La mort d'Ali Khamenei ouvre une phase politique inédite en Iran, où Ali Larijani pourrait jouer un rôle central dans une transition maîtrisée.
POURQUOI LIRE :
- Comprendre les enjeux de la succession en Iran.
- Analyser le rôle potentiel d'Ali Larijani dans la transition politique.
- Évaluer les implications internationales d'une transition encadrée.
La mort du Guide suprême Ali Khamenei a ouvert une séquence politique inédite depuis 1989. Si la Constitution prévoit que l’Assemblée des experts désigne un successeur, la réalité du pouvoir iranien repose sur des équilibres plus complexes, associant autorités religieuses, institutions élues, appareil sécuritaire et réseaux d’influence. Dans cette phase d’incertitude, l’enjeu central est la capacité du système à organiser une transition maîtrisée plutôt qu’à subir une déstabilisation interne.
Dans toute réflexion sur une transition éventuelle au sommet de l’État iranien — qu’elle soit liée à une recomposition interne du pouvoir ou à une succession institutionnelle — la question centrale reste celle des équilibres. La République islamique ne fonctionne pas sur la logique d’un homme seul, mais sur une architecture institutionnelle dense, où s’entrecroisent légitimité religieuse, pouvoir sécuritaire et arbitrages politiques. Dans ce cadre, Ali Larijani apparaît moins comme un prétendant déclaré que comme un possible point d’articulation.
Une trajectoire inscrite dans la continuité du régime
Le parcours de Larijani traverse plusieurs centres névralgiques du système. Ancien président du Majlis (2008–2020), il a joué un rôle déterminant dans la médiation entre le Parlement, le gouvernement et les autres pôles institutionnels. Cette expérience lui confère une connaissance approfondie des rouages constitutionnels et des mécanismes d’équilibre propres à la République islamique.
Il a également occupé la fonction stratégique de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, organe chargé des orientations majeures en matière de défense et de politique étrangère. À ce poste, il a été associé aux dossiers sensibles, notamment aux négociations liées au programme nucléaire et aux dynamiques régionales. Cette double expérience — parlementaire et sécuritaire — lui donne une lecture transversale du système. Proche d’Ali Khamenei sans être identifié comme un idéologue intransigeant, Ali Larijani s’est progressivement imposé comme un conservateur pragmatique, davantage gestionnaire que tribun.
Les ressorts d’une centralité possible
Si une transition devait s’ouvrir, formellement encadrée par l’Assemblée des experts, elle dépendrait en réalité d’un compromis entre plusieurs centres de pouvoir. Dans un tel contexte, la force potentielle d’Ali Larijani tiendrait à un triptyque rarement réuni. Sa légitimité institutionnelle d’abord : en tant qu’ancien président du Majlis, il connaît les équilibres constitutionnels et les procédures internes, ce qui lui permettrait d’évoluer avec aisance dans une phase d’ajustement institutionnel.
Sa crédibilité sécuritaire ensuite : son passage par le Conseil suprême de sécurité nationale lui a donné une compréhension fine des impératifs militaires, stratégiques et régionaux, élément déterminant dans un pays où les enjeux de sécurité structurent largement la décision politique. Enfin, son acceptabilité relative : sans être extérieur au camp conservateur, il n’est pas perçu comme le chef d’une faction radicale. Cette position intermédiaire pourrait faciliter la recherche d’un compromis entre clergé, appareil sécuritaire et institutions civiles.
Continuité stratégique plutôt que rupture
Il serait néanmoins excessif d’y voir le signe d’une transformation profonde. Si Ali Larijani devait jouer un rôle central dans une transition éventuelle, celle-ci s’inscrirait probablement dans une logique de continuité et d’ajustement, davantage que dans une rupture structurelle. Son parcours témoigne d’une fidélité au cadre de la République islamique, même lorsqu’il adopte des positions plus souples sur le plan diplomatique.
Sur le plan international, notamment du point de vue américain, une transition encadrée et prévisible pourrait apparaître préférable à un effondrement brutal du régime, porteur de risques d’instabilité régionale, de fragmentation sécuritaire et d’incertitudes majeures autour des dossiers stratégiques. L’enjeu ne se limite pas à la stabilité interne : il concerne aussi l’avenir du programme nucléaire iranien, le développement des missiles balistiques et le soutien financier et militaire de Téhéran à ses réseaux alliés dans la région.
Dans cette lecture, une transition maîtrisée pourrait, du point de vue de Washington, ouvrir la voie à des ajustements progressifs — qu’il s’agisse d’un encadrement renforcé du programme nucléaire, d’un plafonnement ou d’une redéfinition des capacités balistiques, voire d’une réduction du soutien aux acteurs armés alliés. Un profil issu du système mais perçu comme pragmatique pourrait ainsi représenter un facteur de stabilisation relative, susceptible de négocier sans provoquer l’effondrement d’un appareil étatique dont la désintégration aurait des conséquences difficilement maîtrisables pour l’ensemble de la région.
En définitive, la centralité potentielle d’Ali Larijani ne réside pas dans une posture réformatrice, mais dans sa capacité à incarner une stabilisation interne au moment où les équilibres du pouvoir iranien pourraient être amenés à évoluer.



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