incorrigible, contre quoi on ne peut rien dans le cadre du système capitaliste. Seul un système qui donne à la politique, et donc au pouvoir du peuple, le contrôle sur l’économie pourra le remplacer efficacement et redonner aux politiques de développement la dynamique perdue. L’islam réel considère l’usure comme le second péché et le désir d’accumulation comme étant le premier péché commis par Adam et Houwa lorsqu’ils ont voulu manger du fruit de l’arbre …de l’accumulation. http://www.lapenseelibre.org/2016/07/n-121-critique-du-capitalisme-a-la-lecture-des-versets-du-coran-3-3.html

    • @Baraa

      Amusant! Ca recoupe à 99% mon hypothèse concernant le mythe adamique. Adam, c’est le premier sédentaire, voire le premier possédant, puisque les meurtres ont commencé dès la propagation de l’élevage itinérant, il y a 11000 ans.
      A part ça, je doute un peu du “marxisme” affiché par les religions monothéistes. Même la plus gauchiste, la religion chrétienne du NT, n’a pas maintenu bien longtemps ses prétentions égalitaristes. Il y a le texte, et le dogme. … Et surtout la fonction sociétale de ces religions. Or, celle-ci est en opposition à 180° avec l’égalitarisme. Ces croyance se sont développées avec un objectif de stabilisation des sociétés iniques. Mais on habille l’horreur avec de bonnes intentions, enfin, affichées.
      En fait, le problème, c’est peut être l’opulence. Donnez une hache et un briquer Bic aux braves indiens d’Amazonie, et ils vont s’entre-tuer pour s’en emparer.

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