Explosions en série à Londres

Notre correspondante à Londres Naïma Bouteldja nous décrit l’atmosphère qui règne dans la capitale br

vendredi 8 juillet 2005

Plusieurs explosions se sont produites dans un bus et au mois trois stations de métro à Londres ce matin.

Alors que tous les regards étaient tournés depuis le week-end dernier sur les préparatifs du sommet du G8 qui se tient en ce moment même à Glenagles en Ecosse, une série de quatre explosions a frappé le centre de la capitale britannique ce matin à une heure de grande affluence (1)

Plusieurs centaines de victimes ont été évacuées vers les hôpitaux locaux, la police a confirmé provisoirement la mort d’au moins trente trois d’entre elles. Toutes les lignes de métro de la capitale ont été fermées ainsi qu’une grande partie des lignes de bus et trains et les chaînes publiques ont interrompu leur programme et diffusent en continue des informations sur les attaques.

Tony Blair est attendu à Londres en fin d’après-midi et le sommet du G8 devrait se poursuivre momentanément sans lui. Dans une déclaration télévisée quelques heures après les attentats il s’est dit déterminé à défendre ’nos valeurs’ et ’nos modes de vie’ opposés à ceux qui veulent ’imposer l’extrémisme dans le monde’. Il a également encensé l’unité des ’nations civilisés’ dans leur résistance au ’terrorisme’ rappelant, non sans effroi, la rhétorique de son ami et allié américain, le président Bush.

Sur son site web, la BBC a publié un court communiqué d’une organisation qui se dit liée à Al-Qaeda et qui déclare avoir commis la série d’attentats pour ’se venger... des massacres commis par le gouvernement britannique en Iraq et Afghanistan’. Le Ministre de l’intérieur, Charles Clarke s’est contenté de commenter à la Chambre des Communes qu’il était encore trop tôt pour se prononcer sur l’identité des auteurs. Le principal leader de l’extrême droite britannique, Nick Griffin, n’aura de son coté pas jugé nécessaire de prendre une telle précaution attribuant rapidement les attaques aux "fondamentalistes islamiques".

Les principales organisations musulmanes britanniques, le MAB (Muslim Association of Britain) et le MCB (Muslim Council of Britain) se sont empressées de condamner publiquement les attaques ; l’après onze septembre s’était traduit au Royaume-Uni par l’arrestation et l’incarcération de près de 7000 personnes, dans leur grande majorité musulmane (la plupart avaient été relâchées après quelques jours de détention).

Il est encore trop tôt pour présumer des réactions de l’ensemble de la population britannique, longtemps préparé à l’éventualité d’attaques sur la capitale. L’arsenal sécuritaire mise en place par le gouvernement de Tony Blair, avec une nouvelle législation anti-terroriste et la probable introduction de cartes d’identité biométriques, laissent par contre présager le pire, non seulement pour les 1,6 millions de musulmans qui vivent au Royaume-Uni mais aussi pour les altermondialistes et autre dissidents politiques comme on a pu l’observer avec le dispositif sécuritaire mis en place lors du sommet du G8.

En attendant, la terreur, la souffrance et les larmes qui ont frappé tant d’innocents à Falluja, Kabul et Madrid ces dernières années viennent de frapper de nouveaux innocents en plein cœur de Londres.

Naima Bouteldja

Journaliste basée à Londres

(1) Entre les stations d’Algate East et de Liverpool Street ; entre Russel Square et King’s Cross ; dans la station d’Edgware Road et dans un bus à Tavistock Square - près de Russel Square. La première bombe a éclaté à 8.51 et la dernière déflagration s’est produite à environ 9h30, heure locale.

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