Fox News : Al Qaida et Tariq Ramadan, même combat

"Juste et équilibré" : c’est le slogan de la chaîne américaine Fox News. Que nul ne s’étonne, dès l

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samedi 13 novembre 2010

Fox News : Al Qaida et Tariq Ramadan, même combat

"Juste et équilibré" : c’est le slogan de la chaîne américaine Fox News. Que nul ne s’étonne, dès lors, de la "justesse" et de "l"équilibre",en matière d’amalgame, régulièrement démontrés par le leader des chaines info aux Etats-Unis sur le sujet-marronier du terrorisme, comme ce fut encore le cas ce vendredi matin. Environ 2 millions de téléspectateurs ont ainsi pu apprendre un pseudo-scoop : Al Qaida s’inviterait au Congrès américain à travers des théologiens plus ou moins proches du réseau d’Oussama Ben Laden. L’animateur de l’émission, Brian Kilmeade, plus proche du bateleur de foire que du journaliste d’investigation, révèle que "depuis dix ans, officiellement depuis 2006", le personnel musulman de l’Assemblée parlementaire aurait convié à des prières collectives des personnages hautement sulfureux. Principalement, Anouar Al Alawki, la nouvelle figure officielle, juvénile et web 2.0, d’Al Qaida, mais aussi, affiché sur la "liste des convives" (à 1’ de la vidéo), un certain Tariq Ramadan, associé de facto aux "djihadistes de la terreur". Ainsi, des personnalités différentes de la sphère théologique musulmane, ayant participé à des réunions au sein du Congrès, sont assimilées à des terroristes ou à des sympathisants de Ben Laden.

La présence, au Capitol Hill, de deux parlementaires musulmans, André D.Carson et Keith Ellison, inquiète tout particulièrement les commentateurs politiques de Fox. Une islamophobie patente d’autant plus saugrenue que la même chaîne a diffusé, quelques minutes plus tard, un entretien avec Abraham H. Foxman, président de l’Anti-Defamation League -sorte de LICRA ultra-droitière- pour déplorer les "stéréotypes" liés à la communauté juive, notamment la cupidité. A juste titre, l’interviewer, Steve Doocy, a dénoncé ce cliché persistant alors qu’il avait pourtant lui-même opéré un amalgame, juste auparavant, entre musulmans, conservateurs, fondamentalistes et terroristes. Sans compter qu’il affirma sans vergogne, pour fustiger la position critique du président Obama à l’égard de nouvelles "implantations", que "Jérusalem est la capitale d’Israël" ( à 0’45).

De la part d’une chaîne de télévision de plus en plus populaire, ce deux poids deux mesures manifeste, tantôt partisan tantôt mensonger, continue d’attiser la méfiance ou l’hostilité des citoyens américains envers leurs compatriotes musulmans. Un racisme insidieux dont le succès s’est confirmé aux dernières élections parlementaires : Judson Phillips, fondateur du mouvement réactionnaire du Tea Party, avait violemment stigmatisé le congressiste Keith Ellison, ce "radical" accusé d’envoyer "l’argent des impôts aux terroristes de Gaza". Le 31 octobre, sur l’antenne de MSNBC, le représentant démocrate et musulman, réélu depuis, a tourné en dérision ces propos, indiquant qu’il avait "la peau dure" et qu’il préférait alerter l’opinion publique contre ceux qui tentent de "diviser" les Américains "par la peur".

Une manoeuvre qui vient cependant de porter ses fruits, au vu des bons résultats électoraux de l’aile dure du Parti républicain et de son courant ouvertement islamophobe du Tea Party. Message aux petits entrepreneurs politiques et éditoriaux : le mythe du "péril vert" redevient tendance.

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