Eric Zemmour assimile Zyed et Bouna à des "truands"

Le dérapage de trop ? Eric Zemmour a comparé les violences urbaines de Grenoble, provoquées par la mort de

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dimanche 5 septembre 2010

Le dérapage de trop ? Eric Zemmour a comparé les violences urbaines de Grenoble, provoquées par la mort de celui qu’il qualifie de « grand truand », aux émeutes de 2005, estimant qu’il s’agissait de « la même chose ».  Un amalgame odieux pour les familles des victimes Zyed et Bouna, morts innocents, et la confirmation de la dérive du polémiste vers l’extrême droite.

Le débat a été diffusé le samedi 28 août sur l’antenne d’I Télé. Nicolas Domenach et Eric Zemmour sont censés s’affronter chaque semaine sur les thèmes d’actualité pour l’émission « Ça se dispute ». Ce jour-là, les journalistes abordent la question de la nouvelle politique sécuritaire initiée par le gouvernement à l’occasion des violences urbaines de Grenoble. Comme à son habitude, Eric Zemmour s’indigne de « l’impuissance politique » et s’enflamme : « Le délire, c’est des gens qui tirent sur les flics, qui cherchent à faire un carton sur les flics, qui se révoltent parce qu’un des leurs est mort. Mais c’était un grand truand ! C’est quand même inouï ! ».

L’animateur de l’émission, Jean-Jérôme Bertolus l’interrompt et lui demande alors : « Mais qu’est-ce qui a changé depuis les émeutes d’octobre 2005 ? ». Réponse expéditive d’Eric Zemmour  : « C’est la même chose ! ».

Rappel des faits : en 2005, les émeutes ont été provoquées par la mort accidentelle, au début du mois de Ramadan, de Zyed et Bouna, adolescents électrocutés pour avoir tenté de fuir la police. En juillet dernier, les violents incidents entre jeunes et policiers dans la région de Grenoble ont résulté de la mort, dans une course-poursuite, de Karim Boudouda, 27 ans, un braqueur déjà condamné pour vol à main armée. Si des tirs à balles réelles ont eu lieu dans les deux cas, ils ont été extrêmement rares et sporadiques lors des trois semaines d’émeutes en 2005.

La malhonnêteté intellectuelle d’Eric Zemmour se traduit surtout dans l’équivalence qu’il présente aux téléspectateurs entre la mort brutale de deux adolescents innocents et le décès d’un délinquant notoire. L’ampleur des émeutes de 2005 s’expliqua essentiellement par la crise sociale qui affecte les quartiers populaires et l’injustice flagrante dans la disparition de Zyed et Bouna, apeurés par la police et électrocutés en tentant de lui échapper.

Le ministre de l’Intérieur à l’époque, un certain Nicolas Sarkozy, affirma d’ailleurs un temps qu’il s’agissait de délinquants en fuite. Une déformation de la vérité que reprend aujourd’hui à son compte Eric Zemmour. Celui-ci n’oublie pas, par ailleurs, de ménager, à sa manière, le président de la République, estimant que le chef de l’Etat n’en « fait pas assez » dans sa politique sécuritaire. Il va même plus loin dans sa défense : « Il ne faut pas dire que c’est Nicolas Sarkozy qui enfle, qui en fait trop, etc : c’est la situation qui enfle, c’est la situation objective qui est délirante et de plus en plus grave ! C’est ça qu’il faut voir ». Sans doute faut-il aussi voir dans ce ton modéré à l’égard du Président la conséquence d’une rumeur selon laquelle le chroniqueur pseudo-rebelle, qui montre désormais patte blanche envers le chef de l‘Etat, serait devenu indésirable à la télévision pour Nicolas Sarkozy.

A l’extrême droite, toute

Quoiqu’il en soit de l’avenir audiovisuel d’Eric Zemmour, une chose est certaine : le journaliste sait faire varier ses « analyses » selon l’air du temps. Ainsi, en décembre 2007, au lendemain des émeutes de Villiers-le-Bel, après avoir dénigré ces jeunes « qui haïssent la France et mythifient le bled », il indiquait sur France Ô qu’il n’y avait pas eu de tirs à balles réelles durant les émeutes de 2005. Un propos inexact, ou une contre-vérité, visant à influencer l’opinion publique dans une direction « alarmiste » : il s’agissait de faire croire que le violences urbaines s’aggravent. Et quand l’air du temps devient enfin sécuritaire, comme en 2010, Eric Zemmour adapte son discours idéologique  : ainsi, en avril dernier, contredisant sa propre déclaration antérieure sur le même sujet, il raconta avoir eu connaissance du témoignage d’un CRS qui aurait expérimenté des tirs de « fusils de chasse » durant les violences urbaines de 2005. Enfin, il y a une semaine, Eric Zemmour indique, sans recourir cette fois-ci à une source extérieure, qu’il y avait bien eu alors des tirs à balles réelles.

En attendant son procès pour incitation à la haine raciale -suite à ses propos sur les « trafiquants, pour la plupart Noirs et Arabes »- qui doit se tenir en janvier prochain, Eric Zemmour continuera sans doute de vouloir jouer son rôle de faux subversif sur France 2, à l’antenne d’RTL et au Figaro. Sa nouvelle docilité envers l’Élysée et sa lepénisation permanente des esprits pourraient néanmoins s’avérer inefficaces en cas de nouveau dérapage. Comme la semaine dernière sur I Télé. L’allusion négative à la mémoire de Zyed et Bouna, assimilés à des « truands », enfreint la Charte de France Télévisions, notamment le paragraphe 6 du chapitre 2.1, relatif à la « diffamation » : « Les collaborateurs de France Télévisions s’interdisent toute diffamation, c’est à dire l’ « allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur et la considération de la personne ».

En exprimant publiquement l’imputation selon laquelle deux adolescents innocents seraient des « truands », Eric Zemmour ne devrait plus, en conséquence, avoir sa place dans l’émission de Laurent Ruquier sur France 2. Auparavant, le polémiste avait réussi à éviter toute sanction professionnelle suite à son dernier propos diffamatoire, tenu également sur une antenne du groupe Canal+, à l‘encontre des minorités visibles. Et, en mars dernier, Eric Zemmour avait, sans faire de vagues, prôné sur France Ô la discrimination à l’embauche, allant jusqu’à affirmer (à 2’50) que les employeurs avaient le « droit de refuser des Arabes ou des Noirs » car « la vie est injuste ». Un propos nettement discriminatoire, tenu sur France Télévisions, enfreignant la Charte du groupe audiovisuel mais sans aucune sanction à l’endroit de son auteur. La diffamation de Zyed et Bouna, exprimée cette fois-ci sur une chaîne concurrente et qui vient s’ajouter à la longue liste des propos extrémistes tenus par Eric Zemmour, pourrait bien n’entraîner, là encore, aucune conséquence pour la carrière d’un réactionnaire visiblement intouchable.

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