Samedi 11 février 2012

Les élections présidentielles en Algérie : <b>un non événement</b>

Nous citerons deux phénomènes qui montrent l’état de délabrement et de dislocation de la société qui font que l’Algérie n’est plus le lieu d’une communauté de sens. En dix ans, la société algérienne a été dévorée par une agitation effrénée et une avidité sans borne pour l’amour de la richesse. L’argent est devenu la valeur suprême : le principe et le but de la conduite sociale. Plus que les catastrophes naturelles vécues par les Algériens, l’argent détruit tout sur son passage et arrive par déraciner tout un peuple et à l’asservir au temps économique. Il sape en profondeur les valeurs d’une société, effrite le corps social et le réduit à une masse d’individus incapables de donner sens à leur vie en commun.

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En novembre 1994, dans un sursaut
civique et patriotique, afin d’éviter que l’Algérie ne sombre totalement dans
l’horreur dont le coupable, suite à une campagne médiatique bien orchestrée,
était désigné d’avance, l’islamisme, et accréditer ainsi la thèse des
« Janvieristes class=MsoEndnoteReference> style=';'>[1] »
qui se présentent comme les sauveurs de la « république » pour
procéder, par la suite, à une véritable mainmise sur les richesses de
l’Algérie, des partis politiques (FLN, FFS, FIS, PT, MDA, ENNAHDA, JMC) et
Maître Ali Yahia Abdenour ( Président de la Ligue algérienne des droits de l’homme)
qui représentent la grande partie du peuple se sont réunis dans la
capitale romaine à Sant Egidio pour jeter, sur la base d’une plateforme
politique, les fondements d’une république ouverte à toutes les composantes
politiques de la société. De l’Algérie éradicatrice à l’Algérie inclusive.

Certes, c’était la première fois
dans l’histoire de l’Algérie indépendante qu’une action politique d’une telle
symbolique échappait à la volonté du régime et à son contrôle. Même si
celle-ci n’était pas dirigée contre lui, car la main lui a été tendue pour que
les deux parties trouvent ensemble une issue politique à la crise, la réponse
du pouvoir ne s’est pas faite attendre : rejet catégorique de cette offre
politique.

Le jour même, au journal télévisé
de vingt heures, le Ministre de l’extérieur de l’époque, Ahmed Attaf, à la
question « quelle est l’attitude du pouvoir face à l’offre du dialogue de
l’opposition réunie à Rome ? », apporte une réponse elle aussi
historique, mais dans un sens complètement opposé car elle assène le coup de
grâce au grand espoir démocratique que les événements d’octobre ont fait naître :
« un non évènement ». Cette réaction viscérale est significative de
la culture politique d’un régime qui juge toute action politique échappant à
son contrôle comme une menace directe à son existence.

C’est toujours le vieux réflexe de
la citadelle assiégée, de l’unité nationale menacée, qui surgit pour plus
d’encerclement politique et d’autoritarisme, pour bloquer toute ouverture à un
changement politique.

« Un non événement »
comme réponse à une rencontre historique qui a fait date car elle était et
reste la plus grande réalisation politique de l’Algérie indépendante. Face au
rouleau compresseur de l’Etat pour asseoir sa domination sur la société, des
forces politiques se sont soulevées pour tenter de constituer un rempart et
éviter à l’Algérie la soumission populaire du présent.

Depuis le lourd tribut payé par le
peuple lors des évènements d’octobre 1988 et la courte parenthèse d’éclaircie
qui s’en est suivie, une éclaircie qui a rendu le ciel d’Alger plus beau que
jamais, la rencontre de Rome est venue revivifier le souvenir de cet éclat de
vie ; en tournant le dos à la main tendue, le régime a apposé le sceau sur son
divorce avec le peuple.

Avons-nous connu depuis 1994 une
action politique réelle ayant soulevé l’espoir du peuple ? Ne sommes-nous
pas devenus des spectateurs impuissants n’ayant aucune prise sur la réalité des
choses ?

Même devant le rendez-vous le plus
important dans la vie politique d’une nation qu’est l’élection présidentielle,
n’assistons-nous pas, depuis 1995, à une pièce de théâtre dont on connaît
l’acteur et les figurants mais dont on ignore l’identité de l’auteur et celle
du metteur en scène ? Au temps des Grecs, lorsque le peuple était invité
au théâtre pour assister aux tragédies qui n’étaient qu’une mise en scène de son
histoire, cela finissait par un grand moment fusionnel entre l’assistance et
les acteurs car la vérité se déployait sous leurs yeux dans toute sa
transparence.

Le peuple et les acteurs sont en
total accord avec leur histoire et leur présent. Comment qualifier alors cette
élection présidentielle de 2009 où n’existe même pas un semblant d’enjeu car le
pouvoir n’est plus dans la capacité d’en fabriquer ? Il a entretenu
sciemment le silence sur la question de la présentation ou de la non
présentation du Président à sa propre succession.

Le but est de faire de la question
de sa candidature à l’élection présidentielle (va–t-il se présenter ou
non ?), de ce doute artificiel le véritable enjeu afin que sa candidature,
déjà mise en route par le bruit des zélateurs dont le « Ouhda
thalitha » « Ouhda thalitha » (un troisième mandat) retentit
dans toute l’Algérie et opère comme le grand mensonge : à force d’être
répété, le slogan prend l’habit de la vérité, et se propose comme une délivrance,
un soulagement : je vous ai entendu, me voici.

A défaut d’enjeu dans les élections
présidentielles dans l’Algérie d’aujourd’hui et d’hier, le régime, depuis son
installation en 1962, cultivant la culture du complot et de l’exclusion, a
réalisé son vieux rêve : faire le vide politique autour de lui. Ainsi, la
candidature du Président à sa propre succession libère le peuple de cette
appréhension d’une peur diffuse qui a pris la forme de cette
interrogation : qu’allons-nous devenir sans lui ?

Le 9 avril, le peuple est sollicité
pour venir remercier son « Roi » de l’avoir libéré de cette angoisse.
Mais le « Roi » ne peut jubiler que si le peuple défile devant lui en
masse, orné de ses plus belles parures comme dans une fête des mille et une
nuits ! D’où la panique qui s’empare du pouvoir à l’idée que l’artifice et
la sorcellerie orchestrés depuis presque un an perdent leur effet sur la
société dont une bonne partie, dans un sursaut civique, refuse le déshonneur er
renonce à participer à des élections présidentielles qu’elle juge comme un
non événement.

Ce refus prend le sens d’une grève
du politique et porte le nom du boycott. Le pouvoir ayant déjà tourné le dos à
la société à un grand moment de son histoire en 1994, comment ne pas le
boycotter en avril 2009 alors que cette élection est la mise à mort de
l’Algérie civique ? Tout homme doué de bon sens sait que ces élections
sont vides de tout enjeu !

Peut-on réduire une élection
présidentielle où s’engagent les choix décisifs d’une nation à un simple calcul
de projets réalisés et des chantiers à poursuivre ? Sommes-nous devant une
élection pour élire un Président ou un chef de chantier, alors que le concerné
a déjà fait l’aveu de son échec dans ce domaine et qu’il n’existe pas un espace
bâti d’un kilomètre2 bon à vivre pour l’Algérien de base ?

Nous citerons deux phénomènes qui
montrent l’état de délabrement et de dislocation de la société qui font que
l’Algérie n’est plus le lieu d’une communauté de sens. En dix ans, la société
algérienne a été dévorée par une agitation effrénée et une avidité sans borne
pour l’amour de la richesse. L’argent est devenu la valeur suprême : le
principe et le but de la conduite sociale. Plus que les catastrophes naturelles
vécues par les Algériens, l’argent détruit tout sur son passage et arrive par
déraciner tout un peuple et à l’asservir au temps économique.

Il sape en profondeur les valeurs
d’une société, effrite le corps social et le réduit à une masse d’individus
incapable de donner sens à leur vie en commun. Il est aisé de parler de
l’Algérie et de notre amour pour celle-ci, mais quand il s’agit de parler des
Algériens, un long et lourd silence s’impose….

Dans une Algérie meurtrie, où
l’ensemble des institutions étatiques (armée, justice, parlement, gouvernement,
présidence…) ont perdu leur crédibilité, à qui incombe la responsabilité de
redresser le pays ? Certains pays, l’Italie et l’Espagne par exemple, ont
pu trouver à un moment crucial de leur histoire une institution en laquelle le
peuple avait confiance et qui a pu sauver leurs pays de la dérive :
l’institution judicaire, dans le cas de l’Italie, avec « Opération
mains propres
 en 1990 », et l’institution monarchique en la
personne de Juan Carlos en Espagne comme garante de la transition démocratique
après la dictature de Franco.

En 1999, il ne restait aux
Algériens que la cellule de base, la famille, pour entreprendre le travail
colossal de ressouder et tisser le lien social. Le culte de l’argent, la
rapacité et la mesquinerie, la soif de richesse, érigés comme valeurs suprêmes
en Algérie où la spoliation tient désormais lieu de culture, ont fini par
détruire le sens des valeurs familiales. Aucune famille n’a été épargnée par ce
phénomène.

L’effritement de la famille a été
accéléré par l’introduction du téléphone portable qui a pris la forme d’une
conquête de liberté : l’Algérien semblait dire : « je communique
donc je suis libre ». Comment expliquer l’expansion du marché des
téléphones portables, chaque membre de la famille en possède un alors que le
téléphone fixe est quasiment absent des foyers ? Au lieu de s’adresser à
une famille, de communiquer avec un de ses membres, on n’a affaire qu’à des
individus. Les portables établissent des frontières entre ses membres et des
ilots se forment à l’intérieur de la maison. En plus d’être le dénominateur
commun d’une famille, le téléphone fixe permet l’accès à l’Internet pour un
plus d’information, de liberté et d’ouverture sur le monde

. Cette réalité sociale où le
« moi » redevient la valeur centrale trouve sa parfaite traduction
dans l’expression populaire « nafsi, nafsi », « ma personne, ma
personne » et montre à quel niveau, à quel état de déchéance est tombé le
peuple algérien. En l’absence réelle de toute institution capable de redresser
le pays, l’Algérie s’agite, bouge, se convulse mais ne change pas car elle est
enfermée à l’intérieur d’un système bloqué.

Le deuxième exemple, qui reste à
jamais une souillure sur le front de l’Algérie contemporaine et devant lequel
tout s’effondre, tout s’écroule, nous disons bien tout s’écroule, c’est le
phénomène des « Harragas ».

Quel jugement porter sur un pays
incapable de garder ses enfants ? Comment, au moment où l’Algérie
ruisselle d’or, où des sommes colossales se volatilisent, des Algériens se
sentent acculés au choix ultime de préférer que leurs corps jonchent les côtes
européennes, ou disparaissent en mer que de vivre parmi les leurs ?
Comment, alors que l’écho des chants patriotiques continue de résonner dans nos
oreilles, nous, qui avons fait du sacrifice pour la patrie notre valeur
suprême, avons-nous amené nos enfants, au prix de leur vie, à fuir le
pays ? Comment en sommes-nous arrivés à cette forme négative de
l’héroïsme ?

Il faut un mélange extrême de
désespoir, de courage et de rêve pour tenter cette expérience folle.
Les « Harragas » ne sont pas des gens qui grillent les
frontières mais ce sont avant tout des personnes qui fuient un feu qui les
consume lentement. La métaphore largement utilisée par ces jeunes est
l’expression populaire « Sahd », qu’on peut traduire par la chaleur
intense que produit le feu qui nous oblige à reculer, à fuir….

Ce phénomène est le refus de la
stratégie politique du régime qui veut asseoir à jamais la soumission populaire
et briser toute tentative de résistance. A défaut d’un sol politique où l’acte
de résister pourrait trouver ancrage et enracinement, les
« Harragas » fuient aussi la condition humaine à laquelle la
soumission populaire les attèle. Le phénomène des Harragas est la mise à nue du
discours politique de l’Algérie depuis l’indépendance : il résume à lui
seul l’impasse politique de la société algérienne.

Cette impasse est la conséquence
logique de l’exclusion du peuple de l’équation politique. Le pouvoir a toujours
été monopolisé par les différents clans dont la constitution remonte à la
période 1954-1962 et qui arrivent, au-delà de leur différence, à être d’accord
sur l’essentiel : imposer leur volonté au peuple. Le mystère et le voile
entretenus sur cette période n’a d’équivalent que l’opacité dans laquelle
s’effectue la valse des changements d’équipes gouvernementales et l’identité
des commanditaires des massacres de la « décennie rouge ». La vérité
sur les souffrances du peuple algérien dépend de la vérité sur cette période de
la guerre de libération.

D’où la culture du complot, de
l’intrigue, des assassinats, de l’arbitraire, de la peur, du chaos comme mode
de gestion du politique. Le phénomène des « Harragas » signe la
faillite de l’idéologie nationale et avec elle son produit naturel, l’Etat nation,
tels qu’ils ont été théorisés en Algérie depuis l’avènement du FLN en 1954 href="#_edn2" name="_ednref2" title=""> class=MsoEndnoteReference>[2],
un Etat qui a trahi la mission qu’il devait accomplir après
l’indépendance : la consolidation de la Nation et son développement. Il s’est solidifié historiquement en devenant un appareil répressif contre la société
pour la soumettre et asseoir ainsi sa domination ; une idéologie nationale qui
a trahi sa conscience nationale de sa période révolutionnaire en bouchant
l’horizon des réformes démocratiques et renforcer la mainmise d’un petit nombre
de personnes à l’appétit féroce sur les ressources du pays comme sur le destin
du peuple.

C’est pour cette raison que l’Etat
national dans l’exercice du pouvoir politique n’est plus assimilable à une
force de libération mais à une force de domination et se présente comme le
véritable obstacle au changement démocratique. Nous pourrions dire,
contrairement à la doxa des bien-pensants nationaux, que l’Algérie n’est pas
malade de sa religion class=MsoEndnoteReference> style=';'>[3]
mais de son Etat. Par son refus radical d’instaurer un dialogue ouvert,
constructif et sincère avec l’ensemble des forces politiques, l’Etat national
expose le peuple à des conflits certains car il le maintient dans un rapport
conflictuel avec sa propre histoire et son présent.

Pour appuyer la thèse que le monde
arabe est malade de son état et non de sa religion, il suffit de repenser les
deux dernières guerres du Moyen-Orient de 2006 et 2008. Les deux mouvements
sociaux, le Hizbollah au Liban comme le Hamas en Palestine, ont forgé leur
culture de résistance dans l’inspiration religieuse. Ces deux mouvements sont
nés dans des pays où l’Etat national est fragile. Les deux mouvements ont
d’abord été critiqués par leurs Etat respectifs et jugés comme aventuriers,
exposant leur pays à la destruction.

L’Etat national était le premier
adversaire de ces mouvements. L’un cultive la culture de la résistance et
l’autre la culture de la renonciation et de la soumission. L’acte de résister
au présent est la conséquence d’une vraie stratégie de résistance élaborée
depuis des décennies. Il en est de même de la culture du renoncement :
elle s’est implantée au fil des ans. Les peuples bouillonnaient alors que les
Etats nationaux étaient figés dans leur immobilisme. Il a fallu attendre une
semaine pour que les Algériens brisent le carcan répressif de l’Etat pour
sortir manifester leur soutien au peuple de Gaza.

Comment expliquer que ce peuple
qui jouit d’un grand capital symbolique dans le monde arabe au vu de son
sacrifice n’était pas dans la rue le jour même de l’agression, de même que ses
représentants nationaux ? Comment se fait-il qu’aucun parti n’a appelé
officiellement à une marche de soutien ? Il a fallu l’explosion de la
colère populaire après la prière du vendredi pour que la voix des Algériens
arrive aux Gazaouis. L’Etat national a réagi par la répression contre les
manifestations spontanées du 3 janvier 2009. Allons- nous, devant cette
défaillance de l’Etat national, continuer à le considérer comme un horizon
indépassable de notre destin politique !

Le « Harraga » n’est-il
pas la preuve vivante de sa faillite dans la construction de l’Algérien
nouveau ? Le « Harraga » n’est- il pas la preuve criante que le
peuple, dans sa condition de dominé, sa situation est restée immobile soit
autant que colonisé hier ou indépendant aujourd’hui ? Le
« Harraga » n’est-il pas la pièce à conviction qui délégitime toute
la propagande des janvieristes basée sur le danger de l’islamisme et
atteste que la nature du problème algérien est avant tout une question sociale
et politique avant d’être une question idéologique ? L’inégalité sociale
en Algérie entre les riches et les pauvres n’est-elle pas similaire à celle de
la situation coloniale entre colons et indigènes ?

La même inégalité sociale est
présente dans l’Egypte actuelle comme elle l’était avant la révolution
nationaliste de 1952. Même si l’indigénat était une situation indépassable du
fait de la situation coloniale, la pauvreté pour le peuple est elle aussi
inévitable dans la situation de l’Etat national-prédateur. Au nom du combat
contre le danger de l’islamisme, le pouvoir nationaliste a fait avorter la
dynamique du changement démocratique, il a tué les aspirations de justice
sociale pour une meilleure distribution des richesses nationales et a étouffé la
demande de liberté pour plus de dignité et de participation dans la vie
politique.

Au nom d’une idéologie nationale
opposée à l’idéologie islamique présentée comme une menace pour l’unité
nationale, c’est l’accès à la citoyenneté qui a été refusée au peuple algérien
et a fait basculer l’Algérie dans la terreur interne. En refusant au peuple
l’accès au politique par la voie des urnes, le pouvoir nationaliste apporte la
preuve de son double échec : […], mais l’Etat algérien a raté
doublement la constitution d’un espace national et l’institution d’un espace
politique  class=MsoEndnoteReference> style=';'>[4] ».

L’élite nationale, défendant la
modernité contre l’archaïsme et la tradition véhiculés par le discours
religieux, ne reprend-t-elle pas à son compte le discours civilisationnel du
colon ?

Rien à changer sous le soleil
d’Alger. Les « Harragas » sont le signe que l’Algérie de 2009 est au
pire moment de son histoire.

Le renforcement de la législation
en Algérie comme en France pour éradiquer ce phénomène, en pénalisant les
concernés quand ils sont repêchés en mer en Algérie et en poursuivant
juridiquement les personnes qui leur apportent secours et assistance en France,
prouvent que l’ordre mondial capitaliste a assigné aux pays du Sud la mission
de maintenir ses déshérités dans leurs prisons nationales. Et aux citoyens de
l’Europe transformée en forteresse de se recroqueviller autour de leur petit
bonheur et de perdre leur âme. L’appareil judiciaire et l’intimidation
policière sont mis à contribution pour éradiquer ce fléau. Cette guerre déclarée
aux pauvres se veut sans témoins.

Ce n’est pas la pauvreté en soi qui
pose problème car celle-ci a toujours existé, mais la manière par laquelle
elle se manifeste aujourd’hui, (des personnes par centaines sont prêtes à
mourir pour fuir leur condition, où encore pour grossir les intérêts des
actionnaires de l’économie virtuelle des milliers de gens de l’économie réelle
sont jetés dans la rue) prouve que l’injustice et l’inégalité sont au cœur du
système capitaliste mondial.

C’est pour cette raison qu’il faut
saluer la réalisation du film Welcome. Saluer en lui cette poignée de
tendresse et de révolte qui traverse tout le film. Saluer la rencontre de deux
vies humaines complètement différentes, et qui ont fini par se nouer dans un
destin commun pour en faire une relation filiale. Dans le drame de Welcome
se joue le destin de notre dignité humaine. Hier comme aujourd’hui, la grandeur
de la France est mieux incarnée par la voix de ses hommes libres que par celle
de la France officielle.

Les tragédies continuent à se
produire dans le Sud et n’arrivent sur le sol européen que leurs retombées.
N’est-il pas arrivé le temps d’un véritable sursaut civique en France pour plus
de tendresse et de sensibilité pour des pays en souffrance dont ils partagent
une grande part de responsabilité ? Y a-t- il pour les Français une nation
plus présente dans leur histoire et leur conscience que la nation
algérienne ? « La guerre d’Algérie a marqué la jeunesse d’il y a
trente cinq ans. Elle continue à marquer d’une manière silencieuse la jeunesse
d’aujourd’hui. Qui donc oublie sa jeunesse ?

Personne, ni hier ni aujourd’hui.
Les Algériens manifestent depuis quelques jours pour la démocratie. Il faut les
soutenir, et pour cela retrouver la mémoire vive title=""> style=';'>[5] ».
Retrouver la mémoire vive pour Alain Joxe devait se traduire par
« repentons-nous sur l’Algérie et parlons vrai  name="_ednref6" title=""> class=MsoEndnoteReference>[6] ».
Cette repentance et ce parler vrai auraient été salutaires pour les Algériens
et les français si son appel a été suivi : « L’opinion politique
française doit prendre position : peut-elle soutenir une dictature
militaire sanglante proche de l’Europe au nom de la défense des droits
républicains ? La réponse est non. Les républicains en France doivent
prendre parti beaucoup plus clairement contre ce régime et soutenir ses
opposants  class=MsoEndnoteReference> style=';'>[7] ».

Hélas, la position de la France officielle et de ses faiseurs d’opinions* s’est inscrite dans le prolongement de la
propagande des militaires algériens sur le danger islamiste. Dans cette
hystérie bien orchestrée, les voix dissidentes ne pouvaient faire contrepoids.
L’Algérie a sombré dans l’horreur pour engendrer un nouveau type de despérados,
les « Harragas ».

Se repentir c’est lever le voile
sur l’épisode le plus noir de l’histoire de la France durant la guerre d’Algérie, quand furent votés les pleins pouvoirs aux militaires en
1956 et que l’Algérie française est devenue une province militaire. Les
massacres, les exécutions et la torture sont les caractéristiques des régimes
militaires.

Les mêmes pratiques employées par
l’armée française sont présentes dans l’Algérie des militaires, à commencer par
le Comité National de la Sauvegarde de l’Algérie (CNSA) né au lendemain de la
victoire du FIS aux élections législatives de décembre 1991 dont la filiation
est le Comité de Salut Public créé en 1958. L’appui et l’encouragement que les
militaires algériens ont trouvé dans la France officielle de 1992 a laissé la partie la plus défavorisée de la population algérienne exposée à tous les
dangers possibles.

Le repentir de la France serait un grand pas pour la connaissance de la vérité sur l’histoire de la guerre
d’Algérie (1954-1962). Les deux peuples sont victimes de cette méconnaissance
qui les expose à des malentendus passionnés et continuels. Trop de cadavres
sont dans les placards et habitent nos mémoires. Une grande partie des
souffrances actuelles des Algériens est liée à la période de la guerre
d’indépendance. Le pouvoir en Algérie reste un enjeu entre les clans qui se
sont constitués durant cette période. La dernière révision constitutionnelle en
est une preuve supplémentaire.

Même si elle vise dans sa finalité
à faire de la Présidence le centre du pouvoir et affranchir celle-ci de toute
subordination à d’autres forces, il n’empêche que c’est une lutte à l’intérieur
des clans qui a exclu le peuple qui est toujours la victime. Cette absence de
repentance a conduit la France à faillir en 1992 en renonçant à accompagner la
jeune démocratie naissante et à devenir quelques années l’otage de cette
dictature militaire quand celle-ci a exporté la guerre civile sur le sol
français.

Et maintenant, ce sont les corps
des « Harragas » qui échouent sur les plages européennes. Une Europe
que les gouvernements successifs en France ont tout fait pour décourager à
interpeller fermement le pouvoir algérien sur la question des Droits de
l’Homme. Les gouvernements successifs français « se sont accommodés
d’une attitude anti-démocratique concernant l’Algérie. D’abord parce que leur
complaisance a grandement aidé au torpillage de la jeune démocratie algérienne.

Ensuite parce que tout est fait
pour priver l’opinion française de l’information démystificatrice qui lui
permettrait d’évaluer les responsabilités françaises dans le drame algérien.
Sans le clair-obscur des discours dominants sur l’Algérie d’hier et
d’aujourd’hui, les Français seraient plus nombreux à déplorer l’insensibilité
de la France officielle aux terribles souffrances qui continuent d’être
infligées au peuple algérien par les aventuriers francophiles de l’éradication,
quarante ans après les crimes commis au nom de la « pacification href="#_edn8" name="_ednref8" title=""> class=MsoEndnoteReference>[8] ».

Les partisans de l’intégrisme
éradicateur ont prouvé dans leurs pratiques que rien ne les distingue des amis
du Général Massu et tout les différencie des personnes tels que l’Emir
Abdelkader, Mokrani, Bouamama, Messali, Ferhat Abbas, Benkhedda, Larbi Ben
M’hidi.

Comment est-il possible d’admettre
qu’une grande partie de la doxa française a pu qualifier les militaires
algériens, et à leur tête Khaled Nezzar, comme les défenseurs et les représentants
de la modernité ?

Le journal Le Monde, une
décennie plus tard, retrouve la voie de la sagesse et du bon sens et utilise le
terme qui sied parfaitement au Général Nezzar : un militaire fruste
(je cite de mémoire). N’est-il pas temps pour les héritiers des Lumières de
sortir de leur dogmatisme et de comprendre qu’il n’existe pas une seule forme
pour passer à la démocratie * ? La démocratie n’est pas une idéologie mais
un mode de gestion que chaque pays construit à partir de son histoire propre.

L’agitation de l’épouvantail de
l’Iran a mobilisé l’opinion française qui a épousé les thèses des éradicateurs
algériens en 1992 : nous voyons maintenant où est arrivé l’Iran et où
s’est enfoncée l’Algérie. L’Iran a fait de son peuple l’acteur de sa métamorphose
en puissance et, en Algérie un Etat exclue et asservit le peuple.

Comment, en pleine guerre civile et
même après, naissent des partis portant le sigle de l’identifiant national
(Rassemblement National Démocratique (RND), Alliance Nationale des Républicains(ANR) ?
C’est comme si dans la philosophie de l’idéologie nationale, l’indépendance
nationale n’a pas encore eu lieu. Quelle est l’identité du nouvel ennemi selon
elle ? Par qui et par quoi se sent-elle menacée ? La citation de Hélé
Béji nous livre le vrai visage de l’idéologie nationale : « L’état
national conquis sous l’impulsion des opprimés dans la maturité nationale de
leur révolte est déclarée menacée par ces mêmes opprimés. L’idéologie nationale
part en guerre contre sa propre société class=MsoEndnoteReference> style=';'>[9] ».

Sommes-nous, Français ou résidants
musulmans originaires de ces pays du Maghreb, principalement l’Algérie et le
Maroc, responsables du sort des « Harragas » ?

Le deuil de leur famille ne doit-il
pas être aussi le nôtre ? Peut-on se contenter de considérer leur drame
comme étant le produit d’une aventure personnelle ou celui d’un phénomène de
société ? Avons-nous le sentiment d’être coupable qu’une partie de nos
enfants de nos pays d’origine n’ont pour seul horizon que de rejoindre l’Europe
ou de mourir en mer ? Et quel avenir préparons-nous à nos enfants dans le
pays d’accueil ? La présence musulmane est sommée de répondre à la
question que toute génération est sensée se poser : quelle mission dois-je
accomplir pour que ma présence soit constructive ?

Comment se fait-il que les
Français considèrent l’Islam comme la religion menaçant le plus leur
identité ? Pourquoi l’image de l’islam continue-t-elle à rester négative
dans l’inconscient collectif des Français ? N’est-il pas temps pour la présence
musulmane de considérer la tâche d’inverser cette image et cette tendance comme
la plus urgente ? Peut-on imaginer, à l’instar du mouvement des droits
civiques des Noirs aux Etats-Unis de 1968 et qui a donné par la suite un
Président noir à la Maison Blanche, que du sein de la Marche des Beurs pour
l’égalité et contre le racisme de 1983 sortira un Président musulman à l’Elysée ?

La réponse est non. La naissance
du Mouvement des indigènes de la république en est la preuve. Comment se
fait-il que presque vingt cinq après, une génération, les descendants de cette
marche ont été amenés à se définir comme les indigènes de la
république ?
Ce mouvement prouve les limites philosophiques de
celle-ci ; il en est la relève et la négation ? Le constat d’indigène n’est
que la contrepartie de la persistance de la présence de la mentalité coloniale
dans le paysage de la République. Une situation assumée et dénoncée à la fois.

Le plein accès à la citoyenneté
défendu par ce mouvement le place dans une lutte citoyenne contre
« l’indigène d’élite » au service de l’idéologie dominante et des
ambitions personnelles des individus et pour inscrire la diversité culturelle
dans le paysage politique français. C’est pour cela que la nomination de
quelques figures maghrébines dans les deux gouvernements de droite n’est
nullement la consécration du mouvement de lutte de reconnaissance de leurs
droits.

Le combat des Noirs en Amérique n’a
porté ses fruits que parce qu’il s’est inscrit pleinement à l’intérieur de
l’espace national et politique des Etats-Unis. La présence musulmane doit faire
sa mutation de population émigrée en population citoyenne. Nous sommes là. Et
nous n’avons pas à nous excuser d’être là. Nos grands-parents et nos pères ont
payé de leur sang et de leur sueur pour libérer et faire fructifier le sol
français. Cette inscription de la présence musulmane dans l’espace nationale et
politique doit être totale.

Pour être pleinement positive et
constructive elle doit s’affranchir doublement et de la tutelle politique et de
son allégeance à son pays d’origine. La citoyenneté est à ce prix. A défaut de
cet affranchissement, elle se trouve dans un vide idéologique et sociologique
où elle n’est citoyenne ni en France ni dans son pays d’origine. Est-ce cet
avenir que nous voulons pour nos enfants ? C’est de cette situation dans
laquelle on veut la fixer dont elle doit sortir.

Le combat pour la citoyenneté de
la présence musulmane portera doublement ces fruits : une pleine
citoyenneté en France et une démocratisation de nos pays d’origine. Ainsi,
l’idée de retour, pour ceux qui le désirent prendra forme ; et le désir de
s’installer en Algérie sera d’actualité. Une nouvelle histoire verra le jour
entre nos deux peuples. C’est cette mission qui incombe à la présence musulmane
en France.

L’exigence de la vérité infléchit
l’activité de la pensée à engager notre être dans un processus de fusion avec
les causes du peuple. C’est là où logent la souffrance et la contestation, et
c’est aussi là où logent la vérité et la justice. Toute activité de la pensée
qui tourne le dos aux aspirations du peuple et se présente comme un obstacle à
son émancipation est au service de la puissance, du maître du présent, et, si
elle résulte d’une position altière et arrogante n’ayant foi que dans ses propres
lumières, elle conduit son auteur jusqu’à l’aveuglement. Dans les deux cas, la
pensée est au service de la barbarie.

Dans notre cas, nous avons fait
corps avec le peuple. A l’image de ceux qui sont sortis, ce vendredi 3 janvier
2009, pour dire aux Gazaouis que leur souffrance est aussi la leur, bravant
l’interdiction de l’état d’urgence dans un pays qui a fait de l’espace public
une propriété exclusive du pouvoir, affrontant ainsi la réaction oppressive
d’un régime dont la mission est de faire de la soumission populaire la nouvelle
condition du peuple algérien, à l’image aussi de ces Harragas qui se lancent
dans une lutte à mort avec la mer dans une quête de l’impossible, penser, pour
nous, (en citant Nietzsche de mémoire), c’est écrire avec son propre sang. Le
boycott comme symbole de grève du politique est le signe d’un nouveau
commencement du retour du peuple sur la scène historique.

L’instauration de sa volonté sur
le sol politique ne sera qu’une question du temps. Celui-ci a toujours travaillé
au service de la vérité et de la justice. Le peuple algérien, depuis les années
40, a toujours été plus grand, dévoué jusqu’au sacrifice de soi, plus généreux
que tous ceux qui ont parlé et gouverné en son nom. Ces dirigeants se sont
toujours sentis plus grands que l’Algérie qu’ils étaient censés servir et plus
grands aussi que l’idée qu’ils portaient lorsqu’ils en avaient une.

Le pouvoir nationaliste ne lui a
donné que des Maitres alors qu’il méritait des serviteurs. Si Chadli se sentait
investi de la volonté générale, dépositaire de la souveraineté nationale et
responsable du destin du peuple, aurait-il capitulé devant la pression des
militaires ? Il n’a respecté ni son engagement de Président, ni son
honneur de militaire, ni sa dignité d’homme en n’allant pas jusqu’au bout du
processus électoral ? Peut-on imaginer qu’un Président élu par le peuple
abandonne celui-ci en pleine tempête ? Aucun homme investi d’une telle
mission n’aurait placé sa vie au-dessus de celle de ses citoyens ?

Cette attitude est valable pour
tous ceux qui ont présidé au destin de l’Algérie. Ceci est aussi valable pour
les candidats qui se déclarent indépendants : l’actuel président n’a-t-il
pas abandonné les Algériens et les a laissés s’enfoncer dans la médiocrité href="#_edn10" name="_ednref10" title=""> class=MsoEndnoteReference>[10]
en 1979 ? N’est-il pas resté muré dans son silence doré et n’est pas
rentré en 1989 pour contribuer à la construction de l’Algérie démocratique en
fondant un parti ou en accompagnant le processus de l’ouverture pour nous
arracher à notre médiocrité ?

Ceci est valable pour ces partis de
la coalition (FLN, RND, HMS/MSP), ces partis castrés qui se trouvent dans
l’incapacité de présenter un candidat issu de leur formation politique. Ceci
est valable pour les candidats qui se sont présentés en 1999 et n’ont pas fondé
par la suite des formations politiques. Car toutes ces composantes font partie
de l’idéologie nationale : elles ne peuvent ni défendre ni représenter le
peuple.

C’est cette question que les
Algériens doivent se poser quand ils abordent toute élection
présidentielle : à quoi nous invite cette élection présidentielle si ce
n’est cautionner la présidence à vie de Bouteflika que la révision
constitutionnelle a inaugurée ? La présidence à vie, c’est l’absence
totale de questionnement. Et nous savons depuis les Grecs ce que cela
signifie : la mort de la pensée.

Le phénomène des
« Harragas » est le signe qui révèle que l’armée et la classe
politique n’ont pour seule mission que de se partager la richesse du pays,
servir le capital mondial et faire de la soumission populaire des Algériens
leur nouvelle condition en les maintenant prisonniers dans leur espace
géographique. L’idéologie nationale nous promet encore un bel avenir. Comme
toujours, ses lendemains seront de plus en plus terribles pour le peuple.

Le boycott n’est que l’autre nom de
la résistance à la soumission populaire et à ce qui l’accompagne, corruption et
humiliation. Le boycott est l’autre nom de la frontière entre les représentants
de l’Etat prédateur et ses zélateurs et les forces d’opposition qui
représentent le peuple. Le boycott est une décision politique qui s’inscrit
dans notre fidélité au contrat de Rome.

Même si tout semble être joué à
l’avance et que les choses sont sans espoir, cela n’est pas définitif : la
dialectique nous enseigne que les choses ne restent jamais ce qu’elles
sont ; c’est pourquoi nous prônons le Boycott pour signifier notre refus
de la soumission populaire et que nous restons décidés, par les seules armes de
la plume et de l’action politique, à lutter pour un changement de régime
politique en Algérie. Nous ne faisons que traduire politiquement l’expression
populaire qui a accompagné l’Algérie tout au long des années 70 :
« Chaabe fi oued oua el houkouma fi oued » ( le peuple dans une
rivière et le gouvernement dans une autre). Le boycott est la formule de notre
principe d’espérance.



class=MsoEndnoteReference> >[1]
Les « Janvieristes » : Appellation donnée aux instigateurs de
l’arrêt du processus électoral du 11 janvier 1992.

class=MsoEndnoteReference> >[2]
Référence à l’ouvrage de Rédha Malek, Tradition et Révolution, le véritable
en jeu,
Editions Bouchène, 1991. Il faut noter qu’à cette date, une thèse
diamétralement opposée a été développée dans un ouvrage qui a fait date, Le
Malaise arabe, l’Etat contre la nation
, de Burhun Ghalioun en 1991. A lire aussi
l’entretien qu’il a accordé à la Revue Esprit, paru sous le tire
« Le monde arabe malade de son Etat », mars-avril, 1992

class=MsoEndnoteReference> >[3]
Référence à l’article de Mostefa Lachraf, « l’Algérie malade de sa
religion », dans Algérie actualité du milieu des années 90 que je
cite de mémoire.

class=MsoEndnoteReference> >[4]
Olivier Mongin, « Accèder à la démocratie ? (Retour sur le coup
d’Etat algérien) » Esprit, mars-avril 1992 p. 165.

class=MsoEndnoteReference> >[5]
Alain Joxe, « Repentons-nous sur l’Algérie et parlons vrai », Le
Monde,
11/11/997.

class=MsoEndnoteReference> >[7]
Op. cit.

* Référence principalement à Bernard-Henry Levy, André Glucksmann et Alexandre
Adler. Le dernier n’a pas manqué encore de louer l’œuvre de Bouteflika et de
son indispensable et indépassable présence comme rempart contre l’islamisme, Le
Figaro
du 13 février 2009.

[8]
Hamid Lamine, « La France et la politique d’éradication en Algérie »,
colloque d’AIRCRIGE, La Sorbonne, juin 2001. Thème du colloque :
Responsabilités françaises dans les conflits en Afrique. A consulter sur le
site internet d’Algéria-Watch

* Il convient de rappeler le déchaînement médiatique contre la thèse de la
« régression féconde » de Addi Lahouari en 1992 qui utilisait le
vocabulaire de la Démocratie en la définissant comme l’accès du peuple au
politique et le refus qu’une autre volonté, en l’occurrence celle de l’armée
dans le cas de l’Algérie, se substitue et s’impose à celle du peuple.

[9]
Hélé Béji, Désenchantement national. Essai sur la décolonisation,François Maspero, 1982, p.50.

class=MsoEndnoteReference> >[10]
C’est ainsi que Bouteflika a qualifié la réalité du peuple algérien en
1999 ; se prenant pour le sauveur il a menacé de laisser les Algériens
à leur médiocrité. La médiocrité est le produit du régime depuis 1962. La chute
drastique et choquante des bibliothèques municipales où on est passé du chiffre
voisinant le mille à l’indépendance à 25 sur tout le territoire national est
une preuve de l’état d’ignorance dans lequel on maintient le peuple. Dans cette
absence programmée à l’accès au livre, l’Algérie était, et reste, grosse de
tous les dangers possibles.

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Commentaires

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Magnifique l’article, bravo MR.SENADJI. Les trois "mamelles" de l’Algérie après l’indépendance sont "CORRUPTION, CLIENTELISME ET INCOMPETANCE"

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Puisque c’est un non événement , pourquoi en parler !!!

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il n’est plus temps de pérorer , il faut se rendre à l’évidence, les hommes de ce pays l’ont mené à la ruine, place aux femmes ! VOTEZ POUR LOUISA HANOUN .

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Salam

Quand Oumma.com parle de l’Algérie c’est au nom de l’Islam, ou de l’origine ?

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Le nationalisme arabe n’est que le prolongement de la doctrine et de l’entreprise coloniale, autrement dit lié avec des valeurs identiques !Avant même la colonisation, la communauté du maghreb reposait sur des principes authentiquement religieux et non sur le peuple.La foi a libéré les peuples du magrheb et le nationalisme s’est octoyé ces vertus !A quand le magrheb Unis ?

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"nanny", on a déjà des trop d’"acteurs" dans se pays, tu veux y ajouter une "actrice"

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chères soeurs, chers frères, chers ami(e)s,

tout d’abord, pour nanny, je n’ai pas le sentiment que le peuple algérien ai un réel besoin de trotskisme actuellement.

Mahmoud senadji, je partage tout à fait votre analyse. Lors de la rentrée universitaire de 1992, en France, mon professeur de droit constitutionnel et doyen de la fac tenait d’emblée ces propos : "toutes les démocraties d’Afrique sont des dictatures !". J’étais outré et je n’y voyais qu’une posture condescendante et des relents colonialistes. J’étais jeune, né en France et y résidant, et trop fortement imprégné de cette nostalgie nationaliste algérienne qui a bercé mon enfance. Je confondais l’amour de ma famille et la nécessaire connaissance de l’Histoire algérienne avec ma vie de citoyen français, que je me refusais à admettre. Mais étonnemment ce n’est pas en étudiant l’Histoire et la politique que j’ai pu porté un regard plus critique et que j’ai intégré ma citoyenneté française et son nécessaire exercice. C’est en devenant plus musulman que je suis devenu plus citoyen ! C’est l’étude de l’islam et l’amélioration de ma pratique qui ont fait de moi un véritable citoyen français, affranchi de l’endoctrinement algérien ! Certes des événements politiques majeurs comme le refus du résultat des urnes lorsque le FIS gagne les élections m’ont bousculé dans mes convictions. Aujourd’hui je partage les propos de ce professeur de droit (Afrique du sud exclue)et je partage votre regard sur l’Algérie et d’autres pays à majorité musulmane. Lorsque vous dîtes que ces pays sont malades de leur religion je vous suis.

Toutefois il me semble que lorsque vous évoquez la France et les indigènes de la République vous "instruisez à décharge" et que vous n’êtes pas aussi critique à l’égard des citoyens musulmans. Oui "les indigènes de la république" est un mouvement nécessaire et dont l’existence est légitimitée par l’exclusion, l’ostracisme, la justice à deux vitesses, l’existence d’une citoyenneté à plusieurs étages,etc...
Mais moi, nous, musulmans français qu’avons-nous fait pour les autres ? Que faisons-nous pour nos concitoyens non-musulmans ? Quel sont nos engagements pour la préservation de l’environnement, contre la déforestation en amazonie, les conditions de scolarisation dans les ZEP ? Sommes-nous militants, adhérents d’associations de défense des consommateurs ou de lutte contre la précarité ? Non, non, non et non ! Nous descendons dans la rue quand il s’agit du voile ou de la Palestine. Nous débauchons de l’énergie à manifester contre des caricatures, certes provocatrices et grossières, alors qu’il y a tant de chantiers en cours. Ce qui nous préoccupe c’est nous, nous-même et notre condition. C’est pathétique ! Voir à quel point les musulmans ont les nerfs à vifs et sont sensibles à l’actualité médiatique sans aucun esprit critique est consternant.
Nous passons notre temps à réagir sans construire, sans être force de proposition.
Alors oui, parfois nous assistons à des conférences mais en réalité nous consommons du spectacle en admirant des chevaliers blancs. Il n’y a qu’à voir nos concitoyens musulmans s’extasier devant les débats télévisés de Tariq Ramadan, avec chips et soda, en comptant les points du match.
J’étais sur un stand associatif au bourget il y 2 ans. Seul un imam était resté avec moi mais il a dû s’absenter. Il m’a dit avant de partir. "Surtout restes bien là : Dieudonné va venir. Il vient avec les caméras !" Je ne sentais plus mes jambes !!
Dans une mosquée la même année on a diffusé le spectacle de l’humoriste sur grand écran.

Pourquoi je dis tout cela ?
Parce qu’à trop taper sur les autres, il y a la tentation d’une logique victimaire.
Nous avons aujourd’hui les moyens intellectuels, politiques et économiques pour agir, ici et là-bas. La présence musulmane en europe est une aubaine pour tous.
Nous sommes responsables de ne pas être solidaires de nos concitoyens et de ne pas respecter la portée universaliste du Message.
Nous sommes responsables de notre islam consulaire et de ses aumoneries de complaisance.
Nous avons, partout à travers le monde,les dirigeants qui nous ressemblent.

Cordialement.

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A quand maroc algerie tunisie : un seul pays ,un seul drapeau, une seule monnaie ?

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eh oui !la libre circulation des biens et des personnes il deviendrait le plus grand et le plus puissant pays d’afrique avec presque 100 millions d’habitants pètrole et gaz en algerie agiculture et tourisme au maroc et tunisie,une seule armèe un seul prèsident le problème du sahara occidentale disparait de lui même.Oui laissez moi rêver et peut-être un jour les peuples vont imposer cette exigence historique il n’y a plus de place pour les petits pays dans ce monde.N’avait on pas dit:diviser pour mieux régner et que l’union fait la force..exigeons cette unité...yes we can..

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ceux ne sont là que des aspirations populaires qu’il faut vite épouser et propager..le reste ça viendra..

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Je crois que dans tous les pays arabo musulman que c’est un non evenement…

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Avez vous remarqué dans les infos , les électeurs algériens ? Il n’y a pas un seul jeune !!!

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L’Algérie paye encore aujourdhui le fait que la guerre de libération a été mené par une majorité d’hommes qui n’aspiraient en fait qu’à une seule chose,prendre la place des Français et la garder à tout prix.C’est ce qu’ils ont fait.

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Quelle tristesse d’assister à la déconficture de ce que fut la révolution algérienne. Tant de sang , tant de souffranc et de sacrifices pour aboutir à ce que des hommes qui se disent nos dirigeants volent soumettent et divisent le peuple algérien. La solution a cette situation poscolonialiste (on se demande si vraiment ces différents dirigeants ont rompu avec le colonialisme intellectuellement parlant), est de la traiter exactement comme les algériens l’ont fait avec l’ancien etat colonialiste .

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Je partage le constat sur la tragédie algérienne mais sur les raisons il semble que l’auteur est animé d’une intention fortement partisane et subjective... Les bons (les signataires de l’accord de Sant’Egidio) contre les mauvais les "janviéristes), malheureusement la réalité est bien plus complexe. Beaucoup de signataires (partis et personnalités ) de l’accord de Rome sont actuellement DIRECTEMENT ou INDIRECTEMENT au pouvoir et portent une grande part de responsabilté dans la situation actuelle...
Donc, nuance et objectivité sont indispensables pour comprendre... sinon c’est de la propagande au service d’une cause comme les autres. Ni meilleure, ni pire. Comme pour l’Algérie : ni les nationalistes, ni les islamistes n’ont pu et su apporter des réponses au peuple.
La solution, c’est la démocratie mais le drame, c’est que l’Algérie ne sera pas démocratique ni avec les uns (nationalistes), ni avec les autres (islamistes)...