Suite à la lettre ouverte sur : La loi anti-foulard !

Monsieur Jacques Chirac, Président de la République française.   L’allure accélérée des procéd

jeudi 25 décembre 2003

Monsieur Jacques Chirac,

Président de la République française.

 

L’allure accélérée des procédés concernant l’intronisation de la loi anti-foulard m’incite à vous importuner, encore une fois, puissent les éclaircissements qui suivent aider à une reconsidération de toute cette situation.

Le mercredi 7 janvier, le texte de la loi anti-foulard a été rendu public. Transmis pour examen au Conseil d’Etat, lundi 5 janvier, il sera présenté le 28 janvier en Conseil de ministres et examiné par l’Assemblée nationale début février. L’exposé des motifs tient à la sémantique présidentielle, reprend à plusieurs reprises les termes exacts de votre discours du 17 décembre 2003, exprimant vos souhaits à l’égard du choix à faire, et précise que les signes ostensibles sont : « les signes et tenues dont le port conduit à se faire reconnaître immédiatement par son appartenance religieuse (...) : le voile islamique quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive »

Le projet de loi n’aborde pas la question des établissements français à l’étranger. Appliquer le principe d’interdiction ou se conformer au droit local ? Mais l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger ( AEFE ), organisme chargé de gérer le réseau de 400 écoles, collèges et lycées hors de France, explique : « La règle générale est que le droit local s’applique, mais que les établissements peuvent prévoir une application stricte dans le cadre de leur règlement intérieur »

De même, la loi sera appliquée dans l’ensemble des départements français d’outre-mer : Guadeloupe, Guyane, Martinique et Réunion, en passant par l’Alsace et la Moselle d’abord, en exceptant la Polynésie française et en faisant une référence explicite à Wallis-et-Futuna.

Le projet de loi compte trois articles, qui jettent un peu plus de lumière sur les intentions réelles : l’interdiction des signes religieux ostensibles, dans les écoles, les collèges et les lycées ; la mise en vigueur à la rentrée prochaine ; et, l’application de cette loi à Wallis-et Futuna, en Nouvelle-Calédonie et à Mayotte, où la population est à 97 % musulmane ! Pourquoi aller si loin ? Agresser l’obligation morale d’une majorité écrasante, pour préserver l’allergie injustifiée d’une minorité aussi infime, tient d’un parti pris prémédité, mal orienté, et prouve, sûrement, que ce n’est pas le foulard qui gêne, mais l’Islam.

Permettez-moi, Monsieur le Président, de relever quelques points, outre la rapidité avec laquelle cette loi a été rédigée et prête à imposer. Rapidité qui révèle qu’il s’agit manifestement d’une opération politique, et non de vraie laïcité. Ce sont : le voile islamique, les établissements français à l’étranger, l’ensemble des départements français d’outre-mer, et la politique en cours.

1 - Le voile islamique

L’exposé des motifs comporte une discrimination fort révélatrice, puisque c’est du voile islamique qu’il s’agit, « quel que soit le nom qu’on lui donne », alors que la croix est permise, à condition qu’elle ne soit pas « de dimension manifestement excessive » ! Que la croix soit petite ou de format démesuré, est-ce que cela change en quoi que ce soit le fait que c’est un signe d’appartenance religieuse ? La seule vue de la croix précise catégoriquement la confession, tandis que le foulard, comme je l’ai déjà signalé dans la lettre précédente, peut être porté par toutes les femmes, quelle que soit leur confession.

2 - Les établissements français à l’étranger

Même si le projet de loi n’aborde pas le statut de ces établissements, l’explication de texte avancée par l’Agence qui les gère, dénote du même parti pris discriminatoire, puisqu’elle leur accorde la possibilité de contourner « la règle générale du droit local » et de « prévoir une application stricte dans le cadre de leur règlement intérieur » Ce qui permet un biais pour imposer cette loi, même dans les lycées français en Egypte ou ailleurs, ouvrant ainsi une brèche pour d’autres interventions et d’autres concessions polarisées...

3 - Les Départements français d’outre-mer

Les rédacteurs de ce projet de loi ignorent-ils le nom exact de ces départements d’outre-mer ? Ce sont des colonies, des colonies qui datent du temps de la politique d’annexion forcée, menée par Louis XIV. Leur statut de dépendance à la France a été renouvelé ou légalisé dans les années 195O, lors de la vague du partage du monde entre colonisateurs. La présence de ces colonies ne gêne-t-elle pas ou ne porte-t-elle pas grossièrement atteinte aux trois piliers de la laïcité, à ne citer que la liberté, ou bien la canne à sucre, le rhum, le nickel et autres intérêts priment-ils sur les acquis de la Révolution française ? ! En quoi le foulard de ces habitants d’outre-mer, gêne-t-il la France, située à quelques milliers de kilomètres ? !

4- La politique en cours

Que ce soit la loi, son projet, ses préparatifs ou ses visées, le tout découle d’une politique inéquitable et polarisée. Une politique justifiée, peut-être, par les titres de vos doubles fonctions de Chanoine d’honneur et de Président d’une République laïque. Mais c’est une attitude qui démontre à quel point l’Islam est mal perçu : Lors de votre visite au Vatican, le 20 janvier 1996, (première visite officielle depuis celle de De Gaule, en 1959) vous avez insisté sur le caractère chrétien de la France, « fille aînée de l’Eglise, par sa fidélité catholique » et par « son dynamisme missionnaire » Le discours se termine sur la Sainte alliance de la France et du Vatican, en précisant : « Voilà pourquoi la France et le Siège Apostolique ont vocation à travailler ensemble, toujours plus étroitement », en concluant par des vœux « pour l’accomplissement des desseins de Son pontificat »

Intronisé Chanoine d’honneur en la Basilique de Saint Jean de Latran, vous avez précisé que votre présence était « le gage de relations fécondes, de relations à poursuivre et nourrir entre la France et le Saint-Siège en même temps qu’entre l’Eglise et l’Etat » C’est justement ce que vous êtes en train de réaliser, nonobstant la sainte laïcité !

Une déclaration d’allégeance aussi nettement exprimée à l’égard de l’Eglise, n’est pas de mise, me semble-t-il, avec un pays qui insiste avec pompe sur sa laïcité, sur sa séparation du politique et du religieux. Ce n’étaient point là des formules de simple courtoisie, mais une politique d’Etat, puisque Monsieur Pierre Morel, Ambassadeur de France au Vatican, déclara dans son discours d’entrée en fonction, que votre présence, en tant que Chef d’Etat « se veut bien davantage que la seule perpétuation d’une ancienne tradition. Elle entend témoigner de la fidélité de mon pays, dit-il, à ses origines, aux sources de sa culture et de sa civilisation », et de conclure en insistant sur « le dépassement d’un blocage ancien autour de ce que nous appelons la laïcité » !

Dans un entretient accordé le 20 novembre 2001 au journal catholique La Croix, le Premier ministre Lionel Jospin dit distinctement : « Après 1988, ministre de l’éducation nationale, j’ai veillé, quand nous avons fait la réforme des rythmes scolaires, et à la demande de mes interlocuteurs catholiques, à ce que cela n’affecte pas le catéchisme »

De ce qui précède, souligner la « fidélité catholique » de la France, son « dynamisme missionnaire », et ses vœux « pour l’accomplissement des desseins » de Jean Paul II, prouve incontestablement le rôle contradictoire d’une politique abusive, d’une double appartenance, qui ne peut servire un maître sans porter atteinte à l’autre. On ne peut être fidèle à deux voies aussi antagonistes. Dépasser un « blocage » veut dire surmonter sa raison d’être, qui est ici ce que vous appelez la laïcité.

La fidélité catholique de la France et son dynamisme missionnaire lui font assumer les deux tiers de la charge des missions de par le monde. Il est clair que la France n’est plus tout à fait laïque : La laïcité de combat, inspirée par l’anticléricalisme décline subrepticement, se meurt lentement mais sûrement, car une laïcité ouverte, probe et conséquente avec ses critères, exige un traitement équitable à l’égard de tous les cultes, sans la moindre différentiation.

La clarté des prescriptions coraniques revient au fait qu’il n’y a point d’ « alchimie » imposée par un obscurantisme quelconque, point de messianisme, point d’histoire organisée, remaniée, réajustée ou manipulée, point de messie, de médiateur ou de médiation ourdie, point de rédempteur ou de rédemption ! Un simple choix à faire entre le bien et le mal, entre le licite et l’illicite, entre le chemin de rectitude, nettement prescrit, Un choix perpétuel que doit faire chacun des êtres humains, et qui le place tout seul, face à son Créateur, n’ayant que ses propres actions, délibérément choisies, pour passer son examen du Jugement Dernier.

L’Islam marque une distinction absolue entre la Transcendance d’Allah et tout le reste des univers. L’Islam nous impose le devoir de vénérer tous les Prophètes qui ont précédé Muhammad (et non le Mahomet francisé), sinon nous manquons à notre foi. Vénérer Jésus, le Prophète, et sa mère, la très sainte, qui se préserva de toute souillure, fait partie intégrante de notre foi. Aucun Livre sacré, , ne lui accorde une place aussi distinguée d’entre toutes les femmes de la terre ! Aucun Livre sacré ne leur accorde, à tous deux, une place aussi privilégiée.

Les vrais problèmes qui ravagent le monde, la faim, la misère, les épidémies, les problèmes de l’environnement, la course aveugle à l’armement, les arrogantes rodomontades de la politique internationale, la myopie obstinée à vouloir imposer à tout le monde un seul système politique, social, économique, culturel et religieux, sous titre de mondialisation, pour la simple raison d’une prétendue supériorité matérielle, tout cela, et la liste est bien plus longue, nécessite vraiment que l’on monopolisât gouvernements et parlements, pour trouver des solutions radicales, humaines, et non un pauvre petit foulard qui ne touche en rien à la laïcité.

En remerciant votre patience pour la lecture, croyez-moi, Monsieur le Président, je ne trouve pas de mots pour exprimer la déception, la désillusion et l’humiliation de voir la France, tellement chérie dans nos cœurs et idéalisée dans nos esprits, aller au bord d’un tel abîme ! C’est peut-être facile à dire, mais le bouleversement que cela nous cause est vraiment triste à vivre. Puisse la méditation impartiale de cette lettre vous porter conseil...

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’hommage de mon profond respect.

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