Les accusations de Jean-Charles Brisard, spécialiste autoproclamé du terrorisme
Par Ian Hamel
mercredi 21 février 2007
Auteur du best-seller « Ben Laden, la vérité interdite » (co-écrit avec Guillaume Dasquié), paru en novembre 2001, le Français Jean-Charles Brisard, installé en Suisse, passait pour un spécialiste international du terrorisme. Mais ses accusations systématiques contre des musulmans sont démenties les unes après les autres.
La justice française vient de blanchir Yeslam Binladin, le demi-frère d’Oussama Ben Laden. Cet homme d’affaires de 56 ans, qui commercialise des produits de luxe, est installé à Genève depuis une vingtaine d’année. « Les investigations menées n’ont pas permis de caractériser des opérations de blanchiment ou de financement d’activités ou de réseaux liées à Oussama Ben Laden », souligne le juge Renaud Van Ruymbeke dans son ordonnance de non-lieu du 27 décembre 2006.
Cette victoire du citoyen suisse Yeslam Binladin apparaît comme une nouvelle défaite pour Jean-Charles Brisard, longtemps présenté comme un expert international du financement du terrorisme.
Yeslam Binladin est depuis plusieurs années l’une des cibles favorites de Jean-Charles Brisard. En 2001, dans « Ben Laden, la vérité interdite », vendu à près de 200 000 exemplaires, l’ “expert“ affirmait que la compagnie Avcon Air Charter, dont Yeslam Binladin serait actionnaire, « offre des cours de pilotage à ses clients dans la même école que celle fréquentée en Floride par plusieurs des “kamikaze“ avant les attentats du 11 septembre 2001 ».
Pure affabulation, mais qu’importe, plus c’est gros, plus ça plait ! Autre “révélation “ plus récente : Yeslam Binladin aurait demandé à sa banque à Genève de virer 241 millions de dollars sur un compte ouvert par Oussama Ben Laden en personne à Karachi au Pakistan. On n’imaginait pas que le fondateur d’Al-Qaida puisse être aussi imprudent pour s’exposer ainsi.
Pour Yeslam Binladin, il ne s’agit pas d’erreurs grossières mais de mensonges. « Brisard n’a jamais cessé de répandre de fausses accusations contre moi. Il a fait du 11 septembre son fonds de commerce », dénonce-t-il. Mêmes accusations de la part de Tariq Ramadan, joint par téléphone à Londres.
Ainsi, Jean-Charles Brisard a poussé le bouchon jusqu’à prétendre qu’Omar Abdel Rahman, le “cerveau“ de l’attentat de 1993 contre le World Trade Center, était… l’oncle de Tariq Ramadan. « Les spécialistes autoproclamés du terrorisme se permettent de vous refaire une famille », ironise Tariq Ramadan. Rappelons que la société Al-Taqwa, installée dans le canton du Tessin, une autre cible de Jean-Charles Brisard, accusée d’avoir financé les attentats du 11 septembre, a elle aussi bénéficié d’un non-lieu le 31 mai 2005.
Dans d’autres affaires, Jean-Charles Brisard a été contraint d’avouer de lourdes erreurs. Le 14 mars 2006, il doit se rétracter face à la société DMI Administrative Services à Genève, qu’il avait associé au financement du terrorisme. « Jean-Charles Brisard, dans le cadre de la procédure pénale suisse dirigée contre lui à l’instance de DMI Administrative Services SA à la suite du témoignage du 22 octobre 2003 devant la Commission bancaire du Sénat des Etats-Unis, diffusé sur le site de cette Commission, tient à préciser, lorsqu’il mentionne dans ce témoignage DMI, ses filiales ainsi que les organes du groupe, qu’à aucun moment il n’a voulu laisser entendre que ces entités aient pu, directement ou indirectement financer ou participer au financement du terrorisme, et regrette que ses propos aient pu être mal interprétés », écrit-il dans une « Rétractation-Correctif » paru dans la presse suisse.
Nouveaux aveux en novembre 2006, Jean-Charles Brisard (et Guillaume Dasquié) doivent présenter des excuses au cheik Khalid Bin Mahfouz et au cheik Abdulrahman Bin Mahfouz dans la presse internationale. Evoquant le livre « Ben Laden, la vérité interdite » et le rapport « Le financement du terrorisme » (écrit par Jean-Charles Brisard seul), publié en décembre 2002, ils reconnaissent que ceux-ci « contiennent des allégations extrêmement sérieuses et diffamatoires concernant le cheik Khalid Bin Mahfouz et le cheik Abdulrahman Bin Mahfouz, alléguant de leur soutien au terrorisme par le biais de leurs entreprises, familles et œuvres de bienfaisance et par voie directe.
A la lumière de ce que nous savons aujourd’hui, nous acceptons et reconnaissons que l’ensemble de ces allégations vous concernant et concernant vos familles, entreprises et œuvres de bienfaisances sont entièrement et manifestement fausses ». Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié se déclarent « conscients du très grave préjudice que ces allégations ont causé à vos réputations ».
Plus grave encore, Jean-Charles Brisard avait distribué en 2002 à la presse son rapport sur le terrorisme, assurant qu’il lui avait été commandé par le président du Conseil de sécurité des Nations Unies. Démenti cinglant d’Alfonso Valdivieso, le président du Conseil : il n’a jamais demandé de rapport à Jean-Charles Brisard. « Actually, I personally never met with or spoke to Mr Brisard and it is completely false that I in my capacity as President of the Security Council or as President of the 1267 Committee or in any capacity within that Organization had commissionned him on a personal or official basis to write a Report on terrorism », écrit Alfonso Valdivieso depuis Bogota (Colombie) le 12 mars 2004.
Pourquoi les médias et la justice ont-ils porté aux nues ces spécialistes autoproclamés du terrorisme ? « Au moment de la chute du mur de Berlin, il existait de nombreux “kremlinologues“ qui ont pu nous expliquer ce qui se passait. En revanche le 11 septembre 2001, il n’y avait pas de spécialistes à la fois du monde arabe et du terrorisme. Certains ont comblé le vide en se prétendant “qaïdologues“. Le problème, c’est que la plupart d’entre eux n’ont jamais vu un islamiste de leur vie », commente le chercheur Ali Laïdi (*).
Jean-Charles Brisard ne serait pas un cas unique. « En Grande-Bretagne, on s’est aperçu qu’un de ces “spécialistes“ du terrorisme islamiste n’avait, en fait, passé qu’une seule nuit dans un pays arabe ! », constate Hasni Abidi, fondateur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève (CERMAM). « Toutefois, ajoute-t-il, on a atteint les limites : pourquoi les autorités judiciaires ont-elles avalé pendant si longtemps les élucubrations de ces pseudo-spécialistes ? ».
(*) Ali Laïdi, « Retour de flamme. Comment la mondialisation a accouché du terrorisme ». Calmann-Lévy.
A propos de l’article "Les accusations de Jean-Charles Brisard, spécialiste autoproclamé du terrorisme" paru le 21 février
Jean-Charles Brisard répond
Le juge français Renaud Van Ruymbeke a été saisi en décembre 2001 d’une information judiciaire contre X pour blanchiment concernant des sociétés de Yeslam Bin Laden. Cette information faisait suite à une dénonciation de Tracfin, cellule de lutte du ministère français de l’économie contre le blanchiment. Le non-lieu intervenu dans cette affaire ne saurait donc constituer en aucune manière une « défaite » pour moi, dans la mesure où je n’ai jamais été associé, de près ou de loin, à sa genèse. Ayant par ailleurs gagné l’ensemble des procès intentés par Yeslam Bin Laden à mon encontre, il est totalement erroné de prétendre que j’aurais commis des « erreurs ».
La présentation faite de l’accord intervenu avec la société DMI est également inexacte, puisque j’ai simplement corrigé l’interprétation erronée faite par DMI de mon intervention devant le Congrès des Etats-Unis en 2003, laquelle avait été mal interprétée par cette société. Je n’ai donc à aucun moment « reconnu de graves erreurs » comme l’impute votre article.
Enfin, s’agissant de la présentation d’excuses à un homme d’affaires saoudien, cette démarche résulte de la rétractation de sources qui, à l’époque, fondaient les soupçons à son égard.
Jean-Charles Brisard
Ian Hamel
Journaliste, auteur du livre « La vérité sur Tariq Ramadan, sa famille, ses réseaux, sa stratégie » aux éditions Favre, préface de Vincent Geisser.
Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :
Vos réactions et commentaires sur cet article
En appeler à Ali Laïdi contre Jean-Charles Brisard, c’est un peu en appeler à l’hôpital contre la charité ! Laïdi est tout aussi doué en amalgames et ignorant de l’objet qu’il prétend étudier que Brisard, il est simplement un peu moins médiatique. Pour s’en persuader, voir son "Jihad en Europe - les filières du terrorisme islamique" qui, en termes de qualité académique, vaut bien le "Ben Laden" de Brisard ! Salam
Cette affaire illustre le racisme sous-jacent des sociétés occidentales, qui intérieurement continuent à se penser et se percevoir, supérieures.
Est-il besoin de preuve pour accuser un musulman ? Est-il besoin de vérifier et de confronter les affirmations d’experts en accusation ?
Est-il besoin de procéder en matière d’enquête comme on le ferait pour un non musulman ?
Trois fois non !
Et quand bien même, les menteurs sont démasqués, quelle peine encourt les menteurs et les comploteurs ?
Aucune ! Ils continuent tout simplement avec les médias commerciaux comme relais, à répandre leurs graves accusations contre les musulmans.
Lorque l’on étudie précisément la genèse de ces mensonges, c’est à dire les attentats du 11 septembre, on découvre avec force pertinence que le terrorisme est d’essence militaire. Que les militaires n’ont jamais hésité à préparer des opérations terroristes, y compris contre leur propre population, pour justifier des attaques terroristes sur une grande échelle. ( voir opération Northwoods in Loose change sur le site http://reopen911.online.fr/
Article qui illustre que les experts en terrorisme fleurissent en France comme des choux fleurs. C’est à celui qui fera le plus dans le catastrophisme.
Nejib disait un peu plus haut que les musulmans devaient d’abotrd s’organiser sur le plan économique et ensuite sur le plan politique. Je partage entièrement ce point de vue et je ne pense pas être seul dans ce cas.
Que des cas comme celui dont il est question ici soulèvent la stupeur et l’incrédulité ne me surprend pas. Certains s’en émeuvent d’autres en rient, mais ne perdons pas de vue les véritables enjeux. Il y a quelques années déjà un ex président des Etats-Unis déclarait après la chute des régimes communistes ;"nous en avons terminé avec le communisme maintenant nous allons nous occupé de l’ Islam" Aujourd’hui il suffit de se référer aux évènements qui agitent le monde pour constater que ce n’étaient pas des propos en l’air. Je ne peux m’empêcher de penser que nous voyons se dérouler sous nos yeux les nouvelles croisades. Avec pour toile de fond la défense de la suprématie des américains et le renforcement de son hégémonie politique économique et culturelle. Pour arriver à leur fin, il ont besoin que plusieurs conditions soient réunies. Tout d’abord, ils ont besoin de justifications ; et nous l’avons bien vu avec la question Irakienne. Ensuite, ils ont besoins de complicités. C’est ici que nous trouvons tous ces trublions, qui se targuant de connaitre le monde musulman, répandent sans vergogne, calomnies et contre vérités afin de brouiller les pistes de la réflexion de ceux qui manifesteraient quelques réminiscences contestataires devant les exactions commises à l’encontre de populations entières déjà victimes de régimes politiques pas trés démocratiques. Donc il ne faut plus s’étonner de rien dans un monde où les valeurs humanistes semblent tombées en désuétude au simple motif de faire du fric à tout prix.
"L’esprit de l’homme est ainsi fait que le mensonge a cent plus de prise sur lui que la vérité."
J’espère que cet excellent article de Ian Hamel fera ouvrir les yeux à ceux qui continuent à analyser l’sialm et les musulmans que sous le prisme sécuritaire. Merci M. Hamel
Encore un individu à la recherche de notoriété et qui a compris la recette. Mais le boumerang est terrible !
Brisard n’est que la partie visible de l’iceberg car en france il en ai des autex experts. Ce sont des commerciaux plus que des specialistes qui entretiennent un climat de peur et islamophobe qui est trés porteur en occidant . Malheureusement la société occidentale préfere les mythes aux réalités comme jadis leurs ancetres greco-romain !!
Jean-Charles Brisard peut toujours assurer une reconversion. Avtuellemnt on recrute des vendeurs de cacahuètes dans les cinémas, il pourrait postuler.
une petite precision pour yassine qui cite le 21/02 "les sifaoui,basbous ou antoine sfeir" mais je dois preciser que sfeir ou basbous sont de vrais analystes de la question du proche orient et du terrorisme alors que sifaoui ????) ALLAH iahdihou... merci pour le travail sincere et impartial de journalistes comme vous qui ont encore un peu d éthique... salaam alaikum
Quelle déconvenue pour Brisard. Reconnaître à ce point qu’il s’est lourdement "planté ", c’est une première médiatique du jamais vue
Jean-Charles Brisard a oublié de précisé que blanche-neige est la belle mère de Ben Laden, que Picsou a financé Al Quaida, que le même Ben Laden s’est échappé d’Afghanistan à bord de Goldorak, que derrière le masque de Zorro se cache le Mollah Omar...
Un grand merci Ian Hamel. Vous êtes l’un des rares journalistes a faire son métier avec pour seule intention de dire les choses sans verser dans le sensationalisme.
Il est surprenant que les médias dominants à la solde du système ne répercute pas cette info. L’explication est claire, tous ces médias ont donné avec complaisance la parole à ce Brisard. En dénonçant cet individu, les médias ne feront que se tirer une balle dans le pied.
Quelle jubilation quand j’ai lu cet article. Bravo Ian Hamel. J’ai également apprécié votre livre sur Tariq Ramadan, un livre juste et bien documenté.
Super Ian Hamel. J’adore vos écrits, car à chaque vous parvenez à dénoncer toutes ces manips que seules les gogos avalent.
En France, un vendeur de pizza peut être décrété spécialiste de l’islam, de l’islamisme, du terrorisme pour peu qu’il crie à l’apocalypse, à l’arrivée d’une horde de barbus, ou qu’il raconte n’impote quoi sur n’importe quel musulman.
Merci Ian Hamel pour l’intégrité avec laquelle vous menez votre travail. Heureusement qu’il existe des journalistes comme vous.
Les Sifaoui , Les Basbous les Antoine Sfir (sourire jaune) et autres "experts" ont squatés les plateaux TV avec la complicité active de certains résponsables de médias je dirais même en connaissance de cause, l’exemple de Sifoui est flagrant, il est propulsé spécialiste des mouvement islamistes, alors qu’il n’ y connaît rien
