in ,

Aïd el-Fitr 2019 : sur quels critères le CFCM s’est-il basé pour choisir la date du 4 juin ?

Problème inextricable, s’il en est, la détermination de la date de l’Aïd el-Fitr n’est pas seulement annonciatrice de la fin du mois de Ramadan…
Elle sonne aussi le retour de controverses incessantes, de joutes houleuses et d’une cacophonie assourdissante et préjudiciable, opposant deux écoles qui demeurent irréconciliables : les partisans de l’observation directe du croissant lunaire, dans le monde arabe et par conséquent à l’échelle régionale, aux tenants du calcul astronomique et à une vision scientifique universelle, élargie à l’ensemble de la planète.
Décrétée tardivement hier, lundi 3 juin, en début de soirée, la date du mardi 4 juin fixée par le Conseil français du culte musulman (CFCM), sans plus de précisions sur ce qui a motivé ce choix, est-elle une manière d’avoir tranché le nœud gordien d’une problématique insoluble à ce jour, qui est au cœur d’enjeux plus politiques que foncièrement religieux ?
Face à l’absence de transparence de la part des membres du CFCM, lesquels, est-il encore besoin de le rappeler, sont tenus aux devoirs de vérité et de probité envers leurs coreligionnaires, une question est aujourd’hui sur toutes les lèvres : quels critères ont-ils donc prévalu, hormis l’alignement sur l’Arabie saoudite, pour proclamer que la grande fête de l’Aïd el-Fitr correspondait à coup sûr au 4 juin ?
Une question qui n’a pas fini de trotter dans les têtes, d’autant plus après avoir entendu ce matin même, sur les ondes de Radio Orient, Chems-Eddine Hafiz, le vice-président du CFCM et haut responsable de la Grande Mosquée de Paris, admettre que « l’annonce avait été tardive ».
Force est de constater que les prédictions de l’éminent astrophysicien Nidhal Guessoum concernant la polémique qui enflerait inéluctablement, autour de la date qui cristallise des attentes fébriles, « assez compliquée à déterminer cette année » de son propre aveu, se sont avérées exactes, tout comme l’étaient ses conclusions scientifiques.
Celui-ci avait en effet affirmé que le croissant lunaire serait visible le 3 juin, au soir, dans la zone couvrant le Mexique, le Chili et une partie du Pérou, et impossible à percevoir au même moment en France et dans l’ensemble du monde musulman, ainsi que l’ont corroboré le Centre international d’astronomie, situé à Abu Dhabi, et l’Association Sirius d’Astronomie, dont le siège se trouve en Algérie.
Adeptes du calcul astronomique et de la vision universelle du croissant lunaire – selon laquelle, il suffit qu’il soit visible dans une partie du monde, quelle qu’elle soit, pour que la fin du mois sacré de Ramadan soit proclamée dès le lendemain – la Turquie, les pays des Balkans et un certain nombre d’associations musulmanes en Europe ont ainsi arrêté la date du mardi 4 juin pour fêter l’Aïd.
C’est pour une raison plus régionaliste que l’Arabie saoudite, imitée en cela par les Emirats arabes unis qui attendaient son feu vert, a tranché en faveur du mardi 4 juin, après que divers témoignages ont prétendu avoir aperçu le croissant lunaire dans le ciel au-dessus du monde arabe et de l’Afrique. Or, à l’instar de Nidhal Guessoum, plusieurs experts aguerris avaient assuré qu’il serait impossible de le déceler dans cette partie du monde, le 3 juin.
Alors que le Maroc, la Tunisie, l’Indonésie, la Malaisie, mais aussi l’Egypte et la Palestine, qui se conforment à l’observation directe du croissant lunaire, s’apprêtent à célébrer l’Aïd el-Fitr mercredi 5 juin, la décision de la monarchie saoudienne, disciple de la même école, de le fêter un jour plus tôt ajoute à la confusion générale…
De son côté, l’Algérie, dont le Premier ministre Noureddine Bedoui a récemment foulé le sol de La Mecque pour assister, les 30 et 31 mai derniers, aux Sommets de la Ligue arabe et de l’OCI, sur fond de tensions croissantes entre le camp pro-saoudien et l’Iran, s’est démarquée de ses deux proches voisins du Maghreb en choisissant la date du 4 juin.
Disséminée sur les cinq continents, la communauté musulmane parviendra-t-elle un jour à célébrer le Ramadan, son début et sa fin, de manière parfaitement synchronisée, sans les sempiternelles querelles intestines qui parasitent cette parenthèse sacrée et ternissent son image, ainsi que celles de ses dirigeants, en France et ailleurs, de surcroît à l’heure de la révolution numérique ?
Là est la question, sensible et cruciale, qui se pose chaque année avec la même acuité, et à laquelle le CFCM serait bien avisé d’apporter une réponse éclairée et entièrement connectée à la réalité : celle de son époque et de ses évolutions technologiques aussi ébouriffantes qu’irréversibles, des vicissitudes de la vie quotidienne, et des préoccupations et autres contraintes des citoyens français de confession musulmane.
Comme le préconisait Chems-Eddine Hafiz, ce matin, au micro de Radio Orient, en tirant sans doute les enseignements de ce nouvel embrouillamini, il serait grand temps de recourir au calendrier lunaire basé sur le calcul astronomique.
Grâce à ce calendrier qui ferait véritablement œuvre d’utilité publique, les dates de début et fin du Ramadan seraient programmées, les fidèles pourraient s’organiser suffisamment longtemps à l’avance pour célébrer dignement le mois béni, et l’intérêt général, par trop négligé depuis tant d’années, serait enfin privilégié.
 

Publicité
Publicité
Publicité

Commentaires

Laissez un commentaire

Laisser un commentaire

Chargement…

0

L’Aïd el Fitr à travers le monde 

Les amputés de Gaza appellent au boycott de PUMA