« Cachez ce voile que je ne saurais voir »

Ce texte est une réponse à l’article de Philippe Sollers « Le voile et la forêt », paru dans l’édi

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lundi 7 juillet 2003

Ce texte est une réponse à l’article de Philippe Sollers « Le voile et la forêt », paru dans l’édition du Monde du 28 juin. Nous précisons enfin, que contrairement au journal le Monde, nous avons décidé de publier cette réponse avec son titre original et dans son intégralité.

M. Philippe Sollers, dans son article du 28 juin « Le voile et la forêt », continue d’alimenter la rumeur selon laquelle, le 14 juin, j’aurais enlevé mon foulard à l’entrée de l’hémicycle du Sénat pour le remettre une fois installée. Des rectificatifs ont portant paru à ce sujet dans Le Monde du 22 juin et Libération du 29 juin. M. Sollers semble ainsi estimer que la présence d’une jeune fille portant le foulard est impensable dans l’hémicycle du sénat, même lors d’une journée portes ouvertes avec débat public.

Cette position n’est pas moins étonnante que la « modestie » avec laquelle M. Sollers prétend « (m)’enseigner et (me) démontrer que seule la laïcité radicalement pensée » peut « libérer les consciences de la hantise religieuse ». Ce postulat de supériorité intellectuelle et morale ne peut légitimer une telle analyse qui considère toute manifestation religieuse comme un retour à un archaïsme des comportements et « un appel à l’opium ».

Si, effectivement, l’affaire du foulard cache la forêt des incultures, comme le précise M. Sollers dans son article, la conception radicale de la laïcité peut aussi cacher un rapport de domination à visage humain. Cette conception dogmatique - étroite et rigide - de la laïcité pousse, en effet, certains intellectuels, consciemment ou inconsciemment, à chercher par tous les moyens, à discréditer le discours de leurs interlocuteurs, refusant ainsi tout rapport d’égal à égal qui favorise le dialogue. Souvent ces mêmes intellectuels se donnent le droit de penser, d’analyser et de choisir à la place de l’autre, renvoyant ainsi à une image coloniale de « l’indigène » qu’il faut protéger et civiliser.

Lutter contre les incultures, c’est aussi lutter contre ce rapport de domination afin de promouvoir, dans un cadre laïque conforme aux lois et aux valeurs de la République, une citoyenneté égalitaire. Toute instrumentalisation idéologique de la laïcité à des fins partisanes ne peut que nourrir les incultures sans parvenir à un dialogue d’égal à égal des civilisations.

 

Khadija MARFOUK

Ingénieur

 

LE MONDE | 22.06.03 |

Khadija Marfouk, l’une des deux jeunes femmes voilées ayant participé à la journée portes ouvertes au Sénat le 14 juin, sur le thème de l’islam et de la laïcité, nous demande de préciser qu’elle est bien entrée dans l’hémicycle avec son foulard sur la tête, sans aucun problème. Elle ne l’a donc pas enlevé pour entrer, contrairement à ce que nous avons écrit (le Monde du 18 juin).

LIBERATION | 29.06.03 |

Dans notre édition du 18 juin dernier, nous relations l’interdiction faite à une jeune femme d’entrer voilée dans l’hémicycle du Sénat où avait lieu le 14 juin un débat sur le thème de la Laïcité. Une des participantes, Khadija Marfouk, farançaise de confession musulmane, nous a fait savoir, en revanche, qu’elle a gardé son voile pendant toutes les discussions et qu’elle a même posé ses questions couverte de ce signe religieux. ( précision : je ne suis pas française)

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Auteur : Khadija Marfouk

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