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Concours international en islamophobie

L’agence Associated Press a révélé, en février 2012, l’activité de surveillance étroite que la Police du Département de New York exerce sur les musulmans de New York, mais également dans des villes ne dépendant pas de sa juridiction administrative, comme la ville contiguë de Newark de l’État du New Jersey voisin.(1) La NYPD  étend son espionnage aux comtés de Suffolk et de Nassau. La collecte de renseignements se ferait pour le compte de la CIA. 

Depuis au moins 2007, des policiers en civil photographient et enregistrent des conversations dans des lieux d’activité possédés ou fréquentés par des musulmans. Une cartographie précise des lieux de culte et  l’identité des pratiquants qui les fréquentent est dressée.

La banque des données a colligé les profils détaillés des étudiants musulmans appartenant ou non à des associations ou des groupes confessionnels.(2) Yale, Columbia, Syracuse, Rutgers, New York University, Brooklyn College ainsi que les universités d’État sont concernés par le maillage des informateurs. Un agent avait infiltré, en 2008, une excursion estudiantine de rafting en eau pour noter ceux qui s’adonnent à la prière cinq fois par jour.

Quand le maire Michael Blomberg, et le préfet Raymond Kelly, de la ville de New York sont interrogés à propos de  leur violation patente des droits civils, ils répondent que les activités de la NYPD sont légales, qu’elles bénéficient de fonds fédéraux pour cibler les trafiquants de drogue. La quasi-totalité des hommes politiques, sénateurs et gouverneurs, les confortent dans le bien-fondé de leur entreprise de quadrillage et de contrôle.

Le récit qui construit l’encastrement de la société dans une machinerie dépourvue de sens et privée de sa sensibilité n’est pas à une contradiction près. Les USA encouragent la production afghane du pavot, et son armée assure l’acheminement de l’héroïne produite dans ses laboratoires vers la Russie et l’Iran, dévastant la jeunesse de ces deux pays. L’inefficacité coupable de la coalition en Afghanistan dans la réduction du trafic de drogue est l’un des reproches réitérés de l’équipe Poutine aux Étatsuniens.

Hillary Clinton a récemment avoué à demi l’implication de la CIA dans l’aide à la production et à l’exportation de la cocaïne colombienne. Les sociétés de sécurité israéliennes, sous-traitantes de la politique étrangère des USA, ont été capables de liquider Raul Reyes, mais l’armée et les paramilitaires colombiens équipés de l’armement fourni par Yaer Klein ne le sont plus pour tarir le gigantesque marché tenu à ciel ouvert de la poudre aux vertus excitantes.

Le traumatisme de septembre 2001 serait encore vivace

Il ne s’est trouvé aucun politique qui aurait eu la perspicacité de s’apercevoir que les musulmans incriminés, selon la version officielle, dans l’effondrement des trois tours de New York étaient arrivés depuis peu aux USA, et que  leur signalement par le FBI pour  un apprentissage  suspect de pilotage a été négligé par les responsables de la sécurité. L’élaboration d’une topographie, si minutieuse fût-elle, n’est pas faite pour prévenir un éventuel terrorisme d’islamistes, mais plutôt pour entretenir une vigilance policière qui doit justifier sa consommation des deniers publics et fournir le combustible d’une peur sociale orientée vers un ennemi intérieur. D’autant qu’ethniciser l’ennemi intérieur et l’essentialiser facilitent l’adhésion populaire, celle qui a cru aux ADM de Saddam Hussein et y croit encore, aux ingérences coloniales post-modernes dans des zones stratégiques pour les USA.

Pendant presque une année, la presse a fait la relation des intentions de l’obscur pasteur Terry Jones, sans envergure et aux très maigres troupes, brûler ou pas le Coran. La néo-Pravda  a reçu l’ordre d’amplifier démesurément cette misérable anecdote, qui aurait dû être cantonnée à un ridicule fait divers local, faisant bruire colonnes, éditoriaux et journaux télévisés d’une rumeur sur l’Islam et de ses fanatiques dévots. Une fois ce large boulevard ouvert dans la terra incognita du monde islamique, les soldats étatsuniens engagés en Afghanistan, rendus fous par la propagande, le syndrome traumatique qu’ils infligent aux civils et la consommation de l’abondante drogue locale, ont réalisé depuis le traitement sacrilège du Livre saint des musulmans.           

Le projet du centre culturel islamique Al Cordoba de New York,  annoncé pour être construit à Lower Manhattan à deux blocs du Ground Zero, dans un immeuble ravagé par le souffle de l’effondrement des tours, a été gelé. Des controverses sans fin et sans fondement ont été menées sur son financement, forcément une organisation  ou un gouvernement étranger islamiste, la sacralité du site, comparée aux camps d’extermination nazis.

La vigueur opiniâtre des campagnes de la néo-Pravda contre l’Islam et les adeptes de cette religion conduisent au résultat escompté de l’enquête d’opinion menée en septembre 2011  par le Public Religion Research Institute. 47% des Étatsuniens déclarent qu’ils ne croient pas l’Islam compatible avec les valeurs étatsuniennes. Le candidat Newt Gingrich, financé par l’homme aux maisons de jeux Sheldon Adelson (4) ultrasioniste, outre d’être l’interprète de l’invention du Peuple palestinien, mène campagne en évoquant la menace de la sharia qui pèse sur les USA.

Walid Phares est l’un des conseillers de Mitt Romney. Il est professeur d’études moyen-orientales, tout en étant un éminent islamophobe militant pour la création d’un État libanais exclusivement chrétien, auprès d’un Israël pur de tout élément non juif. Obama a eu à se défendre d’être musulman pour être éligible. La campagne pour sa réélection, sans avoir besoin d’être explicitement islamophobe, a été initiée par la multiplication de gestes d’allégeance à Israël et l’AIPAC. Une vidéo publicitaire rappelle son engagement pour le sionisme. (5)

En France, le thème de l’insécurité n’est plus au premier plan pour cette campagne électorale des présidentielles. Le président sortant ayant été ministre de l’Intérieur sous Chirac, puis sous sa propre présidence, soit une dizaine d’années passées aux affaires policières, ne pouvait décemment pas la promouvoir pour mobiliser la peur. Le million et demi de chômeurs et les cinq cents milliards d’euros de dette supplémentaire, incontestables acquis du dernier quinquennat, sont rarement mis en discussion par la néo-Pravda.

L’appartenance de la France à l’Union Européenne enferme ses gouvernements dans une impotence totale. Aucune politique autonome monétaire depuis l’euro et le statut de la BCE, et maintenant aucune politique budgétaire depuis le traité de Lisbonne et celui de la stabilité, la coordination et la gouvernance qui établit le Mécanisme Européen de Stabilité ne peuvent être proposées.

L’islamophobie reste alors l’enjeu majeur de la compétition.

L’occupation des rues une heure par semaine par les orants du vendredi, l’identité nationale aux contours mal définie dans la vassalité aux anglo-saxons pas assez revendiquée par les descendants des originaires des ex-colonies, le bout de tissu qui recouvre avec insolence le cheveu, tout cet appareillage discursif a  déjà été largement déployé, exposé, éventé et usé. La petite dernière de la viande halal, arme de la suprématie islamiste imposée aux citoyens taxés à leur insu au profit du culte musulman, et nourris d’un aliment de boucherie indigne de sa civilisation qui euthanasie et efface la mort, procède d’une inventivité gonflée aux hormones indigestes de la communication et surtout indigentes de l’ignorance.

La tradition musulmane enjoint de respecter la vie sous toutes ses formes

Donner la mort à un animal pour se nourrir n’est pas un geste anodin, il doit se réaliser  dans une enceinte qui le sacralise. Il ne s’agit pas d’une offrande païenne faite à un dieu qui exige du sang sur son autel. Par l’égorgement rituel, l’humain carnivore, qui prélève des bêtes de son troupeau pour s’en nourrir, convertit la cruauté en acte symbolique.

Il n’est recevable que s’il évite justement la cruauté. L’animal ne doit pas être effrayé et il ne doit pas souffrir lors de sa mise à mort. Le licite musulman ne se réduit pas à la simple énonciation d’une formule. Ainsi, les conditions du halal ne peuvent être réunies dans le cadre de l’abattage industriel. Faire un concours médiatique d’un problème d’approvisionnement en boucherie révèle le défaut d’une vraie substance politique à proposer au débat public.

La néo-Pravda nous enseigne quoi penser des affreux islamistes nigérians du groupe Boko Haram. Elle néglige de le faire pour les huit millions de morts au Congo ex-Zaïre. Il n’y a là aucun  faux conflit religieux à dénoncer. Les multinationales aidées des armées rwandaises et  sous la protection de dizaines de milliers de casques bleus pillent le coltan, le diamant et l’or sans médiation d’Allah.

Notes:

 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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