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Iran : un pouvoir qui glisse discrètement des religieux vers les Gardiens de la Révolution

Un glissement de pouvoir en Iran se produit, passant des religieux aux Gardiens de la Révolution, influençant la politique et l'économie.POURQUOI LIRE :
  • Comprendre la dynamique actuelle du pouvoir en Iran.
  • Analyser l'impact des Gardiens de la Révolution sur la politique iranienne.
  • Explorer les implications économiques de ce changement de pouvoir.

Pendant longtemps, l’Iran a été décrit comme un pays dirigé presque exclusivement par des religieux. Cette image, souvent résumée par l’expression « pays des mollahs », reste très présente dans les discours médiatiques occidentaux. Pourtant, elle ne correspond plus vraiment à la réalité du pouvoir à Téhéran. Depuis plusieurs années, un glissement profond mais discret est à l’œuvre : le centre de gravité du régime iranien s’est déplacé du religieux vers une structure militaro-sécuritaire dominée par les Gardiens de la Révolution.

Un guide suprême de plus en plus affaibli

Sur le plan institutionnel, le pouvoir suprême en Iran reste officiellement concentré entre les mains du Guide suprême, aujourd’hui incarné par Ali Khamenei. Mais dans les faits, son autorité s’est nettement érodée. Son âge avancé, son état de santé et surtout l’incapacité du régime à améliorer la situation économique et sociale du pays ont affaibli son rôle d’arbitre central.

Autrefois incontestable, sa parole est désormais discutée, parfois contournée, par d’autres centres de pouvoir. Sur des dossiers majeurs comme le nucléaire ou les relations avec les États-Unis, sa ligne dure est perçue par une partie des élites comme un frein stratégique plutôt que comme une garantie idéologique.

Une force née en 1979 devenue une armée parallèle et un pilier du régime

Les Gardiens de la Révolution islamique ont été créés en 1979, dans la foulée immédiate de la révolution islamique. Leur mission initiale était claire : protéger le nouveau régime contre toute menace, qu’elle soit extérieure ou intérieure. À l’époque, les dirigeants révolutionnaires se méfiaient de l’armée régulière, jugée trop liée à l’ancien régime du Shah. Les Gardiens ont donc été conçus comme une force parallèle, idéologiquement loyale au nouveau pouvoir et directement rattachée aux instances révolutionnaires. Cette dualité militaire existe toujours aujourd’hui en Iran.

Aujourd’hui, les Gardiens de la Révolution comptent entre 125 000 et 150 000 membres. À cette force s’ajoute la milice Bassidj, une organisation paramilitaire capable de mobiliser plusieurs centaines de milliers de volontaires, notamment pour le maintien de l’ordre et la répression des contestations internes.

Les Gardiens disposent de leurs propres forces terrestres, navales et aérospatiales. Ils contrôlent notamment le programme de missiles balistiques, le développement des drones militaires, ainsi qu’une partie des capacités navales dans le Golfe. Cette autonomie militaire leur confère un poids stratégique considérable, souvent supérieur à celui de l’armée régulière. Au-delà des frontières iraniennes, les Gardiens de la Révolution jouent un rôle central dans la projection de puissance du pays. Ils sont au cœur de la stratégie régionale iranienne, fondée sur des alliances indirectes et des réseaux d’influence au Moyen-Orient.

Cette capacité d’action extérieure, souvent discrète, permet à l’Iran de peser sur les équilibres régionaux sans affrontement militaire direct. Elle renforce aussi la légitimité des Gardiens comme protecteurs des intérêts stratégiques du pays.

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Une influence politique renforcée par un empire économique

Avec le temps, les Gardiens de la Révolution ont largement dépassé leur rôle militaire. De nombreux anciens commandants occupent aujourd’hui des postes clés dans les institutions politiques : Parlement, gouvernement, administrations locales et organismes de sécurité. Cette présence leur permet d’influencer directement les décisions politiques et de peser sur les grandes orientations nationales. Leur pouvoir repose moins sur les urnes que sur leur capacité à contrôler les leviers essentiels de l’État. L’un des aspects les plus déterminants de leur puissance est leur influence économique. Les Gardiens contrôlent ou influencent des secteurs entiers de l’économie iranienne : énergie, pétrole, grands travaux, télécommunications, infrastructures portuaires, commerce extérieur.

Ils disposent de conglomérats puissants, souvent protégés des sanctions internationales grâce à des réseaux complexes. Cette domination économique leur assure des ressources financières considérables et une autonomie rare au sein du système iranien.

Un régime en transition, bien loin du simple « pays des mollahs »

Contrairement à l’image d’un système figé, l’Iran est déjà engagé dans une transition interne. Un éventuel départ du Guide suprême ne provoquerait pas nécessairement un choc majeur. Le pouvoir fonctionne désormais sur un équilibre où les décisions clés sont largement influencées, voire pilotées, par les Gardiens de la Révolution.

Il ne s’agirait donc pas d’un changement brutal de régime, mais d’une évolution progressive, presque silencieuse. Le décor religieux demeure, mais le pouvoir réel s’est déplacé ailleurs.

Réduire l’Iran à un régime uniquement dominé par le clergé empêche de comprendre ses dynamiques actuelles. Le religieux conserve un rôle symbolique et idéologique important, mais il n’est plus le moteur principal du pouvoir. Aujourd’hui, l’Iran ressemble davantage à un État où une structure militaro-sécuritaire domine les décisions stratégiques, tandis que le religieux sert de cadre de légitimation. Comprendre le rôle central des Gardiens de la Révolution islamique est donc indispensable pour saisir les évolutions présentes et futures du pays.

La véritable question n’est peut-être plus de savoir qui gouverne officiellement l’Iran, mais qui détient réellement le pouvoir — et selon quelles priorités.

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One Comment

  1. Cet article est très important. Déjà, le terme « pays des mollahs » n’est pas tout à fait exact car j’ai rencontré des mollahs qui se désolaient de voir le rôle politique de la religion : « on déteste la politique du gouvernement, et comme elle se fait au nom de la religion, on va finir par abandonner l’islam ». C’était justifié, et il est probable qu’une partie de la population iranienne n’est plus musulmane.
    Un changement de régime ne peut se faire contre les militaires, quel que soit le pays. Il faut qu’au moins une partie des militaires se révolte. Ce n’est pas l’intérêt des « gardiens de la révolution ». Reste l’armée, mais il faudrait qu’elle se mesure à cette autre force militaire que vous pensez au moins égale à celle de l’armée.

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